‹ Journal des opérations de l'armée de Catalogne, en 1808 et 1809, sous le commandement du général Gouvion Saint-Cyr; ou, Matériaux pour servir à l'histoire de la guerre d'EspagneChapitre 53 sur 120 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Marche kut Vich par la vallée du CongoM. — Départ de Leclii pour conduire les prisonniers dans le Lamponrdan. — Départ du septième corps, de Vich, pour se rapprocher de Gironne, et couvrir les opérations du siège de cette place. — - Siège de Giroone.

Le 15 avril, après que les divisions eurent distribué aux soldats les quatre rations qui restaient encore, et qui avaient été ménagées pour le mouvement qu'on allait faire, les troupes du septième corps vinrent prendre position près de Granollérs , sur le Congost , laissant toujours croire qu'elles se retiraient sur les frontières de France, et emmenant avec elles environ deux mille prisonniers espagnols qui encombraient et gônaient à Barcelonne. On a déjà dit, dans le courant de ce mémoire, que les ennemis obstruaient tous le^. chemins par oh nous pouvions passer, pour multiplier les obstacles et les difficultés de nos communications, déjà si difficiles par la nature de la guerre que nous avions à faire, l'aspérité du pays, le nombre de nos adversaires ejt le caracrtère des habitants de la Catalogne. La vallée du

Gongost, qui se prêtait mieux que toute autre à de semblables dispositioûs, ne fut pas oubliée : le long défilé, depuis la Garriga jusque vers Âigua Freda, entre de hautes montagnes, toujours escarpées et souvent bordés de rochers à pic, minés en plusieurs endroits , et qui , au premier coup de cloche, se garnissaient de nombreux somatènes, faisait croire impossible notre arrivée à Yich ; les Espagnols étaient d'autant plus fondés à le penser, que le corps de Wimffphen, étant à portée de se joindre, en peu d'heures, aux miquelets et somatènes qui défendaient l'entrée de ce défilé, semblait, réellement, rendre insurmontables les difficultés réunies sur ce point im-portant. Leur confiance, d'ailleurs si facile à augmenter, était d'autant plus grande qu'ils avaient repoussé, le 15, une reconnaissance qu'ils avaient prise pour une attaque.

Le 16 au matin, nous trouvâmes, à l'entrée du défilé, sur les hauteurs de la Garriga, les somatènes et quelques miquelets bien disposés à défendre ce passage. Les prisonniers espagnols, qui connaissaient le pays et les obstacles que nous allions rencontrer, ne pouvaient contenir leur joie, et se croyaient au moment d'être délivrés

CUAPITRE SEPTIÈME. 181

par leurs compatriotes qu'ails apercevaient sur des positions si formidables : une heure plus tard ils ne purent contenir leur indignation, lorsqu'ils les virent, après une légère attaque des Français, les abandonner en désordre et se livrer à une fuite précipitée : quelques-uns leur crièrent des injures, assurément peu méritées; ils ignoraient qu'en même temps que le général en chef se présentait à la tête du défilé, il le faisait attaquer en queue par le général Chabot, à la hauteur de Centellas ; en flanc, par des troupes légères de la division Souham , et que le général Pino s'était porté avec sa divison sur Wimffphen afin de l'attaquer dans le cas oil il aurait voulu s'approcher du Congost pour soutenir les somatènes chargés de défendre la tête et les hauteurs qui bordent cet effroyable défilé. Ces somatènes et miquelets, abandonnés à eux-mêmes, ne pouvaient ainsi, sans les plus grands dangers, qu'ils auraient courus sans nécessité, chercher plus longtemps à défendre ces positions * .

^ Les mines sur lesquelles ils avaient compté sautèrent, mais ne produisirent d'autre effet que de présenter un beau spectacle à DOS troupes : ces sortes d*ouvrages font ordinairement plus de peur que de mal; ils ne firent ici ni Tun ni l'autre.

Les 17 et 18, le corps d'armée prit les positions suivantes : Chabot s'établit à Centéllas, ses avant-postes à San Martin ; Pino à Tona, avec un bon poste en avant de lui à Collsespina; Souham, à Yich; sa droite au Ter, à Manlleu et Roda; ses avaui'-postes à San Ëularia, San Sébastien et Gurp; la division Lechi fut destinée à conduire les prisonniers en France.

Comme on n'^avait point compté à Vich sur notre arrivée, on n'avait rien pu évacuer; les habitants, en se sauvant, n'avaient eu le temps que d'emporter leurs effets le plus précieux; les malades, cinq ou six vieillards et l'évêque, M. de Veyan *, furent les seules personnes qui y res-

^ C'est hii qui, donnant Tessor à des sentiments d*huroanilé bien rares à cette époque dans la Catalogne, même parmi Ips ecclésiastiques, se vil, pour avoir logé le jeune prince de Salm, prisonnier de guerre, chose que personne n*eût osé faire, se vil, dis-je, entouré par la populace dont il ne parvint ài apaiser la fureur et à calmer les cris de cannibales qu'en ordonnant une procession de tous les ordres religieux et séculiers. Ce moyen ayant ramené la tranquillité, il en profita pour faire partir le prince, que nous eûmes le bonheur d'échanger quelques mut» après. Ce digne prélat considérait comme un des devoirs les plus sacrés de son état et qu'aucune considération ne pouvait autoriser k enfreindre, de rester au poste que Dieu, disait-il, lai avait assigné, voulant louji.; is oire à iiiènic do itoiirier les secours ei

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