CHAPITRE IX
Sonî6 de Gironne d*une partie des troupes qui s'y étaient introdaites avec le généra! Garcia Conde. — Prise du couvent et de la position de la Madone des Anges. — Retour du général Bbke au environs de Gironne. ~ Continuation du siège de celle place.
Le général en chef, jugeant que, dans la position où se trouvait le gouverneur de Gironne, il ne garderait pas en entier le renfort de troupes entrées dans la place, fit ses dispositions pour s'emparer de ce qui tenterait d'en sortir, ou au moios pour l'y rejeter, afin de faire consommer le plus tôt possible à la garnison le secours en vivres qu'elle venait de recevoir; car, indépen* damment des événements imprévus, on devait craindre que le manque de munitions, tirées si difficilement de France, ne nous forçât bientôt à changer ce siège en blocus.
L'intention du général en chef n'était pas qu'on se bornftt simplement à repousser ces troupes dans Gironne, il voulait qu'elles n'y rentrassent qu'après avoir été battues, et sous les yeux des
défenseurs de cette ville» dans l'espoir de les intimider par cet échec, et d'augmenter l'effet moral des brèches qui commençaient à paraître considérables, et qu'on croyait encore plus avancées. Malheureusement des fautes furent commises, et empêchèrent la réussite de ce projet sur la première colonne de ses troupes, qui était prête à sortir le 3 au soir, à la nuit tombante, et dont le départ fut retardé jusqu'au lendemain, à la pointe du jour.
Le général en chef, dans l'après-midi du 2, avait envoyé du camp d'Hostalnou la brigade
Mazuchelli, et lavait fait embusquer à gauche et en arrière de Palau, avec le deuxième régiment de chasseurs italiens. Les postes établis sur ce front, qui avaient été levés la veille pour marcher à la rencontra de Blake, n'avaient point en*core été replacés, de manière qu'il devait paraître à Tennemi entièrement dégarni, et faciliter le passage des troupes qui voudraient évacuer la place. Le 3 septembre, un moment avant la brune, le général en chef était en avant de Palau, examinant la colonne espagnole qui se trouvait le long de rO&a, à la porte de la ville, d'où elle se préparait à sortir.
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Les regards et les lunettes des ennemis étaient tous dirigés vers l'endroit oh la brigade était embosquée, ils n'apercevaient aucun obstacle à leur passage. La joie se peignait sur leurs traits, éclairés encore des derniers rayons du soleil ; tout à coup on entendit, par un raffinement de maladresse, les tambours et les trompettes de la troupe embusquée, à qui on n'avait pas permis de placer en évidence un poste de quatre hommes, battre et sonner tous ensemble la retraite. Un cri d'étonnement s'éleva aussitôt dans la colonne espagnole; ce cri semblait dire : Nous allions tomber dans une embuscade !
Le général en chef remonta à cheval, et accourut vers le général Mazuchelli dans les dispositions d'esprit qu'on peut imaginer; mais il trouva ce général tellement désolé de la faute irréparable qu*on venait de commettre, qu'il ne put continuer ses reproches, et ne s'occupa que de lui prescrire de nouvelles dispositions pour la nuit, ou plutôt pour le lendemain de grand matin.
Le général en chef, ayant jugé que l'ennemi, qui ne pouvait plus douter de l'embuscade, se dirigerait plus à droite de Palau, pour se retirer sur la Bisbal, d'oii il pourrait espérer rejoindre le général
Blake, conduisit lui-même le général Mazuchelli dans la vallée de l'Ofta, lui montra remplacement où il devait passer la nuit avec sa troupe, et lui recommanda d'attendre, pour agir, que la colonne fût entièrement sortie de Gironne, afin de Tatta-» quer en queue; dans le même moment, un bataillon, qu'on allait placer entre Gironne et Caste!lar, dans une position presque inexpugnable, l'ar^ rêterait en tête et la refoulerait sur sa brigade ou sur la Bisbal ; Pino avait ordre d'y envoyer trois bataillons et un escadron, avant d'achever le mou* vement qui devait de nouveau disséminer la brigade Fontane,
Le 4, à la petite pointe du jour, une colonne, composée d'environ mille hommes d'infanterie^ cinq cents chevaux et onze cents mulets, sortit de la ville sous les ordres du général don Garcia Coude. Elle était si longue, que la tête touchait presque au bataillon du septième de ligne italien, placé sur le chemin de Castellar à Gironne, tandis que la queue était encore près du fort du Conliétable; elle suivait un sentier qui la forçait à marcher sur un rang, et les mulets allongeaient considérablement la file. Le mouvement ne pouvait être rapide, en raison de ce qu'il s'exécutait
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en montant un terrain rude est escarpé, par uo chemin extrêmement rocailleux, étroit et difficile. On la voyait très-bien du Monjuich, qui le domine en partie.
Le général Mazuchelli ne l'attaqua pas; il ne la suivit pas non plus, comme il en avait Tordre ; il attendait le feu du bataillon du septième italien, qui devait l'attaquer en tète au moment oii elle se présenterait; ce qui n'eut pas lieu, cependant, grâce au manque de discernement d'un aide de camp du général Pino, envoyé sur ce point pour que les erreurs de la veille ne se renouvelassent pas. C'était l'honune de confiance de ce général ; mais ce jour-là son intelligence fut en défaut; il s'opposa à ce que le bataillon fit feu, assurant qu'on se trompait, et que la colonne que l'on voyait si bien était la brigade Mazuchelli, et non pas une troupe espagnole.
Aussitôt que la tête de la colonne ennemie découvrit ce bataillon dans une position où il eût arrêté deux heures une armée, elle se crut perdue ; mais, ne voyant point tirer, son chef jugea qu'il y avait méprise, et changea sa direction en appuyant à sa gauche. Ce mouvement n'éclaira pas Vaiâto de camp, non plus que quelques coups de canon
tirés du Monjuich sur la queue de la colonne, et qui y partant d*un point trop éloigné, ne lui firent que peu de mal. Enfin, elle arriva sur les hauteurs à droite du bataillon sans avoir été attaquée ni autrement inquiétée.
Parvenue à Castellar, elle voulut se diriger sur la Bisbal ; des paysans Tayant prévenue qu^elle y trouverait Fontane avec trois bataillons et un escadron, elle changea de nouveau sa direction, et marcha sur Casa de la Sel va, où le général Pino venait de rétablir son quartier général.
Un poste qu'il avait sur la montagne lui annonça l'approche d'une troupe en désordre ; présumant qu'un autre malentendu est la cause de l'arrivée de cette colonne, qui aurait dû être prise ou rejetée dans la place, il fait battre sur-le-champ quelques coups de caisse, signal convenu pour les troupes de son quartier de se rassembler en toute hâte ; monte à cheval ; donne ordre que deux bataillons, qui n'étaient pas encore partis pour leurs cantonnements, le suivent sous la conduite d'un officier qui connaissait bien la position qu'il désignait ; et, en attendant leur arrivée, se porte, avec son piquet d'escorte, au-devant de Tennemi sur les hauteurs de Casa ; il y attend en vain ses
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deux bataillons, qui, par une erreur nouvelle, venaient de prendre une autre direction. De sorte que, toujours réduit à son piquet, il ne put attaquer que l'arrière-garde ennemie qu'il mit en déroute, et dont il compléta le désordre ; mais qui, précipitant sa fuite, dut naturellement lui échapper : elle perdit seulement un capitaine du Tercio de Vich, une cinquantaine d'hommes et une centaine de mulets que ramena l'escorte du général • Nous croyons avoir rendu compte de ce petit événement, avec des détails suffisants pour faire connattre combien les généraux sont contrariés dans leurs dispositions, soit par les chances multipliées du hasard, soit quelquefois aussi par des fautes commises au-dessous d'eux ; ici, parce que le zèle ou l'intelligence ont été en défaut ; là parce que le manque d'accord a rendu l'intelligence inutile, ou qu'une bonne volonlé malentendue a trompé le zèle. Combien d'exemples à citer en témoignage de cette vérité malheureuse, que la plus noble des professions est souvent exercée par des hommes froids, négligents ou peu instruits, dont les fautes ne sont préjudiciables à rien moins qu'aux intérêts et à l'honneur de la patrie ;
et aussi que ce grand art de la guerre, dont les
résultats, influant sur le sort même des empires, ne sauraient être assurés par des combinaisons assez profondes et assez sages, est trop soUveiit subordonné aux vaind caprices de la fortune I De ces réflexions que le petit événement dontnoud venons de parler nous a inspirées, parce que l'histoire de Fart militaire nous en montre l'application fréquente dans les faits les plus importante et les plus graves, revenons à GironnOi qui, depuis que Barcelonne avait été approvisionnée par l'escadre du vice-amiral Cosmao, était devenue le but unique des travaux des deux armées. Le général en chef se consolait de n'avoir pu livrer une nouvelle bataille en Catalogne, en pensant à l'avantage que lui procurait l'éloignement de
Tarmée espagnole, à l'effet moral qu'il pouvait produire, et aux espérances qu'on lui avait données qu'en tirant vingt-quatre heures de plus, les brèches au corps de la place seraient praticables ' : vingt -quatre heures étaient bien peu de chose, surtout depuis qu'on avait acquis la certitude la plus manifeste que Blake ne voulait pas risquer, pour sauver Gironne, une affaire décisive contre nos bataillons réduits à ne former
< Voir pièces juiilificaUves, ii" 40.