PHILIPPE FABIA
Tacite aurait, d'autre part, atténué non pas les fautes de Paetus, dont la cause n était pas défendable, mais la gravité du désastre subi par son armée, ce qui revenait à atténuer le tort de Néron, responsable indirectement de ces fautes. Quiconque aura lu sans parti pris le passage visé (XV, 1 4-1 6), estimera, je pense, que latténuation est imaginaire. Dion, que Ion n accuse pourtant pas d'avoir puisé à la source suspecte, fait avec moins de détails le même tableau. Suétone va plus loin, il est vrai : « . . .ignominia ad Orientem, legionibus in Armenia sub iugum missis aegreque Syria retenta »^^l Mais peut-on sérieusement accorder plus d autorité à ce bref résumé par à peu près qu aux narrations circonstanciées des deux autres historiens? La déformation de la réalité est manifeste en im point : pas un instant Rome ne fut menacée alors de perdre la Syrie; Vologèse ne lui disputa que la possession de TArménie. Comme il localise inexactement le danger, de même Suétone exagère Tignominie : les légions de Paetus ne passèrent pas , à proprement parier, sous le joug ^*^. Et, poussé ainsi au noir, ce désastre fait meilleure figure dans Ténuméralion des calamités qui attristèrent le principat de Néron ^^K
Pour établir que Tacite napas raconté la conjuration de Pison d après les auteurs dont il s était servi aux livres XIII et XIV des Annales, M. Profumo tire argument dune contradiction qu'il signale entre la fin du livre XIV et la phrase initiale du récit en question (XV, 68). L'historien affirmerait ici que la conspiration naquit et grandit tout d un coup au début de 65 , là qu elle prit naissance en 6 a ; et ce changement d opinion serait l'indice certain d'un changement de source. Mais M. Profumo interprète mal la phrase : « Ineiuit deinde consulatum Silius Nerva et Atticus Vestinus , coepta siniul et aucta coniuratione , in quam certatim nomina dederant senatores , eques , miles ...» Les participes passes , ayant ici toute leur valeur, comme suffirait à le dénoter le plus-que-parfait dederant, expriment non la simultanéité de l'action avec celle du verbe principal , mais son antériorité. Il faut entendre : « Ces consuls entrèrent en fonctions, lorsque existait déjà un complot où s étaient enrôlés. . . »^*^. Le contexte corrobore ou mieux rend nécessaire cette interprétation. Il est impossible qu'entre le i" janvier 65 et le milieu d'avril, époque où le complot fut découvert, se soit passé tout ce que Tacite nous en raconte;
• ^*^ Nero, 39, précise en quoi consista ce simulacrum.
^*^ Tacite, i4wfia/cs, XV, i5 : «Addidit ^*^ «Accesserunt tantis ex principe
mmor sub iugum missas legiones et alla inalis probrisque quaedam et fortuita :
ex rébus infaustis , quorum simulacrum pestilentia unius autumni » , etc,
ab Armeniis usurpatum est. » Et Tacite ^*^ V.la note de Nipperdey-Andresen.