‹ Journal des opérations de l'armée de Catalogne, en 1808 et 1809, sous le commandement du général Gouvion Saint-Cyr; ou, Matériaux pour servir à l'histoire de la guerre d'EspagneChapitre 79 sur 120 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

presque que des cadres, par suite des travaux d'une campagne de douze mois^ de combats multipliés et de maladies, suites naturelles et inévitables dii climat, de la fatigue et des privations : mais au moment oii nous étions arrivés, il n'était plud question de tenir rassemblés vingt et un bataillons; il était devenu impossible d'en avoir trois réunis; il fallut les renvoyé!*, les disséminer dé nouveau, et bien plus qu'auparavant. Presque toute la moisson avait été consommée par le séjour prolongé des troupes; on était forcé d'aller rechercher au loin les misérables restes de graiu oubliés^ obligés par la grande distance, ou nefhsés en raison de leur mauvaise qualité, dans le commencement où l'on avait trouvé l'abondance.

Le général en chef écrivit, le 2 septembre, au commandant de la division de siège, de reprendre ses opérations au point où il les avait laissées ia veille, et de faire promptement terminer les brèches : celui-ci répondit qu'on lui demandait plus qu'il ne pouvait faire, bien qu'on ne lui demandât que ce qu'il faisait quelques jours avant; il se plaignait de n'avoir pas assez de troupes. Le général en chef avait déjà consenti à sa demande de laisser à la Bisbal trois bataillons et un escadroa

de la division Pino; il consentit encore à ce que la brigade Mazuchelli fût employée au blocus, pourvu qu'on la nourrît, comme celles du si^e, avec les denrées venant de France. On resta donc d'accord pour le renfort des troupes, mais il fut reconnu qu'on ne pouvait plus tirer pour terminer les brèches et les rendre tout à fait praticables, parce qu'on n'avait plus de munitions ; il fallait plus de quinze jours pour en faire venir de France, et l'on ne pouvait les tirer d'ailleurs.

Le général en chef prescrivit la seule mesure à sa disposition : c'était de prendre le temps nécessaire pour faire arriver les munitions; il était décidé à ne pas abandonner le siège, par la raison qu'il avait été commencé, malgré les contrariétés naturelles et tous les genres d'obstacles qui pourraient survenir encore; la persévérance étant, selon lui, le principe ou la cause de presque tous les succès, la seule garantie de leur durée, la vertu la plus rare , la plus nécessaire à pratiquer à la guerre , la première instruction et le premier exemple qu'un chef doive aux troupes qu'il commande. Il ne voyait pas d'ailleurs d'opération plus avantageuse à faire, ni de meilleur parti à suivre. Quinze jours après, les batteries de brèche

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recommencèrent à tirer ; mais on conçoit que ces quinze jours n'avaient pas été perdus pour les Espagnols : les gens de l'art, surtout, n'ont pas besoin qu'on leur indique les travaux qu'ils avaient faits derrière les brèches et les difficultés qu'ils y avaient amoncelées. On connaît les Espagnols, et l'on sait combien ils sont propres à cette sorte de guerre, surtout quand ils ont eu le temps de multiplier leurs moyens de défense.

Le 4 septembre, Yerdier fit réoccuper le couvent de Saint-Daniel, et renvoya les malades que l'ennemi y avait placés le 1", lorsqu'il s'était cru délivré.

Le 6 dans l'après-midi, une colonne d'environ dix-huit cents hommes chercha à sortir de Gironne : le gouverneur voulait-il, à tout prix, diminuer la force de sa garnison, afin de conserver des vivres plus longtemps, et de prolonger davantage sa résistance? Dans cette supposition, il était encouragé à tenter cette sortie par la réussite de la première. Voulait-il au contraire revenir à un de ses projets favoris, et qu'il avait forme depuis longtemps, d'occuper les hauteurs en face du fort des Capucins, et de celui du Connétable, pour soutenir le poste établi depuis le T' sep-

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tembre à la Madone des Anges, et favoriser l'entrée des vivres dans Gironne, en ouvrant des communications plus faciles avec le général Blake ? Ce plan était bien conçu, mais il ne pouvait réussir sans la coopération du général en chef espagnol avec une grande partie de ses forces : il était inexécutable avec les deux mille neuf cents hommes de renfort laissés dans la place par le général Garcia Conde. Enfin, quelle que fût Tintention du gouverneur et la destination de cette colonne, elle déboucha derrière le fort des Capucins, et gravit les montagnes qui avoisinent la ville de ce côté : le sixième régiment de ligne italien y était campé ; il l'attaqua avec impétuosité, la culbuta après un combat assez vif, la refoola dans Gironne avec une perte considérable, et lui fit des prisonniers parmi lesquels se trouvait le lieutenant-colonel Fitz Gérald , du régiment d'Ultonia. Les troupes de la division Pino, alors campées devant Gironne, n'en restèrent pas à ce premier acte de bravoure; elles signalèrent leur arrivée devant cette place par une autre action qui leur fit honneur, et en particulier au colonel Eugène, du sixième régiment.

Depuis le 1*' septembre, que nous avions été

forcés d'abandonner une partie du blocus, pour nous réunir et nous placer entre Gironnç et Tar-

mée qui venait à son secours, l'ennemi avait oc^ copé, avec cinq cents hommes, le poste important de la Madone des Anges, situé sur la montagne la plus élevée des environs ; cette position était retranchée ; le coi^vent ainsi que la chapelle étaient crénelés. Comme elle eût favorisé les sorties et les abords de la place, le général en chef ordonna au général Mazuchelli de l'enlever et de la garder : ce général fit gravir la montagne à ses troupes, et, cernant le couvent et la chapelle de très-près, somma le commandant de se rendre; mais celui-ci, confiant dans la force de sa position, de ses retranchements et d'une espèce de supériorité qu'ont les Espagnols sur les autres nations dans cett^ nature de guerre, répondit par d'insultantes rodomontades, et fit tirer sur le parlementaire; quelques mois auparavant, le commandant de Palamos, et ensuite le gouverneur de Gironnf^ en avaient agi de même.

Mazuchelli se vit donc obligé de livrer l'assaut; le poste fut emporté après et malgré la plus vive résistance ; et tout le détachement qui le défendait passé au fil de l'épée, à l'exception de deux

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officiers, d'un jeune cadet que les cbefsitaliens parvinrent à sauver, et du commandant Llander, qui s'échappa en sautant par une fenêtre de l'église ^ Le général Mazuchelli réussit mieux ce jour-là que les précédents ; il le méritait par la bonté de ses dispositions, qui furent bien secondées par la brillante valeur de ses troupes ^ Verdier n'eut pas le même bonheur dans une attaque sur des miquelets et somatènes postés à San Gregori, et commandés par Glaros et Rovira : n'ayant pas encore repris ses opérations de siège, il voulut mettre à profit un temps précieux qui lui laissait la disposition de la plus grande partie de ses troupes pour battre ces chefs de guérillas, acharnés à tourmenter ses communications avec Figuières; opération plus facile, alors que cet ennemi était sous sa main, que quand il occupait des positions plus éloignées de Gironne. Cette vue était louable; cependant l'entreprise n'eut pas le succès qu'on avait espéré; on dut se retirer. Un brave officier, le général Joba, péritdans cette affaire.

i Voir relirait de son rapport, pièces justificatives, suite du n»39.

* Voir pièces justificalîveSj n" 41.

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