LES IDEES SOQALISTES DE 1815 A
cetle vaste analyse j'aurais voulu qu'il s attachât à préciser, |dus qu'A ne la fait^ les sources où le aoddîsme davmt i83o, ti aoCamment son premier auteur Sainl^imon , a ipuisé son caractère particulier. Ce caMotère n'est «celui d aucun des naouvements commomstes ou aooîaiîstes anciens que M. Isambert émunère comme s'étant produits depyb Pladoe jvsquau wnf siècle et la Révolution^ « toutes les fois qu'un certaînooit^ rant d'idées réformatrices a coïncidé «vec une grande accumulation de richesses dans un petit nombre de mains k. C'est là une « coïncidence » qui s'est réalisée un bon nombre de fois dans llûstoine; nuiîs peut*on dire qu'elle fût partk»tltèrement sensible vers iS^oP £an tous cas elle aurait engendré un socialisme analogue tmi mouvements du même genre qui se sont produits depuis l'antiquité, tandis que le sodaiisme d'après la Révolution a un aspect k la (bis scientifique, industriel cft religieux ipii ne s'explique «que par l'inAuence éa Kvuf siècle, la réaction contre le leodalisme, suite de la Révolution , et la renaissance de la tra* dition chrétienne après les violences révolutionnaires. Le xvni* siàole «a légué au socialisme son idée de ia perfectibilité par la science et l'« industrie »; l'antifëodaitsme de 17^-9 s'est traduit en condamnation «<les oîsi& et des stériles »^ d'où est née l'attaque contre ia rente et plus tutl oontre l'héritage; le christianisme renaissant a imbu la nouvelle doctrine de son principe d'organisation hiérarchique et de son e^xit de senAimentalité. Ce sont là, je crois, les trois lignes maltresaes du nouveau sociidisme que Saint-âimon aurait volontiers \n appeler un c nouveau christiaiiisrae » , d'après le titre même donné à un de ses «derniers écrits. On sait combien elles se sont conservées , accentuées et développées dans TËcole saint-siffnonienne. JUL faambert, qui trace de tout ce mouvement de doctrines et d'idées un tableau suffisamment juste , aurait pu, je crois , insister plus qu'il ne l'a fait sur les traits essentiels de cette partie de son si^et.
Il aurait pu de même marquer a\ec plus de précision t'influence qu'ont eue les événements politiques extraordinaires dont Henri Saint- Simon a>iût été le témoin , sur les diverses périodes de sa vie et <le sa pensée. Ce iiis de l'aristocratie et du xvm* siède a vu et vécu 4iuccessivement l'Ancien Régime, 1789, ia Terreur, l'Kmpire, ses catastrophes, le réveil du Jikéralisme, la Restauration : c'est avant tout un observateur, et , comme le dit bien M. isambert , un réformateur non métaphysicien , mais opportuniste. Si on ne divise pas son ceuvre en époques correspon* dantes à celles pondant lesquelles elles ont été écrites, elie apparaît comme un inextricable chaos. Le désordre qui semble exister dans ses écrits n'-existait pas au même point dans son esprit; mais il voulait êtie
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écouté et variait ses appels de publiciste suivant les courants d'événements et d'opinions. Ceux-ci ayant, en soixante ans, offert tous les contrastes possibles , il n'est pas étonnant que celui qui a voulu se mettre chaque fois au diapason ait souvent changé de ton. Son esprit souple, tout en conservant l'unité de son inspii^ation de fond, s'adaptait d'ailleui*s aisément à l'évolution des faits et, comme devait le faire l'Ecole plus tard, cherchait h régler sur ceux-ci sa ligne politique et sociale, marquant ainsi , d'accord avec Auguste Comte , le caractère essentiellement positif d^" ses enseignements.
Sous des apparences souvent mystiques ou déclamatoires , ce caractère a toujours subsisté dans la doctiine de fond de l'Ecole. Sui'bien des points il a fallu le reculement et l'expérience des faits pour en convaincre les incrédules. La justesse de ses prédictions sur les progrès de Tœuvre industrielle et de l'exploitiition scientifique de la planète a vite été justifiée par le merveilleux mouvement de la seconde moitié du xix* siècle , et dans ce domaine l'histoire a été l'éclatante apologiste de la doctrine. Sur d'autres points, l'Ecole saint-simonienne a va et dénoncé le mal social avec une singulière clairvoyance; mais elle a cru à des remèdes chimériques précisément paire qu'elle a établi un enchaînement trop rigoureux entre des faits déplorables et les invincibles penchants de la nature humaine auxquels ils se rattachaient. Vouloir résoudre par exemple les problèmes effroyablement complexes des rapports des sexes sans teniicompte de toutes sortes de scrupules, de sentiments, de répugnances d'âme et de conscience , c'était se heurter à un échec certain , et l'Ecole n'a pas manqué de s'y briser. Elle a de même péché par excès de raisonnement logique en voulant organiser une hiérarchie religieuse analogue à celle de l'Eglise sans la base de foi et de croyance qui avait fait vivre celle-ci ; et là paiement elle a échoué dans ses aspirations pratiques.
Ce désir de positif est encore , malgré l'aspect extériem', celui du système de Fourier, et en a fait , en dépit de ses bizarreries et de ses incohérences, la vitalit»» relative. M. Isambert le remarque avec exactitude : Fourier, écrit-il , n'a formulé aucune théorie morale proprement dite. Il trouvait que la morale traditionnelle enseigne à l'homme à être en guerre avec lui-même , à résister à ses passions. Tous les caprices philosophiques appelés devoirs n'ont, disait-il, aucun rapport avec la nature. C'est sur celle-ci qu'il veut fonder une éthique opposée aux morales anciennes. Il croit pouvoir tirer du libre jeu des inclinations et des passions ellesmêmes une organisation sociale assurant le bonheur humain. Qu'il y ait dans ses idées infiniment de chimère et dans ses moyens d'exécution beaucoup de puéril ou de ridicule, personne ne peut le nier. Que tant
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criiommes éclairés se soient enflammés poui' les uns et pour les autres , <'est preuve cpie, sous ce débordement d'imagination mal réglée et le vocabulaire extraordinaire et mal venu qui cherchait à l'interpréter, subsiste une divination juste des mérites de l'association libre et des merveilles qu'elle peut produire parmi les hommes.
Vprès Saint-Simon, les Saint-Simoniens et Fourier, dont les doctrines ont eu certainement sur la tendance générale des esprits et même à l'étranger une grande influence ^*\ M. Isambert accorde , a mon avis, une place excessive à des penseurs ou à des réformateurs isolés dont les uns, comme Sismondiou Villeneuve-Bargemont, ne peuvent guère être classés parmi les socialistes, bien que les socialistes leur aient pris des arguments , dont d'autres , comme Pecqueur, sont restés tout à fait inconnus de leur vivant, dont d'autres encore, comme Proudhon , se sont trop contredits eux-mêmes et ont été trop incohérents pour avoir exercé une action durable sur le mouvement socialiste. Ils doivent tenir leur rang dans une histoire générale des idées pendant la première moitié du xix*' siècle. Je ne pense pas qu'on puisse faire de certains d'entre eux des ancêtres du socialisme proprement dit. A force de vouloir élargir celui-ci jusqu'à embrasser toutes les visées de réformes philanthropiques ou toutes les protestations qui se sont produites contre l'ordi'e social , on finit par perdre de vue le but spécial que M. Isambert assigne avec raison au socialisme : une répartition plus satisfaisante pour la majorité , et provoquée par des mesures d'Etat, de la masse des biens.
A ce socialisme-là M. Isambert mêle constamment , avec une impropriété de termes que nous avons déjà signalée, oc qu'il appelle le soUdarisme, et il le fait avec beaucoup de générosité dans l'esprit, mais aussi d'illusions sur les bienfaits des interventions légales. En tout cas il ne faudrait pas confondre les deux histoires , ni sembler croire que le communisme de Cabet ou le collectivisme de Pecqueur ont des liens d'antécédent à conséquent avec nos lois sur la liberté des coalitions , des syndicats, ou le développement de nos mutualités et de nos coopératives. Le mouvement général du siècle et de l'esprit de liberté a produit cette
■*' L'auteur fait ressortir avec raison que la théorie de la plus-value de V(ar\ et la lutte générale du collectivisme contre \s\ i*ente et la concentration du capital ont leur origine dans les Saint- Simonîens, SismondI et Proudhon. Il faudrait seulement éclaîrclr quelle a été finfluence des Anglais sur les pre-
miers. Cf. A. Menger, Dm droit an pilait intégral da travail, ch. il et suivants. Je rattache aux Saint-Simoniens Pierre Leroux et Bâchez , à qui M. kanibert consacre beaucoup de pages. Ils ont été tous deux, M. Isambert le reconnaît, très vagues dans leurs applications.
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émasicipation , et engendré ces heureHXtrésultats de Tassociatîon spotilanée. L'orjfanisation de contrainte imaginée |xir les coHectivistes aussi bien FVuiçaiB qu'ÂUemands est justement en travers de oe développement lfl>re, et ceux qui veulent le succès de Tun ne peuvent pas ne pas voir les dangers de lautre. Il y a suroe point du vague dans rbumanitaiisme de M. Isambert, 'Comme â y en « ^aas fesprît de beaucoup de nos contemporains, et, je dob le dire, dans lesprit de beaucoup de ceux qui nouas ont précédés. Il commet aussi la double erreur oit ont été entraînés un grand nombre de protestataires contre Tordre social né du développement de la production : il i»e figure et il affirme que ce dé>'eloppement s-est fait uniquement au proéit des classes déjA riches^ et que les moins fortunés n«n ont pas en leur part. Cest ià une constatation absolument contraire à la réalité des faits «dans leur généralité. L'amélioration réalisée est évidemment très insuffisante, mais de laveuméme des socialistes éclairés et impartiaux (Sydney Webb , Vandervelde , Bemstetn , etc. ) elle existe et est déjà considénd)le.
M. Isambert n^attacbe pas d'autre part assec d'importance aux conditions pnmordiaies de la production des richesses^ production d'où en somme dépend tout le bîen*étre humain. Ces conditions <de liberté, d'initiative, d'ardeur au gain^ de oonourrence qui ont fait la prospérité industrielle actuelle entraînent évidemment beaucoup d'inconvénients : inais vouloir les étouffer sous trop d'entraves législatives, c'est risqua (l'étoufFer du même coup l'esprit d'entreprise qui est en somme actuellement le pivot, merveilleux dans son efficacité, de notre activité productrice. J'ai plus de confiance^ poui* en combattre les eiSels excessifs , dans les libres groupements d'ouvriers ou -de consommateurs que dans Tinter- >M»ittien de l'Etat réclamée par le sekdarisme, CeluHci , au point de vue de la paix sodale, porterait de meilleurs fruits en restant sur le terrain de l'ancienne soUdarûé, qui avait été nettement aperçue par les premiers sociidistes du siècle, et^fui fiusait appel auK sentiments et non à la contrainte. Ce côté idéaliste, souvent religieux, du socialisme français à *^i\ aurore^ ne saurait trop être mis en relief, et M. Isambert aura rendu ser- AÎce en l'opposant une fois de plus aux doctrines de haine et de « lutte de classes » du marxisme allemand; mais il accepte trop facilement la substitution de l'État démocratique moderne à ces autorités sociales , à ce clergé scientifique, à ces diverses hiérarchies auxquelles avait recours l'ancien socialisme pour remplacer par l'organisation et Thamionie le régime de liberté et de concurrence. Chimère pour chimère, je ne crois pas {Jus réidisable le rêve des Saint-Siuioniens , des suj)érieurs recherchés et institués par l'amour de leurs frères, que cekii d'une bienfaisante con-