‹ Journal des opérations de l'armée de Catalogne, en 1808 et 1809, sous le commandement du général Gouvion Saint-Cyr; ou, Matériaux pour servir à l'histoire de la guerre d'EspagneChapitre 40 sur 120 · CHAPITRE dNOflÉlIB. IS · texte numérisé non relu

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déjà fait beaucoup, elle s'était adjugé cette supériorité, mais las Espagnols la contestaient encore. Ils disaient le revers de Lliaas arrivé par l'impé* ritie de Vives, pour avoir choisi une mauvaise position; ils attribuaient la déroute de Molino del Rey aux fautes du même général, à la mollesse, à Tindécision des troupes ; dans l'affaire qui venait d'avoir lieu à Igualada, ils n'avaient pas été assez battus : le général Castro avait fait trop peu d efforts, et n'avait pas assez engagé son monde pour obtenir un grand succès ; par la même rai-» son, il avait éprouvé un moins grand revers. Il fallait donc une nouvelle bataille décisive qui réunit ces trois points, une bonne position, oix les troupes espagnoles combattissent avec bravoure, même avec intrépidité, et où la conduite du général en chef ne laissât rien à désirer. Nous attendions cette bonne fortune» et nous espérâmes qu'elle allait se présenter.

La famine, plus encore que les dispositions du général espagnol, avait forcé le septième corps à abandonner les positions de Martoréll, San Sadurni, Villa Franca et Vendréll, qu'il venait de quitter pour se rapprocher de Tarragone, Réus et Valu, oh on lui faisait espérer suffisamment de

grain et de bétail; mais il n'y trouva qu'une grande quantité de vins et d'eaux-de-vie. Heureusement on était arri^ à Yallsun jour de marché, et on y avait trouvé tout le grain amené par les Arragonais ou les habitants de la plaine d'Urgel, qui ont coutume de vendre à ceux du camp de Tarragohe l'excédant de leurs besoins en grains. Pour chercher ses vivres dans le nouvel arrondissement qu'on venait d'occuper, il fallait de toute nécessité se disséminer ; ej;, pour le faire sans trop de dangers y il fallait combattre, et surtout vaincre.

Le général en chef prévint Souham du retour de RedingsurTarragone, et lui enjoignit, le 24, de ne pas le perdre de vue un instant, d'envoyer des reconnaissances pour s'assurer qu'il ne pût lui dérober un mouvement, et enfin de combattre au débouché de la vallée de Monblanch ou du col de Lilla, si l'ennemi tentait ce passage plutôt que celui du col de Cabra, que l'on croyait qu'il pourrait prendre de préférence, supposé qu'il eût encore envie de nous couper de Barcelonne.

La division Souham était placée en avant de Yalls, au nord de cette ville, ayant sa gauche appuyée au Francoli, à peu près à la hauteur d'Al*cover, sa droite dans la direction de Plà, occu-

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put, par un avant-poste un peu faible pour la circonstance, le village de Picamoxons, oh passe la route de Monblancb, et où aboutit une autre communication venant du col de Lilla*

La division Pino était à Plà, son avant-garde au col de Cabra, et un poste, à sa droite, à Tabbaye de S. S. Greus.

Le 25 février, entre six et sept heures du matin, Reding, qui avait renoncé cette fois au projet de nous envelopper et de nous couper de Barcelonne, avait choisi le point de Picamoxons pour débou^ cher sur la plaine de Valls ; il s'estima heureux de n'y trouver qu'un petit poste, car il avait craint d'être retenu dans ce défilé assez longtemps pour voir arriver sur lui, au moment oh il en déboucherait, les deux divisions réunies : il brusqua ce poste et attaqua de suite la division Souham ; malgré les difficultés naturelles qu'il éprouvait, il lui faisait perdre du terrain, en la poussant sur Yalls, tandis que derrière cette attaque il faisait repas[ser sur la rive droite du Francoli ses bagages, équipages et artillerie avec une partie de ses troupes. Dans la matinée du 25, Souham envoya un officier à Plà, au général en chef, pour le prévenir que Reding avait débouché de Picamoxons,

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qu'ih passait le Francoli et se dirigeait sur Tarragoûe, et lui demander s'il fallait le suivre ^ Le général en chef le lui ordonna , et lui fit dire qu'il allait de suite réunir la division italienne et se porter sur la route de Tarragone. Il envoya Tordre au général Pi no de rassembler promptement sa division qui, s'attendant à combattre d'un moment à Tautre, était sous les armes depuis le point du jour, et de la mettre, sans perdre un instant, en route pour Valls, où il se rendait luimême, et où, à son arrivée, il lui assignerait la direction voulue par les circonstances. Ce contretemps nous affligea, il pouvait détruire nos espérances.

Le général en chef avait craint d'abord que Reding ne lui échappât sans combattre ; mais son premier succès, sur la division Souham, avait excité son amour-propre, et son audace naturelle. Il était chaudement engagé avec cette division qui perdait encore du terrain à l'arrivée du général en chef, dont le premier soin dut être de presser la division italienne, et de faire arriver au grand trot le régiment de dragons Napoléon, qu'il porta sur le flanc droit de l'attaque des Es-

< Voir pièces justifirativos, 11*25.

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pignob. Ceux-ci voyant entrer en ligne de nouvelles troupes, et jugeant Tarrivée du reste de la division italienne assez prochaine, s'arrêtèrent, et finirent par replier successivement leurs colonnes pour prendre position derrière le Pont de Goy, sur la rive droite du Francoli, en couvrant de cette rivière le front de leur armée.

En attendant Tarrivée du général Pino» le général en chef fit reconnaître par des officiers d'état-major les points oîi ses colonnes pourraient passer le Francoli, dont les hords escarpés, et d'un difficile accès, donnaient aux Espagnols une position admirable à défendre, et extrêmement difficile à attaquer.

A trois heures de l'après-midi, les troupes étant réunies, le général en chef en forma quatre colonnes d'attaque : les deux du centre avec la division Pino, et les deux des ailes avec la division Soubam qui connaissait mieux le terrain; ces deux dernières marchèrent Tune vers sa droite, l'autre vers sa gauche, pour laisser aux autres la place nécessaire au développement de leur atta-*

que.

Pour être plus sûr d'avoir un engagement aussi décisif qu'il le désirait, le général français, dans

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la vue de donner à Teûnemî une codfianee qui, lorsque l'issue du combat l'aurait trompée, devait tourner au profit du moral des troupes françaises, défendit à ^on artillerie de tirer un seul coup de canonJ Elle était pourtant dans une po*

sition si belle, pour le faire avec avantage, que le commandant avait feint de n'avoir pas compris l'ordre, et commençait le feu quand Taide de camp le lui réitéra d'une manière si formelle qu'il dut cesser au troisième coup, en en témoignant de bien vifs regrets. Ce sont les seuls qui furent tirés depuis l'arrivée du général en chef sur ce champ de bataille, jusqu'à la fin de l'affaire.

On voulait croiser la baïonnette avec l'ennemi en arrivant sur le plateau. Les obstacles du terrain étaient grands ; il fallait beaucoup de temps pour arriver au sommet ; de sorte que si l'artillerie eût tiré pendant tout cet intervalle, le feu de deux rangs des Espagnols eût été moins beau, moins long, et ils auraient, avant que nous y fussions parvenus, éprouvé assez de pertes si Ton en juge par celle que leur avaient causée les trois coups de canon dont on vient de parler, pour se décider à opérer leur retraite ; niais la certitude d'un succès moins disputé, et la considération

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