CHAPITRE suintais
n'afaieai rien à craindre ni à perdre, le sort de Gironne restait le même, et leur retraite était également facile sur tous les points ; ils pouvaient aussi bien rentrer dans les montagnes de Yich, ou se reformer sous la protection de la forteresse d*Hosta)rich ; rien, dans l'un ou l'autre cas, ne les obligeait à a'éloigner assez de Gironne pour n'être plus à môme de s'en rapprocher et de tenter de nouveau de la délivrer ou de la secourir. Nous croyons qu'ails firent un faute grave en évitant une affaire oii leur grande supériorité numérique pouvait leur promettre des succès, et qu'ils en firent une impardonnable en se retirant, et facilitant ainsi la dissémination nouvelle que l'armée française allait être obligée d'exécuter pour trouver le peu de vivres qui restaient encore dans les villages et les hameaux qu'elle avait quittés avant sa dernière réunion. Ajoutez à cela l'effet moral de cette retraite sur les troupes des deux nations : les Français, manquant de tout et sans positions militaires, restèrent avec la conviction que l'armée espagnole était dans l'impuissance de troubler leurs opérations autour de Gironne, et qu'ainsi cette place ne pouvait manquer de succomber : les assiégés, longtemps abusés par les promesses qu'on leur
avait faites, furent consternés et pessentirent le sort qu'ils ne pouvaient plus éviter.
On avait appris dans la journée que les subsistances manquaient dans la place ; cette particularité n'avait pas été connue jusqu'alors, parce que son gouverneur avait fait faire, jusqu'à ce moment, des distributions régulières à ses troupes, et leur avait toujours fait donner ration complète : il ne devait pas, en effet, être jaloux de conserver des vivres au delà du temps que devait durer le siège ; il voyait au corps de la place des brèches presque ouvertes, il savait d'ailleurs que Blake était près de lui avec toutes les troupes disponibles dans l'arrondissement de son vaste commandement, et qu'afin que le nombre en fût plus considérable, il avait remplacé les garnisons par des paysans; le général Âlvarès s'attendait à être délivré d'un moment à l'autre, et avait pour ainsi dire calculé l'heure à laquelle le blocus serait levé. Trompé par les promesses du général en chef espagnol, malgré les espérances que lui donnaient le décret de la Junte suprême centrale % et par les rapports de Rovira et de Glaros ^, qui annon-
1 Voir pièces justificatives^ n® 35.
< Voir pièces jaslificatives> n* 39.
CHAPITUE HUITIÈME. 265
çaient des victoires imaginaires, tandis qu'ils n avaient combattu que de faibles détachements en observation sur la rive gauche du Ter, quand il vit la déroute de Sait et l'arrivée de la colonne de don Garcia Conde, il crut que c'était Cni, que nous étions battus et qu'il était délivré ; il faisait déjà détruire les ouvrages que nous avions construits près de Sainte-Eugénie, pour lui ôter les eaux qui servaient à faire aller ses moulins. 11 conserva toutefois le pont en bois placé près de Sait, notre seule communication sur cette rivière, au-dessus de la place, et dont la destruction eût empêché ' le retour des troupes de Verdier, pendant assez de temps pour que le renfort entré dans la place, aidé de la garnison, pût prendre et détruire les attaques de Gironne, peut-être même pour qu'il pût s'emparer du Monjuich et nous ravir ainsi le fruit de trois mois de siège. 11 ne brûla pas ce pont, sans doute parce qu'il le jugea nécessaire à l'armée espagnole, pour lui faciliter la poursuite de Français, qu'il supposait en déroute sur tous les points, comnie la division Millossewitz qu'il avait vue lui-même en désordre du haut de ses remparts. 11 se débarrassa de cinq cents malades qu'il établit au couvent de Saint-Daniel, le croyant défini-
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tivement abandonné par nous ; mais quand il s'aperçut que, pour délivrer une ville battue en brèche, on n'avait pris d'autre moyen que celui de lui envoyer quatre mille hommes d'infanterie et cinq cents chevaux, renfort inutile, parce qu'il ne pouvait plus effectuer de sorties un peu considérables avec quelques chances de succès, depuis que, par la perte qu'il avait faite du Moi^uich, il se trouvait resserré dans ses murs, et parce que sa garnison, soutenue par une population aguerrie, était plus que suffisante pour défendre les brèches du corps de la place ; quand, disons-nous, il vit que le seul avantage qu'il eût retiré de cette expé* dition se bornait à l'entrée d'un convoi dans lequel il n'y avait pas de farine pour fournir à une distribution de huit jours, il crut que Blake tra* hissait la cause qu'il servait. 11 disait avec raison qu'une ville ouverte n'est secourue que quand on a éloigné l'ennemi qui la presse. Le jour même où il reçut ce secours de vivres, il réduisit à moitié et ensuite au quart la ration de ses soldats. Alors il éprouva de la désertion ; chose inouie jusqu'à ce moment dans l'armée espagnole.