TÉMOIGNAGES ANGL0-FIUNÇ.\1S SUR 1814 ET
1 869 , iii-8'') , dont la traduction est au surplus reproduite dans le livre de Pichot (p. 7 à 2 55), rendait inutiles les passages correspondants du Jowmal.
Jusqu'à présent, 1 auteur anonyme est resté inconnu en France, sinon môme en Angleterre. En outre, la complication du titre anglais et les variations du titre dans la traduction française ont eu pour résultat que notre texte est cité de façons très diverses. Chez Taine, il est le Joamal cTuR détenu , comme chez Pichot; chez M. Houssaye, il est le Journal dim prisonnier anglaù , ou d*un ojjicier anglais , ou encore d*an officier an^is prisonnier sur parole. Or Fauteur, Anglais à la vérité, n était ni oflider, ni prisonnier, ni même détenu. Il sappelail Thomas-Richard Undervvood; il était artiste peintre et, par une exception très rare, il a pu habiter Paris sous le Consulat et TEmpire sans avoir à subir aucune des mesures prises contre ses compatriotes.
« Jadis il a lui-même figuré sur lu scène du monde dont il n'est plus aujourd'hui que le spectateur silencieux ^ , écrivaient le London Magazine et la Revue britannique en le présentant, sans le nommer, aux publics anglais et français. Si Thomas-Richard Underwood a joué 0 un rôle important », il est bien difficile de « dire lequel », pour employer les expressions de Pichot (p. 345 ). Son nom ne figure même pas dans le Diciionary of National Biography et M., Alger se contente de le mentionner parmi les artistes anglais qui ont habité à Paris au début du xix' siècle (p. 9 3). Par contre, nous avons pu déterminer avec une suffisante certitude dans quelles conditions Underwood a séjourné en France.
Quand il débarqua à Calais, le i*^ avril 1 8o3 , il était âgé d'une trentaine d'années. Marié, père de deux enfants, « peintre de la Société des Antiquaires de Londres », il avait déjà sa situation faite. Il accompagnait sans doute quelque grand seigneur anglais venu en touriste sur le continent et il se proposait d'aller en Italie « étudier l'architecture du moyen âge ». Mais il n'était pas i\ Paris depuis deux mois que la guerre recommençait. Comme il avait son passeport en règle (il l'avait fait signer à l'ambassade de F'rance avant son départ de Londres), il parait avoir pu continuer son voyage et s'être rendu en Italie par la Suisse : ce fut sans doute à cette circonstance qu'il dut de n'être pas impliqué dans la « détention » décrétée contre tous les Anglais qui se trouvaient en France lors de la rupture de la paix d'Amiens. De retour à Paris, Underwood s*installa rue de Bellefond chez un de .ses amis, le peiiUre Evrard; plus tard il habita rueCerutti, chez La Rochefoucauld-Doudeau ville.
[ja police le suneillail : qui ne surveillait-(îlle pas sous l'Empire.'^ Mais Underwood avait de puissantes recommandations et dès 1806 il obtenait
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] autorisation définitive de résider à Paris. Il avait été présenté à Timpératrice Joséphine et il resta un de ses familiers les plus fidèles jusqu*Â la fin. Il fi:*équentait la noblesse, les anciens nobles plutôt même, semblet-il, que les nouveaux nobles: les La Rochefoucauld, les Mortemart, les d'Haussonville; en 1811, il passa Tété chez M™ de Duras, en Indreet-Loire; en i8i3, chez M"** de Charost, dans TAisne. Il connaissait des médecins, des professeurs, des banquiers, comme Laffitte à Paris ou Thézard à Rouen; mais siulout il était lié avec les artistes : Denon, Lebreton, Gautherot, le peintre dliistoire, Redouté, le peintre de fleurs, Isabey, son « ami » , Lejeune , qui , dès 1 8o3, alors qu'il n'était encore que capitaine, attestait avoir vu de lui de «beaux dessins», bien d'autres encore.
Underwood allait souvent au Louvre. Ce fut d'une fenêtre du Musée qu'il assista, le 29 mars 181 4, au départ de Marie-Louise, et quand le suriendemain il vit entrer les troupes alliées à Paris, il notait non pas que l'Europe triomphait enfin de l'usurpateur, mais que les « casques de la cavalerie étaient très variés; quelques-uns se faisaient remarquer par Télégance des formes, qui se rapprochaient de l'antique ». La remarque est toute davidienne. Underwood n'était pas devenu Français; était-il encore Anglais? L'impartialité lui fut aisée. Il regardait avec curiosité autour de lui, d'un œil d'artiste, pénétrant, et précis. Il se renseignait de tous côtés, mais il prenait toujours soin d'indiquer de qui il tenait ses informations , et il ne serait pas impossible d'identifier ceux de ses amis qu'il n'a désignés que par l'initiale de leur nom. Son journal est certainement l'un des plus intéressants parmi les témoignages anglofrançais relatifs à 1 8 1 4 et 1 8 1 5 et c'est pourquoi il n'était peut-être pas inutile d'en connaître l'auteur.