‹ Journal des savants (volume 2)Chapitre 44 sur 130 · p. 91 et n. 1. de la mer · texte numérisé non relu

p. 91 et n. 1. de la mer

^'^ C est une confirmation inattendne ^^^ T. I, p. 176 et suit.

LA POLITIQUE DU GRAND ÉLECTEUR. îll

Foie d'aecès à la noier. Le congrès de Westphaiie n accorda que la plus médiocre partie de Théritage convcnté : la Poméranie orientale, qui n*a pas de port utilifiaUe; la Suède garda ie reste, avec Stettin. Il est vrai que la compensation fut considérable ; Magdebourg, Halberstadt, Minden et Cammin représentaient au total pour TÉlecteur un tiers en plus des territoires qu'il revendiquait. Exclu de la mer, Firédério^uillaunie se vit dès lors obligé de suivre une politique continentale^^).

Mais il couvait son idée. La question poméranienne fut de nouveau soulevée et âprenient discutée au congrès d'Oiiva, en 1 660; sans plus de succès, d^ailieurs, qu'en 1 6^8. Puis, quand en 1 674 TÉlecteur lia partie avec la coalition contre la France, il fit d*abord campagne sur le Rhin ; mais il ne fut pas long à être convaincu quil ne tirerait aucun profit d'une gverre en coopération avec TElmpereur. Alors, brusquement, par un coup de tête, il se transporte à l'autre extrémité de TAUemagoe, et il se lance, de toutes ses forces, dans une lutte acharnée contre les Suédois. « Avec l'aide de Dieu, je chercherai ma revanche aussi longtemps que je vivrai, jusqu'à ce que je me sois libéré de leur voisinage , écrivait-il ie 20 février 1676 : derhcUbeu werde ich mich mitt der Halffe GoUes suchen so lange ich lebe za revansiren, bits ich der Naehbahrschajï 1ms werde^^. » Ce fut, comme le remarque M. Pages, « une faute politique, la plus grave du règne v. Le Grand Électeur y gagna, à Fehrbellin, le 38 juin 1 675 , la gloire militaire; mais même quand après 1 67 g U fut revenu à l'alliance française, il ne réussît pas à supplanter la Suède auprès de Louis XIV, ni à se dire donner la Poméranie occidentale en récompense de son concours. Pendant dii^ ans, de 1676 à i685, fidée poméranienne domine toute sa politique. C'est alors qu'il organise son conseil de commerce (1678-1681) et sa marine de guerre (1680 et années suivantes), qu'il crée sa compagnie coloniale d'Afrique (168a), qu'en attendant l'annexion de Stettin , il prend prétexte de difficultés en Frise orientale pour en occuper les ports ( 1 68a ) , et il n'abandonna son « grand dessein » qu'en i685, pour aider.à défi^dre le protestantisme en péril.

Une nécessité subie , un projet irréalisé , un sentiment religieux et une ambition déçue : telles ont été, par-dessous Tinfinie variété des incidents quotidiens, les quatre idées dominantes chez le Grand Electeur, ou, si l'on veut, les quatre principes de sa politique extérieiu'e. Aucun n'est spécifiquement piiissien. L'alliance avec la France na rien dori-

^'^ « Ne pouvant faire de la politique une politique de guerres et de conmaritime et coloniale, il se trouvait ré- quêtes >. (£. di., t. 1, p. a 01.) dint à une politique d'accroissement ^^ I^sg^^* p* ^63 et p. îio-iidi

territorial aux dépens de tes veîtins, k 5S5.

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ginal, non plus que la notion dun « tiers parti »; d*autres Etats que le Brandebourg ont mieux représenté en Europe la politique protestante, et Ton a vu que Tidée poméranienne a été autrichienne d'origine. Autre remarque : entre la période de jeunesse , où sont liquidées au mieux les questions du passé (i 64o-i 648), et la période de vieillesse, où s esquisse pour lavenir une politique nouvelle (i 685-i 688), — et qui toutes deux sont courtes, — les deux longues périodes où se développe à loisir la politique personnelle du Grand Electeur, — d abord en Allemagne et vers le Nord (1648-1669), puis, bon gré mal gré, dans lalliance française ( 1 669- 1 685 ) , — apparaissent comme ie recommencement exact Tune de i autre. De même que Frédéric-Guillaume a passé de la Pologne à la Suède, puis de la Suède à la Pologne, de même il a lâché la France pour la coalition , puis la coalition pour la France et la France pour la coalition , pour rentrer enfin dans laiHance française. Les procédés sont semblables. Et dans les deux cas , TElecteur a été également déçu. La paix d'Oliva ne lui rapporta d autre avantage réel que la souveraineté en Prusse, dont il avait déjà obtenu la garantie trois ans auparavant, et lalliance avec Louis XIV ne iui valut pas la Poméranie. Car il s'en faut qu'il ait été vraiment un politique heureux, sinon habile. Pourtant, c'est avec lui que l'Etat des HohenzoUern a pris conscience de ses destinées. Mais pour en comprendre la vraie nature, et par quoi il est différent des autres Etats modernes, d'où lui vient sa force, sa discipline et sa ténacité, quelle a été enfin, dans l'histoire, sa physionomie particulière, il est nécessaire de l'étudier en lui-même, dans son agencement intérieur, et non pas seulement dans ses rapports avec l'étranger.

UESPAGNE AU XVIlf SIÈCLE.

G. Desdevizes du Dézert. L'Espayne de Vancien régime : la richesse et la civilisation. 1 vol. in-8° de xxxii-/i2 2 p. Paris, Société française d'Imprimerie, igo^.

Avec ce troisième volume, M. Desdevizes du Dézert vient de terminer ia grande et laborieuse enquête qu'il a entreprise depuis vingt ans sur l'Espagne de l'ancien régime. Tous ceux qui sont familiers avec l'his-

LESPAGNE AU XVill- SIECLE. 213

toire de ce pays au xvi* siècle reconnaîtront dans ce nouveau ti^avaii un exposé approfondi de cet effort de renaissance économique et inteilectuelie que vinrent malheui-eusement interrompre les crises politiques et militaires, amenées par le mouvement de la Révolution et de TEmpire.

Les trois premiers chapitres de cet ouvrage présentent, en un tableau très nourri de faits, letat de lagriculture, de l'industrie et du commerce dans TEspagne des Boiu*bons. Le développement de la richesse y a été enrayé depuis le xvnf siècle par le gouvernement absolutiste et mégalomane des Habsbourg, aussi bien que par les vices de l'organisation sociale. À Timitation delà France, le despotisme éclairé des Bourbons cherche à ranimer les entreprises agricoles et à améliorer la production du sol. Grâce à la paix et à la sécurité qu'il maintient, la population rurale s'accroit. Quelques associations, quelques grands propriétaires introduisent de meilleures méthodes de culture. La restriction des privilèges de la Mesta arrête la dévastation des olivettes et des vignes, favorise les enclôtures et met un terme aux dévastations des troupeaux transhumants. L'Espagne, qui importait au. xvif siècle des céréales, arrive à alimenter la consommation nationale avec ses propres blés. Elle exporte ses fruits , ses vinset ses huiles, quoique l'Espagnol sache mal fabriquer et conserver ces derniers. Elle développe ses cultures industrielles : plantes tinctoriales , sparte et barille. Elle vend à l'étranger, en concurrence avec l'Angleterre, des laines renommées, et des soies grèges, comme l'Itahe. Si elle a peu de bâtes à corne et de chevaux, si elle néglige 1 élevage du porc, du moins elle est très riche en menu bétail et en mulets et possède de nombreux troupeaux de chèvres. Enfm elle continue la colonisation agricole de l'Amérique, où elle a importé les animaux domestiques et les arbres fruitiers d'Europe, et de ses colonies elle tire pour les Européens les denrées dont la vente est une source de gros bénéfices : tabacs, cafés, sucres, vanille, cochenille, jalap et salsepareille.

Toutefois le progrès est très lent et très imparfait. Le gouvernement central, dépourvu de patience et d'esprit de suite, ne parvient ni à tirer le paysan de son ignorance, ni à mener à bien l'entreprise capitale du reboisement et de l'irrigation, ni à faire réussir les colonies agricoles où il appelle des étrangers, ni à enlever les biens communaux aux mains rapaces des privilégiés, ni à enrayer l'extension de la maininorte ecclésiastique, ni k perfectionnner sérieusement les transports. L'Etat montre plus de zèle que de clairvoyance, plus de bonne volonté que d'énergie. D'ailleurs, la domination féodale et bourgeoise pèse d'un poids encore trop lourd sur les classes rurales pour qu'elles aident de leur initiative à l'action des pouvoirs publics. Si certaines provinces, comme les pays

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Basques, la Navarre, la Catalogne, Valence, où le paysan est propriétaire, censitaire, fennier h long bail, présentent l-image de lactivité et jouissent dun certain bien-être, partout àilieurs, notanunent dans les Castilles et T Andalousie, les métayers, les fermiers à court bail, les journaliers agricoles, exploités par les détenteurs du sol, virent dans la fainéantise et dans la misère. La propriété ecclésiastique, les majorats, les terres communales n ont laissé presque aucune place à la propriété paysanne. Les classes rurales, sans horizon, sans avenir, végètent c d la grâce de Diea » , suivant le proverbe espagnol , incapables de prévoyance et d attention. 11 eût fallu une série de réformes sociales profondes pour permettre une transformation sérieuse des conditions de l'économie agricole.

Les Bourbons ont trouvé aussi l'industrie espagnole expirante. En deux siècles, le militarisme, l'orgueil aristocratique, les conceptions ecclésiastiques , ont fait considérer le travail manuel comme une dérogeance et on châtiment. Le régime fiscal a achevé la ruine des ateliers. La petite industrie achève d'étouffer dans l'armature rigide des corporations [gremiûs), aussi intolérantes que les nôtres, avec leur hiérarchie, leurs épreuves, leurs règlements, leurs procès, et encore moins actives, moins ingénieuses et plus pauvres. Les Bourbons apportent à l*Espagne l'idée colbertiste; ils mettent les gremios sous la tutelle de l'Etat. Ils tentent l'expérience coûteuse et médiocre des manufactures royales. Au moyen de privilèges, de monopoles, de lettres de naturalisation, ils attirent des ouvriers et des négociants étrangers. Us autorisent l'entrée en franchise des matières premières; ils facilitent le transit Ils protègent les industries nationales au moyen de tarifs prohibitifs. Us encouragent, par des primes , la production. Ainsi se propage une renaissance industrielle dont l'importance est bien supérieure à celle du lent réveil de l'agriculture. Avec ses mines des Indes, l'Espagne détient le marché des métaux précieux (argent et or); elle exploite avec quelque succès ses mines de la péninsule ibérique qui fournissent des métaux communs : fer, cuivre, plomb, étain, cobalt, mercure. Ses usines de produits chimiques, bornées à la production de quelques matières tinctoriales, de la soude, du savon et du salpêtre, ne peuvent être comparées à ceUes de France et surtout d'Angleterre. Mais elle a donné une impulsion très active à ses fabriques de draps fins de Guadalajara et de Ségovie , à ses ateliers de Catalogne, de Gialioe, de CastîUe (Tolède et Takvera), de Murcie, d*Andar iousie (SériUe), où l'on s'applique à fiabriquer les cotonnades, les toiles, les soieries , les tapisseries. EUe réussit ^[âlonent dans la £d)rication de la verrerie, de la céramique, de l'orfèvrerie. Elle a d'importantes fabri-

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