‹ Journal des opérations de l'armée de Catalogne, en 1808 et 1809, sous le commandement du général Gouvion Saint-Cyr; ou, Matériaux pour servir à l'histoire de la guerre d'EspagneChapitre 43 sur 120 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

à-compte aux officiers du septième corps, dont le dénûment était extrême.

Ce fut pour nous un événement extraordinaire que de trouver des habitants dans une ville de la Catalogue : ils n'avaient pas fui à notre approche, d*après l'avis de Reding, qui par ce conseil sauva celte ville, riche et commerçante, la seconde de la province, d'une destruction inévitable ; car il est impossible, quelque discipline qui existe dans une année, de maintenir l'ordre dans des maisons abandonnées par leurs habitants, surtout quand les troupes savent que les absents sont armés, et qu'ils font partie des ennemis qu'ils combattent tous les

jours.

Le général français renvoya, les jours suivants, à Reding, plusieurs milliers de soldats, malades ou blessés, trouvés dans les hôpitaux de Réus, et conclut ensuite avec lui une convention dans laquelle on stipula que les malades ou blessés qu'on trouverait à l'avenir dans les hôpitaux, ne seraient plus r^;ardé8 comme prisonniers de guerre, et qu'ils seraient, aussitôt leur guérison, renvoyés à leur armée respective.

De notre côté, on n'osa pas trop se fier à ce Aie, parce que l'on ne supposait pas au gène-

rftl en chef espagnol, quel qu*il fût, assez d'autorité sur la population fanatisée de ce pays , pour le faire respecter, et Ton continua, quand les mouvements de l'armée obligeaient à évacuer un pays , à évacuer aussi , par tous les moyens possibles, les malades et tous les blessés transportables : mais le caractère du général français le portait à faire disparaître, autant qu'il était en son pouvoir, les atrocités qui se commettaient sur ses troupes, et qui devaient amener de justes mais horribles représailles ; il cherchait à ramener les Catalans à des sentiments d'humanité dont ils s'éloignaient tous les jours davantage, sans aucun fruit pour les intérêts de leur patrie. 11 consentit donc aux propositions du général espagnol, et signa le traité, quoique bien convaincu que l'armée française serait encore la dupe de cet arrangement, comme elle l'avait été dans l'échange des prisonniers, parmi lesquels on lui avait renvoyé des courriers pour des officiers, des ombres épuisées par les tourments et le séjour des cachots, des parlementaires, considérés comme prisonniers, etc., etc., en échange d'hommes pouvant combattre de suite ; néanmoins il regarda toujours ces échanges et cette conven*

CBAPITES GlNOVliME. I5l

tioD pour les hôpitaux comme un adoucissement à la haine des Espagnols pour les Français, et comme un hommage rendu à la bonne conduite de Tannée. Il faut cependant être juste envers le général Reding; il s'est toujours montré aussi humain que brave ; son âme élevée ne s'est jamais démentie un seul instant; heureux ou malheureux, il a toujours traité les victimes tombées entre ses mains avec le respect dû au malheur; et ces actions de sauvages qui ont eu lieu ensuite, ces massacres de blessés, d'amputés, etc., exécutés, plus particulièrement dans les environs de Gironne, par la bande Rovira et autres, n'ont pas commencé, et n'auraient pas eu lieu dans retendue de son commandement, autrement qu'à son insu. C'est à lui que l'on dut le renvoi dans leur patrie des malheureux Français échappés au massacre de Valence.

Revenons au septième corps : sa position était toujours critique sous le rapport des subsistances ; le courage des troupes qui le composaient l'avait bien débarrassé pour quelque temps de Tarmée ennemie, mais rien ne pouvait éloigner la famine qui le minait et les maladies qui allaient l'assiéger ; résultats inévitables des fatigues et do la mi-

sère qu'ail éprouvait, et du dénûment absolu des soldats en habillement, chaussure, etc. C'est dans cette situation que le général en chef reçut, dans les premiers jours de mars, par le retour d'un des espions envoyés dans le Lampourdan au général Reille, deux lettres en chiffres, dans lesquelles le major général lui prescrivait des dispositions impossibles à exécuter; l'une d'elles ordonnait de faire faire à la fois au septième corps les sièges de Gironne, Tarragone et Tortose : on fut forcé de supposer qu'il y avait erreur dans les chiffres, autrement il aurait fallu croire que dans de telles instructions, il y avait folie de la part du major général ou de son chef, car c'eût été tendre un piège au septième corps, et le jeter dans une entreprise déraisonnable, dont il n'aurait pu sortir sans que quelque grand désastre vint servir de compensation à ses succès.

Le général en chef, ne dissimulant point la surprise que lui causaient ces instructions, répondit, le 6 mars S que Ton se contenterait de tenter le possible, c'est-à-dire, le siège de Gironne; il ne rendit compte que des difficultés présumées; et

1 Voir pièces justificatives, n? 27.

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les observations étaient faites avec toute la modération convenable pour les personnages auxquels elles étaient adressées : elles n'en furent pas moins assez mal accueillies, et plusieurs personnes les ont considérées comme la cause de son rappel qui arriva peu de temps après.

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