CHAPITRE moisiixE
partie des troupes, et que néanmoins on ne parvint jamais à approvisionner. Il n*a donc probablement donné ce but à son expédition, que pour ne pas devoir convenir que le véritable avait été manqué ^
Le général français profita de son néjour à Villa Franca pour faire organiser un petit parc d'artillerie de campagne ; Barcelonne n'offrait presque.pas de moyens en ce genre ; le peu d'artillerie qu'il y avait eu dans cette ville ou au corps d'armée, avait été perdu dans la retraite de Gironne, lors de la levée du siège de cette place, par Duhesme. Le parc de campagne fut donc très-petit et formé , parle général Ruty, des prises faites sur l'ennemi àCardedéu et à Molino del Rey; les arsenaux de Barcelonne, qui ne contenaient qu'une très-grande quantité de pièces de gros calibre , de mortiers et de fers coulés, m* purent fournir que quelques affûts de rechange et quelques voitures pour compléter le nombre de celles qui étaient nécessaires pour le transport des munitions.
Cependant un parti ennemi s'était retiré sur la position de Brûch, dans le voisinage et presque au
* Veir pièces jiMlificaliveSy n* 22.
pied du Monserrat : cette position était extrêmement forte; les Espagnols mettaient la plus grande confiance dans ses avantages ; ils y avaient soutenu, quelques mois auparavant, dans les premiers jours deTinsurrection, deux combats fort honorables pour eux , puisqu'une poignée de paysans très-mal armés avait repoussé, avec une perte consid'érable, le 6 juin , une brigade de la division Chabran, et le 14 juin, à une seconde attaque, la division entière. Ils avaient élevé sur ce terrain une colonne , avec une inscription qu'ils croyaient infamante pour le nom français '. Ils avaient eu le temps d'arranger cette position, d'ajouter encore à ses difficultés naturelles, et ils venaient d'y amener de l'artillerie etdes munitions. On chargea la division Chabran de l'attaque, pour lui donner l'occasion de prendre sa revanche; mais comme son général ne jugeait pas assez bien l'effet moral que l'affaire et la déroute de Molino
> Voici U tradocUon liltérale de celte inscripUoD :
TOTAGEUR QUI PASSEZ ICI, LE FIANÇAIS T A PAftU, BT, QUOIQUB TICTOftIEUX PAITOCTi
u n'a pu forcer ce passage.
LES VAINQUEURS DE HARENGO^ D'AUSTERLITZ ET D'IÊNA ONT ÉTÉ VAINCUS LES 6 ET 14 JUIN 1808.
CHAPITBB TROISliVE. 100
dcl Rey avaient produit sur les Espagnols, et qu'il semblait effrayé de sa tâche, le général en chef, pour le rassurer, et faciliter son opération, dirigea Chabot, de San Sadurni, sur Igualada, dans la vue de prendre à dos les Espagnols , s*ils faisaient au Bràch une résistance un peu longue. Mais les circonstances étaient bien changées ; le moral de ces troupes, peu de jours auparavant si exalté , était abattu au dernier degré; il n'y avait plus en Catalogne de positions assez fortes pour eux, et ce fameux défilé de Brûch, qu'ils croyaient supérieur aux Thermopyles, fut lestement enlevé, avec une perte insignifiante pour les Français, et une trèsconsidérable pour les Espagnols, outre celle de leur artillerie consistant en huit pièces de canon, quils furent forcés d'abandonner. On les poursuivit au delà d'Igualada, et, quelques jours après, vu la difficulté des communications, et pour ménager la chaussure, on fit rentrer Ghabran à Esparraguéra et Martoréll, et Chabot à San Sadurni. Pendant ce mouvement, Tadjudant général Devaux, se laissant emporter à son ardeur naturelle, attaqua, sans ordres, avec une poignée d'hommes, les troupes qui défendaient le Monserrat, s'empara, le 11 janvier, du monastère, et parvint, le 12, à rejoindre
IfO CAMPÀ6NB DE CATALOGNE.
sa division à Esparraguéra, après avoir couru les plus imminents dangers : l'ennemi, ayant connu la faiblesse de sa troupe, consistant dans deux bataillons seulement, était venu se placer sur ses de^ rières ; la bravoure extrême de ce détachement le tira de ce mauvais pas, en culbutant tout ce qui s'opposait à son passage.
L'armée resta dans cette position, et tâcha de mettre à profit le temps que la réorganisation de l'armée de ligne espagnole allait lui laisser, pour se procurer des vivres, et en faire entrer, s'il était possible, dans Barcelonne; mais on avait toutes les peines du monde à se procurer seulement la moitié de ce qui était nécessaire pour la subsistance des hommes et des chevaux : la province ne suffit pas même à la consommation de ses habitants; l'Ârragon ou les côtes de Barbarie lui fournissent ordinairement le surplus, et sans la quantité de vin et d'eau-de-vie qu'on y avait trouvée, on n'aurait pu y subsister quinze jours.
L*armée espagnole s'approvisionnait de vivres et de fourrages dans le royaume de Valence, doù ils lui arrivaient par mer. Sans ces secours étrangers à la province, il lui eût été impossible de rester réunie. Que l'on juge, par comparaison,
CHAHTRE TROIStiHIE. 411
de la situation du septième corps, ne recevant et ne pouvant recevoir aucuns secours de la France, avec laquelle il n*a\ait plus de communications; n'ayant de ressources que celles que peut offrir un pays qui, comme on vient de l'observer, ne produit qu'une partie de sa consommation, qui en outre était déjà épuisé par la guerre, et oh le peu de vivres qui restait était offert par le patriotisme de ses habitants à l'armée chargée de les défendre : et cette armée néanmoins s'est toujours plainte du manque qu'elle éprouvait de vivres, et elle n'^aurait pu continuer ses opérations sans les secours de toute espèce qu'elle tirait des autres provinces. Le septième corps était dans ce moment débarrassé de l'armée de ligne, mais il n'en avait pet3 moins sur les bras la population de toute la province, bien armée, et qui se trouvait partout en force contre les détachements que Ton envoyait au loin chercher des vivres ou des fourrages; et quand, après avoir combattu pour repousser les habitants armés d'un canton, qui se battaient avec d*autant plus d'acharnement qu'ils défendaient, avec leur indépendance, des denrées rares et indispensables à leur existence ; quand, disons-nous, on était parvenu enfin avoe
112 GAUAGRE DE CATALOGNE.
des pertes souvent marquantes, à les repousser, on était encore obligé de perdre un temps précieux pour trouver les endroits oii ils avaient caché le peu de subsistances qui leur restait* : souvent un plus grand nombre de somatènes appuyés de miquelets revenait en force, parvenait à reprendre ses comestibles, avant le départ ou en route, et les détachements rentraient harassés de fatigue, ayant épuisé leurs cartouches, et ne ramenant autre chose que leurs blessés. Quelquefois ils étaient plus heureux dans leurs coursée, mais le manque de moyens de transport les empêchait d*en profiter. Sur un seul point, à Villa Nueva, près de Sitjas, on trouva un magasin de grains laissé par Tarmée espagnole; mais la troupe fut privée de cette heureuse capture; malgré ses besoins, on le fit diriger sur Barce-
* L'usage des habitants de ce pays étant de conserver leurs blés dans des magasins souterrains que Ton ne peut apercevoir à rextcrieur^ au lieu de les tenir dans les greniers si faciles à trouver en Allemagne et dans les pays où cet usage n'est point connu^ augmente singulièrement la difûculté de se procurer cet indispensable comestible. Dans le villes, les emplacements de ces magasins étaient visibles et communément vides, mais dans les campagnes c'était une grande et bonne fortune d'en rencontrer un après les plus grandes recberches.