CHAPITRE NsrviiME
progrès des attaques, et à amener avec lui les généraux Sanson et Taviel, pour qu'on pût, conjointement avec les généraux de division et les commandants du génie et de l'artillerie de l'armée ^ arrêter définitivement ce qu'il conviendrait de faire.
Les généraux Sanson et Taviel furent d'accord que les travaux des assiégeants étaient suffisants pour tenter un assaut avec espoir de succès, et que les brèches faites au mur d'enceinte étaient praticables ; mais cet avis fut contesté par le colonel Dianous et les officiers du génie du septième corps, non employés au siège, que le général en chef avait envoyés reconnaître l'état de la place ^ pour qu'ils fussent à même de bien diriger les troupes de leurs divisions, dans le cas où le pre- . mier assaut manquerait, et où l'on jugerait convenable d*en faire livrer un second. Ces derpiers firent observer, h l'appui de leur opinion, que les défenses n'étaient pas détruites ; que les flancs n'étaient pas contre-battus ; que, malgré l'état de ruine du fort du Calvaire, comme on ne s'en était
point emparé, Tennemi y avait ramené des pièces au milieu des décombres ; que cette batterie ne manquerait pas de tirer et ferait beaucoup de mal
aux troupes^ pendant leur marche^ avant d'être arrivées aux brèches, et pendant l 'attaque que ce fort prendrait en flanc et à dos, concurremment avec les autres flancs de la place, qui n'étafent pas endommagés ; enfin qu'il leur paraissait peu prudent de donner l'assaut avant d'avoir, pris le fort du Calvaire, qui était en ruine, qui avait même été momentanément abandonné, et que l'ennemi n'avait réoccupé que parce qu'on ne s'y était pas établi. Les commandants du génie et de l'artillerie du siège contredirent d'abord ces observations ; mais enfin ils cédèrent à l'évidence : il fut convenu que l'on emporterait le petit fort du Calvaire avant de livrer l'assaut, dont on fixa le moment , selon leur désir, à quatre heures de l'après-midi, pour laisser tirer jusqu'à cette heure les batteries dirigées contre les défenses que l'artillerie espérait ruiner suffisamment pendant cet intervalle, et pour avoir le temps d'escalader le Calvaire, et de s'y établir avant le débouché des colonnes d'attaque. Au moyen de ces concessions, tout le monde parut d'^accord ; et le général en chef consentit * à ce qu'on livrât l'assaut le 19 ' ; les cinquante cadres
t Voir pièces justificatives, n* 44.
• Une considération plus puissante, pcat-étrej aurait déter-
CHAPITAE NEUTliME. 285
de bataillons dont on pouvait disposer furent répartis comme il 8uit : #
Huit avec la cavalerie, sous les ordres de Souham, pour observer et contenir, au moins momentanément, le général Blake, qui s'était rapproché assez pour faire craindre qu'il ne vînt troubler Topération projetée ;
Treize avec Pino, pour bloquer Gironne et exécuter en môme temps une fausse attaque sur cette place ;
mîDé le général en chef quand même on fût resté divisé d'opî* nions : c'est la connaissance da découragement et du dégoût dont la longueur de ce siège avait rempli tous ceux qui en étalent cbargés, depuis les chefs jusqu'aux simples soldats, et qui avaient déjà si puissamment contribué à raflaiblissement de cette division. En se reAisant plus longtemps à une tentative qui leur offrait une chance d'en finir, il eût craint de voir dégénérer ce dégoût en une démoralisation complète qui n'aurait eu d*autre réaoltat que d'attirer sur lui seul nne immense responsabililé.
D'une autre part, on doit convenir que, malgré les travaux des assiégés derrière leurs brèches» on ne pouvait savoir jusqu'à quel point ils s*obstineraient à les défendre, et que, si les dlflBcultés de Tentreprise étalent grandes, elle offrait néanmoins plusieurs chances de succès. En un mot, il y avait des hasards à courir ; mais quelle opération militaire en est exempte ? quelle action, à la guerre, offre la certitude du succès? Ceux qui, pour agir, y attendraient de telles occasions, se condamneraient à les attendre longtemps.
Et vingt-neuf avec Verdier, pour attaquer les brèches de la ville.
On fait observer de nouveau que les bataillons étaient très-affaiblis par les fatigues, les maladies, et parce qu'ils ne recevaient point de recrues de France, la guerre d'Allemagne absorbant tout. Ceux du général Verdier se trouvaient encore les moins forts, par la raison qu'ils évacuaient leurs malades sur Figuières et Perpignan, et que léâ autres divisions les gardaient et les traitaient dans leurs camps. On n'aurait pu, quand même on y eût été disposé, en opérer l'évacuation, parce que celles de la division de siège étaient si considérables, que les voitures qui lui amenaient des vivres de France, du retour desquelles on profitait, et qui étaient les seuls moyens de transport que l'on pût employer à ce service, ne suffisaient même pas pour cette division : le général en chef, ayant eu des motifs de craindre, d'une part , que les administrateurs , chargés de ces évacuations, ne les fissent avec un peu de légèreté, et de l'autre surtout, qu'à Perpignan on ne mît peu d'exactitude à renvoyer les hommes à leurs régiments quand ils étaient guéris, y avait demandé l'état de ceux prêts à rejoindre leurs