III. Le MoNMEB At\ Tuileries, LE 10 votr
Pendant qu'on assiégeait le château, que les boulets ébranlaient le Pavillon de Flore 011 logeait Le Momiter et que les balles perçaient les fenêtres, il avait dans sa chambre un chirurgien qui tremblait, qui pleu-
'' Nadir Chah, pi-oclaiiié chah de Perse en 1786, fut assassine^ par st's généraux <'n 17/17. — ^ Note anonxme.
632 LOUIS^ÎUILLAUME LEMONNIER.
rait, (|ui se mourait de peur. Le Monnier était calme et résigné. « Pourquoi tant vous désoler, dit-il , nous ne pouvons que mourir », et il le fit sortir.
Quelque temps après il entendit pousser rudement et vit qu en dessous sa porte on passait des piques en sVfforçant de la soulever. Le Monnier, qui a assuré depuis à ses intimes amis n'avoir pas ressenti de peur dans un moment si terrible, leur ouvrit la porte. Ces hommes avaient une figure affreuse, le sang leur sortait par les yeux. A leur tête se trouvait un homme sans arme, une simple canne a la main, qui d un ton binisque demanda à Le Monnier : « Qui êtes-vous ? pourquoi ètes-vous là? — Je suis médecin du roi, dit Le Monnier; les devoirs de ma charge m'obligent de rester auprès de lui. — Avez-vous des Suisses chez vous , avez-vous des armes ? — Je n ai ni lun ni lautre. » On fouilla partout sans rien trouver. Le Monnier vit alors que la figure du commandant, l'homme à la canne, s'adoucissait; sûrement son calme, son grand âge, ses cheveux blancs, sa figure vénérable faisaient impression sur lui. « Le château est pris, lui dit l'autre, sortez, sans quoi vous courrez risque d'être tué », et il le prend sous le bras et l'emmène en lui disant : « il ne faut pas avoir peur des balles. » Ils descendent le grand escalier qu'il [s] trouve [nt] encombré de morts, à travers une grêle de mitraille qui pleuvait autour d'eux, et passent le pont Royal, où Le Monnier eut la douleur, l'affreux spectacle de voir tuer à ses côtés un malheureux Suisse sans armes qui s'enfuyait et que plusieurs hommes égorgèrent.
Ils traversaient les quais; l'inconnu lui demanda où il voulait aller. « Au Luxemboui-g, où je demeure, dit Le Monnier. — À présent vous pouvez y retourner sans crainte , lui dit l'autre » , puis après un instant de réflexion : « La bataille est gagnée, je n'y ai plus que faire, je vais vous ramener chez vous », et il alla jusquà sa maison. Le Monnier le retint à dîner et alors voulut s'acquitter envers son bienfaiteur, qui le refusa avec fiorté, lui dit son nom, qu'il avail servi dans les armées de terre et de mer, qu'il n'aimait pas la Cour, et que sa seule opinion l'avait rangé du parti opposé. Le Monnier conserva toujours une grande reconnaissance de ce signalé service.
JAQUES D'ARMAGNAC BIBLIOPHIÎ.E.
JAQUES^ D'AHMAGNAC BIBLIOPHILE.