‹ Journal des savants (volume 2)Chapitre 54 sur 130 · GEORGES RADET · texte numérisé non relu

GEORGES RADET

suivante. En vertu des règles établies pour l'itinéraire des processions, les éphèbes s'en allaient chercher les saintes images à la porte de Magnésie et les accompagnaient jusqu'à la^orte Coressique. En route, le cortège faisait halte au théâtre; puis, la ville traversée dune porte à l'autre, il retournait à l'Artémision. La porte de Magnésie ayant été retrouvée au pied sud-est du Panayir-Dagh , il semblait évident qu'une seconde porte, dégagée à la base nord-ouest du même massif, en un point symétrique de l'enceinte, était la porte Coressique, d autant plus qu'une voie sacrée reliant les deux portes contournait la colline en desservant le théâtre et le stade. Si la porte Coressique était la porte voisine du stade, il en résultait que le nom deCoressus s'appliquait à la montagne attenante, le Panayir-Dagh, et non au Bulbul-Dagh, qui s'élevait à l'autre extrémité de la ville.

Cette théorie, si simple et si lumineuse en apparence, n'en bouleversait pas moins toutes les données des textes ^^^. M. Benndorf lui en a donc opposé une autre. Partant de cette observation que les pompes religieuses ne recherchent pas les routes les plus courtes , mais aiment au contraire à se faire admirer sur un long parcours, il a montré qu'au sortir du théâtre les processions ne pouvaient tourner brusquement le dos à la plus belle partie de la \îlle, aux grandes avenues du quartier aristocratique, et qu'elles se dirigeaient, par une de ces artères monumentales dont la plus longue et la plus large prit sous le Bas-Empire le nom d'Arcadiané , vers la région du port. Û y a précisément de ce côté , au pied de la colline d'Astyage , une troisième porte de la ville : elle faisait communiquer la « marine » d'Ephèse avec sa banlieue. C'est à celle-là cpie M. Benndorf assimile la porte Coressique.

Une difficulté se présente ici. Comment faut-ii entendre l'expression Kope<j<jix)7 "tsrvXïj ? Le mot Coressus ne désignait pas seulement une montagne, mais aussi la bourgade à laquelle se substitua la Nouvelle Ephèse. Doit-on traduire porte du Coressus ou porte de Coressos ^'^ ? Je ne sais trop. H est possible que, malgré son incorporation à la cité hellénistique , l'ancien havre de Coressos se soit cependant maintenu à l'état de quartier distinct. Dans le passage où Pausanias compare la situation des Chersonnésiens de Cnide, qui habitaient une île communiquant par un

(*^ es, G. Weher, Étude sur la choro- the British Muséum, t. lU, p. i4o,

graphie d'Ephèse, de^ns le Jâovffsîov xcd note i.

Ût€hodiixrj Ti^ eùayyeXtxi^s 2i;^6A>;ff, ^*^ Pour la clarté de rexposition, je

4* période, Smyrne, i884, p. 9-n = dirai Coressus lorsqu'il s'agira de la

Guide du voyageur à Ephèse, p. i'j-à^, montagne et Coressos quand il sera

et Hicks, Àncient greek Inscriptions in question du bourg.

LA TOPOGRAPHIE D'EPHKSE.

pont avec le continent, à celle des Coressicns vis-à-vis de la communauté d^Ephèse, M. Ben ndorf estime que les mots ol iyovrsç tbv bpofia^ifisvov K6ptj<T0P écartent l'idée d'une ville ^^^. Pourtant, le rapprochement du périégète , inspiré , semble-t-il , par une connaissance personnelle des lieux , ne convient guère à la chaîne entière du Mont des Rossignols, tandis que cette évocation si saisissante d'un pédoncule étroit rattaché à une vaste agglomération se justifie à merveille dès quonTappliqueàla mince langue de terre projetée le long des pentes du Bulbul-Dagh, entre le quadrilatère de Boudroumia et le ballon d'Hermès. Je laisserais donc volontiers à ce faubourg le même nom qu'à la montagne et c'est là que je fixerais l'antique échelle de Coressos mentionnée par Hérodote et par Xénophon ^^\

De toute manière, le Coressus est le Bulbul-Dagh et le Panayir-Dagh est le Pion. Le Pion, auquel nous conserverons la désignation qui prévalut ^^\ s'est appelé tantôt Upncjp^'^\ la Butte, et tantôt ACTrp)) Àxt^^, l'Escarpement lépreux ^^\ qualificatifs qui dépeignent exactement le Panayir- Dagh. Strabon dit de cette colline qu'elle porte une partie de la muraille, (jiépos Tovrs^xpvs. Vrai, aujourd'hui encore, du Panayir-Dagh, ce renseignement ne léserait pas du Mont des Rossignols, dont les fortifications forment les trois quarts de l'enceinte et ne se limitent pas à une simple section. Ënfm, le Panayir-Dagh, avec son énorme théâtre, son stade, les constructions nombreuses qui s'y adossaient, devait apparaître au voyageur arrivant par mer comme une sorte de piédestal exhaussant la ville, et c'est bien en effet une impression de ce genre que traduit la formule où Pline définit Ejdièse : attoUitar monte Pione ^^K

Sur la question des ports aussi, M. Benndorf a fait la lumière. Nous distinguerons avec lui trois ports d'Ephèse : i* le vieux port ou port sacré, situé dans l'extrême fond du golfe primitif, au pied de l'acropole d'Ayasolouk, près de l'Artémision; ce fut le port de l'Ephèse

^'^ Paasanias, V, 24, 7; Forschangen in Ephesos, t. I, p. 69.

^'^ Hérodote, V, 100; Xénophon, Helléniques , ï , 2 , 1-12.

^*^ On la trouve dans les Actes de Timothée ( éd. Usener, p. 1 3 , 1. 56 sqq.), dans Pline, Hist. nut. , V, ii5 (éd.

Sillig) et dans Pausania», Vil, 5, 10.

Les monnaies donnent IICIQN [Forschungen in Ephetot, t. I, p. 5d M[<f*)f forme à rapprocher de lUfinr, nom d une des x,^Xi%a%eç éphésiennes (Hicks,

Andent greek Inscr. in the Brit. Mus,, LUI, p. 71).

(*J Strabon, XIV, i. 4. Coraï et Meineke ont corrigé en UpUov, la Scie (ci*. Polybe, VIT, i5, 3). Mais Uprjùûv se retrouve dans Antonius Liberalis, Mètamorph.,\{ (ktf^é»)^ p. 8a de l'éd.

Muncker.

^*) Strabon , XTV, 1 , 4. Sur ce nom , cf. Forschangen in Ephesos, t. I, p. 52, note 4.

<•) tfwl.iial.,V,ii5 (éd. Sillig).

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grecque; a** le nouveau port ou port de Coressos, situé dans Tangle compris entre la terrasse de Boudroumia et le Bulbui-Dagh ; il devint le port de rÉphèse hellénistique et romaine; 3° le port de Panormos, situé entre les pointes extrêmes du Buibul-Dagh et du Pamoudschak, à Tembouchure du Kenchrios; son importance grandit sous les Antonins. Ephèse eut toujours simultanément un port et un avant-port. Quand le port se trouvait à Ayasolouk, lavant-port était Coressos; quand le port fut à Boudroumia , Panormos devint Tavant-port. L'expression ol Xifiéves désigne donc , suivant Tépoque où on la rencontre , un appariement différent : d'abord, le vieux port et le port de Coressos ^^^; plus tard, le nouveau port et le port de Panormos ^^K

Une dernière série de remarques complétera notre connaissance du teiTitoire éphésien. Le Claséas est la rivière de Kirkindjé, ce bourg de montagne où foccupation ottomane a fait refluer la population grecque du district. Le Marnas , qui alimentait un des quatre grands aqueducs d'Ephèse, celui d'Auguste [Aqua Jalia), se confond avec le Dervend- Déré-Tchaï. Entre le Marnas et le Claséas, dans la zone qui jouissait du droit d asile, sont les deux rigoles auxquelles Pline donne le nom de Selenus^^^. Ortygie, dont Strabon nous décrit le bois sacré, a été fixée par M. Benndorf dans le haut vallon du Kenchrios, au village d'Arvalia. Le Solmissos, qui dominait Ortygie , répond à TAla-Dagh (664 mètres). Le havre de Pygela {rà UvyeXXa ou rà OiîyeXXa) est la crique qui se creuse à la base du Pamoudschak, un peu au nord de Scala Nova.

Sur ces divers points, nulle difficulté. Le témoignage des textes saccorde avec la physionomie des lieux. Mais voici un problème qui se pose. En Sgi, ïhibron, opérant contre les Perses, «s'empare de la place d'ionda et de la haute montagne de Coressus, à 4o slades d'Ephèse »^*l Il y a chez Diodore, à qui nous devons ce récit, un mot, inéyov, « éloigné de », que j'ai évité de traduire, on verra tout à l'heure pourquoi. Si l'on rapporte ce participe k6pos, comme on y est tenu grammaticalement, la phrase contient une erreur manifeste. Entre la vieille Ephèse, dont il est question ici, et la chaîne du Coressus, un trajet de 4 o stades, de quelque partie du massif qu'on le fasse partir, est de beaucoup supérieur à la réalité. Pour trouver l'emploi de nos y kilomètres , faut-il ad-

^'^ Plutarque, Ly sandre, III, 2; Dio- hase, V, 3, 8, et Forschangen in Ephe-

dore, XIII, 71,1. sos, t. I, p. 69.

t*^ Bull de Corr. helléti,, t. I, 1877, ^*^ KarsXâSero x^P'^ Iov^ol xai

p. 291, n' 78. U^<T<TOv àpos v^rjXàv, vrfç È^éaov

^^^ Hist, nat,, V, ii5 (ëd. Sillig) : ànéxpv aloÀiovç rerrapàKOvroL (XIV,

« duo Seienuntes •. Cf. Xénophon , Ana- 99 , 1).

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