‹ Journal des savants (volume 2)Chapitre 121 sur 130 · J. GUIFFREY · texte numérisé non relu

J. GUIFFREY

MÉNAGEOT X D'ANGIVILLER

4 juin 1788.

Le s' Percier est occupé du travail de la colonne Trajanne qui lui a été ordonné; c'est une chose bien pénible , bien dangereuse et qui coûtera beaucoup. 11 vient d y arriver un malheur affreux; le pontarole, qui étoit chargé d'établir les échafauds, au moment qu'il venoit de linir son ouvrage , a voulu descendre par une corde ; le pied lui a manqué; le malheureux est tombé et s'est fracassé la tète sur l'angle du piédestal; il n'a survécu que huit heures et est mort ce matin; ce pauvre homme se réjouissoit d'avoir fini son ouvrage, et sa femme étoit là, au moment de sa chute. Cela me fait une painne affreuse; il semble que tout ce qui a rapport à l'Académie reçoit l'empreinte du malheur depuis que je suis ici; il n'y a jamais, eu d'exemple de pareille chose. Je recommande bien au s' Percier de prenare les plus grandes précautions; mais, avec cela, je ne serai tranquille que lorsqu'il aura Il ni ce dangereux ouvrage.

11 faut qu'il descende dans des paniers de l'angle du chapiteau pour se mettre sur un échafaut mouvant, suspendu par des cordes, et qu'il dessine de là le dessous du chapiteau; ensuite, qu'il descende tout le long pour mesurer la colonne et prendre tous les détails qu'on lui a demandé. Je ne crois pas qu'on ait jamais demandé un ouvrage plus difficile et plus embarrassant; c'est sans doute ces diilicultés c[ui ont empêché Desgodets de la mesurer, lui qui a mesuré avec tant de soin tons les monuments de Rome.

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