‹ Journal des savants (volume 2)Chapitre 119 sur 130 · V. HENRY · texte numérisé non relu

V. HENRY

aspects de ces compositions multiformes. Sans doute (p. 667), la première est une méditation sur « la merveilleuse structure du corps humain »; mais elle est bien autre chose encore, im rappel du Purusa mythique, du premier homme, origine du monde, et du premier sacrifice, origine du culte. Sans doute aussi (p. 689), le Skambha est «le cadre de la création»; mais ce concept mystique dérive d'un concept infmiment plus simple et de pur folklore, celui de « Tétai » qui soutient le ciel, du pilier le long duquel chaque matin le soleil s'élève et sans lequel soleil et ciel cherraient sur la terre. En fait, que le Skambha, ainsi que le Puru§a, soit presque constamment confondu avec le Soleil, ou, si on le préfère, que le Soleil, l'excitateur universel, revête ici les attributs du principe immatériel, du Brahman dont le Purusa et le Skambha ne sont que des figures, cest ce que me semblent mettre hors de doute les fragments de devinettes visiblement solaires, qui constellent et éclairent le fatras de ces compilations pesamment versifiées ^^^.

Sur XI.a.3o=p.6a5, puisque les auteurs admettent pour asamsûktala traduction « sans hymne », je me demande pourquoi ils se taisent de la facile correction asàkta- qui la justifie, et pourquoi ils ia font aboutir à Imintelligible épithète « unhymned-swallowing »? Les démons de la suite de Rudra sont des asâktagilàs, des monstres « qui dévorent ceux qui n ont point d'hymne » à chanter à leur dieu ; et par conséquent — sens suggéré — ils ne dévoreront pas le conjurateur qui vient de lui en chanter un de 3 1 stances.

Sur XI 7. 3 = p. 643 , on ne nous dit pas ce que cest que le vrà et le drà, ni rien des tentatives d'explication de ces monosyllabes, qui sentent le jargon. Je ne sijis pourtant pas le seul à avoir appelé l'attention sur les mutilations artificielles qu'a fait subir aux mots la langue technique de la Uturgie^^^.

Le livre nuptial, qui est en grande partie un extrait du Rig-Véda, a été à ce titre trop commenté pour qu'on s'y attarde ici. Sur XIV. 2. 74 = p. 767, je regrette que Whitney ne paraisse pas avoir saisi le sel et la délicatesse de la jolie expression àgatdsya pànthàm , qu'il traduit peu clai-

etc. 6 te.

(*' Cf* Weber, Ind, Siad., 1, p. 3o, n. 1. Je reviens plus bas sur XI. 10. 16 =s p. 667. Mais je passe rapidement sur les livres Xll-Xill, non que je n'y aie relevé nombre de stances où je traduirais tout autrement que Whitney : ce sont, pour la plupart, des phrases ob-

scures de syntaxe et de pensée, sur lesquelles il serait oiseux d'esquisser une controverse. Je me borne à faire observer (sur XUI. 1. i5 «= p. 711) que mwihâksarà est bien sûrement une épithète de l'invocation vasat, dont j'ai essaye, vainement une première fois , avec plus de succès, je crois, ia seconde (^4. l., X-XJI , p. 55) , de démêler le sens caché.

ATHARVA-VEDA-SAMHITÂ.

renient « the road of what is not gone ». Dire à ceux qui mènent Tépousée au lit nuptial « qu ils la charrient par le chemin de ce qu'elle n a pas encore abordé », n est-ce pas une pudique façon de faire entendre qu'elle est vierge ^^^ ?

XVI. 2. 1 (p. 795 , insipide morceau de prose) on lit : nir durarmanyà ûrjd mÀdhamatï vAk. Comme le mot durarmant est par ailleurs inconnu , le P. W. , et Whitney à sa suite, corrige daradmanyà. Mais dnradmant luimême n'est attesté qu'une fois, et le sens obtenu est un pur non-sens : « Out of evil-eating with refreshment cornes speech rich in honey. » A tant faire que de corriger, je proposerais dararyamnyà[$) « mal escortée », adjectif régi par vâcàs que suggère vàk, La « voix qui a des compagnons redoutables», c'est celle du tonnerre qu'escortent les Maruts^^^ et c'est cette voix , tout comme le fouet des Açvins , qui répand sur terre le miel de la pluie.

XVIII. 4. 5o (p. 827) = R. V. \. 1 4. "i , je comprends tout différemment , non pas les mots , qu'il est impossible d'entendre de deux manières , mais la construction de la stance , bien plus poétique et touchante , ce me semble, ainsi rendue : « Yama est le premier qui pour nous a trouvé un séjour, et ce pâturage ^^^ ne saurait nous être enlevé, où sont allés nos premiers pères, connaissant alors et suivant leurs chemins. »

Sur XVIII. 2. i3 (p. 835) = R. V. x. i4. 12, du moment que les auteurs se confessaient incertains du sens de l'épithète asutfp, il y avait lieu de renvoyer à la discussion détaillée de Bergaigne^*^.

XVIII. 4. 5 (p. 873), la traduction de dhravà par «the ladle » est instiflisante : pour faire comprendre que le calembour avec le verbe dhar « fixer » n'est pas seulement extrinsèque, il fallait quelque chose comme « la cuiller fixe » ; on sait que la dliruvd est en principe un ustensile immobile, qui demeure en permanence déposé sur l'autel (védi) et où l'on puise les libations au moyen de la cuiller circulante (juhu).

En revanche, le jeu de mots est tout factice (entre viprà[s) et -vepascis)

^'^ De même pour \1. 10. 16 = p. 667 : <iet the moon put them on the track ofwhat is not gone.* On prie la Lune de pousser les ennemis sur le chemin « où ils n'ont pas encore passé » , le cliemin où Thomme ne passe jamais qu'une seule fois, celui de la mort :

cf. A. V. VIII. I. 10 (conjuration de longue vie), «ne suis pas ia route que tu n'as pas encore suivie ».

^*^ II est vrai que Bcrgaigne conteste

pour aryamàn l'acception de nom commun, «compagnon». Mais il l'admet comme acception première , par consé- .

quent légitime dans un composé ; mieux encore, il l'admet par m<*taj)hore et précisément dans un passage où le mot s'appliquerait aux Maruts : Journ, Asiat. , 8'sér., IV, p. AGa et 465.

^^^ G>mparer, dans Homère , la prairie asphodèle.

(*^ Religion védique, III , j). 7a sq.

668 J. GUIFFRKY.

clans la st. XIX. 'i. 3 (p. 899), où il fait pendant à deux autres antithèses, et où il ny avait aucun inconvénient à conserver au mot vipra sa signification ordinaire : «les eaux, prêtresses qui vibrent [d'inspiration] jusqu'en leurs profondeurs. »

XIX. 47. 1 ^=p- 974 : le mot dhàman signifie incontestablement « ordonnance», mais avant tout il signifie «demeure», et j'avoue ne pas trop comprendre la formule : «O nuit, l'espace terrestre s'est rempli des ordres du père. » Bien plutôt « des demeures du père », c'est-à-dire des mansions lunaires : la nuit a fait apparaître et rendu visibles sur terre les constellations.

J'ai déjà dit que l'ouvrage se termine par des index copieux et variés : 1** liste des morceaux de prose; 2^* liste des hymnes ignorés du Kauçika-Sùtra ; 3° concordance de ce dernier recueil ; -4° concordance des éditions de Berlin et de Bombay; 5** concordance du Çaunaka et du Paippalàda; 6** rubriques des hymnes; 7° liste des auteurs d'après l'Anukramanî ; 8° index des mots. Rien absolument n'a été négligé de ce qui pouvait faire de ce livre un instrument de travail de premier ordre, indispensable répertoire des progrès réalisés jusqu'à cejour par l'exégèse védique et sûr point de départ de ses progrès à venir.

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