‹ Journal des opérations de l'armée de Catalogne, en 1808 et 1809, sous le commandement du général Gouvion Saint-Cyr; ou, Matériaux pour servir à l'histoire de la guerre d'EspagneChapitre 91 sur 120 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

Napoléon de repasser les Pyrénées avec son corps d'armée, pour accourir plus efficacement à la défense des frontières; ce projet ne fut pas approuvé; la guerre des guérillas continua toujours avec des

succès balancés.

Le général Suchet, fait maréchal après la prise de Tarragone, suivît ses opérations dans la basse Catalogne, dont il prit successivement, après des sièges mémorables 9 les places les plus importantes. Le 24 avril 1812, l'empereur réunit au commandement du maréchal celui de la haute Catalogne. Cet ordre de choses subsista jusqu'au moment du traité qui rendit Ferdinand VII à ses États. Le maréchal Suchet remit alors toutes les places fortes au roi d'Espagne.

Nous avons cru devoir donner, à la suite de ce mémoire, notre opinion sur les causes des événements qui y sont décrits, et sur l'utilité qu'on pourrait retirer de Texpérience péniblement acquise dans cette guerre vraiment extraordinaire par son principe comme par ses résultats. Les lecteurs éclairés suppléeront à ce qui a pu échapper à nos lumières et à ce que les convenances nous ont fait un devoir de modifier.

GOKCUJSIOH. 315

Résonné des dates que rautenr a cra remarquer dans la conduite de la. guerre qui est le sujet de ce mémoire. — Réflexions sur riDSlroction à retirer des éyénemenis politiques et miyuires ^ ▼iennent d'être décrits.

Dès que l'invasion de la Péninsule fut connue, il n*y eut pas un citoyen dans Tempire, pas un militaire dans ses armées qui ne pensât et n*osàt dire que l'Espagne n'avait pas donné à la France des motifs suffisants de lui faire la guerre. Cette guerre était donc, alors comme aujourd'kui, reconnue injuste et par cela même impolitique.

A ce premier tort, au tort plus grave de la ca«tafltrophe de Bayonne, Napoléon joignit la faute d'une protectieti spéciale hautement accordée au prince de la Paix. C'était soulever contre lui tous les ennemis de ce favori, c'est-à-dire la nation entière.

Une troisième faute, dont les conséquences se ressentirent pendant toute la durée de la guerre, fut d'avoir usé largement de l'intrigue et de la trahison, pour n'en profiter qu'à demi. La per-

316 GAMPÀGNE DK CATALOGNE.

fidîe avait ouvert une partie des places de la Catalogne; il fallait que la perfidie donnât les moyens de conserver ces conquêtes, c'est-à-dire livrât en même temps les autres villes fortifiées de la province, ou tout au moins celles qui défendent la route de Perpignan à Barcelonne. L'occupation de cette capitale, sans la possession de Gironne et d'Hostalrich, ne saurait être considérée comme un avantage, puisque les communications avec la France demeurent impossibles à un corps d*armée. Nous pouvons dire que ce mémoire en fournit la preuve : car rezpédition heureuse de décembre 1808 est un coup de fortune, peut-être une témérité du général français, secondée sans doute par les fautes de ses adversaires.

Posséder les places de la Catalogne, c'était avoir presque toutes celles de l'Espagne; cette province est en effet la seule qui ait un système complet de fortification, et il était aussi facile de s'emparer de toutes que d'une seule. La sécurité était si grande à l'entrée des Français, qu'en passant avec ses troupes à Gironne, Duhesme fut sollicité par les Espagnols de laisser garnison dans Roses comme dans Hostalrich; il aurait pu conserver

la première avec un bataillon, la seconde avec une compagnie, par conséquent sans s'affaiblir. Le régiment qui formait la garnison de Gironne n'avait pas trois cents hommes sous les armes ; ploB tard la division Chabran occupa la place si importante de Tarragone. Les hommes ne manquaient pas pour effectuer ces occupations ; et la manière dont Duhesme s'empara du fort Mon-* juich, et de la citadelle de Barcelonne, qu'il y fût ou non autorisé, a prouvé tout ce qu'on pouvait faire en ce genre. Quand on réfléchit à ce qu'il en a coûté depuis pour soumettre ces places, on ne peut s'empêcher de gémir sur l'imprévoyance qui a occasionné cette énorme effusion de sang.

Ainsi on eut tout l'odieux de la déloyauté sans en obtenir les profits. On en porta toute la peine sans compensation. L'indignation fit prendre les armes à toute la province ; et le nombre des ennemis qu'on eut à combattre ne balança que trop le faible avantage qu'avait procuré le prince de la Paix, en faisant permettre l'entrée des armées françaises et en la facilitant par la remise de quelques forteresses de la Catalogne.

Nous avons toujours pensé que Napoléon com-

mit une faule*militaire en attaquant ce pays, par

348 GAMPAGNl DE CATALOGNE.

les points les plus faciles et les plus accessibles, avec les sept huitièmes des forces dont il disposait, et en laissant le plus difficile pour la fin , yu que c'est toujours au commencement d'une guerre, d'une campagne ou d'une action, que les troupes françaises sont susceptibles des plus grands efiTortSi et qu'on est presque certain d'obtenir avec elles les plus grands succès : il y a longtemps qu'on a remarqué que la persévérance n'était pas toujours la compagne inséparable de leur bouillant courage. Nous avons vu mille ten« tatives échouer parce que l'on n'avait pas en égard à cette vérité, et mille autres réussir par la raison contraire. Aussi sommes-nous convaincu qu'avec des troupes françaises, c'est au commencement d'une guerre, d'une campagne ou d'une action» qu'il faut aborder les plus grandes difficultés.

Une autre considération semble appuyer ce que nous venons d'avancer. Dans les guerres politi* ques, il peut être bon de viser au centre de l'Ë^^t, parce que c'est, frapper au cœur le gouvernement avec lequel on est aux prises ; mais une fois la guerre devenue nationale, la capitale n'est plus rien : la patrie est partout.

Les fautes que nous avons indiquées contri-

C0IICLD8IO1I. 319

huèrent à rendre la lutte plus longue et plus coûteuse en Catalogne. L'absence de Napoléon fut un autre désavantagea II n'aimait pas à se confier à des lieutenants. Nous avons eu déjà Toccasion de dire que sa politique voulait qu'en France il n'y eût qu'un homme; et peut-être l'intérêt de son pouvoir s'aecordait-il en cela avec l'exigence de son orgueil, qui lui aurait fait envisager comme un tort envers sa gloire aussi hien qu'en* vers sa puissance, des succès ohtenus là où lui-* même n'était pas. Cet homme^ extraordinaire assemblage de grandeur et de faiblesse, appliquait cette habitude ombrageuse aux plus petits détails et aux plus petites renommées. Il n'eût point pardonné à ses généraux, quand il était à Wagram ou aux Tuileries, de réduire sans lui la Péninsule; et pendant qu'il marchait sur Madrid avec toutes les forces de l'etnpire, il laissait le septième corps» chai^ de la tftche la plus difficile, faible^ saqs magasins, sans munitions, sans secours « dénué de tout ce qui pouvait, nous ne dirons pas obtenir des avantages, mais épargner des revers. La nature de cette guerre et l'insuffisance des moyens mis à notre disposition doivent donner quelque intérêt à la campagne que nous avons

décrite. Nous allons l'examiner en détail, conseillant à ceux qui nous suivront dans cette carrière, plus pénible encore que glorieuse, d'éviter les fautes qui y furent commises, soit par les Espagnols, soit par les Français. Nous appuierons davantage sur celles de nos ennemis, et passerons plus légèrement sur les nôtres : le lecteur judicieux saura les approfondir, et nos adversaires ne manqueront pas de les exagérer. La malveillance pourra même leur disputer une partie de cette tâche. Mais nous comptons, pour nous juger, sur les hommes impartiaux : c'est compter sur le plus grand nombre.

Des fautes dont nous nous proposons de parler, la plus importante par les suites qu'elle a eues, et par son influence sur toute la campagne, est, sans contredit, celle que firent les Espagnols de vouloir assiéger Barcelonne, déjà près de succomber faute de vivres, tandis qu'il leur suffisait de concentrer tous leurs moyens sur une de ces positions si formidables et si communes en Catalogne, pour empêcher de parvenir à cette place les secours qu'ils ne pouvaient pas douter qu'on y enverrait.

Selon nous, l'armée espagnole devait se former

COKCLUSION. 391

à Gironne, et non pas à Villa Franca; et ses troupes camper, à mesure de leur formation, à Bascara sur la Fluvia, au lieu de Molino del Rey sur le Llobregat, position trop en arrière ; elles auraient eu de cette manière le Ter pour seconde position, et les places de Gironne et d'Hostalrich pour appui immédiat ; une campagne n'eût point suffi pour les en déloger, quand bien même le septième corps aurait eu des forces doubles de celles qui le composaient ^

Le général français n'aurait pu faire le siège de Roses; cette place Teût beaucoup gêné, et eût été d une grande importance pour les Espagnols, par Faction qu'elle leur eût donnée sur les derrières et le flaBC gauche de l'armée française; et Duhesme, rejeté dans Barcelonne même avant l'arrivée d'une armée pour le combattre, observé seu-

<DtD8 la guerre de la révolulioa, rannée française, bien sopérienre à celle qui envahit la Catalogne en 1808 par sa composition et ses moyens, ne put arriver sur la Fluvia qu'après des efforts inouïs, des combats multipliés, et, malgré les plus grands SQCoèSy ne parvint pas à s'établir entre cette rivière et le Ter, même après la seconde campagne. Il est étonnant que les Espagnols ne se soient point rappelé le rôle que ces positions avalent joué en \1H, après les désastres de la Union, et les victoires si écbiantes de Dugommier.

lement alors par un nombre de miquelets et de somatènes égal à celui de ses troupes, n'eût point tardé à se rendre faute de vivres. Tous oes avan^ tages auraient été obtenus par le seul choix de U position où devait se former l'armée espagnole, pour commencer ses opérations : heureusement pour nous son général en chef ne vit pas que c'était à Gironne qu'il devait se rendre maître de Barcelonne. Quel changement eût apporté dans les affaires de la Catalogne la prise et Toccupation de cette capitale par les Espagnols! Comme l'avait dit Napoléon, quatre-vingt mille hommes ne seraient point parvenus à la reprendre. On sait ce qu'elle coûta dans la guerre de la Succession.

Le siège de Roses , en lui-môme, offre peu de remarques importantes, comparativement à celui de Gironne ; cette dernière place avait sur l'autre l'avantage d'une population assez nombreuse, et plus décidée encore que la garnison à faire une de ces défenses héroïques dont l'Espagne ancienne et moderne a donné au monde plusieurs exemples mémorables. Roses a rempli tous les devoirs d'une bonne garnison abandonnée à ses propres forces; elle ne pouvait faire davantage. La marine anglaise a bien défendu le fort de la Trinité : la dé*

CÇ^lfCLUSION. dS3

fense a même été supérieure à Tattaque; mais à côté de cette belle ré8i9tance, que penser de l'abandoD de la garnison de la ville qu'il lui était si facile d'enlever^ et de réunir aux troupes espagnoles placées sur la rive droite de la Fluvia, à deux lieues de la rade où elle se trouvait 7 L'escadre espagnole lui en avait donné l'exemple dans l'hiver de 94 à 95. Quelle différence de conduite dans une position semblable! Quelle différence d'un homme à un autre! En lisant les différents chapitres, on aura pu se convaincre aisément qu'on n'est pas toujours dans une situation fâcheuse et qui commande la retraite parce qu'on a, sur l'un de ses flancs, une partie des troupes de son adversaire. La bataille de Gardeden prouvera, ou du moins ajoutera aux preuves existantes, qu'on peutmême quelquefois, avec succès, combattre un ennemi supérieur en nombre, qui vous cerne entièrement, surtout quand le chef cerné a des plans plus arrêtés que son adversaire, suffisamment de décision dans le caractère, et quand il est assez sûr des troupes qu'il a dans la main. On pourrait même être tenté de dire que ' cette situation, toute dangereuse qu'elle paraît, est cependant quelquefois la seule chance de succès, noit qu'on s'y trouve volontai-

334 CiJiPAGNE DE CATALOGNE.

rement, soit qu'on ait été forcé de s'y mettre par les mancBuvres de Tennemî,

Sur une position où Ton attend l'ennemi pour lui livrer bataille, il feut faire de ses forces une répartition telle, que les points naturellement les plus faibles se trouvent les plus garnis de troupes; si toutefois, cependant, on veut rendre sa ligne partout également forte, et si l'on ne préfère ménager à dessein un endroit faible pour y attirer

l'attaque de préférence à tout autre. Il faut éviter la faute que les Espagnols firent à Molino dél Rey, d'agglomérer leur artillerie et leurs bataillons 8ur le point naturellement le plus formidable de leur position, c'est-à-dire, derrière le pont de ce bouiç, qu'il eût été impossible de passer quand bieo même il n'y aurait eu pour le défendre que la moitié des moyens qu'on y employa, et de laisser leur droite, qui en était le plus faible, la plus dégarnie de troupes, quoiqu'elle eût à garder plusieurs gués tout aussi importants que le pont où ils avaient concentré tous leurs moyens, comme s'il était le seul point par où l'on pût attaquer la position de leur armée. Cette faute, la plus grande qu'ils pussent commettre dans cette journée, puisqu'elle nous donnait la facilité de nous porter sur

leur ligne d'opérations et de la couper, fut poui eux la principale cause de la perte de la bataille.

Lia déroute d'Igualada confirmera le môme prin* cipe. Les fautes et les résultats furent les mêmes. Les dispositions des Espagnols, avant cette affaire^ pour cerner de nouveau l'armée française, prouveront déplus en plus la fausseté du principe, trop légèrement admis par beaucoup de militaires, qu*un ennemi cerné est un ennemi détruit ou tout au moins battu.

La bataille de Valls, qui suivit de si près la déroute d'Igualadb, fait voir, comme les précé dentés, l'inconvénient de n'avoir point dans la main, le jour d'une bataille, toutes les troupes dont on peut disposer. L'oubli de ce principe de rigueur causa seul aux Espagnols la perte de cette bataille : car si le général Reding, dans le moment où il débouchait sur le village de Picamoxons, avait mis en jeu, comme il le pouvait si aisément, les troupes laissées devant Tarragone, et celles du maréchal de camp Wimffphen, placées à Santa Coloma de Quéralt, les premières sur Valls, pour attaquer h revers la division Souham, et les dernières sur Pla, pour empêcher celle de Pino de marcher au secours de l'autre, il n'y aurait pro-

bableofieot pas eu de bataille de Valls, ou si elk avait eu lieu, on doit croire que c'eût été airec des chances bien différentes.

Mais combien d'instructions offrira le siège de Gironne ? Après avoir vu les efforts de courage el de patience que les habitants de cette ville ont déployés, on se convaincra que la défense d'une place forte ne peut être complète, ou poussée à l'excès, que quand elle est effectuée par les habitants du pays, aussi exaltés que l'étaient alors ceux de la Catalogne, aidés par la troupe de ligne, dont on ne peut se passer dans les actions qui exigent la réunion de l'adresse à la plus grandt valeur, parce que le dévouement le plus entier oe peut y suppléer.

Les plus belles défenses faites par des troupe» n'approchent pas de celles qu'ont exécutées Ki habitants lorsque, par un fanatisme quelconque, leurs yeux ont été fermés sur tous les dangers, t\ leur cœur à toute crainte; sans en chercher dt? preuves hors de la Catalogne, que Ton compart la défense de Roses avec celle de Gironne : dac» l'une il n'^y avait que des soldats; dans l'autre le^ soldats étaient soutenus, ou plutôt dominés par les habitants. Prenons même un exemple encore

CON€LUflIOfl. 3)7

plus rapproché dans la d^^rnière de ces places : le fort du Monjuich n*a été défendu que par la troupe de ligne, et certes il a été bien défendu ; cepen- Hant du moment qu'il y a eu une brèche praticable, et que les travaux des assiégeants ont été suffisamment approchés pour leur donner l'espoir de lenlever et la possibilité d'y réussir, la garnison l'a évacué; tandis que, malgré les quatre brèches qui existaient au corps de la place de Gironne, brèches que plusieurs généraux et officiers supérieurs français avaient jugées très-praticables, vu qne trente places, durant les dernières guerres, s'étaient rendues dans une meilleure si* tuation, laissant cependant encore de l'honneur aux garnisons chargées de leur défense ; malgré pes quatre brèches, disons-nous, la garnison de Uironne ne fut point ébranlée, le 19 septembre suivant) de l'attaque vigoureuse et simultanée des (|uatre colonnes qui se présentèrent, en plein jou^, pour les escalader. Et cela, parce qu elle était encouragée et soutenue par la vue de la population entière de la ville qui, bien ou mal armée, et sana distinction d'état ni de sexe, voulait partager ses dangers et garnissait les remparts. La giberne et le mousquet s'apercevaient aur la hou-

328 CAMPAGICB «E CATALOGNE.

tane des religieux et des ecclésiastiques comme sur l'habit du croisé et du simple artisan. La plus légère agitation de l'air &isait flotter et découvrir les rubans qui distinguaient les femmes des compagnies de Sainte - Barbe , dont quelques-unes acquirent, dans cette journée, les récompenses et les distinctions des braves. Quel motif d'émulation pour les hommes composaAt la garnison! Pouvaient-ils rester en arrière de ces héroïnes du patriotisme 7 Pouvaient-ils, en un mot, le céder en valeur à des femmes 7 *

A côté de ce tableau, qu'on se représente une ^ ville assiégée, à la défense de laquelle les habitants demeurent étrangers* Us ne pensent qua leur conservation, àcelle de leurs habitations et de

leur industrie ; ils sollicitent, menacent même le commandant qui fait une résistance que oon devoir lui prescrit, mais qui les ruine et«.aflièiie la destruction de leur ville ; qu'on joigne à iocl cela leurs brigues, leurs efforts pour décourager k soldat, le mutiner, etc., etc. ; quel contraste!... Avons-nous tort de dire que la défense d'une place ne peut être complète que quand elle est effectuée par les habitants aidés de la troupe de ligne 7 d'assurer qu'il n'y en a point d'assez peu

coNCUision. 329

forti&ée pour n'être pas, dans ce cas, susceptible de la plus loQgue défense? et qu'une ville telle que Gironne n'eût jamais été prise, si l'armée destinée à la défense de la Catalogne, et par conséquent à la secourir, avait montré la moindre vigueur, et si son moral n'avait pas été aussi abattu quMl l'était et qu'il devait l'être après les pertes successives de quatre batailles, complétées par autant de dâ>outes 7

Les défenseurs de Gironne ont déployé la plus grande énergie, et n'ont rien négligé de ce qui pouvait leur procurer quelque avantage. Ils ont retenu dans la place trois cents Napolitains» déserteurs de nos rangs; nous les ont presque constamment opposés, notamment sur l dans les sorties, parce que, connais qoi leur était réservé si nous nous e la ville, ils étaient sûrs qu'ils combe r^hïrïilbtnent du désepoir; ils on l'enthousiasmedes habitants, excité to de fanatisme, et en ont tiré le plus f

> On ï pu Toirdanslespièces juBlificatÏTeBle SaiiK-Narcisse élail nommé générilîssiine des et de mer, les cérémonies de son ioBlallatioD, la croisade gironnienne précbée avec un enlbonsiasme et iinc persévérance

330 CAHPAGnl DE OATALOGItE.

Enfin, je croie qu'on ne peut conteater qu'iU aient fait ce qne tout militaire ou citoyen jaloui de pousser la défense d'une p)ace aussi loin qu'elle peut aller , devra toujours faire quand il aen assez heureux pour reucootrer tout ou seulemenl partie des circonstances où se trouva, en 1809, le général Alvarez, à qui la défende de Gironne était confiée.

Les fautes commises par les Français pendant

ce si^, soil qu'elles provinssent d'erreurs ou des

embarras multipliés de leur position , peuvent

fournir aussi de bonnes leçons : nous pensons les

avoir suffisamment indiquées dans les deniiers

chapitres, pour qu'il soit inutile de les rappeler

ailes prouvent qu'on ne s'écarte

it des principes posés par les grand.'

iment par Vauban, dans son ioi'

>; quelques exceptions heureusff

i.nous éclairer, ne pourràieiit Atre

: trompein^.

ne firent les '"Espagnols en s'obetiintroduire dans Gironne des se- 1 et de troupes, par le moyen de

t de celle ville, le décrei d'urgaBisiiion ait compagaies de temuies, etc.

COffCLUSION. 331

détachements lancés en ayant de leur armée, malgré sa proximité, sont assez visibles pour n*étre jamais imitées; quoique des six oonvois qu'ils aient essayé de jeter dans la place, deux soient parvenus à y entrer, l'un le 16 août, par la négligence des troupes westphaliennes, l'autre le 1*' septembre, parce que la division Milloa* sewitz se laissa surprendre à Sait, et se retira en toute hâte, sans combattre et sans prévenir qui que ce fût de l'approche de l'ennemi du point confié à sa garde.

La prise, entre Santa Coloma de Famés et Cal* das de Malavella, le 20 juin, du convoi destiné pour Gironne ; entre Castellar de la Selva et la Llagostera, le 10 juillet, de la colonne d'élite commandée par le colonel anglais Marshall ; de celle tombée en notre pouvoir le 4 août, près le couvent de Saint-Daniel, et plus particulièrement encore l'enlèvement du grand convoi dont nous nou0 emparâmes, le 26 septembre, devant Gironne» à la vue de l'armée espagnole et sous la mitraille de ses forts, doivent prouver également que ces sortes d'entreprises ne réussissent jamais, à moins qu'on ne trouve des officiers nëigligents ott dw troupes sans courage ; on ne peut donc

hasarder ces sortes de détachements, avec espoir de succès, s'ils ne sont protégés et couverts par une force suffisante pour éloigner momentanément la partie de l'armée assiégeante ou d'observation capable de leur nuire. C'est peut-être le cas de répéter ici qu'il ne faut point, à la guerre, baser ses calculs sur les fautes supposées de l'ennemi.

Les militaires, s'ils lisent ce mémoire avec l'attention que comportent les ouvrages de cette nature, verront que le septième corps eut à vaincre bien des difficultés, par la nature même de la guerre dans un pays si difficile, et dans une province si populeuse, où l'on comptait autant d'ennemis que d'habitants, et où l'armée espagnole, déjà si supérieure en nombre à l'armée française, avait encore une multitude d'auxiliairea. On doit ajouter à ces circonstances la situation politique où se trouvait le général français, situation qui augmentait chaque jour les obstacles, qui fut cause qu'on fît entrer son armée en campagne manquant de tout; qu'elle ne reçut aucunes recrues pour renforcer ses corps, pendant une campagne d'un an, dont pas un jour ne se passa sans combat; et que, malgré toutes les réclamations de son chef, il

ne fut pas accordé la plus faible récompense, soit avancement, soit Légion d'honneur, à un seul ofQcier ou soldat français ; tandis que celles de toute espèce étaient abondamment répandues sur les troupes du royaume d'Italie, comme si Ton eût voulu ajouter à tant de mauvais procédés celui d'indisposer les militaires français contre leur général, en leur faisant croire qu'il ne s'occupait pas de leurs intérêts.

On conçoit aisément tous les avantages d'une armée qui défend ses foyers, sur celle qui l'attaque, surtout quand, par des motifs quelconquesy la lutte est devenue nationale, et que les populations ont couru aux armes : si cette question est restée indécise pour le cas de guerres ordinaires» elle est résolue dans celui-ci.

L'expérience de la guerre d'Espagne doit être recueiUfe avec soin. Aujourd'hui qu'un nouveau système militaire a introduit en Europe un développement de forces colossales qui doit changer toutes les combinaisons anciennes, elle peut aider h décider une question d'une haute importance, celle de savoir jusqu'à quel point la population doit concourir aux opérations de l'armée, dans le cas d'invasion de la part d*une puissance supé-»

334 CAMPA6NB DE CATÂLOGIIB.

rieure ou d*une coalition. Cette question est du plus grand intérêt pour tous les peuples jaloux de conserver leur indépendance; elle intéresse ta France plus particulièrement que tout autre État, parce qu'elle n*en est plus une que pour elle. Les moyens employés par l'Espagne avec assez de succès pour avoir le temps d'attendre le secours des plus grandes puissances de l'Europe, qui en ont ensuite usé elles-mêmes à son imitation, valent bien la peine d'être médités afin qu'on puisse les adapter, avec les modifications convenables, à la situation de la France. Il ne faut pas attendre le moment du besoin pour les examiner, parce que quand le besoin se fait généralement sentir, il n'est déjà plus temps de s'occuper à rechercher ce qui vaut le mieux; on est forcé d'employer ce qui se présente d abord , bon ou mauvais. Le défaut de prévoyance amène le désordre et la confusion, qui, loin de remédier à rien» achèvent de tout gâter. Les États convoités sont envahis avant qu'on ait pu prendre aucune des mesuras qui, si elles avaient été combinées avant la catastrophe, auraient assuré leur salut. Les événements de l'Espagne en 1808 viennent à l'appui de cette assertion.

G0IICLU8I0H. 33d

Je sais que nous ne sommes pas sans alliés, noua ne sommes pas encore assez faibles pour n'en pas avoir ; pourtant il est plus sûr, plushono* rable et moins dispendieux de se passer de leur secours. Fort ou victorieux, les alliés ne manquent point; mais faible ou vaincu, on est abandonné, trop heureux de n'être point trahi. Sans citer des preuves récentes et trop connues, nous en trou'voDs une dans la guerre dont il est ici question. L'Espagne était unie à la France par les traités les plus solennels, lors de l'invasion de 1808. On dira que ce fut sous un prince ambitieux, usur^ pateur, etc., et que les principes de la légitimité qui triomphent aujourd'hui nous offrent des ga-^ ranties certaines contre le retour de semblables événeipents. Nous l'espérons; toutefois, comme il est impossible d'oublier les catastrophes de la Pologne, le dépouillement plus récent de la Saxe, et le partage dosâmes en 1814, nous persisterons à croire prudent de se tenir encore en garde contre les alliances en générai. Quand il s'agit d'un objet aussi important que l'indépendance d'une nation, il doit être permis de ne point s^en fier entière-ment à une alliance quelle qu'elle soit; car celle même sur laquelle se londe aujourd'hui l'espoir

de la tranquillité future de l'Europe, n*a point empêché, s'il faut en croire ce que Ton assure, que par un excès de défiance toujours salutaire et obligé dans des cas aussi graves, différentes puissances n'en aient formé d'autres, que Ton pourrait nommer des contre--alliances. Celles-ci auraient pour but de se prémunir contre les actes de la première jusqu'à ce que l'expérience n'ait plus laissé de doutes sur la droiture des desseins de toutes les puissances qui en font partie, et développé , par une constante application , les principes qui les dirigent . Les événements d'Espagne et de Portugal, quoique de môme nature que ceux d'Italie, ayant été jugés différemment par les mêmes hommes d'État, les esprits n'ont pu se convaincre suffisamment de Tuaité d,ef principes qui la régissent et du véritable but q^^'on se propose. La manière dont va se résoudre l^ShiH portante question qui s'est élevée en Tuvquie, décidera probablement de sa durée et, mieux que-fes déclarations diplomatiques et les congrès 9 du degré de confiance auquel ces traités solennels ont droit de prétendre de la part des nations.

Occupons-nous donc de la question citée pins haut: elle est grave et pressante plus qu'ota ne

peut le croire, si rhomme, dont l'Europe entière accusa le régime oppresseur, a cessé d'exister, sou système n*est point anéanti avec lui; il peut tenter encore plus d^une ambition. Afin de nous en préserver à Tavenir, il faut recourir à des moyens extraordinaires, efficacement employés chez nos voisins, et susceptibles d'être adaptés à la situation de la France. Pour atteindre ce but, il est indispensable que l'opinion publique soit éclairée et consultée ; car des mesures législatives sont nécessaires, puisqu'il y a de grands devoirs, de grandes charges à imposer aux citoyens, et qu'on ne pourrait les obtenir sans son appui. De plus, il y a des précautions à prendre pour ne point fournir aux étrangers de prétextes pour venir de nouveau s'immiscer dans nos affaires; et des garanties à s'assurer contre une ambition d'une nature différente, improbable aujourd'hui, mais possible par la suite.

Le gouvernement ne restera point en arrière. Il les proposera sans doute ces mesures salutaires, capables de garantir à la patrie son indépendance, et au trône sa splendeur, en complétant l'organisation des forces nationales et en préparant les

institutions nécessaires pour les mouvoir sans con-

fusiod au diottieint du daii(^er^ qu'il lie faut pèi voir prochain, mais possible, tant que la Fraace sera si bonne, si belle et si faible', et qu'elle possédera de Tor, ce premier mobile de toutes les guerres passées, présentes et à venir.

Si l'auteur de ce mémoire n'est pas dans Terreur, les Espagnols auraient assejs fréquemment

^ Il nous semble qu'un Ëlat, quelle que soit sa position géogr»phique, son étendue ec sa population, doit paraître failHe à ses ennemis, et encourager leurs agressions, quand rbonneur de veiller à la garde du trône n'est pas exclusivement confiée aia nationaux; quand, par tous les actes d'administration, il n'est pas patent pour chacun que la confiance la plus intime et b plus réciproque règne entre le gouvernement et la nation ; quand la grande famille est divisée en partis bien prononcés, et que l'étranger, quel qu*il soit, croit pouvoir compter sur Tappoi d'an de ces partis ; quand les hommes qui composent ce que l'on appelle les premières classes de la société, se sont laissés entraîner dans les mouvements déréglés des factions, ou s'y sont précipités avec d'autant moins de modération que l'élévation de km rang en exigeait davantage ; quand ceux qui, par leur situation politique, devaient les maitriser, sont dominés par eux; quand ces partis se sont faii de tout, même de ce qui devait être considéré comme Tancre du salut commun, des inslniments propres à les conduire à leurs fins; et quand, en un nHii,oa n'aperçoit plus aucun moyen de les concilier, rien d'assex fort n*étant resté au-dessus d'eux pour réprimer indistincieiDeoi |«Mirs oxcès, et détourner la ;;uerre civile qu'ils ont l'imprudenre de provoquer.

eoHCLUsiON. 330

dépassé le point jusqu'où les masses de la popu* latîon doivent concourir aux opérations de l'ar^ mée^ et auraient ainsi exposé, sans nécessité, des villes intéressantes et riches, à une destruction totale et inévitable pour n'en obtenir que des avantages incertains, éphémères et nullement en rapport avec les dangers qu'on leur faisait courir, par une résistance souvent impossible et par là même téméraire. Telles ont été celles de San Feliu, de fiuixols, de Palamos, et de tant d'autres auxquelles il faut ajouter l'abandon forcé des villes et villages, et les conspirations fomentées aussi inutilement que maladroitement à Barcelonne.

Pour nous, il nous semble qu'on ne saurait trop ménager les populations ; qu'elles ne doivent coopérer aux mouvements militaires de l'armée que très-rarement, et seulement pour les actions décisives. 11 vaudrait Eiieux encore ne s'en servir que pour compléter une victoire gagnée, et aider à en retirer tout le fruit possible ; en effet, une armée battue qui aurait à ses trousses une population dont on n'a pas prodigué le courage, à laquelle on a épargné les périls, devrait inévitablement être dotniitc après un échec ou pendant sa retraite ; et cela sans que les masses qu'on

aurait mises en mouvement eussent couru la vingtième partie des dangers auxquels les aurait exposées des appels intempestifs, toujours inutiles du moment qu'ils ne peuvent pas être décisifs. Nous croyons qu'il est prudent de ne jamais les faire agir après un revers marquant, comme on le £ait ordinairement, mais, au contraire, toujours après un succès, fût-il de peu d'importance.

Nous rangerons dans la même catégorie que les retraites forcées, le cas oîi un ennemi trop confiant aurait pénétré au cœur de l'État, et par ce fait allongé outre mesure ses lignes d'opérations ; nous n'hésiterons pas à dire qu'il faut employer, dans cette occurrence, les masses des populations sur ses flancs et ses derrières, si toutefois, par des mesures prises à l'avance, on a organisé tout ce qu'il faut pour les bien diriger. Des opérations de cette nature, bien conçues, ne pourraient manquer de faciliter à l'armée chargée de la défense du pays, les moyens de détruire celle qui aurait imprudemment envahi une partie de son territoire. Mais, on ne peut trop le répéter, pour tirer de ces moyens tout l'avantage d&irable, il faut nécessairement les préparer longtemps

d avance. On dira que les Espagnols ont conservé leur indépendance, quoiqu'ils n'eussent rien prévu de semblable, s'étant trouvés entièrement surpris ; les Espagnols n'ont eu ce bonheur que par des circonstances indépendantes d'eux ; l'Espagne , malgré des efforts inouïs et la perte d'un nombre incalculable de citoyens, était entièrement con« quise, à l'exception de quelques places, qui ne pouvaient tomber entre les mains de ses ennemis qu'après un laps de temps plus ou moins consi-* dérable. I^a Catalogne, qu'une guerre de plusieurs années n'a pu soumettre complètement, a seule fait une grande défense, positivement parce que cette province avait dans le nombre de ses places fortes, dans sa constitution particulière, les éléments et les moyens nécessaires pour opposer la résistance la plus opiniâtre. Ces moyens existaient depuis longtemps ; ils avaient l'avantage d'avoir été éprouvés dans les guerres précédentes, et depuis plus d'un siècle ; c'était l'organisation bien combinée de ces miquelets, hommes choisis parmi les plus jeunes et les plus vigoureux de la province, et de ses somatènes, autrement les masses de sa population.

Des moyens analogues et qui parurent improvisés, sauvèrent l'Allemagne en 1813; ils auraient

342 CAMPAGHE DE CATALOGNE.

sauvé la France, en 1814 et 1815, de rhumiliation et deft fatales conséquences des deux inva^ sions; TEspagne leur aurait dû son salut en 1808, si le système suivi par la Catalogne eût été appliqué au royaume en entier, à l'avance, et non pas au moment du danger. Alors elle n'eût pas eu besoin de secours étrangers; secours souvent dangereux et presque toujours inutiles, parce qu'une puissance, même du troisième ordre, peut aisément trouver en elle-même les moyens certains de repousser l'armée d'une puissance supérieure, quand de bonnes institutions militaires dans ie genre de celles adoptées depuis peu par FEurope entière, permettent de porter au secours de l'armée active les masses de la population ^

* I/armée actW«^ dp la confédér «tion germanique a été fixéf, par la diète, an centième de la population. T/est le rapport mom de Tarmée à la population , dans Tétat ordinaire de plusieurs puissances. Mais dans l'état actuel, refTeciirdes armées de tont^ les grandes puissances, la France et i'Aiiglelerre exceptées, c>t an-dessus de celte proportion.

Outre Tarmée active, le système militaire de tuaies les puissances offre, sons des noms divers, des corps de milices dont b force moyenne est un vingtième de la population. Ces corp«* sooi organisés dans toute TAllemagne t on les organise en Belgique. Ce rapport est celui qui avait servi de base, en 1814, à TorgaDÎsation des gardes nationales de France; Mats cène orgamsaiioa

cosiCLURirm. 1|3

La bonté de ce système n'a pu briller de tout son éclat en Catalogne, ni ressortir comme elle le devait peut-être, parce que les chefs et les généraux chargés de diriger les mouvements , n'en appréciant pas bien les avantages, n'en surent pas tirer tout le parti dont il était susceptible; mais enfin, excepté cette province et la ville de Cadix

et celle de 1816 ont été abandonnées, et l'organisation adoptée par l'ordonnance du 30 septembre 1 Si 8 est suspendue.

L'Angleterre, après avoir fortifié ses ports et ses établissements maritimes, a porté sa prévoyance jusque sur ses alliés. Elle a fait appliquer un nombre considérable de millions, provenant des contributions levées sur la France en 1815^ k la restauration des places fortes de la Belgique démantelées par Jiiseph II. Ces forteresses ne sont pas seulement propres à la défense j elles peuvent servir à roffensive, comme points d'appui et dépôts, spécialement celles qui sont situées sur les rivières et canaux, ei qui communiquent à notre système de navigation intérieure. On peut dire la même chose des places et postes que les puissances d'Allemagne établissent ou améliorent dans les bassins du Rhin et de la Moselle.

Noos ne pouvons jeter les yeux sur les frontières de nos voi sins sans ressentir Furgente nécessité de compléter, par la construction de nouvelles places, le système de défense des nôtres, détruit par la démolition d'Huningue et la cession de Landau et de Sarreloais, qui livrent l'entrée des départements de TEst, plus alliiUis encoie ^iia eaux do Mord, par Teflet du désastreux iraiié do 20 novembre.

que la force de sa situation a préservée, l'Espagne était conquise, quand la guerre d'Autriche survint, et força le conquérant â retirer de la Péninsule une grande partie de ses troupes, successivement rappelées à mesure que de nouveaux ennemis se déclaraient contre lui. Lorsque enfin il se décida à abandonner sa proie, il avait l'Europe entière à combattre. L'Espagne ne dut donc sa délivrance qu'aux suites de la catastrophe de Russie et à la bataille de Leipsick, quoiqu'elle guerroyât depuis quelque temps, moyennant les secours étrangers, avec des chances de succès obtenus principalement par les Anglais, sur les squelettes de corps d'armée que Napoléon avait encore dans la Péninsule.

N'^ayant d'autre but que de mettre à profit, dans l'intérêt de notre pays, l'expérience acquise surtout dans les dernières campagnes, nous désirons ardemment que l'opinion publique se prononce sur l'importante question qui nous occupe ; les dépositaires du pouvoir ont besoin de cet appui pour obtenir les dispositions législatives capables de donner de la solidité au gouvernement constitutionnel, et d'assurer les destinées et rindépeadance de la patrie. Quelque diligence qu'on fasse.

la France sera désormais la dernière des puissances de TEurope à préparer, dans la paix, les moyens de résister dans une guerre qui peut survenir d'un moment à l'autre. Oui, tous les gouvernements européens ont profité des leçons du passé pour organiser, sur des bases larges et stables, les moyens de garantir leurs peuples des fléaux et des malheurs que l'ambition étrangère pourrait encore leur causer ; toutes leurs mesures sont prises, et tous leurs moyens organisés et mis à répreuve. Les nations qui nous environnent sont à l'abri de toute tentative; la France seule est désarmée au milieu d'elles. Nous ne disons pas que Philippe soit à ses portes; mais enfin, méfions-nous d'une sécurité qui pourrait devenir funeste ! Il est aujourd'hui à peu près démontré qu'une armée permanente ne suffit plus aux besoins des États, et qu'il serait imprudent de confier leur sécurité à ce seul moyen, quand il est possible de s'assurer d'autres garanties : la nécessité de se défendre contre des armées formidables par leur nombre, leur bonne composition, etc., a donné aux souverains tant de facilités pour faire marcher, même à de grandes distances, une partie des masses de leurs peuples, qu'il serait à craindre

qu'ils n'employai^ent, s*il survenait une nouvelle guerre, les mêmes moyens dont ils se servirent avec tant de succès en 1813 et 1814, et qu'ils répétèrent en ISIS, quoique la même nécessité ne les y forçât plus. Il est donc probable, ou pour le moins possible, qu'ils en useront encore contre la France si l'occasion s'en présente; il nous semble dès lors raisonnable de le craindre , et prudent de se mettre en mesure de les faire échouer.

11 est temps de s'en apercevoir enfin : toutes les combinaisons de la guerre sont changées, par des développements de forces aussi considérables que celles que l'on a mises en mouvement dans les dernières campagnes. L'Espagne a ses miquelets et ses somatènes; l'Allemagne ses landwehr et ses landsturm; l'Angleterre ses milices*; la Russie, qui ne peut être attaquée par personne, une armée formidable qu'elle augmente encore tous les jours '; il faut espérer que la France obtiendra

4 Voir l*acte du parlement anglais du SO avril ISiS, sv Téta* blissement de la milice locale ; il règle son organisation, sa force, et détermine les cas où le roi peut sextupler le nombre aoqad elle a été primitivement fixée.

a Celle puissance ne peut pas même être attaquée par rB«ropa entière, et eUe entretient d^ss ce momeaiy ânna lea

GORCUJSIOH. 847

aussi quelque chose. Elle a eu un moment l'espoir de voir organiser ses vétérans ; seuls ils ancraient presque suffi pour lui garantir Timpos^i* bilité du retour du plus humiliant désastre que puisse essuyer une nation généreuse, et qu'elle a eu la douleur de subir, comme toutes les grandes puissances de l'Europe, avant l'adoption des mesures qui les en auraient garanties.

Et à ce sujet qu'il nous soit permis d'exposer l'importance et l'efficacité de cette institution, pous assurer au dehors l'indépendance du pays, au dedans le maintien paisible et régulier du système constitutionnel. On n'a point encore considéré cette question dans toute son étendue» ni rétablissement des vétérans dans ses plus graves résultats.

nn million d'hommes organisés non-seulement en régiments ou par brigades, mais formant des corps prêts à se mouvoir dans Tespace de Tingt-quatre heures, et pourvus, dans le détail le |)lus complet, p<ior ne pas dire le plus minulieux, de tout ce qoi est nécessaire pour entrer en campagne. Personne n'a fait attention, jusqu'à ce moment, au système de colonisation qu'elle vient d'établir pour Tentretien, le recrutement et Paugmentation «le ses armées, dont li Taide de ce mode elle peut élever le aoalire à 011 tans jiisqa'icl sans exemple, et qui pourrait lai doniier le moyea de changer en peu de temps la face du nMiode.

Ce n'est pas isolément et en elle-même que cette institution doit être jugée. II faut la voir à la place qu'elle doit occuper dans un bon système général d'organisation de la force publique. 11 faut examiner, dans ce système et à cette place, quels seront ses effets, soit au moment d'une guerre défensive, soit pendant la durée de la paix.

Nous venons de dire, d'après l'expérience de tous les temps, et l'expérience encore plus convaîncante du nôtre, qu'en cas d'invasion de l'étranger, et surtout depuis les changements apportés de nos jours dans la conduite de ces grandes guerres, l'armée active était insuffisante pour préserver la patrie de leurs déplorables conséquences; qu'il fallait avoir recours à la population, et se hâter de l'organiser dans cette vue, de peur d'être pris au dépourvu, et contraint de prodiguer sans mesure des forces qui, bien connues et préparées d'avance, seraient employées avec beaucoup moins de sacrifices et bien plus de fruit.

Mais cela même n'est point assez, et le système ainsi conçu n'est point cpmplet. La population, appelée au soutien de l'armée active, a besoin d'être soutenue elle-même, si l'on veut que d'une part l'armée active soit pleinement disponible ,

et que, de l'autre, la population, mise en mouvement, ne demeure cependant pas isolée et livrée a tous les dangers de son .inexpérience; il faut trouver une force qui, par sa nature, se lie d'une part à l'armée, de Tautre à la population, qui ne soit pas novice dans la vie militaire, et sorte néanmoins du sein de la vie civile ; qui serve à la fois de point d'appui à l'armée à laquelle elle a appartenu, et à la population à laquelle elle appartient. C'est dans l'institution des vétérans que cette force réside . Ils ont été soldats et sont redevenus citoyens. Us savent la discipline, la guerre; ils peuvent en reprendre sans effort, et pour un temps limité, les habitudes et les travaux; ils n'ont point à faire cet apprentissage matériel et moral qui coûte si cher aux hommes les plus braves, étrangers à toute pratique des camps. En un mot, ils forment à la fois la seconde ligne de l'armée et la première ligne des citoyens. Ils appuient les bataillons et guident les masses. Ils donnent enfin cette force intermédiaire si dési*rable, et qui doit lier l'une à l'autre les deux grandes forces de l'État.

Alors le système est complet. Alors tout ce que la patrie contient de forces réelles et susceptibles

350 CAMPAGNE bB CàTALOONE.

d'être employées utilement, concourt en effet à sa défense^ et chacun se trouve à la place qui lui convient. Sans les vétérans, l'armée active serait gênée quant à sa disponibilité, et la population serait trop compromise. Avec les vétérans, Tarmée active et la population sont ramenées à leur destination naturelle, et capables de rendre, Tune et Tautre, tous les services qu'on peut raisonnable* ment leur demander.

Que si nous considérons l'institution des vétérans pendant la paix, son utilité ne sera pas moins évidente. Elle dispense l'État de tenir constamment l'armée active à un degré de développement onéreux pour les finances publiques et inquiétant pour la liberté. Elle épargne à la masse des citoyens une partie des dérangements et des exercices auxquels il faudrait les assujettir^ s'ils étaient la seule force dont l'intervention pût être requise à l'appui de l'armée. Ainsi* le double problème imposé aux États constitutionnels, qui doivent craindre et de multiplier les soldats, et de harasser les citoyens, se trouve résolu par rinstitution des vétérans, qui réunisseot le double avantage d'être citoyens pendant la paix, et de redevenir soldats dès qu'une guerre nationale l'exige.

Telle est donc la vertu de cette institution » qu'elle s'adapte également aux situations les plus diverses et à toutes les nécessités d'un État constitutionnel : forte dans l'ordre militaire, elle n'est point inquiétante dans l'ordre civil; elle complète le système d'organisation de la force publique, en allégeant les charges imposées à chacun des éléments qui le composent; elle garantit la sûreté de la patrie , sans compromettre sa liberté.

Espérons que les préventions injustes dont elle est l'objet ne seront que passagères; que Tintérét national et celui de la monarchie, mieux entendus , l'emporteront enfin sur ceux des ennemis de l'État, et ne s'opposeront plus à l'exécution d'une mesure qui a déjà pour elle l'avantage si grand d'être appuyée par l'opinion publique, et qui, si elle n'est pas la seule, nous parait au moins la plus efficace, la plus sûre, et la plus facile de celles que l'on puisse employer pour garantir à l'État sa sûreté, et à la dynastie sa gloire.

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