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sons dans Homère. Les anciens avaient déjà remarqué que 1 wage de se couronner de fleurs n'est pas encore connu de la vieille épopée; Wilamowitz fait observer que les poèmes homériques offrent de beaux tableaux où figurent les animaux domestiques et sauvages , mais que les fleurs n y figurent presque jamais, à la différence des monuments récemment découverts en Crète. — Wilamowitz attribue à Hésiode les poèmes didactiques , les Œuvres et les Jours, h Théogonie et les Catabgues,ei il ne met pas en doute lexistence de Persée, le frère du poète. — Passons Télégie, qui n offre rien de bien nouveau. Pour ce qui est de la poésie ïambique, je crois que les fragments d'Archiloque sont assez beaux pour nous faire comprendre l'admiration des anciens. La morgue du soldat , son dédain pour le paysan , sont exprimés avec une admirable énergie dans le distique qui dit : « C'est ma lance qui pétrit mon pain , qui me donne le vin d'Ismare, et je le bois appuyé sur ma lance. » (On peut comparer le scolion d'Hybrias où la même pensée est longuement développée.) Wilamowitz ne parle pas de l'heureux emploi qu'Archiloque fait de la fable : on peut dire que les animaux y tiennent la place des héros de l'épopée ^^K — Notre auteur fait peu de cas de Simonide, mais il regrette la perte des poésies d'Hipponax , mauvais sujet que l'on peut comparer à notre Villon. — Je constate avec plaisir que Terpandre est pour notre auteur une personne historique. — Après l'élégie, il passe à la poésie lyrique; il admire Anacréon; Sapho, qu'il met, avec raison, bien au-dessus d'Alcée, est traitée avec beaucoup de sympathie. En général, les poètes et les prosateurs qu'il préfère sont bien jugés ; il faut lire ce qu'il dit de Sapho, de Simonide, d'Euripide, de Platon. Cependant il ne veut pas attribuer à Simonide les épigrammes d'une concision énergique, telles que l'épitaphe de Léonidas et des trois cents; ceux-ci, soit dit en passant, n'étaient autres que les guerriers compagnons du roi et qu'on appelait Cavaliers par archaïsme. Quoique Simonide fût ionien, il n'était pas, ce semble, incapable de concision.
Quant aux auteurs qu'il goûte peu, Wilamowitz ne les juge pas toujours équitablement. It dit que Pindare n'est pas digne de délacer les souliers de Dante {die Schahriemen zu lôsen), mais que c'est déjà beaucoup qu'il fasse penser quelquefois à l'auteur de la Divine Comédie. Le don de foire voir en peu de mots la figure vivante et plastique d'un héros méritait mieux. Je ne connais rien de plus beau dans toute la poésie grecque que l'exorde de la première Pythiqae et le grand fragment qui nous reste d'un dithyrambe. Passons sur Alcman, dont le joli Parthénéion, impar-
^*) M. Hauvette vient de publier une excellente étude sur Archiloque.
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faitement lu par les premiers éditeurs, Egger et Brunet de Presles, nous a été rendu par Biass.
Wilamowitz estime que les recueils qui portent les noms de Tyrtée , de Stésichore, de Phérécyde sont d époques et d'auteurs différents, aussi bien que ceux de Théognis ou d'Hippocrate. H accorde à Lysias le don de Téthopée , mais il ne veut pas qu on le regarde comme un représentant de latticisme, et il approuve Platon qui blâme le désordre de sa disposition. H faut dire que Platon ne s occupe que des lettres semblables à celles qu'il critique avec raison, mais, comme il dédaigne les plaidoyers des logographes , ce nest pas sur ces plaidoyers (disposés parfaitement et de la manière la plus apte à impressionner les juges) que porte sa critique.
Wilamowitz rend justice à Isocrate; il admire l'éloquence d'Eschine; il admire aussi Démosthène , mais pas assez à mon gré ; il appelle Xénophon un commandant en retraite [major ausser Diensten); il fait peu de cas d'Ëphore et de Théopompe et regrette la perte des ouvrages de Démocrite , dont le style est vanté par les anciens. En général il estime c[ue la prose attique atteint une perfection qui n a été égalée que par la prose française.
La seconde partie de l'ouvrage, de beaucoup la plus longue et la plus considérable, comprend les siècles qui séparent l'avènement d'Alexandre de la fermeture des écoles païennes. On y admire l'étendue du savoir qui embrasse la totalité de cette riche matière , prose , poésie , lettres familières , protocoles officiels , actes de la vie politique et ciAÎle , contrats, testaments , enfin tout ce que révèlent les inscriptions sur pierre et les écritures des papyrus. Le sujet est épuisé; rien, absolument rien n'échappe à l'ardente curiosité de l'auteur. — Le style épistolaire est déjà formé dans la Correspondance d'Aristote et d'Alexandre; il varie et prend les tons les plus divers. Epicure , Métrodore , d'autres encore discutent par lettre des questions philosophiques; on voit naître toute une littérature épistolaire ; on forge même ces correspondances entre personnages célèbres qui sont parvenues jusqu'à nous et ont longtemps trompé les savants.
Les auteurs de traités savants, littérateurs et grammairiens, négligent le style ; il faut cependant excepter les médecins et les géomètres , dont Wilamowitz loue la clarté et l'élégance. Leur terminologie, claire et transparente pour les contemporains, a été adoptée par les modernes^ et c'est seulement alors qu'elle est devenue savante.
Les auteurs qui ont décrit, ou plutôt essayé de deviner le développement de l'esprit des hommes et les progrès de la civilisation, Dicéarque,
SAVANTS. 1 l
IHPUMr.r.lt XATtOSALt.
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Epicure, d'autres encore, doBt not» connaissons les vues par Lucrèce, ensuite les auteurs qui ont étudié les mœurs et les institutions des peu- |de8 à partir d*Aristote; puis les auteurs de biographies, ensuite les historiens, parmi lesquels les plus éminents sont AgatharcUdès et Posîdonios; ceux qui ont donné des histoires universelles, comme le compilateur Diodore et le savant Nicolas de Damas (il serait trop long de les énumérer tous); ceux qui ont bien mérité de la chronologie, Eratosthène, Apollodore, tcms ces écrivains sont caractérisés rapidement et avec bonheur.
Notre auteur pense que nous avons tort de désigner exclusivement du nom de roman certaines œuvres dune époque tardive. On y distingue deux éléments , le récit de voyage plus ou moins fantaisiste et le récit d'amour; or, dit-il, de tels récits sont très anciens chez les Grecs, on les trouve même chez les historiens. Les Grecs n'ont jamais nettement distingué la réalité de la fiction. Wilamowitz juge très bien le poème d'Apollonios de Rhodes, sans parier cependant des scènes les plus belles, oix le poète décrit famour de Médée pour Jason. — Voici un passage qui donnera une idée du style concis et incisif de Wilamowitz .:
Apollonios de Rhodes est devenu pour la fable des Argonautes un nouvel Homère ... Ce qui mancpie surtout à Apollonios , c*est la puissance poéticpie : il est de ceux qui croient qu'il sufTit d'invoquer les Muses pour qu^eiiîes inspirent un poète. Nous ne pouvons nullement nous intéresser à l'action de son poème, à peine à ses personnages; on a beau le relire, on ne retient pas on seul vers, paft une tournure originale, et si ion garde dans la mémoire une de ces comparaisons qu'il polit soigneusement, cela tient à ce qu'elle est cherchée plutôt que trouvée . . .
Dans Théocrite , Wilamowitz remarque la simplicité étudiée du style des bergers quelque peu idéalisés; il ne parle pas du parfum des prés et des bois qui enchante le lecteur; il fait son éloge, mais il me paraît qu'il ne l'admire pas assez : la Magicienne est un chef-d'œuvre qu'il n'apprécie pas à sa valeur. — De tout ce qui nous reste de Callimaque , il préfère les Epigrammes, modèles du genre. L'histoire de l'épigramme est sui\âe avec beaucoup de soin et de compétence de siècle en siècle et d'auteur en auteur. D croit que l'élégie, et particulièrement l'élégie latine , est un développement de l'épigi^amme.
Dans les premiers siècles de la période gréco-romaine on ne se borne pas à étudier les auteurs attiques, on tâche de les imiter et d'écrire comme eux. Notre auteur ne goûte pas cette littérature et la désapprouve comme factice et condamnée à rest^ stationnaire; il préfère le style des Évangiles et des écrivains chrétiens qui parient la langue de leur
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temps, ia laogue vivante. Cependant le ciasâcisme l'intéres^ comme un £ût remarquable et il en expose Thistoire avec beaucoup de détails , de Denys d'Ualicarnasse k Uêrmogkke, d'Hérode Altîcus et d*Aristîde jusqu*à Libiamifi.
A Aome un savoir encyclopédique et superl»ciel ; A^rij^a lait demner une earte routière de Tempire qui ne vaut mmie pa^ Isl vieille mappemonde d^Anaximandre. De la philosophie grecque, le fitoieisine seul j pénètre^ mais le néo-pythagorismie d'Ëphestios e^ un £Btit iaté* reasant. Les grammairiens grecs coBopilent les éeiits <le6 éradits alexandrins. U est difiBcile de rendre compte brièveiiient de cette partie de l'ouvrage , très intéressante , souvent très originale, où notre aulieur parle aussi de Strabon , de Juba , de Philon et de saint Paul. Nous y renvoyons le lecteur.
Nous arrivons assez vile à cette période pendant l^pielle Tempire prospère a joui du bonheur, bien rare dans sa triste histoire^ d*êtne gouverné par des princes excellents. L'auteur dessine à grands traits l'histoire de cette époque; toutefois il parie assez longuement d'Adrien, ce prince voyageur et philheilène. L atticisme factice d'Hérode Atticus n'est pas de son goût. Quant au rhéteur Aristide, il trouve avec raiscm ses discours aussi ennuyeux que soigneusement étudiés; cependant il excepte le très intéressant éloge de Rome, qui peut, dit-il, rivaliser avec le Panégyrûfae d'isocrate. Enfin Philostrate déplaît à Wilamowitz, qui le crilique avec une sévérité peut-être excessive. Nous voyons maintenant entrer en scène Dion, surnommé Bouche d'or, et PUitarque. La vie de Dion, sa conversion à l'ascétisme des cyniques, sont des laits curieux; les nombreux discours de ce f^ilosophe qin sont venus jusqu'à nous sont écrits avec une élégante simplicité; il y donne à ses compatriotes d'excellents conseils et veut que les cités d'Asie mettent fin à de mesquines rivalités eH qu'elles se soumettent paisiblement aux Romains, puisque toute résistance serait vaine. Ces discours sont de véritables prédications, nullement ennuyeuses, souvent tnès piquantes, souvent aussi instructives; ils nous font connaître les traits caractéristiques des Égyptiens et de plusieurs autres peuples. — Parmi tous les discours que nous possédons de Dion, Wilamowitz distingue, cooune tout le i:nonde^ i'Euboïkos, ravissante idylle, qui, tout en disomant le lecteur, contient des conseils salutaires. Ce prédicateur adonbulant est une personne très sympathique et un auteur qu'on aime à relire.
La vie de Plutarque, ses études, sa retraite volontaire à Chéronée, sa patrie, quand il aurait pu habiter Rome , sa vie exemplaire au milieu de sa famille et de ses amis, sa philosophie, sa morale, son étrange
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dévotion, sont très bien étudiées. On a blâmé les erreurs historiques de ses Biographies; Wilamowitz les excuse; il dit que Plutarque ne prétend pas être historien , il veut seulement mettre ses héros dans le cadre de leur temps , et il réussit si bien à peindre leur caractère , à mettre leur figure en relief que ses Biographies intéressent et charment le lecteur. Sm' ce point tout le monde partage son avis. De fil en aiguille, notre auteur en vient à parler de Josèphe. On voit bien que le grec n'était pas la langue maternelle de cet écrivain. Comme tout le monde, Wilamowitz trouve que le seul ouvrage vraiment intéressant de Josèphe , c'est la Guerre civile; il est regrettable qu on ne puisse plus comparer son récit avec celui de Tacite.
Wilamowitz revient encore sur Lucien, et cette fois il le juge moins dédaigneusement, il lui accorde ce genre desprit que les Allemands appellent fVitz et qui est inférieui' à ce qu'ils nomment Geist. Son atticisme trouve aussi grâce devant lui; il lui sait gré d'arracher le masque aux dévots hypocrites; mais les traits qu'il lance contre les philosophes sont d'un homme qui n'approfondit pas les choses. Appien est un historien superficiel qui n'a pas puisé aux sources, mais qui sait raconter; son chapitre sur les guerres civiles de Rome est des plus intéressants pour nous qui ne connaissons plus les auteurs qu'il avait lus; son style n'est pas d'un rhéteur, on regrette seulement qu'il l'ait parsemé de quelques archaïsmes. — Quant à Arrien, qui voulait passer pour un autre Xénophon, tout le monde reconnaît fimportance de son Histoire d'Alexandre et des E ni retiens d'Epictète, qu'il avait sténographiés, de sorte que nous entendons ce philosophe luimême. Wilamowitz dit de lui : « Je ne sais s'il est un chrétien de l'Eglise primitive qui se rapproche autant que ce Phrygien des enseignements de Jésus tels qu'on les trouve dans les synoptiques. Le Manuel extrait de ses Entretiens mériterait d'être aujourd'hui un catéchisme populaire. )» Notre auteur n'admire pas moins le livre du noble Marc-Aurèle , écrit sans aucune prétention littéraire, et fidèle miroir de son âme.
La géographie de Ptolémée est une compilation intelligente qui nous a transmis les recherches d'Hipparque et des autres grands astronomes antérieurs; elle est écrite simplement et clairement et a exercé une immense influence jusqu'à l'époque de Christophe Colomb et des autres grands navigateurs. — Le polygraphe Galien est l'auteur d'une foule d'écrits qui ne roulent pas seulement sur la médecine , mais aussi sur la philosophie et même sur la grammaire; son style est clair, mais il impatiente par des longueurs, et cependant il sait aussi être bref et incisif,
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quand il attaque des confrères. Après lui, la Grèce a eu une longue série de grands médecins doïit nous possédons les écrits.
La grammaire a une importance considérable à une époque où les écrivains ont besoin d'apprendre la bonne langue ancienne; Hérodien règle encore aujourd'hui l'orthographe grecque; Apollonios embrasse à la fois la grammaire grecque et la grammaire latine; Athénée nous transmet de précieuses citations dune foule d auteurs que nous ne connaissons que par lui. — Quant à la philosophie de cette époque, si elle na rien d'original, elle a cependant son intérêt : on voit naître le néoplatonisme, et le livre d'Artémidoros intéresse par les documents humains qu'il contient.
Je crois que peu d'hellénistes ont le courage de lire les soi-disant poèmes de Nicandre et des deux Appiens; les fictions de Dictys et de Darès ne trompent plus personne; les récits légendaires qui ont Alexandre pour héros sont plus intéressants parce qu'ils ont été mis en œuvre dans beaucoup de poèmes du moyen âge et dans une comédie de Shakespeare. Tous ces faits littéraires et d'autres encore, comme les acrostiches, les tours de force encore plus artificiels des Grecs et des Latins, sont savamment exposés dans le livre dont nous rendons compte.
Les romans grecs proprement dits ne nous intéressent guère aujourd'hui par eux-mêmes , mais bien par leur influence et par la vogue qu'ils eurent dans fOrient comme dans l'Occident. Leur suite , depuis Chariton et Périclès de Tyr jusqu'à Longus, est exposée par Wilamowitz en quelques pages qui comptent parmi les meilleures de son livre; il pense que Paul et Virginie n'aurait paô été écrit sans Daphnis et Chhé.
Mais il est temps de finir : sat prata biberunt. Ce compte rendu ne pouvait être complet; même dans les parties que nous avons analysées nous avons dû laisser de côté bien des faits et des considérations. Ce que nous avons dit suffira pour donner une idée de ce li>Te et pour montrer que M. Wilamowitz nous donne une œuvre de premier ordre, fruit mûri d'un esprit vigoureux nourri d'immenses lectures, assez pénétrant pour tout comprendre et tout faire comprendre aux nombreux lecteurs qu'il ne manquera pas d'instruire et de charmer.
Henri WEIL.
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