CHAPITRE SEPTIÈME
elles se contentaient de nous harceler, et ne s'engageaient pas, malgré tout ce que nous faisions pour leur inspirer de la confiance. Le général en chef s'affaiblit encore d'une brigade de la division Souham, qu*il fit placer dans les environs de Banolas, pour (ouvrir et protéger la communication de Figuiëres, qui était très-suivie à cause de l'évacuation des malades et des blessés qu'on y envoyait sur les voitures qui amenaient des vivres et des munitions aux troupes du siège; mais Rovira et d'autres chefs de miquelets et somatènes, portèrent le centre de leurs opérations plus en arrière, et coupèrent plusieurs fois notre ligne d'opérations s(Ht entre la Fluvia et Figuières, soit entre cette place et Bellegarde. Les courses continuelles qu'ils obligeaient ainsi à faire, fatiguaient excessivement les troupes; les maladies commençaient à exercer de grands ravages.
Après la prise de la ville et du port de San Felitt deGuixols, le général Fontane reçut, le 5 juillet, Tordre de s'emparer de Palamos; ces deux points étaient pour nous de la plus haute importance. Le premier était le rendez-vous des corsaires espagnols qui interceptaient tout ce qu'on envoyait de France à Barcelonne sans une escorte
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considérable. Le second était pour nouVd'uA plas grand intérêt encore, parce qu'il facilitait la communication de la garnison de Gironne avec Tarragone, résidence habituelle du capitaine général, marquis de Coupigny ; cette correspondance étant servie par les canonnières de la marine royale, stationnées dans ce port qu'elles étaient chargées de défendre, aussi bien que ses approches.
Palamos a joué un rôle dans toutes les guerres que la province a eu à soutenir. Sa position est très-forte; c'est une presqu'île où il n'y a qu'an front à défendre, et ce front n'est pas très-éteadu. La place avait été autrefois régulièrement fortifiée ; mais elle était négligée depuis longtemps. Il avait cependant été facile, avec peu de travaux, d'en faire un poste excellent qui inspirait une grande confiance aux troupes, et à un nombre considérable de somatènes de tous les environs, qui s'y étaient renfermés sous la conduite de chefs dont le patriotisme et la bravoure étaient connus depuis longtemps, entre autres, du colonel Cabrera. 11 y avait vingt pièces de canon en batterie ; le service en fut confié à des marins choisis. Les Espagnols se croyaient tellement forts dans cette position, qu'ils rejetèrent avec dédain les deux sommations
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du général Fontane, qui fut obligé de déboucher Mir PalaiDOs. {Voir planche w IX.)
Lea six canonniè^s firent d'abord un grand feu de leur artillerie, près de Torre Valenti, sur la tète de sa' colonne, composée de la deuxièrûe
demi«-brigade d'infanterie légère italienne, de deux escadrons des dragons Napoléon, et de six pièces d'artillerie à cheval ; ce feu la força d'appuyer à gauche, pour s'approcher de la ville en tournant le village de San Antonio, derrière lequel se placèrent les dragons, et près duquel la batterie d'artillerie à dieval commença son feu sur les canonnières, qui furent obligées de faire un premier mouvement rétrograde, et plus tard de prendre tout à fait le large.
Le général Fontane attaqua aussitôt les Espagnols sur la belle position de la montagne San Juan, les culbuta et les rejeta derrière les retran* chemenls de la ville, dont la cavalerie et l'infan* terie italienne s'approchèrent aussitôt, .\vant de les attaquer, Fontane envoya de nouveau son aide de camp en parlementaire pour sommer la ville de se rendre : cette troisième sommation fut reçue des assiégés avec encore plus de mépris que les deux premières. Ils y répondirenl par un coup
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de canon à mitraille qui renversa Tjaide de camp. L'assaut fut ordonné aussitôt et s'exécuta sous un feu d'artillerie violent et bien servi ; le deuxième italien emporta les retranchements de front, et pénétra dans la ville pendant que quelques compagnies de ce régiment, l'ayant tournée, y entraient par un sentier situé à la droite de Tennemi, et que les dragons escaladaient la montagne vers la gauche, gravissant leij rochers par un autre sentier qu'on appellerait un escalier mieux qu'an chemin : ni l'un ni l'autre n'avaient été gardés, ayant été jugés inaccessibles.
Ces troupes tombèrent sur les Espagnols en fuite, qui venaient de quitter la ville après l'avoir défendue pied à pied, ainsi que les retranchements, et qui cherchaient à s'embarquer dans les canonnières et les autres bâtiments sur lesquels ils comptaient pour se sauver ; mais les uns et les autres s'étaient retirés au large, abandonnant les défenseurs de Palamos aux dangers de leur affreuse situation; ils furent sabrés et presque tous passés au fil de Tépée ; quelques-uns seulement, qui avaient pu gagner le rivage et s'étaient jetés à la mer, furent reçus prisonniers après que la première fureur du soldat fut calmée.
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' Cette affaire donne une idée du degré de bravoure où les troupes italiennes étaient parvenues. Elle coûta cher aux Espagnols : le résultat en fut terrible pour eux ; mais il nous fut utile, en ce qu'il empêcha plusieuis autres villes de suivre le marne exemple.
La gloire de défendre ses foyers domestiques, menacés par l'étranger, est grande, la plus grande de toutes, peut-être; mais la vertu qui y fait prétendre ne serait point la première des vertus, si
elle pouvait être pratiquée sans péril.
Heareux quand les chefs qui se trouvent à la tête d*un pareil dévouement patriotique sont assez prudents pourvue point exposer en pure perte et par un excès de témérité mal entendu l'exis* tence d'une cité et la vie de leurs concitoyens !
Nous sommes bien loin de blâmer en général les efforts que les Catalans ont faits dans cette guerre pour la défense de leur pays; nous les avons souvent admirés ; mais ils ont aussi souvent dépassé le but qu'on doit se proposer en pareil caS| et alors cet héroïsme tournait au détriment de la cause qu!ils servaient. Ils ont, dans plusieurs occasions, causé la ruine des populations sans nécessité comms sans avantage.
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Quand le sol de la patrie est envahi par TéttHn* ger, rarmée ennemie étant plus forte que celle qui est chargée de le détendre, n\jH doute que la population ne doive venir à son secours et lui prêter toute sorte d'appui ; mais il ne faut jamais qu'on la compromette sur les champs de bataille dans une absolue nécessité; il ne faut pas qu'oo exige d'elle tout ce qu'on exigerait de troupes de ligne, hieji organisées et aguerries. En effet, a y a-t-il pas de l'inhumanité à mettre son inexpérieiice aux prises avec un ennemi familiarisé à toutes les habitudes, à toutes les manœuvres, à toutes les chances de la guerre ?
En Catalogne, loin d'exaspérer ^es populattons, il fallait au contraire travailler à les calmer, et ménager leur ardeur pour seconder l'armée dans les grandes circonstances. On les a excitées sans cesse, on les a menées chaque jour au feu. dû le^ a fatiguées, harassées ; on les a forcées à déserter leurs habitations, dans le voisinage de la mer, pour s'embarquer, et dans l'intérieur pour bivouaquer sur les montagnes où ils périssaient de misère, à la vue de leurs foyers livrés, par leur abandon, à la discrétion du soldat ennemi, qui profitait plus de leur absence qu'il n'en souffrait,