INSTRUCTION PARTICULIÈRE POUR LUI SEUL
Paris, le 98 janvier 4808.
GÉNÉRAL, aassitôt après avoir reçu la présente, vous vons mettrez en route pour vous rendre en droite ligne à Perpignan. H est indispensable que vons y soyez rendu le 4 février au plus tard ; Tintention de S. M. l'Empereur est que vons partiez de Perpignan du 6 au 8 avec la division que vous commandez, et que vous entriez en Espagne le 9 du même mois. Vous vous dirigerez sur Barcelonne. Vous ferez connaître au gouverneur espagnol de
cette place que vous avez ordre de vous rendre à Cadix,
que TOUS attendez à Barcelonne la décision de la cotir dTspagne à ce sujet, et que les étapes sont préparées. Voos me ferez connaître la situation des places et des dépôu qui en forment la garnison, sans rien faire qui pniase faire soupçonner des dispositions défavorables aux Espagnols. Vous ferez fusiller le premier Italien qui manquerait à la discipline, afin de faire à temps un exemple salutaire, et qui empêche toute espèce de désordre. Ls politique étant d'accord, sur ce point, avec la nécessité dr bien vivre avec les Espagnols, qu'il ne faut point alarmer, vous ferez former, pour juger les coupables, une commission militaire que vous composerez de telle sorte, que k discipline soit par son moyen rigoureusement observée. Le général Pacthod reçoit l'ordre de se rendre saos délai à Perpignan, pour être employé sous vos ordres, et à k division qui doit vous obéir.
L'état ci-joint vous fera connaître, général, la compta sition des troupes que vous aurez sous vos ordres; toi^s le comparerez avec Tétat des présents sous les armes, au moment où vous entrerez en Espagne, et vous me ferez connaître en quoi ces deux états pourraient différer, afin que j'en rende compte à Sa Majesté. Vous renouvelles la comparais ii de ces états à votre arrivée à Barcelonne. Observez bien que les Italiens, en général, sont inexacts dans la situation qu'ils envoient, et qu'il ne faut permettre d'y employer que ceux qui doivent y être portés.
Vous m'écrirez tous les jours, dès que vous sereE entré en Espagne, afin de me bien faire connaître la dispo5)-
b*on des esprits^ la situation des places fortes et ce qu'il
y aura devant vous jusqu'à Barcelonne et jusqu'à TÉbre.
Vous correspondrez d'une manière sûre et fréquemment avec S. Exe. M. le maréchal Moncey, auquel j'envoie l'ordre de porter son quartier général à fiurgos ; mais qoi laissera sa troisième division à Vittoria, jusqu'à nouvel ordre.
Telles sont, général, les instructions que S. M. l'Empereur m'a chargé de vous remettre au moment de votre départ. Le choix que Sa Majesté a fait de vous, pour l'important objet qu'il vous confie, est un gage certain du succès.
RAPPORT
SUR LA LEVÉE DU SIÉGB DE GIRONNE, FAIT PAR LE GÉNÉRAL COMTE DE GALDAGUiS A SON GÉNÉRAL EN CHEF.
n Excellentissime seigneur, dès que Votre Excellence (( me donna ses ordres pour que je sortisse de Martoréll, « pour me diriger sur Gironne, et faire que Duhesme « levât le siège de cette place, je me proposai de le faire « avec toute la méthode possible, pour ne pas manquer f( une entreprise qui, étant la première, me donnait avec « anxiélé le désir de la mener à une fin heureuse : mais
( durant rocs ronrches je recevais des nouvelles qui constataient que les forces de I^ennemî B*ëtaient pas andessous de sept à huit mille hommes d'infanterie, et de
( huit à neuf cents chevaux, avec un train complet d'artiUerie de bataille. J'essayai, sans perdre ni vigilance ni fatigues, de réunir âmes petites forces celles armées que Ton pourrait détacher des corrégiments de Yich, de Manresa, de GranoUérs et de Tarragone, et ainsi de même de celles qui se trouvaient sous le commandement de don Juan Claros qui, jusqu'à ce moment, étaieot disposées pour incommoder les convois importants que l'ennemi conduisait, tant de Figuières à Gironne, que de France. En effet, à mon arrivée an petit village de Castellar, j'appris qu'on pourrait compter environ sur six mille hommes armés pour entreprendre l'action qai venait d'être projetée; quoiqu'il n'y eût pas parmi eux plus de trois cents vétérans, je ne balançai pas un moment à entreprendre et à combiner, le plus méthodiquement possible, l'attaque de l'ennemi, sans perdre de vue la qualité de mes troupes et des siennes. Pour cette fois, je désirai à l'avance reconnaître moi-môme les positions et le camp de Duhesme, ce que je fis le 15 au matin. Ces connaissances prises, et excité par l'iUostre
( Junte de Gironne, qui ne cessait de m'annoncer ses souffrances, et que la forteresse de Monjuich était déjà au point que, si l'on n'accourait pas à temps à sa défense , l'ennemi pourrait s'en emparer dans douze
( heures, d'où il résulterait que Gironne serait prise irré-
il sîstiblement, je ne voulus pus attendre davantage ; et, « dès ce moment, Je disposai et ordonnai Tattaquo pour le n jour suivant, et je me réglai sur cet ordre.
<c Je sus, par dom Côme Garcia, capitaine gradué au u régiment d'infanterie de Bourbon, que Ton accourait <c très à propos an village de Castellar, pour prendre mes tf ordres; que le capitaine don Juan Glaros se trouvait u dans la position de N* S* de los Angeles, commandant tt deux mille cinq cents hommes^ soit miquelets, ou autres M gens armés du pays. Je disposai, sous les yeux de Garer cia, pour qu'il les portât à Claros, les instructions relau tives à la manière dont les troupes énoncées devaient Il opérer. Je lui ordonnai de sortir de sa position, quand Cl j'aboucherais mes partis de guérillas ou la tête de mes Il troupes, et d'attaquer aussitôt l'ermitage de San Mia gnel, occupé par les Français ; de poursuivre ensuite sa Il marche, formé en deux ou trois colonnes, et d'attaquer « successivement les antres positions, jusqu'à se jeter « dans le viUage de Campdura, et sur le campement im- Il médiat, et de se maintenir sur ces points, afin d'empéu cher la réunion des secours que pourrait tirer Tennemi Il de Sarrià, de Ponte Mayor et du siège du Monjuich, ren- (I dant ainsi moins sanglante la sortie qu'on ferait de la K place : tandis que de mon côté je soutiendrais ces at- « taqnes contre les batteries qui oppriment Monjuich en tt brèche et de rebondissement.
Cl De même, je disposai ma marche en quatre diviif sioDS :
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« La première, sous le commandement dn Iteot^BaDtcolonel don François Milans de Bosch, avec cinq'eents hommes pour le service des guérillas et de Tavant-gârde; cinquante sapeurs, sous les ordres du lieutenant don André de Fleyres, et deux violentos, sous ceux du lîeotenant d'artillerie don Diego de Larra. La deuxième division, composée de deux cents hommes du régiment de Soria, sous le commandant des grenadiers du même corps, don Manuel Bodet, et de neuf cent quarante-huit miquelets. La troisième, formée de sept cent quarantetrois hommes des tercios de Lérida, sous le commandement du colonel don Juan Bajet^ dont l'arrière-garde couvrait les deux autres violentos restants ; et enfin la quatrième colonne, ou corps de réserve, forte de quinze cent quarante hommes, et appuyée par cent quarantecinq grenadiers du régiment d'infanterie de Bonrhon, aux ordres de don Juan O'Donavan, commandant do troisième bataillon du régiment d'infanterie d'Ultonie. « Mis en marche dans cet ordre , quand on fut arrivé i une distance convenable des postes ennemis, je fissubc diviser la première division, avec Tordre de battre la montagne par la droite et par la gauche; je fis également ( avancer avec promptitude les deuxième et troisième ( divisions, tant pour protéger, comme on Ta dit, la sortie de la place, que pour poursuivre les ennemis de San Miguel, ses avancés, ceux du village et du campement de Campdurà, qui déjà étaient battus par les troupes de Glaros, celles de Soria et de Ponte Mayor.
J^TIFieATIVIS. 359
n Toutes ces opérations se firent avec tant d'exacti-
« tode, se mesurèrent av^c tant de soin, et, en définitive,
(( forent si bien exécutées^ qne je me trouvai presque
« dans rincertitude de savoir à qui donner la préférence ;
« cependant je ne puis m'empécher de l'accorder, sur
« tontes les opérations dangereuses de cette journée, à
a celle qu'entreprirent, dans leur sorUe de Gironne, les
n tronpes de ligne du régiment d'Ultonie, et Tinfanterie
u légère du deuxième de Barcelonne : ces irrésistibles mi-
« litaires^ commandés par leurs dignes officiers et par les
fi valeureux chefs don Narcisse de la Valeta^ commandant
M des volontaires, et don Henry O'Donnell, sergent-major
a d'Ultonie, attaquèrent à la baïonnette les batteries des
Ci ennemis, avec tant d'ardeur et de promptitude^ qu'à
« peine ils leur donnèrent le temps de se reconnaître,
tt confondus dans les mêmes points qu'ils défendaient ;
u ceux qui ne périrent point furent si déconcertés qu'ils
<( s'enfuirent frappés de la terreur que leur inspirait la
H valeur de ces troupes, et quoique ensuite ils aient
« tenté de recouvrer ce qu'ils avaient si ignominieusement
a perdu, ils ne purent y parvenir, parce que les troupes
« de la deuxième division arrivèrent dans ce moment, et
u qu'aussitôt une petite partie de grenadiers de Soria, qui
« la composait, s'avança sous les ordres de son valeureux
f( cbef, don Thadea Alden, qui fut glorieusement blessé,
(f et aida à faire retirer Tennemi.
« Depuis cet instant, les Français ne firent pas un pas Il de plus en avant ; ils furent battus partout, jusqu'au
(( moment où ils atteignirent le centre de la plaine de (( Saria, de l'antre côté de la rivière, où ils se conyrireDt (( de toute leur cavalerie. Ils ne purent faire autre chose a que de se maintenir dans cette position jusques au len- (( demain matin.
« Enfin le feu commença à 7 heures du matin, et se (( poursuivit jusqu'à la nuit bien close, pendant laquelle, (( n'ayant plus d'ennemis contre lesquels ou pût comu battre, je songeai à fortifier les points de défense d^one « manière convenable, et laissai reposer ma troupe.
(( A 7 heures du matin les découvertes me donnèrent c( avis que l'ennemi s'était retiré par deux directions, (( l'une sur Barcelonne, et l'autre sur Figuières, qui souk « les seuls points restant de ses rapines où il puisse se « retirer.
(( Les Français fuient, seigneur, ils ne se rétirent pas, (( ils fuient et de nuit, pour cacher la honte de leur fuite, et « jusqu'au point d'oublier, pour la première fois, d'être (( incendiaires.
c( Us nous ont laissé des quantités considérables de (( poudre, de bombes, de grenades, de balles, de canons, (( de mortiers, d'obus, de fusils, de blé, et autres cornes- (( tibles, fruits de leurs rapines, et quoiqu'ils eussent une (( portion de barils de poudre tout près de la rivière, ils (( n'eurent point le courage de les y jeter, ce qui prouve (( qu'ils n'avaient plus d'autre idée que celle de précipiter (( leur fuite à la faveur de la nuit.
« J'envoyai pour poursuivre leur retraite, par les direo-
« lions connues que devaient suivre Milans el Claros avec ({ leurs miqnelets.
<c Je me trouve dans le plus grand embarras pour parti Ucnlariser sur la valeur des officiers et de la troupe ; c( mais j'assure avec certitude à Votre Excellence qu'il « n'y a pas eu un lâche. Troupes,, miquelets et autres a gens armes du pays, tous se sont couverts de gloire, de a même que ces Français qui s'appellent irrésisiibks^ se « sont couverts d'opprobre et d'ignominie, et leurs génë* (( ranx n'ont donné aucune preuve de savoir militaire. (I Dnhesme pourra se souvenir de la patiente et valeureuse (I Gironne, dont les expéditions doivent le remplir de u honte, s'il est possible que des généraux qui, pour sub* « j1lg^er, ne se servirent que d'incendies, de rapines et de CI profanations, puissent en être susceptibles.
CI Je recommande à Votre Excellence tous les chefs de <i division qui se sont conduits avec, la plus grande ba- « bQeté et connaissance, et en général tous les officiers <( qui ont combattu ont droit à la reconnaissance. Je « prends un intérêt particulier à l'intrépide don Diego u O'Kellis, adjudant par intérim au régiment d'infanterie n d'Ultonie, qui entra à Tassant de la tour de Saint-Louis n par la bouche des canonnières, suivi de Jean Enano, a premier caporal dudit régiment, de don Biaise Castallisi, (( cadet au même régiment, de Pierre Lamnda, premier (( caporal du deuxième de Barcelonne, et du soldat an u service de N. Lopez.
a J'ai eu vingt-deux morts, cent huit blessés, et treize
u égarés. Pour comprendre que cela soit aind on doit, (( comme dans toutes les relations, ajouter foi à toat écrit « dont les dates sont fixes, incontestables et point fausses « et apocryphes, comme font nos chers hôtes. Je ne pois « 'pas donner à Votre Excellence une note exacte des (( mortç et des blessés ennemis ; mais on peut dire que (( les hauteurs des montagnes, leiurs penchants, les apte proches des villes et les gorges des montagnes sont (( jonchés de cadavres français, et selon les informations (( que j'ai prises^ il y a eu trente chariots de blessés.
(( Quant à l'artillerie, munitions, quantité de balles \i et autres objets que Ton ramasse de tous côtés, jlcQ « donnerai par la suite, à Votre Excellence, une note « plus détaiQée ; mais, quant à présent , je suis occupé (( toujours à préparer quelque chose de nouveau ; j'y jom* (( drai aussi celle des prisonniers et des déserteurs, qui (( suivent la même proportion. '
« Dieu gafde Votre Excellence beaucoup d'années ^ »
* Ce rapport est fort exagéré et en termes fort méprisants pour l'armée française, qu'à aucune époque on n'a accusée aussi formellement de lâcheté ; mais il faut observer an lecteur que les rapports faits par les Espagnols étaient souvent écrits en ternes approchant de celui-ci qui devait surpasser en injures ces éttniers, attendu que Tauteur était un Français, émigré il est vrai, mais enfin toujours un Français pour les Espagnols, tant qu'il ne paraissait pas surpasser en fureur contre nous les plus fiH rieux d'entre eux. Beaucoup de ces officiers, qui étaient en grand nombre en Catalogne, ont été mis souvent à de rudes épreuves;
JUSTIFIGATIYE8. 363
RAPPORT
FAIT PAU LB GÉNÉRAL Dt}HESMB AU PRINCE DE NEUCHATEL,