‹ Journal des prison de mon père, de ma mère et des miennesChapitre 7 sur 13 · MADAME LATOUR · texte numérisé non relu

MADAME LATOUR

JOURNAL

CONTENANT DES DÉTAILS SUR LA PRISON DU LUXEMBOURG^ OU ELLE A ÉTÉ DÉTENUE PENDANT LES ANNÉES lygS ET 1 794,, AVEC MADAME LA MARÉCHALE DUCHESSE DE MOUCHY.

Les deux dernières années que j'ai partagé les malheurs de M. et madame la maréchale de Mouchy me rappellent des moments si précieux que^ pour en conserver le souvenir (non pas à moi^ à qui il est toujours présent^ mais à ce qui m'appartient), je retrace, comme témoin^ les circonstances si pénibles où leur grande âme s'est montrée tout entière et la manière admirable avec laquelle ils ont soutenu leur dure captivité.

On me pardonnera de parler souvent de moi en parlant d'eux, de dire nous, quand je devrais dire M. et madame la maréchale; mais j'ose faire observer que leurs intérêts étaient devenus les miens; que mon existence, par mon attachement pour eux, tenait tellement à la leur, que tout, si je puis m'exprimer ainsi, m'était commun avec eux. Je suis cependant sûre^ malgré r extrême bonté et familiarité qu'ils avaient pour moi, de n'avoir jamais manqué au respect que je leur devais. J'étais bien en garde à ce sujet, ils me traitaient avec tant de distinction que j'en étais quelquefois embarrassée. Ils croyaient, ces respectables amis (qu'on me pardonne ce mot), m'avoir obligation; qu'ils se trompaient! Jamais je ne fus plus fière qu'en leur rendant service en prison. Que personne ne me loue^ je ne le mérite pas...

Madame de Duras a fait, dans son journal, le détail de la vie que ses respectables

parents menaient à Mouchy. Je ne peux pas exprimer le désespoir dans lequel ils restèrent quand elle en fut emmenée; il semblait qu'on leur eût arraché la moitié de leur existence; on ne put leur rien faire prendre. Je passai la nuit auprès de madame de Mouchy, qui ne fit que pleurer et se désoler de la privation de sa chère fille. C'est ainsi qu'elle l'appelait toujours. Dix jours après son départ^ je vis arriver une soixantaine d'hommes armés , des municipaux et des commissaires du Comité de sûreté générale, munis d'un ordre pour fouiller partout, à l'effet de chercher une quantité d'armes qu'on disait cachées dans le château, et d'arrêter tout ce qu'on trouverait suspect. Ils ne trouvèrent qu'un pistolet, mais des titres que le féodiste (i) arrangeait pour les porter au dépôt pres-

(i) Le féodiste s'appelait Carbonnier. Il a donné à M. et madame de Mouchy, ainsi que sa femme, les plus grandes preuves de fidélité et d'attachement. Il a été détenu pendant un an aux Anglaises ci à la Grande-Force.

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crit. Les commissaires entrèrent en fureur et le firent mettre en prison. Ils traitèrent sa femme ^ qui était grosse^ avec inhumanité^ et arrachèrent les écharpes aux officiers municipaux^ qu'ils disaient être de connivence avec lui. Ils menacèrent tout le village^ s' affligeant de ne pas avoir amené une guillotine pour y faire passer tout le monde. Les recherches furent poussées jusqu'au point de démolir certains endroits du château. Les commissaires demandèrent s'il y avait des cercueils en plomb dans le caveau de la chapelle, qu'on ouvrit. Après beaucoup de recherches, ils en trouvèrent trois. Cette capture ne les contenta pas; ils croyaient que Ton aurait caché de l'argenterie avec les morts, et ils furent trompés dans leur attente. Ils avaient obligé les municipaux, quoique destitués de leurs fonctions, d'assister à toutes les fouilles. Ils s'évanouissaient de peur.

La consternation était telle dans le vil-

lage^ que personne n'osait sortir de sa demeure. La nuit fut encore plus affreuse: les paysans qui composaient notre garde s'étaient enivrés avec le vin de la cave^ ils tiraient des coups de fusil sous les fenêtres; nous crûmes plusieurs fois toucher à notre heure dernière. Enfin ^ après trois jours de recherches, le commissaire principal apposa les scellés, s'empara de l'argenterie, sous prétexte qu'il y avait quelques couverts armoriés, dressa un procès- verbal, et ne nous permit de faire nos paquets qu'en présence des gardiens, pour qu'ils vissent ce que nous emportions. Il réhabilita les officiers municipaux et résolut d'emmener le féodiste. Il laissa sa femme par grâce, en raison de sa grossesse. On croira difficilement que nous fûmes si malheureux pendant les trois jours que nous passâmes avec cette cohorte, que nous désirions être arrivés à la prison qui nous était destinée. Qu'on se représente une cour

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remplie de voitures, dans lesquelles nous allions partir, deux grandes charrettes chargées de titres, de cercueils, d'une cloche, de vieux tableaux, de malles et d'effets; les cendres des morts répandues, du bois, des papiers épars, des décombres, des gardes du pays en guenilles, la consternation peinte sur tous les visages, et on se fera une idée de la situation de Mouchy au moment de notre départ, avec le principal commissaire, qui nous fit arrêter assez longtemps à Saint-Brice, pour prendre des informations sur quelques personnes des environs; il remonta en voiture, content de ses découvertes. Nous causâmes beaucoup en chemin, et nous obtînmes qu'il amènerait M. et madame de Mouchy coucher chez eux, en lui persuadant qu'il serait impossible de leur procurer si tard, à la Force, les choses de première nécessité. Nous arrivâmes à deux heures après minuit à Thôtel de Mouchy.

Le commissaire les y laissa deux jours^ pendant lesquels on fit des démarches auprès du Comité de sûreté générale, qui donna un ordre pour suspendre l'apposition des scellés de la maison. Janon, commissaire de la section de Grenelle^ qui en était chargé^ fit observer qu'il ne valait rien^ parce qu'il y manquait des signatures nécessaires. On le pria de suspendre jusqu'à ce qu'on eût été chercher celles qui manquaient; malheureusement les membres du Comité étaient allés dîner et ne se rassemblaient plus que le soir: alors notre commissaire^ nommé Braut^ ne voulut plus rien entendre^ et dit qu'il avait eu tort de n'avoir pas plus tôt exécuté ses ordres. Il apposa les scellés^ et nous partîmes dans un fiacre, à dix heures du soir. Le cocher se perdit et nous mena rue Saint- Victor, où il y avait une maison d'arrêt. Il était près d'une heure quand nous arrivâmes à la Grande-Force- la prison des

hommes était séparée de celle des femmes. Quand il fut question de laisser M. de Mouchy à la première et de nous conduire à la Petite-Force, je crus que madame de Mouchy mourrait sur-le-champ, et lorsqu'il fallut quitter son respectable mari, ce ne fut qu'avec effort qu'on put Ten arracher pour la conduire dans une chambre où dixneuf femmes étaient couchées sur des lits de sangle très serrés; au moment où elle entra, les guichetiers, de mauvaise humeur d'interrompre leur sommeil, balançaient si on la recevrait, mais le greffier les y décida. Elle fondit en larmes toute la nuit. Il lui vint dans l'esprit qu'il n'avait pas pris garde que je n'étais pas arrêtée; qu'en conséquence, on ne pouvait pas me garder; je lui répondis que le commissaire avait obtenu un ordre du Comité de sûreté générale pour cela. Il me l'apporta à l'instant. Je fus transportée de joie de cette bonne nouvelle, qui en causa une très vive à ma-

dame de Mouchy^ qui me dit qu'elle adoucissait ses maux. On nous changea de logementj et nous fûmes en prendre possession. Nous y trouvâmes la veuve du maire de Cassel^ dont le mari avait été guillotiné huit jours auparavant. Elle était au désespoir. Je la vis passer la nuit constamment à genoux sur son lit^ pleurer et prier alternativement La chambre était au haut de la maison,, dans le quartier des filles de joie^ qui faisaientj quoique enfermées^ dès cinq heures du soir^ un tapage affreux toute la nuit. Elles vinrent voir madame de Mouchy^ l'assurer de leur innocence et lui demander de leur payer sa bienvenue. Elle reçut dans la matinée un message de M. de Mouchy^ qui lui proposait d'aller avec lui dans la maison de détention du Luxembourg. Elle lui répondit que, ce depuis sa séparation, elle ne cessait de répéter qu'elle donnerait tout ce qu elle avait pour le joindre, dûtelle coucher sur la paille. »

Il se présenta encore des difficultés qui furent levées. Quand j'en fis part à madame la maréchale, elle fut tellement satisfaite, qu'elle m'embrassa en me disant : v( Vous ne pouvez rien m'apprendre de plus heureux. Retournez bien vite dire à Tange tutélaire qui me réunira à M. de Mouchy, que je n'oublierai jamais le bonheur qu'il me procure. »

Le commissaire Braut, qui avait été sévère pour nous à Mouchy, s'était radouci. Ce fut lui qui sollicita la translation au Luxembourg. Nous allâmes prendre M. de Mouchy à la Grande-Force. Jamais réunion ne fut plus touchante. Les guichetiers parurent même attendris, ainsi que le commissaire Braut.

Nous arrivâmes au Luxembourg avec une espèce de joie. (Grand Dieu! sait-on ce qu'on souhaite!) Notre conducteur nous laissa chez le concierge. Nous y restâmes depuis cinq heures jusqu'à neuf. Il se pas-

sait dans cette chambre une scène très bruyante. Le célèbre Henriot, général de Tarmée parisienne^ venait avec sa flûte chercher un patriote, injustement incarcéré à Caen^ et amené à Paris. Il y avait eu beaucoup de vin de bu^ à un grand dîner^ où les convives faisaient des sorties terribles contre les aristocrates, répétant avec plaisir : « Oui, il nous faut encore vingt mille têtes de ces drôles-là. » Il fallut attendre leur départ, pour savoir où nous serions logés. C'était dans la chambre qu'occupait autrefois Brissot de Varville. La fenêtre était encore murée, le lit de madame de Mouchy se trouvait placé au-dessus de celui de feu madame sa mère (madame d'Arpajon avait un appartement au Luxembourg, parce qu'elle était dame du palais de la reine d'Espagne d'Orléans), qui y logeait, au moment de sa naissance. Elle racontait souvent à la société qu'elle était née au Luxembourg, qu'elle y avait été mariée ^

et elle ajoutait : « Ne trouvez-vous pas bien étrange que j'y sois en prison? »

Quoique je ne m'attendisse pas au malheur qui la menaçait^ ce propos me faisait frémir intérieurement. Le lendemain de notre arrivée, notre journée fut employée à profiter le mieux possible de la petitesse de notre local, pour nous y arranger.

Le surlendemain, le commissaire Bétremieux vint prendre M. et madame de Mouchy pour les mener à leur maison, pour lever les scellés en leur présence. (Ils eurent la consolation d'y voir mesdames de Poix et de Noailles.) Cela se passa bien; on ne trouva rien de suspect. Le procès-verbal fut bien rédigé et nous donna un peu d'espérance qulls pourraient rester chez eux; mais nous repartîmes le soir pour le Luxembourg.

Il y avait cinquante-trois personnes, très connues d'eux, de la section de la fontaine de Grenelle. 11 vini un ordre pour transfé-

rer les femmes aux Anglaises; celles qui étaient mariées obtinrent de n'être pas du nombre.

Le concierge vint me dire^ comme celui de la Petite-Force j qu'il ne pourrait pas me laisser dans la maison sans une permission du Comité. Je lui dis que j"en avais eu une pour la Force; il me fit observer, avec raison^ qu'elle ne pouvait pas servir pour le Luxembourg. Il me conseilla de faire une pétition et me promit de ne rien dire^ si l'on n'y répondait pas. Je la fis^ on n'y répondit points et il n'en parla pas. 11 y avait dix jours que nous étions dans cette chambre quand le commissaire Marinot (très connu) y entra avec un de ses agents; je venais de rencontrer M. BétremieuXj je l'avais fort engagé à venir chez madame deMouchy^ ce qu'il accepta. Nous l'entourions pour lui demander s'il y avait quelque espoir de sortie, Marinot lui dit avec fureur : « Que fais-tu ici ? Tu fais

quelque chose ; sors. » — Il me prit un tremblement affreux^ dans la crainte d'avoir compromis M. Bétremieux. Ce terrible homme continua du même ton : — (( Pourquoi n'y a-t-il que trois personnes ici? Il en faut mettre cinq », et il fit un 5 avec du charbon sur la cheminée. Madame de Mouchy lui dit : « Citoyen^ vous n'y pensez paSj nous ne pouvons pas être cinq. — Eh! pourquoi pas? — Je ne veux pas être avec d'autres que mon mari. — Je te donnerai des vieillards. — Je n'en veux pas^ donnezmoi plutôt une autre chambre. — Je verrai^ il y en a une là-haut. » Il revint au bout d'une demi-heure^ et dit en entr'ouvrant la porte : Je t'ai trouvé une très belle chambre et un beau corridor pour te promener. Je montai pour la voir^ ainsi que le beau corridor, plein de jambes de force^ très propres à casser la tète. Cette chambre avait servi d'office à M. de la Marlière. L'endroit où étaient les fourneaux était replâtré à neuf^

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les murs étaient tout noirs. On ne peut pas se représenter rien de plus sale; la journée ne me suffit pas pour la nettoyer. Il fallut y établir un poêle, qu'on ne pouvait pas allumer quand le vent était au midi.

La description du local et de Tameublement ne sera pas déplacée. A côté de la porte, à droite, était mon lit de sangle mis en long; j'y entrais par le pied. Celui de M. de Mouchy le touchait, et celui de madame en sens contraire. Sous le toit, une table, quelques chiffons; de l'autre côté de la fenêtre grillée, on mettait le bois, deux fauteuils, deux chaises, une autre petite table, sur laquelle on mettait les hardes; des planches pour mettre les poteries, et un coin réservé dans le corridor, pour servir de garde-robe. Mon lit était garde-manger le jour et siège le soir, ainsi que celui de M. de Mouchy. Nous passâmes cinq mois dans cette affreuse demeure, où le dernier des gens de M. et madame la maréchale

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n'eût pas voulu habiter. Leur vertu les y soutint d'une manière admirable. Ils étaient l'exemple et la consolation de tous ceux qui les voyaient. Jamais leur douceur et leur bonté n en furent altérées.

J'ai vu souvent arriver chez eux des personnes qui entraient dans cette maison avec le désespoir dans Tâme^ et confondues de les voir dans un pareil gîte. MM. de Nicolaï et de Laborde en furent tellement saisis, qu'ils restèrent sans proférer une parole. Mes respectables amis les consolaient, les ranimaient et les engageaient à venir chercher près d'eux de la force et du courage. Quand les administrateurs arrivaientj le chapeau bien enfoncé, leur demander : a N'as-tu pas quelques réclamations à faire? — Non, citoyen ; seulement, si vous pouviez faire transférer ici ma fille qui est à Chantilly, et me donner une chambre à cheminée, cela me ferait grand plaisir. » 11 y en eut un qui dit : <( Oui, cela

est juste à cause de Tâge » ; cependant il n'en fut rien jusqu'à Tarrivée de Danton^, Lacroix^ etc.

Le 4 décembre ijg3, le commissaire Bétremieux vint chercher M. et madame de Mouchy^ le soir, pour aller à Mouchy assister à la levée des scellés ; ils v restérent trois jours, où ils respirèrent un peu. On fitj pendant ce temps-là, toutes les démarches imaginables pour qu'ils revinssent chez eux avec des gardiens, sans rien obtenir, pas même d'aller voir leur fille à Chantilly, en passant pour se rendre à Paris. Le commissaire les ramena dans leur maison, où ils restèrent une journée avec leurs belles-filles. Il fallut retourner le soir au Luxembourg. Le départ fut encore plus douloureux que les autres. Le petit nombre de gens de leur maison qui leur étaient restés attachés se cachaient et fondaient en larmes. Nous reprîmes le même train de vie. Voici comment les journées se pas-

saient: M. de Mouchy se levait le premier, de bonne heure^ allumait une bougie^ se mettait à prier Dieu et prenait un peu de café. Madame de Mouchy se levait ensuite et déjeunait. Dès qu'elle était habillée^ j'allais rendre quelques services à madame d'Hautefort, avec laquelle ils vivaient habituellement, puis je revenais faire les toilettes. Alors ils sortaient de leur chambre, pour me donner le temps de l'approprier. C'est dans ce moment-là qu'ils allaient chez madame la duchesse d'Orléans; ils en revenaient toujours remplis d'admiration pour son angélique vertu. Ils ne tarissaient pas sur son éloge, qui était le leur. Ils rentraient à midi et demi; à une heure, le dîner arrivait de chez eux. Il ne se passait jamais sans parler de madame de Duras, la désirer, s'affliger de ne le pouvoir partager avec elle, pendant qu elle en avait un si mauvais. Il venait quelques visites; après, M. et madame de Mouchy allaient assister au

dîner du voisinage; ils rentraient et jouaient au piquet ensemble. M. de Mouchy se promenait dans la maison. Vers cinq heures^ la compagnie s'assemblait. Elle était quelquefois trop nombreuse pour la grandeur de la pièce^ et pour ma tranquillité^ sachant que tout était plein d'espions. Ce qui m'inquiétait le plus^ c'était le prince de Hesse^ qui logeait près de nous et ne manquait pas de se promener constamment devant notre porte,, pendant tout le temps que la société était réunie. On Ta vu l'oreille collée à la porte^ pour écouter ce qui se disait. Il fit une dénonciation contre le concierge, qui trouva moyen d'en démontrer la fausseté et de le faire transférer ailleurs. J'en fus bien soulagée. A huit heures^ tout le monde se retirait^ nous soupions. Quand nous pouvions avoir les journaux^ c'était alors qu'on les apportait. Vers les derniers temps^ je tâchais de m'informer d'avance s'ils ne contenaient pas le nom de quelques-unes des

victimes que M. et madame de Mouchy craignaient le plus de trouver sur la liste des condamnés; alors je les soustrayais jusqu'au lendemain. A dix heures nous étions tous couchés.

Il s'était fait un changement extraordinaire dans le caractère de M. et de madame de Mouchy : il était naturellement d'une vivacité extrême^ et elle^ d'un calme parfait. Il Tétait devenu, et elle, d'une agitation excessive, surtout quand elle ne recevait pas, aux jours accoutumés, des billets que sa fille lui faisait passer avec bien de la peine, et parles nouvelles absurdes qu'apportaient ceux qui entraient en prison. Les nobles particuUèrement se flattaient toujours. J'en ai vu tracer desplans de campagne, faire arriver Cobourg à Paris, et jusque dans leur prison, pour les conduire ensuite chez eux en triomphe. Ces malheureux, qui se berçaient d'un si faux espoir à cent lieues d'eux, n'apercevaient pas le précipice ouvert sous leurs pieds.

Dans le temps où on avait la liberté d'aller dans la cour et de pouvoir parler au guichet, chacun disait en revenant: J'ai vu ma femme, ma fille, mon domiestique, qui n'ont pas pu s'expliquer, mais, en me serrant la main, m'ont fait entendre que tout va bien. Une personne de connaissance aperçue dans le jardin, faisant le plus petit signe que Ton croyait comprendre, donnait la plus grande confiance. J'avoue que je ne partageais pas la sécurité que je voyais dans la plupart des détenus-, elle m'effrayait. Il m'est arrivé de contrarier des opinions que je trouvais exagérées ; mais je me reprochais ensuite cette Hberté, l'illusion leur étant nécessaire. Elle était si grande dans quelques individus, qu'ils trouvaient toujours qu'il y avait eu quelques raisons pour avoir fait condamner leurs amis ou connaissances, mais qu'eux étaient à l'abri. M. et madame de Mouchy n'étaient pas de ce nombre; ils regardaient, au contraire.

leur position comme très dangereuse. Il survint une circonstance qui alarma tout le monde; ce fut les commissions populaires^ envoyées par le Comité de sûreté générale pour interroger les détenus. Les questions étaient extrêmement captieuses. Je crois m'en souvenir à peu près^ et des réponses de M. de xMouchy.

De l'ordre du Comité de sûreté générale, les détenus répondront avec vérité et le plus laconiquement possible aux questions suivantes :

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