CHAPITRE SIXIÈMB. lOT
d'une grande ville contre la garnison, lui paraissait assez grave pour mériter qu*on y regardât de près; il était d'ailleurs convaincu que ce n'était pas aveuglément et sans un mûr examen qu'il fallait ajouter foi aux rapports de la police, quelle qu'elle fût. Le retour du général Rey confirma le général en chef dans l'idée qu'il n'y avait rien à craindre de tous les prétendus projets de conspiration qu 'on lui avait annoncés à plusieurs reprises. Cependant les habitants de Barcelonne finirent par s'apercevoir des craintes qu'ils inspiraient, et les frayeurs imaginaires ou réelles dont ils crurent reconnaître des traces dans la conduite des autorités, les portèrent vraisemblablement à réaliser dans la suite des projets dont l'idée ne leur serait probablement pas venue sans cela. La tentative du mois de mars suivant a été réelle, et le succès l'eût couronnée peut-être, si Ton eût tardé à éloigner de la place les divisions de Wimfl*phen et de Milans, qui auraient pu la faire réussir par le concours de leurs forces, par celui des prisonniers de guerre qui se trouvaient dans la vill(>, et par celui de l'escadre anglaise dont l'avantgarde, composée de trois frégates, commença à ca- Qonner la ville le 10, et qu'un vent de nord-est.
soufflant avec violence, força, dans l'après*inidi du lendemain, à lever l'ancre pour prendre le large.
Les habitants furent très-désappointés le 15 an matin, quand du haut de leurs terrasses ils n'aperçurent plus à la vue de Barcelonne un seul Espagnol armé ; ils en furent d'autant plus surpris que la veille ils avaient vu des miquelets pousser la hardiesse jusqu'à s'approcher de la forteresse de Monjuich, assez près pour faire feu sur les sentinelles, tandis que d'autres avaient entretenu une fusillade assez vive, jusqu'à la nuit près de Barcelonne, à la croix couverte. Chacun se félicita de n'avoir pas commencé le mouvement insurrectionnel qui devait s'effectuer sous la protection de ce rassemblement, et d'avoir ainsi échappé aux dangers qui en seraient résultés pour lui. Ils ajournèrent leur projet; mais on leur en rendit l'exécution tellement difficile ^ pour ne pas dire impossible, qu'il n'eut d'autres suites que la perte de quelques citoyens assez insensés pour s'être compromis en exposant une belle cité aux horreurs de la guerre'.
* On a publié depuis un volume où sont détaillées une quantité de conspirations attribuées aux habitants de Barcelonne.
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Ce que Ton aura peut-être de la peine à concevoir, c'est que tous les généraux espagnols qui
ODt commandé en chef en Catalogne > aient appuyé et même fomenté ces révoltes : eux qui devaient si bien connaître les difficultés de la réussite de semblables entreprises et la nature des dangers auxquels ils exposaient la capitale de la province et ses nombreux habitants.
Les différents mouvements rétrogrades de Chabran, d'Igualada à la Llacùna, San Quinti et Villa Pranca, particulièrement celui de Molino del Rey à Villa Franca, qu'il avait exécuté malgré Tordre si formel qu'il avait d'attaquer et de débusquer leunemi qui coupait la communication de Barcelonne» avaient jeté dans le septième corps et jusque dans les divisions si souvent victorieuses qui étaient près de Tarragone, une inquiétude dangereuse, surtout à la veille du mouvement rétrograde qu'elles allaient exécuter. Le général en chef voyait que l'on cherchait à deviner si sa tranquillité apparente était bien réelle : on lui ré-
Noos pensons que la police de cette ville a fourni les matériaoK de cet ouvrage^ el nous persistons à croire que celles des mois de mars et join i809 sont les seules qui aient pu mériter Tattentîon des autorités françaises.
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pétait sans cesse combien les Espagnols étaient dangereux dans une retraite ; combien il était nécessaire de dérober à l'ennemi la connaissance d'une semblable marcbe, en le trompant le plus longtemps possible, etc.
Comme on a déjà eu occasion de le dire, le général en chef a toujours été convaincu que la force morale d'une armée est bien supérieure i sa force physique; il ne voulut rien négliger pour Tempêcherde s'affaiblir; en conséquence, le 19 mars, veille du départ de Valls, il répondit à ceux qui lui réitéraient les mêmes observations et les mêmes craintes, qu'il était si loin de les partager qu'il ne voulait pas commencer sa retraite sans que l'ennemi en fût prévenu officiellement, et qu'il allait de suite envoyer à Tarragone un officier parlementaire, avec une lettre pour le général en chef espagnol, ce qui fut exécuté sur-lechamp.
Le général en chef prévenait ce dernier que, forcé par des circonstances majeures à se rapprocher des frontières de France, il partirait le lendemain à midi de Valls, et que s'il voulait y envoyer, pour cette heure, un officier avec un détachement, il lui ferait remettre, intact, avant