‹ Journal des savants (volume 2)Chapitre 114 sur 130 · V. HENRY · texte numérisé non relu

V. HENRY

A vrai dire, toutefois, ce ne sont guère que ies vingt dernières années qui comptent dans cette longue période : TAtharva^Véda a été longtemps un domaine assez délaissé : à part la traduction des trois premiers livres par Weber, de cent hymnes par Grill, dun choix d'hymnes par M. Ludwig, la publication du Vaitâna-Sùtra par M. Gaii>e, et quelques études fragmentaires , la bibliographie védique lui doit peu d enrichissement jusque vers 1887. Mais, à partir de cette date, et surtout après la publication, par M. Bloomfield (1890}, du manuel de magie dit Kauçika-Sûtra qui s y rattache étroitement , nombre de pionniers fraient des routes à travers la forêt encore vierge : Weber pousse ses traductions jusqu'aux livres IV-V et au rituel funéraire; M. Florenz traduit la moitié du livre VI; M. Bloomfield, une sélection considérable et variée, qu'il accompagne d'un solide et abondant commentaire; M. Grif&th en publie une traduction complète, mais à peine commentée; M. Caland, enfin, par sa traduction du Kauçika-Sûtra , met à notre portée les pratiques des magiciens de l'Inde antique, vraiment trop déguisées par le style télégraphique de ce précieux et inepte traité de sorcellerie. La France non plus ne reste étrangère à cet intense mouvement, et voici qua l'instant je reçois le premier fascicule d'une traduction italienne de TAtharva- Véda par M. Ermenegildo La Terza, de l'Université de Naples.

C'est qu'en effet ie Kauçika-Sûtra seul pouvait nous donner la def de TAtharva-Véda, parce que celui-«i est avant tout un rituel de magie blanche et noire. U est bien autre chose , évidemment; mais c'est surtout à ce titre qu'il nous intéresse. Ses hyouies nuptiaux et funéraires se retix)uvent en grande partie dans d'autres recueils liturgiques; ses spéculations brahmaniques n'ont guère que la forme versifiée et, parfois, l'élan poétique qui les distinguent de la mystique philosophie des Upanisads, et dès lors, abstraction faite de l'origine foUdoresque que j'ai cru en découvrir, ne nous apprennent guère rien que celles-ci ne nous aient déjà surabondamment révélé; au contraire, en tant que livre de magie, le quatrième Véda est original et, bien peu s'en faut, unique. C'est assez dire ce que nous devons tous à MM. Bloomfield et Caland , qui nous ont ouvert l'accès du manuel opératoire de ses adeptes , et ce que leur doivent en particulier Whitney et M. Lanman , qui au surplus ont amplemait et généreusement reconnu leur dette.

Que rien ne leur ait édiappé de toutes les contributions apportées à l'exégèse de ce Véda entre i855 et 1908, il serait sans doute difficile et, en tout cas, ambitieux de ma part de l'affirmer. Cependant, lorsque dès le début, à propos d'une stance (I. a. 3.*= p. 3), on voit M. Lanman citer deux passages de Bergaigne où elle n'est interprétée que de façon

ATHARVA-VEDA-SAMHITÂ.

très sommaire et tout accessoire ^^^ on est tenté de croire qua ia lettre rien ne lui a échappé et que ce qu'il a omis est de prétention voulue. 11 a pris en outre le plus grand soin de distinguer, dans les préfaces et les notes, ses additions du texte primitif de Whitney, en sorte que nous avons sous les yeux la pensée première et authentique du maître, sans être privés des corrections qu'il y aurait peut-être apportées lui-même , ou tout au moins des citations qu'il n'eût pas failli à insérer dans son commentaire, s'il lui avait été donné de vivre assez pour le revêtir de sa forme définitive. Car les unes et les autres semblent à tel point refléter son esprit et sa méthode , qu'il n'est guère douteux qu'il les eût de grand cœur contresignées. Tout au plus le sévère philologue, qui dans ses 1 Qoo pages ne s'est permis qu'une seule fois le mot pour rire^^\ aurait-il biffé ça et là quelques digressions plutôt oiseuses : on ne voit guère , par exemple (p. lxx\àij), ce qu'ajoutent à l'intelligence du caractère de l'Atharva-Véda les considérations sur l'ode Inieger vitae en tant qu'hymne funéraire de fUniversîté de Harvard. Mais M. Lanman est un poète et un humaniste d'imagination vive, de curiosité universelle et volontiers vagabonde, et il n'est point du tout déplaisant de s'égarer un instant à sa suite.

A l'envisager d'ensemble, tel qu'il se présente h nous dans les vingt livres de la recension de Çaunaka^^^ , sur laquelle fut établie l'édition de Berlin , l'Atharva-Véda comporte trois (p. cxxvj ) ou plutôt quatre grandes divisions : les livres I-VU contiennent les morceaux sur sujets variés qui sont de faible étendue (^^; les livres VIII-XII, les morceaux également sur

(^) Remannions qne cela même ne lui a été rendu posaUe que par la pubiîcation de flndex de la BtUgùm Védique, dont nous sommes également redevables à Ilnitiative de M. Bloomfidd. La publication prochaîne de Tlndex générai de toutes les stances des Védas, entreprise par le même savant, rendra aux études yédiques un service de même nature, et sur une bien plus large échelle.

^) SarA.V.11. 5o=»p. 7):ils*agH d'un charme ponr aéduirs une fanme, lequd conâsie k loi enduire le corps d'un certain onguent; tcda, dit-il, ressemble fort au procédé dasoîque pour attraper un oiseau en lui posant délicatement un grain de sel sur ia queue. »

^'^ Jobsenre en passant que les sanscritistes américains sont aussi peu sympathiques que moi a Tétrange décision du Congrès de Genève qui a remplacé le ç, caractère commode et clair, par la transcription /, dont le bux accent tronUe profondément Téconomie des textes accentués, et qui, par cette raison seide, devrait être rigovensement exdne an moins des travaux védiques.

Il y a lieu d*espérer que lenr influence croissante aura raison de ce progrès à rebours, qui par malheur a trouvé accueil en Allemagne.

(*^ Une vingtaine de stances, an grand maximum; souvent beaucoup moîns; parfois (dans le livre Vil) une

Sa.

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