CHAPITRE DIXIJSMI
qu*atroce de quelques convois de malades ou blessés tombés aux mains du chanoine Rovira et d'autres chefs de guérillas. La division Souham seule fit des prisonniers ; elle en ramena environ sept cents, dont quarante officiers.
L*état-m8Jor du général Wimffphen fut assez heureux pour nous échapper; on croit que ce ne fut pas sans peine, s'il faisait partie d'un groupe d'officiers supérieurs qui traversa très-rapidement le village de Fornells, où se trouvait établi le quar* lier général français, et qui n'était occupé dans ce moment que par les administrateurs et les noncombattants.
On marcha ensuite sur la position du général Blake, qui, s'étant aperçu du mouvement fait pour envelopper sa gauche, se retira après avoir vu, sous ses yeux, la destruction d'une partie de ses troupes. Les habitants de Gironne furent consternés de ce désastre, qui décidait de leur sort d'une manière irrévocable.
Le lendemain on poursuivit ce succès en essayant de joindre l'ennemi; mais il fut impossible de l'atteindre; il se retira à notre approche par San Feliu de Guixols, et s'éloigna tout à fait de Gironne; le général Blake abandonna cette ville à
soi GAMPAOlte Dl CATALOGNE.
sa malheureuse destinée, ayant encore aggravé son état de misère et de famine par la nécessité de nourrir les troupes conduites par O'Donnel, dans les forts autour de la place, et que nous empêchâmes d'en sortir.
Le général en chef profita du moment de désorganisation où se trouvait l'armée espagnole, qu'il fit poursuivre par le général Bessiëres, pour se rendre à Perpignan, afin d'arrêter, avec les autorités du département et celles de la division militaire, les dispositions nécessaires pour assurer la subsistance de ses troupes autour de Giron ne : car il était de l'impossibilité la plus absolue de les faire vivre sur le pays, aussitôt qu'elles auraient consommé les subsistances dont elles venaient de s'emparer ; et comme elles les avaient gagnées à la pointe de leurs sabres et de leurs baïonnettes, et qu'elles étaient affamées depuis longtemps, on pouvait présumer qu'il ne serait pas facile de les forcer à y mettre de l'économie.
Le général en chef ne trouva à Perpignan aucune des autorités supérieures du département, ni de la division. Elles étaient auprès du maréchal Augereau à Molitg, oh elles lui formaient une es^ pèce de cOur, en attendant qu'il commençât ses
CHàPITRE DIXiftME. 903
fonctions de général en chef. Le commandant du département y était aussi; il négligeait de faire partir pour l'armée les hommes sortis des hôpitaux, et si nécessaires pour remplacer ceux qui y entraient tous les jours.
Le général en chef ayant appris que le maréchal se portait bien, qu'il avait même autour de lui un cercle, grossi des mécontents qui abondent toujours sous un chef dont les fonctions vont finir, crut devoir l'engager à venir prendre un commandement que, par un excès de zèle et de patriotisme, il conservait depuis plusieurs mois, malgré le délabrement évident de sa santé, et les dégoûts de tout genre, inévitables pour tout général d'armée dont le successeur est officiellement connu. Sur une réponse vague et indécise du maréchal, le général en chef lui écrivit sa ferme résolution de ne plus retourner en Catalogne, et de profiter, pour rétablir sa santé, de la permission que le ministre de la guerre lui avait donnée précédemment, de se retirer aussitôt que le maréchal serait rétabli. En effet, il partit le 5 octobre, et ce dernier se rendit à son armée quelques jours après.
Le général Gouvion Saint-Gyr n'ayant pu établir toutes les dispositions qu'il comptait prendre
304 CAMPAGNE DE CATALOGinC.
pour envoyer des vivres en Catalogne, et faire approcher de Toulouse les munitions nécessaires à la conclusion du siège de Gironne, vu qne les chefs de ces divers services dans la dixième division militaire ne se trouvaient pas à Perpignan, soa voyage n'eut pour le septième corps qu'une partie de l'utilité qu'il en avait espérée.
Aussitôt après la retraite du général en chef, deux bataillons des transports militaires furent dirigés sur l'armée de Catalogne, qui, jusqu'à ce moment, n'avait pas. eu un fourgon pour ses différents services, mais seulement de mauvaises charrettes qu'elle parvenait à se procurer par réquisitions. Les vivres furent fournis de France pour toute l'armée; les recrues y arrivèrent en grand nombre; de nouveaux régiments, des divisions entières vinrent à plusieurs reprises renforcer le septième corps, peu auparavant si abandonné. On fit plus : le troisième corps, que l'on avait prétendu peu avant devoir être aidé par le septième, dans ses opérations, consistant alors à se garder et à maintenir la tranquillité dans la province qu'il occupait, dut au contraire venir seconder ce dernier, et fut chargé de plusieurs sièges impor^ tanls; ce qui doubla les moyens employés dans la