LA POLITIQUE DU GRAND ÉLECTEUR
du Roi parait devenir excessive, TÉiècteur se dérobe : « J'avoue, écrivait-ii en 1673, que ia domination des Français devient insupportable; la France va perdre ainsi beaucoup d'amis : ich gestehe, dass der Franschossen dominai importabel wirdt, Pranckreich wirdt hidarch vieil Freunde verUekren » ; « j aimerais mieux , déclarait-il encore , être sous la protection des Turcs que dans l'esclavage français : den ich lieber in den Tûrckenn protection sein will als in Franschossischer Dienstbarkeit^^^ ».
Il y eut là un sentiment constant, dont on peut dire qu'il constitue, en quelque sorte , le premier principe de Frédéric-Guillaume dans sa politique extérieure. Voici le second. Pas plus qu'il ne veut être « bon Français», l'Electeur ne prétend être «bon Autrichien». D se dit « bon Allemand ». Il estime que la meilleure garantie de sa propre indépendance n'est autre que l'indépendance même de TAllemagne contre toute tutelle extérieure , autrichienne ou française : « L'histoire du passé et du présent nous donne les preuves trop abondantes que jamais le Saint-Empire romain ne s'est trouvé en meilleur état que quand il a fait lui-même ses affaires, n'a donné à ses voisins aucun prétexte d'hostilité et ne s'est point mêlé de ce qui les regardait. Ce sera aujourd'hui encore , avec l'aide de Dieu, le meilleur parti ^^^. » Dès 1 6^7 et d'ime façon permanente pendant toute la durée de son règne, mais spécialement en 1661, 1666, 1669, 1671, 167a et 1681, l'Electeur a essayé de constituer un « tiers parti » dont il eût été « la tête, pour le maintien de la paix». A chaque tentative, l'idée prend une nouvelle forme, et il serait intéressant d'en étudier de près les avatars successifs. Elle n'aboutit pas , et le « tiers parti » n'exista jamais qu'en projet ^^^.
11 a été une possibilité. Le troisième principe a été tm sentiment. Frédéric-Guillaume a la foi religieuse. Il est protestant. Il abhorre les papistes. Il ne reste allié avec Louis XIV qu'à la condition que les entreprises françaises ne menacent pas le protestantisme européen. « Si l'on était entre protestants, écrivait-il en 1 671, on pourrait se résoudre plus aisément; mais il y a dans l'affaire des catholiques qui cherchent k nous opprimer, nous protestants » , et l'année suivante, malgré l'avis contraire de tous ses conseillers, il s'engageait dans une alliance avec les Provinces- Unies par un traité qui lui était, en fait, beaucoup moins avantageux
^^^ Pages, p. 337*538 et 84* n. 1. choses ùa transporter dans ie passe les
(*^ Waddington , 1. 1 , p. igS; Pages, préoccupations du présent que de se
p. 4 19 45, 65, 474* représenter (avec Droysen) fÉlecteur
^^^ Le • patriotisme allemand de Fré- comme soucieux de la grandeur de la
déric-Guiliaume ne peut pas être défini nation germanique unie sous le sceptre
d'autre manière, et c'est déformer les de son empereur (lointain.
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que la neutralité bîenveHlante dont Louis XIV se contentait^. Plus tard redevenu plus étroitement Tallié du Roi, H ne protesta ni contre les chambres de réunion, ni contre Tannexion de Strasbourg; mais lors^ qu'en 1 685 le protestantisme lui parut de nouveau en danger, il n'hésita pas, si malade quil fût, à dénoncer Talliance dont il tenait tout au moins la sécurité, pour s engager dans Imoonnu périHeux d'une nouvelle politique. Son entrevue avec Guillaume III (août i686) a été de plus grave portée que la « ligue d'Augsbourg » (juin 1 686) dans Thistoire des origines de la guerre de 1 688.
III. Enfm Frédéric-Guillaume a eu, tout le long de son règne, une ambition permanente, qu'il est, aujourd'hui surtout, dans les conditions actuelles de la politique générale» fort intéressant de mettre en lumière. ErdmannsdoerfTer a fait cette remarque profonde ^^^ que la faiblesse de FAutriche en Allemagne, à la fin de la guerre de Trente Ans, provenait en partie de ce qu'elle n'avait pu prendre pied sur le littoral maritime de l'Allemagne : Baltique ou Mer du Nord. Son offensive vigoureuse, au temps de Wallenstein et de Tilly, n'avait pas seulement pour but d'abattre le protestantisme, mais de gagner la mer. Elle a eu, délibérément, une politique maritime, et l'avenir a prouvé combien son calcul était vraL Pour être le maître de l'Allemagne, il faut être le maître d'une mer aflemande^^. Le Grand Electeur l'a compris, et peut-être la meilleure preuve de son génie politique est-elle ici. La devise HohenzoUem n est-elle pas : « du roc à la mer, vont Fels am Meer? » Et l'une des dernières .paroles impériales n'est-elle pas que l'avenir de TAUemagne est sur les flots? La politique mondiale des Allemands au xx" siècle est en germe dans la question de Poméranie, telle qu'elle se posait au xvif siècle; elle en est née, et, si différente quelle paraisse, die est faite de même nature : elle est maritime.
Le Grand Electeiu* voulait la Poméranie* Il y avait droit : les contrats de 1 5 2 9 et de 1 5 7 1 lui en avaient garanti l'héritage , et il se rendait compte qu'avec un port comme Stettin, il doublait poiu* son Etat les chances d'un avenir prospère et rapide. Dans un des meilleurs passages de son beau livre ^^^ M. Waddington a excellemment montré l'importance de la Poméranie pour le Grand Electeur, comme ligne de communication ^Unea ctnrespondenùœ • entre le Brandebourg et la Prusse, et conune
(*^ Pages, p. a5i et 287-390. de la célèbre théorie historique du capi-
<*) Deuttekê Gtichichte (1648-1740) , taine américain Mahan sur t la maîtrise