L'ESPAGNE AU XVIIP SIÈCLE
(les novateurs, iVose prendre son essor, en présence de Varsenal des \ieiUes lois qu'on n'a point abrogées, et des menaces de la censure royale et ecclésiastique, dont les prérogatives restent debout. Pour les mêmes raisons, la littérature n'ose aborder les grands sujets. Sous Imfluence des Bourbons, sous l'action de {'Académie espagnole de langue ( 1 7 1 3 ) et des Sociétés littéraires [TertaUas), elle s'attache d'abord à se défaire du style extravagant du caltisme et s'inspire de l'art classique des anciens et des Français du xvn* siècle. La langue s'épure. A l'œuvre des grammairiens et dos lexicographes succède celle de la critique littéraire. Puis une littérature, rarement originale, mais correcle, fine, spirituelle el élégante, prépare la renaissance du xix' siècle. Les Quintana, les Moratin, les Samaniego, les Iriarte, les Islq ouvrent la voie aux leltrés de la belle période qui s'est déroulée de 1 83o a 1 900. Déjà , avec Ramon de la Cruz, lart dramatique s'est renouvelé, sous Charles III, à sa vraie source : l'observation de la vie populaire.
La même inspiration classique, d'origine antique, française et italienne , a débarrassé l'Espagne des fantaisies emphatiques et ridicules de l'ait charrigaéresqae. Mais elle lui a substitué une architecture convenue, noble et froide, suivant les principes de l'Académie des arts de San Fernando, une peinture de mytliologies et d'allégories , à la mode française des Vanloo et des Houasse, ou pire encore, académique et guindée, à la mode de l'Allemand Mengs. Des sculpteurs sans originalité remplacent les vieux imagiers qui travaillaient le bois et continuaient la tradition do la sculpture peinte. Mais le génie national s'émancipe de cette tutelle des conventions antiques venues de l'étranger. Avec un grand artiste , Goya, la ciselure , la gravure et la peinture espagnoles retrouvent l'originalité. De son côté, la musique populaire, pimpante et gaie, des zarzaelas et des tonadillas fait oublier les froids opéras italiens, auxquels les gens du monde vont étouffer leurs bâillements. Enfin la musique religieuse produit des chefs-d'œuvre dans ce pays de foi profonde, et ce sont deux grands critiques espagnols , Eximeno et Arteaga , qui formulent les théories destinées à renouveler soixante ans plus tard l'art musical.
Le tableau de cette renaissance intellectuelle clôt l'ouvrage. On y aperçoit clairement sur la plupart des points les heureux effets de l'influence française, qui stimula les intelligences, comme elle avait réveillé l'énergie et l'activité de l'Espagne. Secondé par un groupe d'hommes d'Etat et de penseurs éclairés , peu à peu le pays se réveillait de cette léthargie voisine de la mort où l'avaient plongé deux siècles de despotisme politique et' religieux. Sans doute, l'ignorance et le fanatisme du peuple, la légèreté des hautes classes, Tincohérence de l'action adminis-
IVPHIWrillC ^ATIO^AIR.
218 P. BOISSONNADE.
trative contribuaient à donner è la marche du progrès une allure timide et hésitante. Mais enfin l'impulsion était donnée. L'Espagne se hasardait en tremblant à suivre le grand courant de la civilisation occidentale, lorsque la longue guerre de llndépendance vint retarder le triomphe des idées modernes. C'est sans doute à ce temps d'arrêt, à cette crise de croissance , que l'auteur de Y Espagne de l'ancien régime va désormais consacrer ses recherches. Rien ne prépare mieux à en saisir les causes profondes et le caractère passager que l'enquête à laquelle M. Desdevises s'est livré avec succès.
P. BOISSONNADE.
Th. MoMMSBN et P.-M. Mbyer. Theodosiani tibriXVIcam constitmtiùnihas Sirmondianis et Uges novellas ad Theodosianum pertinentes, Y<J. II. — Berlin, Weidmaim,
Jai signalé Tan dernier (p. 277 et suiv.) Tapparition du premier Yolnme de cette nouvelle édition du code Théodosîen. Le tome deuxième contient les Novettes, On sait que , en même temps qu'il décidait la réunion , en un seul tout , des lois parues à partir de Constantin, Théodose décida aussi que les lois ultérieures, rendues désormais par un seul des deux empereurs d'Orient ou d'Occident, seraient communiquées par lui à son collègue pour être appliquées, si celui-ci le voulait, dans ses Etats. Ce sont ces nouvelles lois ou NoveUes, du moins celles d'entre elles qui étaient appliquées en Occident (jusqu'à la mort d'Anthémius), qui composent le volume paru récemment. Je n'ai rien à ajouter à ce cpie j'ai déjà dit antérieurement au sujet de l'appareil critique, de l'établissement du texte et des dissertations préliminaires : ce sont des modèles du genre. R. C.
WiLHELM ScHULZE. Zur Gesckichte lateinischer Eigennamen. In-d*"- — Berlin , Weidmann, igo4.
Dans ce travail d'une grosseur inquiétante au premier abord (il remplit 65o pages), qui est, en tout cas, considérable par l'abondance des documents cités et des rapprochements et ibiis comme par l'érudition linguisticpie que leur mise en œuvre a nécessitée, M. Schulze a étudié les noms de famille romains (gentilicia), leur formation , leur origine. Il commence par ceux qui sont de date relativement récente et que Grent adopter et créer, par analogie , les besoins des citoyens nouvellement éclos à la vie romaine dans les différentes provinces de l'Empire : noms celtiques en acas et anas, noms espagnols en icus, noms formés de celui du père (Tittania Tittonis filia) ou de racines étrangères (IddibiUius, issu du punique Iddibal), Le terrain ainsi déblayé, — car je suppose que c'est pour déblayer le terrain que l'auteor a parlé de ces gentilices récents et de ces singularités onomastiques avant d'entrer dans son sujet, — il s'attaque aux gentilices d'origine étrusque en na, ienus, ennias, inias, innius, onias, torias, tronius, etc. Je note, en passant, que c'est dans cette ca-
tégorie qu*il range le gentilice étrange : Verres, Ce chapitre forme la partie da livre la plus développée ; elle contient 4oo pages et est pleine de remarques instructive5. À chaque pas M . Schuhse a dû se reporter à l'étrusque , k ses racines , à ses particularités grammaticales. Viennent ensuite les gentilices latins, noms à consonne redoublée (AccUu, Ennius, Cassias); noms en eias, idias, edias, iolenus, etc.; noms théophores en cias (Marcias), en inius (Cerrinius), en iivifis [Pacavias),
A la fin de ce chapitre relatif aux gentilices latins, M. Schulze consacre un paragraphe à Tétude des variations des dénominations romaines. Il montre que le prénom constitue originairement le nom individuel des personnages; le nom geniuice n*est né que postérieurement, étant d'abord un adjectif attribut du prénom; mais dans la suite il devient le nom principal et le prénom n'est plus alors qu un signe auquel se reconnaissent les individualités d'une même famille. Puis apparaît le surnom qui, ajouté au prénom, précise encore plus la personnalité, surtout dans le langage officiel — car les tria nomma sont presque inconnus h la langue courante et aux auteurs. Enfin, dans une dernière période, le surnom tend à effacer le prénom, cpi perd chacpie jour plus de terrain à Vépoque impériale.
Le dernier chapitre traite des gentilices tirés de noms géographiques (Hispanias; Atinas, à Alina) ou semblables à ces noms mêmes (Alsiiun [ville] et Alsias; Antiam [ville] et Aniius),
Des tables très détaillées permettent de se reconnaître dans cet immense labyrinthe : table des gentilices latins (io pages de i colonnes chacune), table des mots étrusques, table des mots vénétes, table des mots messapiens, table des mots grecs. En somme , œuvre importante , à peu près purement phdologique , mais dont il sera possible de tirer des renseignements pour l'histoire des familles romaines en Italie et dans les différentes parties du monde romain. R. Gagnât.
Lbopold Karl Gcetk. Kirchewrecktliche and KmUargeschichtliche Denkmàkr Altrusslands, nehst Geschichte des rassischen Kirchenrechts. i vol. in- 8". — Stuttgart,
Cet ouvrage fait partie d'une série de travaux relatifs à l'histoire du droit ecdésiastique (KirchenrechtHche Abhandlungen) publiés sous la direction de M. Ulrich Stutz, professeur à TUniveraité de Bonn. J*ai déjà présenté à nos lecteurs M. le professeur L.-K. Gcetz. (Voir Journal des Savants , 1906, p. 70.)
Tout en faisant valoir sa rare érudition et les g< ands services qu*il rendait non seulement à l'Allemagne, mais à tous les érudits occidentaux qui ne peuvent aborder les anciens textes russes dans l'original, j'ai fait quelques réserves sur sa manière de travailler. Je retrouve les mêmes cpialités et les mêmes défauts dans le présent volume. 11 semble que M. Gœtz écrive non pas pour les lettrés d'Allemagne et d'ailleurs désireux de s'instruire à son école , mais pour un séminaire de huit ou dix élèves, capables de consulter et de discuter dans l'original les textes difficiles
Îu'il interprète. On peut procéder ainsi quand il s^agit de grec ou de latin , c'est-àire de langues qui ont dans les deux mondes une large clientèle, mais quand il s'agit d'une langue qui , de l'aveu même de M. Gœtz, est très peu connue en Allemagne , — et ailleurs , ajouterai-je , — il faut , je crois , procéder autrement et réduire au minimum l'appareil (férudîtion.
Le livre de m, Gœtz semble plutôt fait pour les Russes qui savent l'allemand que pour les Allemands qui ne savent pas le russe. M. Gœtz interprète les textes russes, c'est fort bien , et sa traduction est fort utile et très consciencieusement étudiée « mais il ne traduit aucune des indicaiioos bibliographiques auxquelles il se réière , et
devant ces notes si copieuses, et à certain point de vue si utiles, Timmense majorité des lecteurs ne pourra que .s'écrier : Rassicum est, non legitar.
L'ouvrage actuel fait partie d'un ensemble d'études que l'auteur entend consacrer à la Russie kiévienne; il continue celui que M. GoRtz nous a déjà donné sur la vie religieuse au monastère des Cryptes de Kiev, il se divise en deux parties.
Dans la première, l'auteur traduit un fragment du grand ouvrage ae feu Pavlov, Cours d'histoire ecclésiastique, sur l'histoire du droit ecclésiastique en hussie. Alexis Stepanovitch Pavlov, né en i83q, mort en 1898, fut un des canonistes russes les
{>lus érudits. H avait été professeur aux Académies de Kazan et d'Odessa et il a aissé de nombreux ouvrages, qui jouissent chez les Slaves orthodoxes d'une légitime autorite. M. Gœtz rend un véritable service en mettant quelques fragments d'un de ses travaux les plus importants n la portée des savants de l'Occident ^*^
Dans la seconde partie de l'ouvrage, il traduit et inteqirète quelques documents relatifs à l'histoire ecclésiastique de l'ancienne Russie : r Les réponses canoniques du métropolitain Jean 11 (1080-1089); s)° Les cpiestions du moine Kirik et les réponses qui furent faites par l'évéque Niphon de Novgorod et d'autres prélats (1 136- 1 1 56 ). Les commentaires qui précèdent ou accompagnent ces traductions révèlent une profonde connaissance de l'histoire religieuse du monde byzantin. Le volume se termine par la traduction d'une homélie de l'évéque Elie de Novgorod (xii* siècle). Tous ces textes sont fort difBciles et il faut savoir gré à M. Gœtz de la peine cpi'il s'est donnée pour les interpréter, de l'érudition avec laquelle il les a commentés. Le volume se termine par un double index russe et alit^mand. Pour l'immense majorité des profanes, l'ouvrage sera assurément d'une lecture très difficile, mais il est précieux à consulter. Souhaitons qu'après nous avoir fait pénétrer dans l'atelier où il prépare ses matériaux , M. Gœtz nous donne un jour sur l'histoire de l'Eglise russe un bon livre, bien lisible, capable de remplacer le manuel de Philarète qui est un peu vieilli , mais auquel , jusqu'ici , ceux qui ignorent le russe doivent nécessairement recourir. L. Léger.
I. B. SopiNO. Les Deux Lippi, traduit de l'italien par M. J. de Crozals. 1 vol. in-8*. — Florence, Alinari frères, 1904.
Sous une forme réduite et un aspect élégant, l'ouvrage de M. Supino, consacré aux Lippi, est une monographie bien informée de ces deux peintres florentins qui exercèrent sur leurs contemporains une si décisive influence. La vie de Filippo Lippi, son enfance au couvent du Carminé, ses rapports avec Masaccio et Masolino, ses aventures , son existence agitée , incertaine et souvent misérable , ses relations avec les Médicis, qui lui témoignèrent toujours une sollicitude bienveillante, sont racontés ici avec un charme très réel et une connaissance très complète des plus récentes découvertes faites dans les archives florentines, familières à M. Supino. Son
^^) Il a paru depuis quelques aimées en Allemagne un certain nombre de travaux qui peuvent rendre des services analogues à ceux de M. Gœtz et auxquels il se n'fère d'ailleurs. Je citerai notamment : Mitrovits, Momocanon dêr Slavischen morgendlœndischen Kirche (Leipzig, 1898]. Pessic, Dos Kirchenreckt aer morgenlœndischen Kirche fCzemowitz, 1897). Maltsev, Die 5a^mente der orthodox-katholisehen Kirche des
Morgenlandes (deutsch und siawisch. Berlin, 1898).
Parmi les travaux antérieurs, on peut encore citer Geschichte der Kirche Russtands von Philaret ûbersetzt von D' Blumenthal (2 vol. Francfort -sur- le -Mein. 187 a). Pelesz, Geschichte der Union der Russischen Kirche mit Rom (Vienne, 1878). Ce dernier ouvrage est écrit au point de vue catholique.
œuvre peint est analysé, étudié, décrit avec une appréciation très juste de sa valeur propre et de son importance dans le mouvement artistique contemporain. Continuant la voie tracée par Masaccio et Masoiino , Filippo substitue sans heurt . par une observation plus juste de la nature, une compréhension plus haute et plus large des représentations sacrées, le type humain, avec Texpression exacte de ses passions, de ses félicités ou de ses douleurs, au type divin dans son impassible et surnaturelle sérénité. Il nous dit, comme jamais jusqu'alors on n*avait su Texprimer, la joie toute maternelle et intime de la Madone dans ses tableaux de la Nativité , ses tortures lors de Tensevelissement de son Fils. Ce sont bien les passions humaines qui agitent ces personnages divins, auxquels il donne même souvent des traits individuels. Son réalisme sait éviter la bassesse et la grossièreté par un sentiment très personnel d'élégance et de beauté. À son atelier ou à son exemple se formèrent les plus illustres peintres de la génération suivante : Fra Diamante, Botticelii , D. Ghirlandajo, Mainardi , Filippino Lippi.
L'étude de la vie, du caractère et de Tœuvre de Filippino Lippi n'est pas moins pénétrante. Filippino connut peu son père; mais il retrouva son enseignement, sa méthode et son influence dans les conseils de Fra Diamante, collaborateur fidèle de Filippo pendant la dernière partie de sa vie. À vingt-trois ans, Filippino Lippi était de taille à tenter une épreuve redoutable. H fut chargé de terminer la décoration de la chapelle Brancacci à Florence, laissée inachevée par Masaccio, et sortit à son honneur de Tentreprise. Dans cette première œuvre, il montre sa nature souple , élégante , habile et curieuse , qui devait Tentrainer plus tard à une recherche passionnée de nouveau et de mouvement , qui donne dans ses dernières peintures , celle de la chapelle Strozzi à Santa Maria Novella par exemple, et à ses tableaux contemporains, des attitudes violentes, des positions maniérées, des gestes exagérés que la noble grandeur, la forte simplicité de ses premières productions ne laissait pas entrevoir. M. Supino nous montre la lente évolution de cet artiste, que Ton peut suivre facilement par la judicieuse illustration de l'ouvrage.
La forme imposée à l'auteur ne lui a pas permis de faire suivre son texte du catalogue des tableaux, peintures murales et aessins des deux maîtres, dont il nous avait si heureusement retracé la carrière, de notes bibliographicpies , de répertoires, de cette documentation scientifique, en un mot, si nécessaire aujourd'hui à tout travail historique sérieux. C*est là une lacune regrettable qui ne permet de considérer le livre ae M. Supino, élégamment traduit par M. de Crozals, que comme une tentative heureuse de vulgarisation artistique. À ce titre, il mérite d*étre recommandé ; c'est un auxiliaire nécessaire et sûr pour tons ceux qu'attire et que retient le charme pénétrant de la Renaissance florentine et qui veulent en pénétrer l'histoire pour en mieux saisir la beauté. Jean Guiffrey.
Georges Cirot. Etades sar Ikistoriographie espagnole, Mariana historien, i vol. in-8*. — Bordeaux, Feret; Paris, Fontemoing, 1904.
xNé en i535, entré à dix-huit ans dans la Compagnie de Jésus, le P. Mariana revenait, dès 1 674, se retirer dans la maison professe de Tolède, épuisé par le double labeur de son enseignement et de sa prédication à Rome , à Lorette , en Sicile et à Paris. De santé trop ébranlée pour reprendre jamais la vie active de l'apostolat , l'éminent jésuite allait consacrer à l'émaition les cinquante années de retraite que lui réservait sa longue existence. Il se donna avec passion aux travaux les plus divers , passant de l'exégèse sacrée et de la critique historique aux investigations archéologiques les plus ardues , dans son traité De ponderiotu et mensuris par exemple ; pu-
bliant des textes anciens» abordant des thèses politiques à la Machiavel dans son De rege et insiitatione régis, qui scandalisa si fort l'Université et le Pariement de Paris; assez attentif cependant aux choses de son siècle et d'esprit assez libre pour s'attirer un procès de lèse<majesté par son De monetee miUatione en même temps qu'une dénonciation devant le Saint-OfBce à propos de certains passages de ses Tractatus septem. Ces occupations, semble-t-tl, auraient pu largement remplir les heures d'une vie studieuse. Elles lui laissèrent encore le loisir d'écrire cette Histoire d'Espagne qui est son œuvre capitale et à l'examen de laquelle M. G. Cirot a consacré la majeure partie de son travail, après nous avoir donné au préalable une curieuse biographie de l'auteur.
Les vingtrcinq premiers livres de ÏHistoria de Rébus Hispaiiiae, en latin, parurent à Tolède en iSga et l'ouvrage complet, en trente livres, fut édité pour la première fois à Mayence , en 1 6o5 , également en latin. Très maitre de cette langue , l'écrivant usuellement, avec la plus élégante pureté, Mariana avait d'abord rédigé son oeuvre dans l'idiome universellement adopté par les érudits. Son principal dessein était, en effet, de faire connaître aux étrangers l'histoire trop ignorée de son pays. Au moment où l'Espagne jouait un des premiers rôles sur la scène politique , il avait voidn rechercher et mettre au jour ses titres de noblesse et montrer que ses foires passées n'étaient pas inégales à sa grandeur présente. Mais en Espagne le latin était peu compris. Le livre, coûteux et d'un abord difficile au grand nombre, se vendait mal. Mariana le traduisit en castillan , ou bien le fit traduire , en revisant de près la besogne anonyme exécutée par un ou plusieurs collaborateurs de bonne volonté. Si cette dernière hypothèse est exacte, il faut supposer que la revision de Mariana fut bien rigoureuse ; son style , simple , condensé , très analytique , avec une certaine affectation d'archaïsme , porte en effet les marques d'un goût personnel si caractérisé qu'après avoir cru d'abord devoir admettre le renseignement de Tamayo de Vargas relatif n l'assistance d'un ou plusieurs traducteurs, M. Cirot parait visiblement hésitant et déconcerté , une fois arrivé au bout de l'étude très consciencieuse qu'il consacre au style de son auteur. Il y a là un problème que les documents actuellement connus ne permettent pas d'élucider.
La valeur scientifique de l'ouvrage de Mariana a été très discutée de tout lemps* et, dès son apparition, son histoire fut attaquée violemment parle connétable de Castille, D. Juan Fernéndez de Velasco, et un polémiste à sa dévotion, Pedro Mantuano. M. Cirot nous semble avoir remis fort heureusement les choses au point. Sans doute Mariana a surtout conçu l'histoire à la façon de Tite-Live , et , sans trop sacrifier au goût des morceaux de bravoure , il n'a pas su , par exemple , se débarrasser du procédé des discours. De même il s'est plus attaché au récit des faits , à ce que l'on appelle aujourd'hui l'histoire externe, qu'au détail des mœurs, des institutions, de la vie sociale. On peut le regi^tter, mais il ne faisait en somme que suivre les habitudes des historiens de son temps et de leurs modèles antiques. Où l'on a. été vraiment injuste envers Mariana, c'est lorsqu'on l'a taxé de crédulité aveugle et accusé de répéter, sans même essayer de les contrôler, les chronicpieurs et les historiens ses prédécesseurs. La crédulité de Mariana est fort relative. Lui-même a dit : «Je transcris plus de choses que je n'en crois. • 11 ne mancpiait donc pas d'esprit critique , mais il lui eût été impossible d'écrire une histoire d'Elspagne en passant an crible tous les dires des chroniques, voire même en se bornant à s'assurer simplement de l'authenticité de certaines. Le terrain n'était pas assez déblayé et aujourd'hui encore la vie la plus laborieuse n'y suffirait point. Soucieux avant tout de mener son œuvre à bonne fin , Mariana a donc , loyalement , déclaré qu'il ne prétendait pas
faire de critique, ce qui ne Ta pas empêché, pins loyalement encore, den faire au
Sissage, chaque fois qu*ill*a pu, soit en marquant teUe ou telle légende d'un doute scret, soit en examinant de près un document suspect lorsquii s'est trouvé en mesure de le vérifier, auquel cas il a montré en générai une très réelle perspicacité. Nous n'avons pu donner ici qu'un bref aperçu des idées principales développées dans le livre copieux de M. G. Cirot. Déjà très préparé à ce travail par ses recherches sur les histoires générales d'Espagne entre Alphonse X et Philippe 11 , M. Cirot n'a négligé aucune source d'information et ne s'est dérobé devant aucun des problèmes qui se sont offerts à lui. 11 n'a même pas reculé devant une discussion , un peu austère , des libelles écrits par les adversaires de Mariana , et il a minutieusement étudié l'œuvre de Térudit jésuite, tant au point de vue du style et de la composition qu'à celui des sources. C'est, nous semble-t-il, un chapitre sohde qui s'ajoute à ia critique historique aussi bien qu'à l'histoire littéraire de l'Elspagne.
H. Léonardon.
E. Pilastre. Abrégé du joartud ia marquis de Dangeau, In-S*". — Paris, Firmin- Didot etC^ s. d.[i9o5].
On ne lit guère les dix-neuf volumes des Mémoires de Dangeau, mais on peut les consulter avec profit. Ces mémoires, qui ont été commentés par Saint-Simon, ont été rédigés au jour le jour par un témoin attentif, sans doute très optimiste , mais dont les notes constituent ae précieux documents pour la seconde partie du règne de Louis XIV et pour la Régence. Aussi M. Pilastre a-t-il eu l'idée d'en prendre la quintessence, de la condenser dans un volume de 217 pages et de faire ainsi connaître l'œuvre du marquis de Dangeau au grand public. 11 en a groupé les principaux faits dans un cadre méthodique, les a fait précéder d'une biographie de l'auteur, les a accompagnés de sobres commentaires et les a fait suivre d'un index alphabétique. Cette utile publication est illustrée de plusieurs reproductions par l'héliogravure , parmi lesquelles nous signalerons celle d'un portrait de la marquise de Dangeau, d'après une gravure du temps. A. B.
Catalogue de la Bibliothèque de l'Université de Paris (Sorbonne), I. Périodiques et collections diverses. 1 broch. in-8°. — Paris, librairie Klincksieck, 1906.
La conservation de collections multiples et complètes de périodiques est l'un des principaux services que rendent les grandes bibliothèques publiques. Si un savant peut espérer posséder les unités principales concernant la discipline qu'il cultive, combien peu disposent de locaux suffisants pour avoir sous la main les Abhandlungen. Annales, Archives, Bolleitini ou Mémoires dont ils ont besoin. C'est donc aux bibliothèques publiques qu'incombe particulièrement le devoir de mettre cette catégorie d'ouvrages à la disposition des travailleurs.
Mais leur communication aux lecteurs n'est pas toujours exempte de difficultés. Dans leur existence il survient parfois des crises. Un périodique peut changer de dimension ; publié d'abord dans le format in-octavo , il peut l'être ensuite dans le format in-quarto ou réciproquement. Il figure alors dans le catalogue de la bibliothèque sous deux cotes différentes.
Il peut aussi changer de nom. L'organe de la Société royale de géographie de Londres a , depuis 1 85 1 , porté les titres de The Journal of tke Royal geographical Society, de Proceedings of the Royal geographical Society et de The geographical Journal
Un périodique peut encore se dédoubler. Des Annales de la Faculté des Lettres de
Bovdeaax et des Unicei^silés du Midi sont sortis ia Revue des études anciennes, le Bulletin italien et le Bulletin hispanique. U peut enfin attirer à loi des périodiques similaires. La Revue d'anthropologie a absorbé la Revue d'ethnographie ainsi que les Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l'homme et parait maintenant sous le titre de L* Anthropologie.
La question des périodiques étant l'une des plus épineuses qui se présentent en bibliothéconomie , on ne saurait trop se louer de la publication de catalogues semblables à celui que M. Emile Châtelain et ses collaborateurs viennent de dresser pour la Bibliothèque de l'Université de Paris.
Dans ce catalogue , chaque périodique a été répertorié au premier mot du titre : c'est la meilleure méthode. Toute autre , et notamment celle qui consiste à vouloir mettre en relief le terme que Ton estime le plus important, doit être écartée : Tapprédation pei*sonnelle du bibliothécaire y a trop de part. C'est donc, par exemple, au mot Comptes rendus et non au mol Académie que l'on trouvera les Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des Sciences. Cette règle n'a sulii d'exception que dans le cas où le premier mot est un article : The numismatic Chronicle , par exemple, devra être cherchée à Numùmatic [The) Chronicle.
Au titre reproduit intégralement succèdent les numéros des tomes, les dates et lieux de publication , le format et la cote. Les rédacteurs ont eu soin , et il faut les en féliciter, de mentionner les tables générales quand les directeurs du périodique en question ont été assez heureusement inspirés pour en faire dresser.
La seconde partie du catalogue contient un répertoire des grandes collections diverses dont les fascicules ne paraissent pas avec une périodicité régulière, comme c'est le cas pour la Bibliothèque de l'Ecole des Hautes Etudes et la Bibliothèque des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome.
Ce catalogue sera, on le voit par ces détails succincts, d'un usage quotidien aux érudits et aux étudiants qui fréquentent la Bibliothèque de l'Université. 11 constitue en outre pour tous les travailleurs un manuel commode de référence.
L'Univei*sité d'Aberdeen (Ecosse) a invité l'Institut de France à se faire représenter aux fêles du quatrième centenaire de sa fondation, qui auront lieu en septembre
— L'Institut a tenu le mercredi à avril sa première Séance trimestrielle sous la présidence de M. Emile Gebhart.
Le prix triennal Osiris de ^ 00,000 francs a été attribué à M. Albert Sorel, membre de l'Académie française et de l'Académie des Sciences morales et politiques, auteur de L* Europe et la Révolution française , ouvrage dont le huitième et dernier volume a paru en 190^-
Après avoir entendu le rapport de M. Henri Poincaré, l'Institut a voté sur les arrérages de la fondation Debrousse les crédits suivants :
10,000 francs à M. Deslandres pour l'achat d'instruments nécessaires à l'étude du Soleil;
10,000 francs à l'Académie des Sciences et à l'Académie des Sciences morales et
politiques poar la continuation des travaux relatifs à rétablissement du catalogue des œuvres de Leibniz ;
5,000 francs à rAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres pour la reproduction des miniatures de Foucquet illustrant les Antiquités juives de Joséphe;
1 ,000 francs k TAcadémie des Beaux-Arts pour la publication des restaurations de monuments antiques par les membrei* de T Académie de France à Rome;
4 «000 francs à T Académie des Beaux- Arts pour permettre h M. Bigot de continuer ses fouilles au Circus Maximus à Rome, et À M. Prost ses études sur Sainte- Sophie de Constantinople.
Llnstitut a accepté un lecs de lettres de Balzac fait par M. de Pommereu à la Bibliothèque du Musée Coudé.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES
Communications. 5 mars, M. Héron de Villefosse communique le texte d'une inscription latine découverte à Carthage par le P. Delaitre, et qui parait être une dédicace adressée à Bacchus par les marchands de vin en gros de la ville.
— M. Héron de Villefosse communique, au nom du P. Jalabert, le texte d'une nouvelle inscription latine donnant ensemble les noms des trois membres de la triade héliopoli taine. Cette inscription a été trouvée à Choueifat, village druse, situé au sua de Beyrouth , sur la route de Saïda. Les trois divinités nommées sont Jupiter, Vénus et Mercure. Dans le Jupiter et la Vénus d*Héliopolis on s'accorde à reconnaître les dieux Hadad et Atargatis; il est beaucoup plus difficile de déterminer la personnalité divine qui recouvre le nom de Mercure , d'autant plus que jusqu'à présent aucune sculpture ne nous a fait connaître la façon dont les Syriens représentaient le Mercure héliopoli îain.
— M. H. Omont signale à l'attention de l'Académie un manuscrit nouvellement acquis par la Bibliothèque nationale et qui contient un traité inédit de Jean d'Ar> gilly, cnanoine de Saint-Etienne de Dijon; c'est la première fois que le nom de Jean d'Argilly apparaît dans l'histoire littéraire du xii* siècle.
— M. Auguste Coulon présente quelques spécimens de moulages de sceaux pris dans les Archives de la Côte-d'Or. Ce sont par exemple les sceaux d'Othon IV, comte de Bourgogne (1286); de Jean de Chalon, évéque de Langres (i33i); d'Héluise, sœur ae Joinville, i'Mstorien de saint Louis (laôg): d'autres représentent la ville de Vienne, le martyre de saint Léger, la légende de saint Andoche. Pour beaucoup. Tin térét artistique s'ajoute à l'intérêt historique. Les sceaux offrent à l'archéologie un instrument de critique de grande valeur, puisqu'ils ont une date authentique, une origine certaine et une localité précise. Mais leur fragilité les condamnant à une disparition inévitable, il est nécessaire d'en prendre des moulages.
— M. Foucart donne lecture d'un mémoire sur Didymos.
9 mars, M. Philippe Berger communique à l'Académie, de la part de M. Merlin, directeur des antiquités en Tunisie , une inscription néo-punique , trouvée dans les ruines de Ziane, par M. le lieutenant de Pontbriand. Comme on a trouvé au même endroit une inscription latine dédiée à la Cœlesiis, il semble qu'un temple se soit élevé jadis sur cet emplacement.
16 mars, M. Philippe Berger présente de la part du D' Carton un chaton de bague en or représentant une Athèna casquée, vue de trois quarts. Le casque est
SAVASTS. 3o
mrftmciiiK «ârio^Ai.r.
226 CHRONIQUE DE LWSTITBT.
•urnlonté d'un cimier et porte des deux côtés deux garde-joues. Au-dessous on remarque une sorte de treillis dans lequel il faut peut-être reconnaître des boucles de cheveux. £n haut, à droite et à gauche de la tête , on lit les deux lettres puniques alefei tâf. M. Berger propose de voir dans ces deux lettres Tabréviation d'un nom propre et de lire soit C/ini/iui/ Astoret, nom de femme assex fréquent à Carthase, soit
Cêtre Ummat Tanit, « la mère Tanit ». Ce serait alors le nom propre de la divinité ée sur le chaton et nous aurions là un nouvel exemple de Tidentification d'Athéna avec la déesse Tanit à Carthage.
— M. Foucart lit une note de M. Naville , relative à une chapelle de la déesse Hathor, découverte par ce savant le 7 février 1906 à Deir-el-Bahari. Cette chapelle est creusée dans le rocher, sur une proi'ondeur de quatre mètres. La porte n'existait plus, mais Tintérieur était intact. Des bas-reliefs peints, dont les couleurs ont conservé tout leur éclat , représentent des actes du culte accompli par Thoutmès III et les membres de sa famiÛe. La déesse à laquelle la chapelle était consacrée est figurée en forme de vache de grandeur naturelle. Entre les cornes est un disque lunaire surmonté de deux plumes; de chaque côté du cou une gerbe de plantes aquatiques. Ellle allaite un jeune garçon qui est évidemment Araénophis II , le fils de Thoutmès III ; son cartouche est gravé sur le cou de la vache. Le même roi est représenté adidte sous le mufle de l'animal.
23 mars. M. le Minisire de l'Instruction publique communique k l'Académie une lettre de M. de Morgan, directeur des fouilles de Perse, en date du 1 5 janvier 1906, annonçant la découverte : 1 " d'une cuve de bronze de l'époque achéménide , renfermant un squelette et deux peignes sculptés et incrustés d'or ; a* d'une énorme stèle de grès , couverte sur ses deux faces d'une longue inscription anzanite en deux colonnes.
— M. Pottier lit un mémoire de M. P. Paris sur le trésor de Javea (Espagne), qui se compose d'un bandeau de colliers et de pendeloques d'or. M. Paris suppose que ces bijoux sont l'œuvre d'artistes grecs, imitant des modèles indigènes.
— M. Clermont -G anneau étudie un fragment d'inscription bilingue, grecque et nabatéenne, qui vient d'être découverte d'une façon bien inattendue à Milet et publiée par MM. Wiegand et Mordtinann dans les Sitzungsberichte de l'Académie des Sciences de Berlin (1906, p. a6o), malheureusement sans reproduction figurée. Il criti(|ue la lecture et l'interprétation proposées par M. Mordtmann et pense qu'il s'agit en réalité d'une dédicace faite au Zeus Dusarès , le grand dieu national des Nabatéens , pour le salut d'un roi Obodas , par l'épitrophe ou premier ministre de celui ci, portant en cette qualité le titre officiel de frère du roi. Le nom mutilé et douteux du personnage doit peut-être se lire Choullai, Le document s'édairerait ainsi d'une vive lumière, car nous aurions alors affaire au fameux Sylîœas^ épitrophe d'Obodas II (a 5-9 av. J. C], l'ennemi acharné d'Hérode, qui s'était rendu à Rome pour plaider sa cause auprès d'Auguste. Il avait pu toucher k Milet et y élever un monument votif pour le succès de sa mission, acte de piété qui d'ailleurs ne lui réussit guère, car il fut condamné à mort par l'empereur, sur le réquisitoire de Nicolas de Damas.
30 mars, M. Senart présente àl'Académie quelques spécimens des plans et photographies rapportés par M. Dufour, relatifs à ses travaux d'exploration du Bayon d'Ani(kor, qu'il a exécutés en 1904 avec des subventions de l'Académie et l'aide de l'École française d'Extrême-Orient. La connaissance exacte et complète du monu-
ment reoonira pour le plus important spécimen de i*art khmer est d'un intérêt inestimable pour Tarchéoiogie orientale.
-* M. Philippe Berger communique à T Académie une inscription découverte par le P. Delattre. Cette inscription , tracée en caractères très fins sur le rebord d*une corniche en pierre, esl la dédicace dun autel au dieu Sadrafa, dans lequel M. Clermont-Ganneau a reconnu le dieu Sadrapès des monuments syriaques et grecs. L'inscription se termine par la date, indiquée comme d'habitude par les noms des deux suffetes éponymes Adonibaal et Adooibaal fils de Bomilcar.
— M. l'abbé J.-B Chabot lit une note sur une mosaïque découverte à Ëdesse en igoi. Cette mosaïque, qui décorait un tombeau, date de la fin du m* siècle. Elle représente le propriétaire du tombeau et cinq autres personnages de sa famille. E^le est accompagnée d'inscriptions syriaques^ qui présentent un certain intérêt pour l'onomastique araméenne et pour l'histoire de l'écriture syriaque.
— M. Héron de ViUefosse communique, au nom du P. Delattre. un texte trouvé récemment entre la Goulette et Hadès, sur le bord du lac de Tunis, à la Saline « la Princesse » et concernant un tarif établi pour le passage d'un bac C'est un genre de document peu commun et qui oflre un véritable intérêt. La monnaie indiquée dans le tarif par Tabréviation F L* parait être \efollis, petite monnaie de bronze en usage dès le m* siècle de notre ère , mais surtout très répandue depuis Constantin et dont le nom revient plusieurs fois dans les textes relatifs à l'Afrique. Le tarif de passage était ainsi fixé : un cavalier devait payer i folles; un piéton, i; un mulet charge accompagné de son muletier, à ; un mulet non chargé , 3 ; un chameau chargé accompagné de son chamefier, 5 ; un chameau non chargé , 3.
— M. Héron de ViUefosse communique, de la part du D* Carton, l'empreinte d'un plomb de bulle recueilli à Carthage, et qui porte le nom de Fortunias, évêque de Carthage au milieu du vu* siècle, ainsi que la mention prima regio. Tune des régions entre lesquelles l'église de Carthage était divisée.
Prix da Budget de 1906 ( a,ooo francs). Question proposée : «Etudier une période de Thistoire ancienne du Japon. » Le prix n'est pas décerné. Un encouragement de 5oo francs est accordé au seul mémoire présenté au concours et intitulé : Shotoka Taishi et son époque.
Le prix Fould (5,ooo francs) est attribué à M. Henri Lechat pour ses ouvrages Aa musée de l'Acropole d'Athènes et La Sculpture attique avant Phidias.
— M. Albertini est présenté comme lauréaMe la médaille que décerne chaque année la Société centrale des architectes.
— M. Joret a été délégué comme représentant de l'Académie au Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques qui tiendra sa XITl* session à Monaco du i6 au a a avril 1906.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Présentations. L'Académie a présenté à M. le Ministre de l'Instruction publique : 1* le 19 mars, pour la chaire de xoologie (mammifèm et oiseaux) vacante an Muséum d'histoire naturelle par suite du décès de M. Oustalet, en première ligne, M. Guillaume Grandidier; en deuxième ligne, M. Trouessart; a* le 26 mars, pour la chaire de boftanique (classification et familles naturelles des phanérogames) va-
cante au Muséum par suite de la retraite de M. Bureau, en première ligne, M. Henri Lecomte; en deuxième ligne, M. Leclerc du Sablon.
— MM. Simon Newcomb et Agassiz, associés étrangers, sont désignés par TAcademie pour la représenter à la célébration du second centenaire de la naissance de Franklin.
ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS
Le d mars 1 906 , le monument élevé à la mémoire de M. Falguière a été inauguré au cimetière du Père-Lachaise. L'Académie était représentée à cette cérémonie par MM. Mercié, Marqueste, de Saint- Marceaux, Injalbert, Paladilhe, Chaplain et Coutan.
— M. Fr. Flameng a donné lecture, à la séance du a4 mars, d*une notice sur la vie et les travaux de M. Bouguereau, son prédécesseur.
Dictionnaire des Beaux- Arts. La rédaction des articles Galvanoplastie » Glyptiqae, Godet, Gorgonne, Grotesque, est définitivement adoptée.
ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES
Élections. L*Académie a élu le 3i mars 1906 un membre titulaire dans la Section. de morale en remplacement de M. Emile Boutmy, décédé. La Section présentait eu première ligne M. Anatole Leroy- Beaulieu, membre libre démissionnaire; en deuxième ligne, M. Compayré. Au premier tour de scrutin, M. Anatole Lerot- Bbaulieu a été élu par a5 suffrages. M. Compayré en a obtenu 4; bulletins blancs, 2.
— L* Académie a élu le 1 7 mars M. Bramts correspondant de la Section de morale en remplacement de M. Périn , décédé.
Communications, 3 mars. M. Bonet-Maury donne lecture d'un mémoire sur le Christianisme et l'Islamisme dans l'Afrique septentrionale,
— M. Henri Joly lit un mémoire sur la Criminalité en Belgique.
iO mars. M. Dareste lit une notice sur la vie et les travaux de M. d'Olivecrona , associé étranger de l'Académie , décédé le 2 féviîer 1 906 à Stockbolm.
Si mars. M. Lair fait une commun icatiojn sur l'élection de MM. Dumon et Delanglc et la candidature de M. Magne à l'Académie des Sciences morales et politiques. Le décret du i4 avril i855, qui avait créé à l'Académie une Section nouvelle de «politique, administration et finances» et y avait introduit d'office dix membres qu'on|surnomma les dècemvirs, y avaîMéplacé la majorité. Le parti libéral, qui «Jusquelà , y régnait en maître , lut réduit à manœuvrer piur conserver une part de son influence. Au commencement de l'année 1859, trois places étaient vacantes : l'une, dans la Section de «législation», par suite de la mort de M. Portails; les deux autres, dans la nouvelle Section de «politique, administration et finances», par suite de la mort de M. Ménard et du baron Pelet. Guizot, qui avait pris la direction des opérations , comprit que l'ancienne majorité ne pourrait plus faire élire quelquesuns ae ses candidats qu'en écartant les personnages les plus notoirement hostiles au gouvernement impérial et en acceptant quelques-uns de ceux qui lui étaient favorables. Eln conséquence , il travailla et parvint à obtenir le désistement de M. Renouard , conseiller à la Cour de cassation , qui sollicitait très vivement le siège de M. Portails, mais qui était mal vu des bonapartistes. Puis il détermina M. Laferriere à solliciter son passage de la Section administrative dans la Section de législation , et
CHRONIQUE DE LINSTITUT. 229
rAcadémie à ratifier ce changement. Enfin , pour faire accepter son ami, M. Dumon , ancien ministre des Finances et des Travaux publics dans les cabinets qu*il avait présidés, il se résigna à laisser entrer M. Deiangle, garde des Sceaux du gouvernement impérial. «Si vous et vos amis, dit-il à Troplong, voulez prendre rengagement de voter pour Dumon , mes amis et moi nous engageons à voter pour Delanoë. » Troplong accepta Taccord, et la parole donnée lut, de part et d'autre . fidèlement tenue. Dans la même séance du 5 mai*s iSSg, Dumon fut élu par aS voix et Delangle par a6.
Le pansage de M. Laferriére dans la Section de législation laissait une place libre dans la Section administrative. Sur un mot de TEImpereor, M. Magne , son ministre des Finances, se mit en campagne. Sa candidature rencontra à TAcadémie une opposition très vive, et pour la faire échouer on détermina M. Baude k donner sa démission d'académicien libre et à se présenter comme titulaire. Dans la séance du 16 avril 1859, ^' ^^gn^t vivement combattu par Cousin et par Naudet, n obtint, malgré les efforts de M. Barthe, que 10 voix et M. Baude fut, par a a voix, éln membre de la Section d'administration.
PUBLICATIONS DE L'INSTITUT
Institut de France. Académie française . Discours prononcés par M. François Coppëe et Jules Claretie à l'inauguration de la statue d'Alfred de Musset, à Paris, le 3 3 février 1906. In-4*. Paris, Firmin-Didot , 1906.
Institut de France. Académie des Beaux- Arts. Notice sur la vie et les œuvres de M. Jules Thomas, par M. Injalbert, lue dans la séance du 17 février 1906. ln-4''- Paris, Firmin-Didot, 1906.
Institut de France. Académie des Sciences morales et politiques. Notice sur la vie et les travaux de M. d'Olivecrona , par M. Dareste, lue dans la séance du 10 mars 1906, in-4*. Paris, Firmin-Didot, 1906.
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Inscriptiones graecae ad res romanas pertinentes, t. III, fascic. v. In-4*. Paris, Ernest Leroux, 1906.
Académie des Inscriptions et Belles- Lettres. Mémoires, t. XXX VII, a* partie. Sommaire : P. Foucart, Le culte de Dionysos en Attique. — W. Helbig, our les attributs des Saliens. — R. de Lasteyrie, La déviation de l'axe des églises est-elle symbolique? — P. Foucart, Sénatus-consulte de Thisbé. H. D.