CHAPITRE TROISIÈME. i
lonne; car le moment allait venir ohj ne pouvant exister près de cette place, faute de vivres, il faudrait s'en éloigner, et pour peu qu'on s'en éloignât, en avant ou en arrière, elle devait sur-Ie^^hamp être bloquée : ainsi l'armée dut souffrir encore pour mettre Barcelonne en état de se défendre jusqu'au moment oîi le gouvernement français pourrait ou voudrait l'approvisionner par mer, seul moyen de le faire, et que le général en chef avait sollicité dans presque toutes ses lettres.
Duhesme envoya quelques bataillons sur Mataré, dans le but de se procurer des vivres pour la subsistance de la troupe; il chargea de cette opération Lechi, qui enleva tout ce qu'il put trouver en ce genre chez les habitants, ne ramena néanmoins par grand'chose, et perdit beaucoup de monde, tant par les attaques des miquelets et somatènes que par le feu de la croisière anglaise qui le canonna à son retour, le long de la marine et jusque près de Barcelonne.
Pendant tout le temps que Reding employa à Tarragone pour recruter et réorganiser son armée, c'est-à-dire, depuis la fin de décembre
jusque vers le milieu de février, le septième
114 GAMPAaNB OS CATALOGNE.
corps éprouva tous les genres de privations; fatigua beaucoup par les nombreux détachements qu'il fallait répéter pour se procurer des vivres ; consomma dans les combats, pour s'en emparer» deux millions de cartouches*; et s'affaiblit par la perte des hommes tués, blessés et malades. Les Espagnols avaient porté leur corps au cora** plet. Reding avait réuni à lui le marquis de Lazaa avec les troupes qui n'étaient pas nécessaires à la défense de Gironne ; il avait reçu de Valence un renfort de deux mille hommes, et de Minorque le régiment suisse de Bettchard : ce qui mettait dans son armée tous les régiments de cette nation, au service d'Espagne.
Les choses étaient dans cet état au commeo*cernent de février^ et les inconvénients comme les dangers de notre position augmentaient tous les jours. Les renforts que l'ennemi avait reçus le mettaient à même de prendre l'offensive et de nous resserrer de plus en plus; nos communications étaient si gênées, et devenues si difficiles, que l'on avait été obligé de faire replier la division Souham sur Yendréll. On ne pouvait aller à Barcelonne sans une escorte assez consi-
« Voir la leure du général Ra(y, n* 23.
'chapitre troisième. lis
dérable, qui était presque toujours attaquée en route. Ce trajet devenait ainsi Toccasion d'une perte d'hommes souvent réitérée. Une telle ténacité d'agression paraîtra incroyable à ceux qui a*ont point fait cette guerre, et qui ne connaissent pas les miquelets catalans ; ceux-là seuls s'étonneront de voir le septième corps demeurer toujours dans Itf position où il s'était arrêté après la poursuite de l'ennemi dans les derniers jours de décembre, c'est-à-dire, Chabran à Martoréll, Chabot àSan Sadurni, Pino à Villa Franca, Villanueva et Sitjas, et Souham à Vcndréll. Le poste de Sitjas avait même été attaqué par des somatènes protégés et soutenus par la marine anglaise.
Les positions que Reding faisait occuper par ses troupes dans les premiers jours de février annonçaient évidemment son projet de reprendre l'offeosive; enhardi par les renforts qu'il avait reçus, par la confiance sans bornes de son armée, et par celle de la junte de la province, il n'aspirait à rien moios qu'à nous couper non-seulement de France, mais encore de fiarcelonne, et à nous envelopper entièrement ; il rêvait toujours une répétition de Taffaire de Baylen, malgré les leçons de Cardedeu et de Molino del Rey. Une sorte de jactance et
d'emphase qui doit être naturelle aux peuples de la péninsule, puisqu'on la retrouve, par exemple, dans leur littérature de toutes les époques, était de nouveau à Tordre du jour dans l'armée espagnole et dans les papiers destinés à tromper et à exalter, outre mesure, des hommes que le climat, l'ignorance et le manque de civilisation ne disposent que trop , pour leur malheur, à se jeter dans des exagérations aveugles. Les Espagnols comptaient d'ailleurs sur un soulèvement des habitants de Barcelonne, pour compléter le succès qu'ils se promettaient : ils avaient renouvelé à cet effet les intrigues commencées sous le général Vives. Mais cette fois on avait renoncé au projet de séduire Lechi.
Le général en chef Reding venait de rendre disponibles quarante mille hommes de son armée; il se disposait à une attaque générale, et à déboucher de la position quMl occupait près de Tarragone, sur la Gaya et au col de Santa Christina, avec ce qu'on appelait alors sa première division, composée pour la plus grande partie de troupes de ligne , et forte de quatorze mille hommes. Il devait attaquer Souham sur deux points à Âltafûlla et à Yendréll, pendant que les généraux