RECIT D'UN TÉMOIN OCULAIRE
M. GARRICHON, prêtre
Madame la maréchale de Noailles^ la duchesse d'Ayen, sa belle-fille^ et la vicomtesse de NoailleSj sa petite-fille^ furent détenues dans leur hôtel depuis le mois de septembre ijg3 jusqu'en avril 1794. Je connaissais la première de vue^ et particulièrement les deux autres^ que je visitais ordinairement une fois la semaine.
La Terreur croissait avec le crime, les victimes devenaient plus nombreuses. Un jour qu'on en parlait et qu'on s'exhortait à se préparer à Tétre^ je leur dis^ par une espèce de pressentiment : '( Si vous allez à
la guillotine^ et que Dieu m'en donne la force j je vous y accompagnerai. » Elles me prirent au mot^ en ajoutant avec vivacité : (( Nous le promettez-vous? » J'hésitai un instant... « Oui, repns-je, et pour que vous me reconnaissiez bien, j'aurai un habit bleu foncé et une veste rouge. »
Depuis^ elles me rappelèrent souvent ma promesse. Au mois d'avril , la semaine, je crois , d'après Pâques, elles furent conduites au Luxembourg. J'en eus souvent des nouvelles par M. Grelet, qui leur a rendu, avec un zèle si délicat, tant de services et dans leur personne et dans celle de leurs enfants.
Ma promesse me fut fréquemment rappelée. Le 26 ou le 27, un jeudi ou un vendredi, il vint me prier de rendre au maréchal de Alouchy et à sa femme le service que je leur avais promis.
Je vais au Palais, je parviens à entrer dans la cour; je les ai sous les yeux et fort
près de moi pendant plus d'un quart d'heure. M. et madame de Mouchy, que je n'avais vus chez eux qu'une seule fois, et que je connaissais mieux qu'ils ne me connaissaient,, ne purent me distinguer. Je fis^ par rinspiration et avec l'aide de Dieu, ce que je pus pour eux. Le maréchal était singulièrement édifiant et priait vocalement de tout son cœur. La veille il avait dit^ en quittant le Luxembourg^ à ceux qui lui marquaient de Tintérêt : «. A dix-sept ans, j'ai monté à Tassant pour mon roi ; à soixantedix-huit, je vais à Féchafaud pour mon Dieu; mes amis, je ne suis pas malheureux. »
J'évite des détails qui deviendraient immenses. Ce jour-là, je crus inutile et même ne me sentis pas capable d'aller les accompagner à la guillotine. J'en augurai mal pour la promesse spéciale faite à leurs parentes, que cette mort plongeait dans l'affliction. Elles 'Jtaient renfermées dans la même
prison et avaient fourni au maréchal de Mouchy et à sa femme bien des motifs de consolation.
Que j'aurais à dire sur tous les nombreux convois qui précédèrent ou suivirent celui du 22 juillet! Convois fortunés ou infortunéSj selon les dispositions de ceux qui les composaient, même lorsque le caractère connu et tous les signes extérieurs dénotaient une résignation et une mort chrétienne : mais bien autrement déchirants lorsque c'était tout le contraire et que les condamnés semblaient passer de Tenfer de ce monde à celui de Tautre.
Le 22 juillet, qui était un mardi, j'étais chez moi entre huit et dix heures du matin-, j'allais sortir, lorsque j'entendis frapper à ma porte; j'ouvre et je vois les enfants de Noailles et leur instituteur. Les enfants avaient la gaieté de leur âge : gaieté qui devait être changée en tristesse par la perte qu'ils allaient faire et la crainte d'en éprou-
ver encore de nouvelles. Ils allaient à la promenade.
L'instituteur j triste^ pensif^ était pâle et défiguré. (( Passons dans votre chambre, dit-il j et laissons les enfants dans votre cabinet. » Nous entrons dans la chambre^ il se jette dans un fauteuil. « C'en est fait^ mon ami, ces dames sont au tribunal révolutionnaire; je viens vous sommer de tenir votre parole. Je vais conduire les enfants à Vincennes et y voir la petite Euphémie. Dans le bois, je préparerai ces malheureux enfants à cette terrible perte. »
Quelque préparé que je fusse moi-même à cet affreux malheur, je fus consterné. L'affreuse situation des mères, des enfants, de leur digne instituteur; cette gaieté suivie de tant de tristesse ; la petite sœur Euphémie, âgée alors d'environ quatre ans; tout se peint à mon imagination.
Je revins à moi et, après quelques demandes, réponses et autres lugubres détails.
je dis : « Je vais changer d'habits! Quelle commission! Priez Dieu qu il me donne la force de Texécuter. »
Nous nous levons et nous passons dans le cabinet j où nous trouvons les enfants s'amusant innocemment^ gais, contents autant qu'ils pouvaient Têtre. Leur vue^ ce qu'ils ignoraient et ce qu'ils allaient apprendre^ Tentrevue qui suivrait avec leur petite sœur, ce que nous éprouvions rend le contraste plus frappant et serre le cœur.
Resté seul après leur départ, je me sens épouvanté, fatigué... Mon Dieu, m'écriai-je^ ayez pitié d'elles et de moi ! Je change d'habits et vais faire quelques courses projetées, portant dans mon cœur un poids accablant.
Je vais au Palais entre une heure et deux, je veux entrer, impossible. Je prends des informations de quelqu'un qui sort du tribunal. Je doute encore de la réalité de ce qu'il m'annonce. L'illusion de l'espérance
est enfin détruite par ce qu'il me raconte; je ne puis plus douter. . .
Je reprends mes courses; elles me conduisent au faubourg Saint-iVntoine, et avec quelles pensées^ quelle agitation intérieure^ quel effroi secret ^ joint à un violent mal de tête!
Je m'ouvre à une personne de confiance. Elle m'encourage au nom de Dieu. Je prends chez elle un peu de café et je sens ma tète soulagée.
Je reviens au Palais à pas lents^ pensif, irrésolu j désirant ne point arriver ou ne point trouver celles qui m'y appellent.
J'arrive avant cinq heures; rien n'annonce le départ. Je monte tristement les degrés de la Sainte-Chapelle. Je me promène dans la grande salle et aux environs; je m'assieds, je me lève, je ne parle à personne; je cache au dedans de moi le chagrin qui me dévore. De temps en temps je jette un triste coup d'oeil sur la cour pour
examiner s'il ne s'y fait pas de préparatifs de départ.
Ma continuelle pensée était : Dans deux heures^ dans une heure elles ne seront plus ! Je ne puis exprimer combien cette idée^ qui m'a affligé toute ma vie dans les trop fréquentes et fâcheuses occasions où j'ai pu rappliquer j m'affligeait alors. Livré à une aussi douloureuse attente, jamais heure ne m'a paru si longue et si courte à la fois que celle qui s'écoula depuis cinq jusqu'à six, à raison des diverses pensées qui m'agitaient et me faisaient passer rapidement des illusions d'un vain espoir à des craintes malheureusement trop réelles.
Enfin , au bruit qui vient frapper mes oreilles^ je juge que la prison va s'ouvrir. Je descends et vais me placer près la grille de sortie; car il n'était plus possible, depuis quinze jours, de pénétrer dans la cour.
La première charrette se remplit et s'avance vers moi ; elle contenait huit dames
très édifiantes; elles m'étaient inconnues. La dernière, dont j'étais très proche, était la maréchale de Noailles. N'y point voir sa belle-fille et sa petite-fille fut pour moi un faible et dernier rayon d'espérance; mais^ hélas î elles montent aussitôt sur la dernière charrette. Madame de Noailles était en blanc, qu'elle n'avait pas quitté depuis la mort de son beau-père et de sa belle-mère (le maréchal et la maréchale de Mouchy). Elle paraissait âgée de vingt-quatre ans, au plus; madame d'Ayen, de quarante ans, était en déshabillé rayé bleu et blanc. Je les voyais, quoique un peu éloigné. Six hommes montent aussi dans la fatale charrette et se placent auprès d'elles. Je remarquai que les deux premiers se placèrent à quelque distance d'elles, leur témoignant par ces égards respectueux qu'ils voulaient les laisser plus libres. J'en tirai bon augure. A peine sont-elles placées que la fille témoigna à la mère un vif et tendre intérêt,
qui fut remarqué de tout le monde. J'entends dire auprès de moi : ce Voyez-vous cette jeune^ comme elle s'agite, comme elle
parle à Tautre?
Je vois qu'elles me cherchent des yeux. Il me semble entendre tout ce qu'elles disent : « MamaUj il n'y est pas! — Regardez encore. — Rien ne m'échappe, je vous l'assure, maman; il n'y est pas! » Elles oublient que je leur ai fait annoncer l'impossibilité de me trouver dans la cour.
La première charrette reste près de moi au moins un quart d'heure; elle avance la première, la seconde va passer, je m'apprête; elle passe, et ces dames ne me voient pas! Je rentre dans le palais, je fais un grand détour et viens me placer à l'entrée du pont au Change, dans un endroit apparent. Madame de Noailles jette les yeux de tous côtés, elle passe et ne me voit pas. Je les suis le long du pont, étant séparé de la foule, mais cependant assez près d'elles.
Madame de Noailles, toujours cherchant^ ne m'aperçoit pas.
L'inquiétude se peint sur la physionomie de madame d'Ayen. Sa fille redouble d'attention sans succès; je suis tenté d'y renoncer. J'ai fait ce que j'ai pu^ me disais-je^ partout la foule sera plus grande. Il n'y a pas moyen, je suis fatigué ! J'allais me retirer, le ciel se couvre, le tonnerre se fait entendre au loin, tentons encore.
Par des chemins détournés, j'arrive avant les charrettes dans la rue Saint-Antoine, après celle de Fourcy, presque vis-à-vis la trop fameuse Force. Alors souffle un vent violent; Forage éclate- les éclairs, les coups de tonnerre se succèdent rapidement. La pluie commence et tombe par torrents. Je me retire sur le seuil d'une boutique, qui m'est encore présente et que je ne revois jamais sans émotion. En un instant la rue est balayée, il n'y a plus de monde qu'aux portes, aux boutiques et aux fenêtres. Plus
d'ordre dans la marche. Les cavaliers, les fantassins marchent plus vite, les charrettes aussi; elles touchent au petit Saint-Antoine, et je suis encore indécis... La première passe devant moi. Un mouvement précipité et comme involontaire me fait quitter la boutique, m'entraîne vers la seconde, et me voilà seul tout près de ces dames! Madame de Noailles, souriant, semble me dire : a Vous voilà donc enfin! ah! que nous en sommes aises! nous vous avons bien cherché. Maman, le voilà! )) Madame d'Ayen renaît. Toutes mes irrésolutions cessent. Je me sens, par la grâce de Dieu, un courage extraordinaire. Trempé de sueur et de pluie, je n y pense plus. Je continue à marcher près d'elles. Sur les marches du collège Saint-Louis, j'aperçois un ami (i), pénétré pour elles de respect et d'attache-
(r) Cet ami que rencontra M. Carrichon était le Père Brun, prêtre de l'Oratoire, avec lequel j'étais chargé, à luilly, de la salle des Minimes (les plus jeunes du collège),
ment^ cherchant à leur rendre le même service que celui que je venais leur offrir... Son visage , son attitude annoncent tout ce qu'il sent en les voyant. Je lui frappe sur Tépaule avec un saisissement inexprimable, et lui dis en passant : « Bonsoir^ mon ami ! » Là est une place et plusieurs rues qui y aboutissent^ l'orage est au plus haut points le vent plus impétueux. Les dames de la première voiture en sont fort tourmentées^ surtout la maréchale de Noailles. Son grand bonnet renversé laisse voir quelques cheveux gris. Elles chancellent sur leur misérable planche sans dossier et les mains liées derrière le dos. Aussitôt un tas de
dans le nombre desquels étaient MM. Alexis et Alfred de Noailles.
J'avais averti M. Brun, le mûme jour que M. Carrichon (22 juillet 94), de nos inquiétudes et de nos vœux pour mesdannes de Noailles. Ces deux amis se rencontrèrent dans la rue du Faubourg Saint Antoine ; ils accompagnèrent les victimes; ils les bénirent et ne se retirèrent qu'après la consommation du dernier sacrifice.
(Note fourme par M. Grelet.)
gens qui se trouvaient là malgré l'inondation la reconnaissent, ne font attention qu'à elle et augmentent par leurs cris insultants son tourment , qu'elle supporte avec patience. « La voilà donc^ crient-ils, cette maréchale qui menait si grand train, allant dans un si beau carrosse... dans la charrette tout comme les autres! »
Les cris continuent, le ciel est plus noir, la pluie plus forte. Nous arrivons à la place du carrefour qui précède le faubourg Saint- Antoine. Je devance, j'examine, je me dis : (( C'est ici le meilleur endroit pour leur accorder ce qu'elles désirent tant. » La charrette allait moins vite. Je m'arrête; je me retourne vers elles. Je fais à madame de Noailles un signe qu'elle comprend parfaitement : (( Maman, M. Carrichon va nous donner l'absolution. » Aussitôt elles baissent la tête avec un air de repentance, de contrition, d'attendrissement, d'espérance et de piété.
Je lève la main, et la tête couverte, je prononce la formule entière d'absolution, les paroles qui la suivent, très distinctement et avec une attention surnaturelle. Elles s'y unissent mieux que jamais. Non, je ne puis oublier ce ravissant tableau, digne du pinceau d'un Raphaël ! ce moment où tout fut pour elles baume et consolation !
Aussitôt Forage s'apaise, la pluie diminue. Il semble n'avoir existé que pour le succès si désiré de part et d'autre. J'en bénis Dieu, elles en font autant ; leur extérieur annonce contentement, sécurité, allégresse.
En avançant dans le faubourg, la foule curieuse revient border les deux côtés de la rue. On insulte les premières dames, surtout la maréchale; on ne dit rien aux deux autres. La pluie cesse ; tantôt je devance, tantôt j'accompagne les voitures. Après Tabbaye Saint- Antoine , je rencontre un jeune homme que j'avais
connu autrefois ; il était prêtre,, j'avais quelques motifs de le suspecter; il m'embarrassait. J'avais peur d'en être reconnu; heureusement je ne le fus pas. Il double le paSj et je ne le vois plus.
Enfin j nous arrivons au lieu fatal! Ce qui se passe en moi ne peut se dépeindre. Quel moment! quelle séparation! quelle douleur pour les époux^ les enfants, les sœurSj les parents^ les amis qui leur survivront dans cette vallée de larmes! Je les vois encore plâânes de santé. Elles auraient été si utiles à leur famille^ et dans un instant je ne les verrai plus! Quel déchirement ! Mais aussi quelles consolations n'offraient-elles pas en se montrant si résignées !
L'échafaud se présente.,. Les charrettes s'arrêtent... Les gardes les entourent... Je frissonne... Un cercle plus nombreux de spectateurs nous environne. La plupart rient et s'amusent de ce désolant spectacle.
Etre au milieu d'eux, agité de pensées bien différentes^ quelle situation pour moi !
Pendant que le bourreau et ses deux valets aidaient à descendre ces dames de la première charrette^ madame de Noailles me cherche des yeux. Elle m'aperçoit. C'est ici le pendant ravissant du premier tableau^ si ravissant lui-même. Que ne me dirent pas ces regards, tantôt élevés au ciel^ tantôt abaissés vers la terre; ces regards si doux, si animés, si expressifs, si célestes; tantôt fixés sur moi de manière à m.e faire remarquer, si mes voisins avaient été plus réfléchis ! J'enfonçai mon chapeau sans la perdre de vue... Je Tentendais... « Notre sacrifice est fait! Que nous laissons de personnes chères ! Mais Dieu dans sa miséricorde nous appelle. Nous en avons la douce et ferme assurance! Nous ne les oublierons pas près de lui... Recevez nos tendres adieux pour elles, nos remerciements pour vous. Jésus-Christ, qui est mort pour nous.
est notre force! Puissions-nous mourir en lui ! Adieu, puissions-nous tous nous revoir dans le ciel! Adieu! »
Il est impossible de rendre des signes aussi pieux, aussi vifs; une éloquence aussi touchante, qui faisait dire à mes voisins : « Ah! cette jeune, comme elle est contente! comme elle lève les yeux au ciel ! comme elle prie! Mais à quoi cela lui sert-il? » Puis, par réflexion : « Ah ! les scélérats de calotins ! » Les derniers adieux donnés, elles descendent de la charrette.
Je ne me sentais plus, tout à la fois déchiré, attendri, consolé. Combien je remerciai Dieu de n avoir pas attendu ce moment pour leur donner l'absolution ! encore plus quand elles montèrent à Téchafaud.
Nous n'aurions pas pu nous unir à Dieu, et pour accorder et recevoir cette grande grâce, comme nous avions fait dans Tautre endroit et dans la circonstance la plus tranquille qui se soit présentée dans la route.
RÉCIT DE LA JOURNEE DU 22 JUILLET. 3oi
Je quitte Tendroit où j'étais; je passe d'un autre côté pendant qu'on fait descendre les autres. Je me trouve en face de Tescalier en bois par lequel on montait à Téchafaud^ et sur lequel était appuyé un vieillard à cheveux blancs^ grande gras, Tair bonhomme. On le disait fermier général. Auprès de lui^ une dame très édifiante, que je ne connaissais pas; ensuite la maréchale de Noailles, vis-à-vis de moi^ en taffetas noir, à cause du deuil du maréchal,, qu'elle n'avait pas encore quitté. Elle était assise sur un bloc de bois ou de pierre qui s'était trouvé là, ses grands yeux fixés... Je n'avais point oublié de faire pour elle ce que j'avais fait pour tant d'autres, et en particulier pour le maréchal et la maréchale de Mouchy. Tous les autres étaient rangés sur deux lignes, du côté regardant le faubourg Saint-Antoine.
Je cherche ces dames; je ne puis apercevoir que la mère, mais dans l'attitude d'une
dévotion simple^ noble^ résignée. Tout occupée du sacrifice qu'elle allait offrir à Dieu^ par les mérites du Sauveur, son divin Fils; les yeux fermés; plus d'inquiétude^ en un mot^ telle qu'elle était lorsqu'elle avait le bonheur d'approcher de la sainte table. Quelle impression j'en reçus! Elle est ineffaçable. Je me la représente souvent dans cette attitude. Plaise à Dieu que j'en profite î
La maréchale de Noailles monta la troisième sur l'autel du sacrifice. Il fallut échancrer le haut de son habillement pour lui découvrir le cou. J'étais impatient de m'en aller, et cependant je voulus boire le calice jusqu'à la lie et tenir ma parole^ puisque Dieu me donnait la force de me posséder au milieu de tant de frissonnements.
Six dames passèrent ensuite. Madame d'Ayen monta la dixième. Qu'elle me parut contente de mourir avant sa fiUe^ et la fille de mourir après sa mère! Montée^ le maître
RÉCIT DE LA JOURNÉE DU 22 JUILLET. 3o3
bourreau lui arracha son bonnet. Comme il tenait par une épingle qu'il n'avait point ôtée^ les cheveux tirés avec force lui causèrent une douleur qui se peignit dans ses traits.
La mère disparaît! Quelle émotion
j'éprouvai en voyant cette jeune dame tout en blanc^ paraissant beaucoup plus jeune qu'elle n'était, semblable à un doux et petit agneau qu'on va égorger ! Je croyais assister au martyre d^une de ces jeunes vierges ou saintes femmes^ telles qu'elles sont représentées dans les tableaux des grands maîtres.
Ce qui est arrivé à sa mère lui arrive aussi : même oubli de l'épingle^ même douleur^ et aussitôt même calme! même mort!! Quel sang abondant^ vermeil^ sort de la tête^ du col ! î !
Que la voilà bien heureuse! m'écriai-je intérieurement quand on jeta son corps dans cet épouvantable cercueil.
Puisse Dieu tout-puissant et tout miséricordieux répandre sur leur famille toutes les bénédictions que je les prie de demander et que je demande pour la mienne^ et nous réunir tous avec celles qui nous ont devancés dans ce séjour où il n'y aura plus de révolution^ dans cette patrie qui aura, comme l'a dit saint Augustin :
La Vérité pour Roi, La Charité pour Loi, Et l'Éternité pour terme.