‹ Journal des opérations de l'armée de Catalogne, en 1808 et 1809, sous le commandement du général Gouvion Saint-Cyr; ou, Matériaux pour servir à l'histoire de la guerre d'EspagneChapitre 89 sur 120 · CHAPITRE DIXliME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXliME

Catalogne ; les encouragements de toute espèce, si puissants sur les troupes, achevèrent d'exciter leur courage ; des grâces, des décorations leur furent accordées; tandis que le général qui venait de se retirer n'avait pu obtenir un seul avancement, un titre, une décoration pour récompenser un Français qui, par une brillante valeur, un trait de présence d'esprit, avait aidé ou contribué au gain d'une bataille ou d'un combat mémorable. La nécessité de ces récompenses était si grande et si puissante alors, qu'un général qui ne pouvait en disposer n'aurait pas réussi à poursuivre même des succès déjà obtenus ^ .

* A son éléyation au consulat^ Napoléon trouva l'armée aussi républicaine qu*U TavaiC laissée à son départ pour l'Egypte ; mais n*aspirant d'abord qu'à rétablir la royauté, en attendant qall pàt mettre en pratique les idées qui l'avaient séduit dans rOrient, il sentit qu'il n'y parviendrait qu'après avoir changé son esprit; il s'appliqua dès lors à le corrompre, et quoique les principes républicains y eussent jeté de plus profondes racines que parmi les citoyens, U y parvint en peu d'années en introduisant dans les corps un luxe effréné et en excitant tous les genres d'ambitions. Les troupes par leur composition ne pouvaient conserver longtemps un esprit qui n'était plus partagé par la nation; ainsi les décorations quij dans le principe, en 1802, avaient failli être repoossées, ou qui avaient du moins été accueillies plus que

froidement, furent reçues plus tard avec transport, et enfin, en

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Tous ces heureux changemente dans l'intérêt des troupes^ ainsi que dans celui de la chose publique, arrivés par suite du changement d'un seul homme, nous ont convaincu qu'un générai ne doit jamais accepter de fonctions, de l'importaDce de celles d'un commandement en chef, de la part d'un gouvernement dont il n'a pas la confiance la plus entière. Si celui qui venait de quitter le commandement du septième corps eût refusé de le prendre en voyant, à son arrivée à Perpignan, sa composition, sa faiblesse et le dénâ* ment absolu dans lequel il se trouvait; s'il eût cédé à son inspiration, jil aurait bien fait. Il eût fait bien encore s'il s'était retiré au moment où, commençant le siège de Roses, il reçut l'ordre de marcher sur Barcelonne, et de se rendre maître du pays à dix lieues à la ronde. Enfin, il est inexcusable de ne l'avoir pas fait aussitôt qu il apprit la nomination de son successeur, quand il ne pouvait plus douter du motif de son remplacemi^nt, et quand il lui paraissait évident que ce changement n'avait lieu que parce qu'il s'était refusé à se jeter dans une entreprise téméraire,

1K00, on <^taii très-mécontent en Cataliigne de n'en point obienir quand on savait les avoir mérifées.

CBAFITIE DlXltas. 907

absurde même, puisqu'il s'agissait de cotnineDcer plusieurs sièges avec des moyens à peine suffi-» sants pour en faire un seul.

Quoique tardive, la résolution du général en chef lui fut encore imputée à crime. Quoique autorisée par les ordres antérieurs du ministre et par le rétablissement de H. le maréchal Auge* reau , elle l'exposa à toute Tanimadversion de Napoléon. Deux ans de disgrâce et d'un, exil contre lequel il s'obstina à ne point réclamer, ne furent suivis à sa rentrée dans les affaires que parce qo*an hymen auguste» en comblant l'orgueil du prince, avait rassuré ses sentiments haineux; peut-être aussi parce que les embarras du Nord, déjà prévus, rendaient nécessaires tous les hommes qu'on savait être prêts, dans tous les temps, lorsque la patrie pouvait avoir besoin de leurs services.

Le maréchal Augereau , à son arrivée en Catalogne, ne trouva point d'obstacle à continuer le blocus de Gironne. 11 arriva devant cette place le li ou le 12. Dans la nuit du 13, O'Donnell, qui y était retenu depuis le 26 septembre, s'en échappa avec sa brigade, traversa, par une marche aussi heureuse que hardie, la division Souham,

et parvint à Santa Coloma de Farnès» où il effectua sa jonction avec Milans.

Le 29 octobre, le général Blake rapprocha quelques troupes de Gironne, dans le but de rendre un peu d'espoir à ses* habitants. II établit sur les hauteurs de Bruftola une de ses divisions, qui fut attaquée et mise en déroute par le général Souham.

Dans les premiers jours de décembre, les munitions nécessaires pour terminer le siège étaient arrivées. Le i 1 du même mois, cette ville, réduite à toute extrémité, privée d'une partie de sa population et de sa garnison par le manque de subsistances, la fatigue et les maladies, ouvrit s» portes à l'armée française.

Le septième corps entreprit ensuite le blocos d'Ostalrich ; après l'évacuation de cette forteresse, dont la garnison parvint à échapper aux assiégeants, ne se trouvant plus gêné dans ses mouvements, et ne laissant sur ses derrières , entre lui et la France, aucune place forte , il put se reporter sur Barcelonne ou dans toute autre partie de la Catalogne ; ce qu'il fit après avoir été considérablement renforcé en troupes et en moyens de transport.

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La prise de Gironne avait abattu le courage des Espagnols, et surtout des Catalans; cependant la persévérance et la patience étant les qua* lités distinctives de cette nation, ils ne perdirent pas encore tout espoir.

Jamais le septième corps de l'armée française ne s'était vu dans une position aussi brillante, et ne dut avoir plus d'espérance de terminer et de s'assurer la conquête de la Catalogne ; mais l'inconstance de la fortune tarda peu à se faire sentir. Avant d'arriver à Barcelonne, Âugereau avait déjà éprouvé ses premiers coups; l'expédition maritime partie de Toulon pour ravitailler cette importance place avait échoué, avec perte de plusieurs vaisseaux*; la malheureuse affaire de Santa Perpétua ou Mollet avait eu lieu et fut suivie bientôt après de celle de Villa Franca. Ces événements relevèrent le courage des Catalans, amenèrent des succès qu'ils n'osaient plus espérer, leur rendirent l'énergie et l'audace, et portèrent de nouveau la stupeur et le découragement dans l'armée française.

Napoléon rappela Âugereau ; il envoya pour le remplacer le maréchal Macdonald, qui, après avoir

* Voir pièces justificatives^ n* 50.

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bien ofganisé et rassuré soo armée, reçut de nouveaux renforts. Pressé par les ordres du goavernement, il partit de Giroune pour se *rapproclier d'abord de Barcelonne» et ensuite de Lérida.

Napoléon voulait à tout prix réparer les écheci essuyés en Catalogne, de sorte que, nonobstant les renforts eavoyés au maréchal Mitcdonald, il donna ordre au troisième corps, commandé par le général Suchet, d'entrer dans la basse Catalogne, pour faire, de concert avec le septième, le siège de Lérida et, par suite, ceux de Tortose, Tarragone, etc., qui ne pouvaient être entrepris que par le troisième corps d'armée, parce qu'il était impossible de tirer, d'ailleurs que de l'Arragon, les munitions et les vivres nécessaires.

Il fut proposé à l'empereur, qui l'accepta, un plan fixant une ligne de démarcation pour le territoire sur lequel chacun des deux corps devrait opérer. Par cet arrangement, l'armée de Catalogne doublait ses forces en raccourcissant de moitié sa ligne, qui ne s'étendait plus que jusqu'au col d'Ordal, à peu de distance de Barcelonne ; de sorte que le troisième corps avait à peu près toute la basse Catalogne, et le septième, la haute.

Cette augmentation si considérable de n^ojeos

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