CHAPITRE SEPTliNE
D'aillears le général en chef était bien sûr de dégager plus efficacement l'Àrragon, et de rappeler plus promptement Blake au necours de Gironne, en restant auprès de cette place, et en protégeant le siège, qu'en exécutant la fausse manœuvre qu'on voulait lui faire faire. 11 évitait en outre les inconvénients qui résultent toujours de semblables mouvements ; sans en chercher hors de cette guerre un exemple, on peut citer celui assez mémorable du général Montbrun sur Alicante; la nécessité n'en était pas plus démontrée que de celui qu'on voulait faire exécuter au seplième corps pour dégager le troisième ^
'Vers la fin de décembre 1811^ le gouverDement français» s'étant imaginé que l'entière pacification de l'Espagne dépendait (le la prise de Valence, mit en œuvre, pour s'en rendre maître, des moyens beaucoup trop considérables qui^ manquant sur d'autres points où ils étaient d'une grande nécessité, firent de cette opération une source de calamités pour les armées françaises et pour lui. Non content d^avoir renforcé l'armée du maréchal Sochet de quelques régiments du septième corps et des 14,000 hommes sous les ordres du général Reille, il envoya le général d'Armagnac, avec une division de l'armée du centre sur Guença et malgré que toutes ces forces fussent plus que suffisantes pour protéger l'expédition de Valence, il détacha encore de Tamée de Portugal le général Montbrun avec deux divisions d'infanterie et une de cavalerie pour l'envoyer sur Alicante, fa-
198 CAMPAGNE DE CATALOeN£.
Ce qui n'était pas difficile à plrévdrir arriva : Blake ne s'occupa plus que de trouver tin moyen quelconque de sauver Gironne; il voulut d'abord, pour satisfaire aux réclamations du gouverneur, en augmenter les approvisionnements, et surtout la garnison, en attendant que les secours et les renforts qui lui étaient annoncés fussent arrivés. La position que les troupes du septième corps occupaient, dans les environs de Yich, étant déjà assez éloignée de Oironne, lui promettait un succès complet et facile; mais le général en chef avait pénétré son dessein, et le 8 juin, comme on l'a déjà dit, il avait fait partir, sous l'escorte de six bataillons, ses malades et blessés pour Barcelonne, seul endroit oti il pût les déposer avec sécurité. Il y renvoya également l'artillerie qu'il avait amenée à Yich, et toutes ses charrettes de transport, parce que les seuls chemins qu'il pût tenir pour se rendre dans la position qu*il
vorisant par ce faux et inulile mouvement la prise des places de Badajos et de Giudad Rodrigo qui furent enlevées par Wellington. De là, la série de malheurs qui finirent par accabler les armées françaises en Espagne ; car ces deux places que le duc de Raguse^ trop affaibli par le détachement de Montbnin, ne pot défendre, servirent de base et d'appui aux opérations des Anglais dans la Péninsule et leur assurèrent des succès durables.
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voulait prendre en avant de Gironne n'étaient que des sentiers impraticables pour toute espèce de voitures. Le détachement sur Barcelonne y était entré le 13, et en était parti le 14 : il avait été appuyé par des troupes échelonnées à ce dessein et était de retour sans accident, ayant laissé un bataillon de plus dans cette place, vu que nos communications avec elle allaient devenir plus difficiles . ce qui porta sa garnison à neuf bataillons, un régiment de cuirassiers, deux cents employés et environ trois mille malades ou blessés dont une partie rentraient tous les jours dans leurs dépôts, et renforçaient d'autant la garnison.
Les soldats se chargèrent de pain ou de farine autant qu'ils le purent; le général en chef eut beaucoup de regret d'en laisser quelque peu qui restait, et qu'on dut abandonner, faute de moyens de transport, parce qu'il craignait que les grains ne fussent pas entièrement mûrs dans les nouvelles positions qu'il allait prendre. Les malades, et les officiers et ëoldats bien portants avaient beaucoup souffert du manque de viande et de vin qu'on n'avait pu se procurer d'aucune manière ; mais enfin on avait eu du pain en abondance, et si l'on avait été mal à Vich, on entrevoyait la possibilité
SOO CAKPÂ6NB DE CATALOGNE.
d'être plus mal encore, du moins pendant sept ou huit jours, dans le pays situé entre Gironne et Hostalrich.
Le giénéral en chef aurait, par cette raison» désiré de différer encore le départ de ses troupes ; mais les intentions de Tennemi, ses mouvements pour compléter la garnison de Gironne, et pour jeter des vivres dans cette place, forcèrent le départ qui eut lieu le 18 juin.
Les divisions Souham et Pino prirent le chemin qui passe près de Folgarolas par S. Julia et sous San Sadurnide Osor, S. Hilario et Santa-Coloma de Farnès. Le mouvement avait commencé si à propos, qu'à notre arrivée à ce dernier endroit, un officier d'état-major espagnol en sortait, et venait de reconnaître l'emplacement du camp que devaient occuper les troupes du général Blake ; une brigade du général Pino disputa ses cantonnements à trois bataillons ennemis, venant de Martoréll, et les força à se retirer. Nos troupes eurent une rencontre extrêmement heureuse : elles donnèrent au milieu des parcs de bœufs, destinés pour Gironne, et protégés probablement par ces trois bataillons ; on les prit tous, au nombre d'environ mille à douze cents. Ce fut un véritable