LA POLITIQUE OU GRAND ÉLECTEUR
de M. Philippson; en prefnmit à h stnt6 les deux ouvrages français, d'ac^ compagner le Grand lecteur dun bout à Tauu^ de son règ<ie. Mais qu'on n*en conclue pas que M. Pagèâi ait fourni comme la continuation chronologique du premier volume de M. Waddington. Le titre même indique quil na votdu écrire qu'une monographie, limitée par ie sujet : Le Grand Éleetmr et Lom XIV, et par les dates : 1660 à 1688. li ne s'agit que des rapports entre le Brandebourg et la France, sous le gouvernement personnel de Louis XIV, et dans la seconde moitié du règne de Prédéric^uillauine, quand mûri par vingt ans de pouvoir et d'expérience, âgé de quarante ans seulement, débarrassé enfin de la tutelle parfois encombrante des conseillers de sa jeunesse, le Grand Électeur est en pl^ne possession de sa politique.
Les recherches de M. Pages ont été considérables. À Paris et à Berlin, il a dépouillé, avec le fdus grand soin, près de deux cents liasses ou volumes manuscrits ^^^ Tous les documents imprimés, tous les ouvrages ont été utilisés, et la bibliographie qui est placée en tète du volume est un véritable modèle de classement critique. Peut-être eût-on désiré que M. Pages examinAt de plus près, par lui-même, les pièces ou feuilles volantes imprimées en Attemagne à la fin du xvfi* siècle; mais le travail a déjà été fait, et il n'eût sans aueun doute appris rien de bien nouveau. Le sujet étant nettement défmi, M. Pages a pu l'étudier jusqu'aux minuties. Au premier plan il a, comme de juste, placé l'Électeur et le Roi, ou pour être plus exact, car il a au plus haut point le sens du réel, la personne même de Frédéric^Guillautoe , avec ses calculs, ses enthousiasmes, ses ééfiances, ses revirements, ses alternatives de santé et de maladie, sa famille, son entourage et ses conseillers; en France, il a trouvé im nom de ministre, d'ambassadeur ou d'agent à mettre derrière toutes les oscillations, les souplesses, les combinaisons et les ambitions mal définies d'une politique dont il apparaît de plus en plus qu'dle n'est rigide que chez les historiens et non dans les faits ^. Au second
(^^ Les documents publié» Jniqu^à
J>résent se rapportant pour la plupart à a première moitié du règne , la moisson des faits inédits a été très abondatitêw Bs intéressent surtout (e détail des né* gociations, et ih ont en certains cas per* mis à M. Pages de poser des condosiods nouvelles on différentes de celles anx^ aoelles on était habitné. Signalons particnlièrement ses appréciations sar les origines des traités de i6€4 et de
1667 avec là France (qui sont en rapport direct avec la question de Pologne), sur la portée véritable du traité de 1669 (^ ^^ ^*^ alliance étroite et préeise, non une trêve ou une entente conditiomielie), sur les detii traités de Saint-Germattt en i6^g et sur les caractères ehèngeants de 1 alliance avec la France dans les dernières années.
*•> Taine {Sëy^ketsa correspondance, t. U, 1904, p. 93S) a porté sar Mignet
plan figurent, plus sommairement, les Provinces-Unies, TEmpereur, la Pologne, la Sijpde, le Danemark, puis l'Angleterre, i'EUpagne et la Russie. Au fond s agite ia foule grouillante des petits princes allemands, qui tantôt dans lombre, ps^ois brusquement éclairés, font les comparses indiscrets. U y a dans le tableau ainsi composé beaucoup d'art, avec une maîtrise pî^rfaite des événements , et une scrupuleuse con$cience d'historien. Par sa méthode autant que par ses résultats et la forte con texture de l'exposition , l'œuvre de M. Pages doit être mise hors de pair.
Mois par mois, et presque jour par jour, l'auteur a noté jusqu'aux frémissements les plus légers de la diplomatie européenne autour de Louis XIV et du Grand Electeur. Jamais peut-être avant lui aucun historien n'a réussi à rendre avec ime telle intensité l'inouïe complication du moindre groupement diplomatique dans l'Europe archaïque du Saint-Empire. M. Pages y est arrivé à force de patience et de minutieuse exactitude. Avec une pénétration critique qui est sans doute la piarquela plus personnelle de son talent, il explique tous les faits, en m^ême temps qu'il les expose à leur place et dans leur proportion. L'histoire, telle qu'il l'entend , pourrait être définie : la science des qiQtifs. Recherche ardue , et qui réclame des qualités presque contradictoires. Presque toujours les textes manquent. On ignore quels ont été exactement les desseins ultimes du Grand Roi, si même il en a eu; on çst un peu mieux renseigné sur le Grand Électeur, grâce aux procès-verbaux du Conseil secret et à quelques lettres confidentielles ; encore faut-il les contrôler toujours de très près. EU pour deviner, à un moment donné, quels ont été les véritables motifs d'action, il est nécessaire qu'on fasse abstraction des événements consécutifs à la décision prise. Les hommes ignorent ce qui sortira de leurs actes, et pour entrer dans leur peix^ée par leurs i^ctes, l'historien doit ignorer comme eux l'avenir, qui pour lui n'est que du
Telle est, si nous ne nous trompons, la règle critique que s'est impo^ sée M. Pages, et qu'il a illustrée d'exemples à toutes les pages de sa longue étude. Certes, la méthode n'est pas sans inconvénients. À entendre
un jugement très surprenant. Il a, dit-il • un fond de stérilité; on voit qn^il n*a pas vécu dans les idées générales , qn*il y est impropre ». La vérité est que Mignet a lancé dans la circulation une cohorte d*« idées générales > , dont beaucoup ont la vie dure. L'une des plus célèbres est que « la succession d'Espagne lut If pivot sur lequel tourna presque tout le règne
de Louis XIY. .. pendant plus de cinquante ans» [Introduction^ à Vkistoire de ha. Succession d'EspugM, ^fus les Mb" moires historiques, édit. i854» p- àS^)z M. Pages aura contribué pour sa boiitM part à arracher le pivot. 11 a rendu à la politique française sa vivante, alluve (principalement aux années 1670-1673^ et 1680-1682).