‹ Journal des opérations de l'armée de Catalogne, en 1808 et 1809, sous le commandement du général Gouvion Saint-Cyr; ou, Matériaux pour servir à l'histoire de la guerre d'EspagneChapitre 93 sur 120 · SUR LA RETRAITE DE GIRONNE · texte numérisé non relu

SUR LA RETRAITE DE GIRONNE

Monseigneur, je suis parti de devant les murs de 61ronae dans la nuit du i6 au 17, et suis arrivé le 20 à Barcelonne. J'ai ramené tous mes malades et mes blessés, et qBoique harcelé, les trois derniers jours, par des nuées de miquelets paysans, je n'ai perdu qu'une <Inarantaine de tralneurs ; mais j'ai été forcé de faire le sacrifice de mon artillerie à CakUa^ car les coupures sur la route étaient tellement grandes et multipliées, qu'il m'eût été. impossible de les réparer dans huit jours : elles étaient, outre cela, défendues par une frégate et trois corvettes

ils ont dû voir torturer de leurs malheureux compatriotes, prisonniers de guerre, sans oser leur témoigner le plus léger signe de pitié, sous peine de partager sur^le-cbarap leur sort.

Quoi qu'il en soit^ je ne crois pas que M. de Caldaguès ail en aussi mauvaise opinion des Français qu'il le dit dans son rapport du 17 août; et dans tous les cas je suis bien certain que, s'il en fit un le 21 décembre suivant, il dut être conçu en d'antres termes.

Nota. — Ce rapport et plusieurs de ceux qui suivent ayant été iradaiis par un Espagnol, nous n'avons pas voulu changer quel* qnes expressions inusitées^ mais susceptibles d'être comprises.

anglaises. Je pris donc le parli de faire brûler mes trains et caissons, et de faire abîmer les pièces, dont une partie a été jetée à la mer. Les routes étaient pareillement gâtées sons Hostalrich, et plus de dix mille hommes étaient partis du cordon du Llobregat et des dififérentes autres parties de la Catalogne, pour m'y attendre; j'ai eu, depuis Cakik, des chemins affreox entre les hautes montagnes et la mer, dont je ne pus tenir les bords , à cause de la flotte ennemie. La fatigue m'a &it perdre plus de cent chevaux de cavalerie.

Mais enfin, le i9, je suis arrivé près des hauteurs de Mongat^ où le général Lechi, qu'un de mes espions avait heureusement averti, m'attendait. Ce général a parfaitement maintenu la ville et les forts, et a fait un fort beao ^service.

J'ai trouvé dans les forts un approvisionnement de trois mois, en tous genres, pour trois mille hommes^ et en outre une réserve de six mille quintaux de blé dans nos magasins. J'espère trouver en ville et aux environs da blé pour trois ou quatre mois ; mais nous serons à court des autres provisions, surtout de la viande, qui manque totalement. Les montagnes qui nous environnent nous empêchent de nous étendre, et le fanatisme des paysans qui les fait fuir et tout emporter à notre approche, rend nos courses infructueuses. Nous serons très-embarrassés pour la solde et les autres services de l'armée, car l'argent se cache ici et se resserre : tous les gens riches, qui n'ont pas encore fui, cherchent à s'évader de la ville; l'évèque

et la première noblesse sont passés aux insurgés : plus de soixante officiers en ont fait de même; enfin tout est toamé contre nous, et nous n'avons plus personne : on croit l'Espagne perdue pour la France.

Ce qui noas est le plus nécessaire , c'est le sel et la viande ; on ne saurait trop presser l'arrivage de quelques bâtiments qui nous en apporteraient ; mais, pour les rendre pins sûrs, il faudrait posséder Bases^ avoir un poste à Pakanos^ et détruire le nid de pirates à San Feliu.

Le cordon du Llobregat, qui avait été un peu dégarni par le départ de quatre mille hommes de troupes de ligne, qui avaient marché à ma rencontre^ vient d'être renforcé de quinze cents hommes venus de la garnison de Garthagëncy et débarqués à Tarragone où se tient la Junte de la province. Les troupes qui avaient marché* sur Gironne reviennent à Barcelonne, où Ton prétend que je serai resserré de très-près, dans dix ou douze jours. Dans tous les cas, je prie Votre Altesse d'assurer à l'Empereur que je ferai mon devoir, et que les instructions de votre lettre du 2 août seront remplies. t)aignez agréer, etc.

Signé : Duhesme.

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