SAINTE-HELENE AU XVII* SIECLE
Nous avons trois récita de la prise de Sainte-Hélène par les Hollandais. Le premier émane du capitaiue Breitenhach , qui y participa et revint au Gap dans le VUegende Zwaan le 5 mars 1673^*^; les deux autres figurent dans deux le;ttres adressées de Londres, le 26 mçd 1673, à sir Joseph W illiamsont plénipotentiaire anglais au Congrès de Cologne ^^l
Bien que ces trois récits mai^qi^ent de précision et ne soient pas absolument identiques, voici comment Ton peut se représenter la succession des événements. La flotte hollandaise arriva devant le fort James , dans les derniers jours de décembre 167a, probablement le 3o ou le 3i. Elle fut repoussée par fartillerie du fort et celle d'un navire anglais en rade, hHumphry and EUzabeth* Alors, pendant dix jours, elle renouvela .ses attaques, soit en ce point, soit en d autres, notamment à fentrée d'Appel Valjey (carte 1 ). Finalenpient les Hollandais débarquèrent dans lune des baies et marchèrent sur le fort James. Se voyant inférieurs en nombre , les Anglais enclouèrent leurs canons , se réfugièrent sur le Humphry and EUzabeth et s'enfuirent.
Ce fut probablement le 1 1 janvier 1673 que 1^ Hollandais furent les maîtres de l'île. Cette victoire leur valut par surcroît la capture d'un navire anglais, le JohannaCatharina, chargé d'esclaves malgaches et mozambiques à destination de la Barbade et qui relâchait alors à Sainte- Hélène.
Le commandant Jacob de Geus s'empressa de mettre l'il^ en état de défense^ Le fort principal , qui reçut le nom de Goode Fortuijn , « Bonne Fortune» (cafte 1), fut, armé de huit pièces de canon, et le rivage de la mer défendu par vingt <5t.uue pièces, disposées en batterie rasante. Une redoute, occupée par vingt hommes et armée de cinq pièces, barra l'entrée de la kraak Valley (plus tard Rupert Valley), pi tuée au Nord-Est de Chappel Valley (carte 1). Au Sud-Ouest, dans Appel Valley,
of ihe Cape of Good Hopè , Journal 167 ii676, p. 93, 96.
(') Journal Ï67i-i676, p. 116-117.
^'^ Sur Tinitiative du roi de Suède, ie^ puissances helligérantes envoyèrent dans Tété de 1673 des plénipotentiaires à Cologne pour traiter de la paix , tentative qui échoua. Sir Joseph Williamson, ({ui était alors sous-secrétaire d'Etat, fui Tun des trois plénipotentiaires anglais. Les lettres qu'il requt pendant sa mission et qui forment une véritable chronique dîe la vie politique anglaise
de mai 1673 à avril 1674 ont été publiées, les unes à part, sous ce titre t Ltetters adressed from London tçsirJosçph Willianison, edited hv W. D. Christie, Londres, Camden Society, 187 4; les autres parmi les documents donnés dans les Calendar of State papers , Domestic séries. Les deux lettres relatives à la prise ide Sainte-Hélène figurent.
Tune dans la première collection , t. 1 , p. 8 ; Tautre dans la seconde collection, au tome iniit9lé Marck i-Octoker 3i 1673, in-4% Londres, 190a, p. 296.
HK.MU DEHERAIN.
un service de sûreté fut organisé. Mais la mort de deux officiers, le lieutenant Joan Coon et Tenseigne Pieter Daey, le 3 et le 9 février 1678, puis Tordre que reçut Jacob de Geus de renvoyer au Cap un tiers de ses troupes, affaiblirent sensiblement la position des Hollandaise^).
Le commandant Jacob de Geus était fondé à redouter une contreattaque. Le ] U mai 1 âyS , une escadre anglaise , commandée par Richard Munden, et composée, outre Y Assistance qu'il montait, de trois vaisseaux, The Mary and Martha, The PVilliam and Thomas, The Lavant, et de deux brûlots, dont lun s appelait The Castle, arrivait à l'aurore sur la côte méridionale de Sainte-Hélène. Les voiles sont amenées et les bâtiments restent tout le jour au vent de nie, sauf ï Assistance, qui range la côte orientale et dans la nuit détache une chaloupe pour reconnaître James Bay. Le 1 5 mai, à sept heures du matin, la chaloupe regagne son bord : la rade est libre. Toute l'escadre était alors réunie près de la côte orientale.
Le Castle et le second brûlot prennent à leur bord quatre cents hommes pour les débarquer dans Prosperous Bay (carte 1 ). Leur chef, le capitaine Richard Keigwin a mission de traverser l'ile de l'Est au Nord-Ouest, puis de surprendre les forts hollandais à revers.
L'escadre appareille et, vers une heure de l'après-midi, jette l'ancre devant le fort Goode Fortuijn. Elle le canonne pendant quatre heures, pour en occuper les défenseurs et permettre à Keigwin d'opérer son débarquement, puis elle s'éloigne dans l'Ouest. Mais deux navires étant revenus peu après devant le fort, les Hollandais, quoiqu'ils ignorassent encore le débarquement de Keigwin , offrirent de capituler à condition de n'être pas pillés.
Ce même jour, i5 mai 1673, au coucher du soleil, les Anglais occupaient le fort et envoyaient un trompette informer Keigwin ^^^ de la suspension des hostilités ^*^
Ne possédant sur ces événements aucun document de source hollandaise, nous ignorons pourquoi le commandant Jacob de Geus capitula aussi facilement.
^^^ Lettre de Jacob de Gens au gouverneur du Cap , Isbrand Goske , 4 mars 1673. Journal 1671-1676, p. 1 24- 1^5.
— Isle Sainte- Hélène , carte non datée, mais certainement du xvii* siècle et qui offre Tavantaffe de donner la nomenclature en hollandais. Service hydr. de la Marine, Archives, portefeuille lai, division 5, pièce a.
''^ Keigwin avait bien débarqué dans la Prosperous Bay. Sur une carte sans date, intitulée Isle Sainte-Hélène tirée d'une carie anglaise , on lit cette légende : t Kegwins landing point ». Service hydr. de la Marine. Archives, portef. lai, division 5, pièce 4*
^*^ Calenaar of State papers , Domestic séries, March l-October 31 1673, p. 5o6.
SAlNTEHELExNE AL XVII- SIECLE. 277
La conquête de ce point stratégique allait bientôt valoir à Richard Munden d autres succès sur les Hollandais.
Le 21 mai 1673, au soir, ÏEnropa, partie du Gap le i*mai, apparaît en vue de Sainte-Hélène ; les Anglais lui coupent la retraite et s en emparent. Quinze jours plus tard, le 5 juin, six vaisseaux hollandais revenant des Indes sont signalés, deux à TOuest et quatre à TEst de Tile. Les Anglais donnent la chasse au second groupe et, après une longue poursuite, capturent V Oliphant et le Wapen van Vriesland^^K
La nouvelle de la conquête de Sainte-Hélène et celle des prises hollandaises, qui en était la conséquence, arrivèrent en Europe par deux voies. Le 19 août iSyi ,le Papenbarg , lun des navires qui avaient échoppé à la poursuite de Richard Munden devant Sainte-Hélène, fut pris par la Hotte ang^o-française devant le Texel, au moment où il tentait de pénétrer dans le Zuiderzée. D autre part, le *i4 août, Richard Munden arriva à Kinsale (Lrlande) avec son escadre victorieuse et ses prises.
Tous ces faits eurent du retentissement. Le 20 août, le prince Rupert , Tamiral de la flotte anglaise, s empressait de communiquer à Gharies II les renseignements tirés des prisonniers du Papenbarg ^^K « Les nouvelles de la prise de Sainte-Hélène et de trois navires des Indes Orientales ;iont si importantes que j espère qu elles produiront bon effet à Gologne comme ici t^) », mandait-on de Londres à sir Joseph Williamson le 1* septembre i6y3. Et quelques jours plus tard, le 8 septembre, Golberl témoignait en ces termes à Golbert de Groissy, ambassadeur à Londres, sa satisfaction des événements :
«Vous m*avez fait le plus grand plaisir du monde de me donner part de la grande nouvelle de la prise des vaisseaux de la Compagnie des Indes Orientales de Hollande et de la reprise de Tile Sainte-Hélène; vous pouvez vous assurer c[ue j'en ai eu autant ^e joie que si cette prise avait été faite par les vaisseaux du Roi, notre maître, à cause du bon état aucpel cet avantage met les affaires du roi d*Angleterre ^*\ »
En reconnaissance de ses services , Richard Munden fut fait chevalier par Gharies II, le 6 décembre 1678.
Gependant , preuve nouvelle du défaut de clairvoyance des contemporains à regard des événements politiques, la capture des vaisseaux hollandais fut bien plus prisée que la conquête même de Sainte-Hélène. G'est que, sans même faire état des jolis oiseaux exotiques et des porce-
<*^ Cal, of SL pap,, Domestic séries, <*^ Loc, cit,, p. 607.
Marck i'Ôctober Si i673« p. 606-7. ^** Lettres, instructions et mémoires de
^'^ Cd/. o/*lS^p<Iper5, Yo].cité,p.435, Colbert, publiés par P. Clément III,
486 , 607 , 5o8. l '^ partie , p. 5o6 , note.
278 HENRI DEHERAIN.
laines trouvés dans le Papenbarg ^t que le prince Rupert savait devoir distraire la futilité de son roi, les pièces de calicot, les soies et les robes japonaises, l'aloès, les noix de muscade, le sucre, le poivre et le salpêtre, dont ils étaient chargés, représentaient une valeur pécuniaire considérable.
Dans Tentourage du Roi ,.^ on fondait de grands espoirs sur la liqui-* dation de ces cargaisons de prix :
« On dit . . . que nous aurons cet hiver assez d'argent et qu on n*aura pas besoin de Taide du Partement , car, c*est connu , quand on îuî demande de pourvoir^ aux besoins du Roi, îi ne le fait' jamais ^ans amoindrir la prérogative royale ^*^ »
Éclairés par la suite de Thistoire^ nous apprécions différemment les événements maritimes de 1673. La prise des navires hollandais n'eut point de conséquences. La valeur des épices et des étoQes rares qu on saisit à leur bord ne dispensa pas Charles II de convoquer son Parlement pour obtenir des subsides pécuniaires. Mais Sainte-Hélène , en revanche, resta acquise à sa couronne et devint pour la Grande-Bretagne, dont le trafic maritime avec ilnde allait croître pendant tout le xviii* siècle , une possession de première importance dans les mers australes.
Henri DEHÉRAIN. .
J. L. Pic. Le Hradischt de Stradonitz en Bohême. 1 vol. in-4". — Leipzig, W. Hier* semann, igo6 (traduction de M. J. Décbelette).
Au centre de la, Bohème., à 3a kilomètres au Sud-Ouest de Prague, eustent les ruines considérables d*une ville fortifiée ; on y a relevé les traces de puissantes murailles et les vestiges d'un grand nombre d'habitations. Ces ruines s'étendent sur un plateau, en face du village ÎKtael de Stradonitz. Dans les ruines on a recueilli des monnaies, surtout des monnaies d'or barbares, diji type appelé « Regenbogeiischûsselchen » , des fibules, des bracelets de métal et de verre, des objets émaulés, des instruments de bronze, des armes (lances et épées), des éperons, des couteaux, de curicul débris de céramique peinte ou de céramique façonnée de couleur foncée. Ce que ces découvertes offrent surtout de remarquable , c'est qu'elles présentent une similitude frappant^ avec celles du. mont Benvray, en Gaule. Si la fortification des deux villes diilérait notablement, si la construction des maisons n'était pas la même, la céramique et les objets caractéristiques des deux stations, notamment parmi les monnaies, offrent de. telles ressemblances qu'on ne saurait douter de
^'^ Letters adi:e^ed to sir Joseph Williamson, I, p. i65.
Tétroite parenté des deux villes. 11 existe donc entre les deux centres un lien d'origine et aussi un lien chronologique : ils sont à peu près contemporains. Mais ici commence le désaccord entre les interprètes. M. Pic est persuadé cpe la ville de Stradonitz était la résidence de Marobod, roi des Marcomans. 11 appuie son opinion sur un passage de Tadte; diaprés celui-ci, lors de la priée de la ville de Marobod par Gitualda, chef gothon , aUié des Romains, on trouva dans la ville des marchands et des artisans romains fugitifs; ces artisans auraient été t originaires de Ja Gaule orientale, alors insurgée contre Rome, et cherchant naturellement à s allier avec Marobod, son dangereux adversaire». M. Déchelette et d'autres avec lui voient dans cette ville un oppidum boïen, fondé dans le cours du i*' siècle et détruit précisément à l'arrivée des Marcomans et de Marobod Vers lo avant J.-C.
L'ouvrage original est écrit en tchè'|ue. M. Déchelette a été biejfi inspiré en en rendant la lecture possible aux érudits très nombreux à qui cette langue est inconnue.
J. HiBSGHBBRG, Gesckichte den Augenheilkunde hei den Arabem, vii-2d3 pages in -8% avec 46 figures. — Leipzig, Veriag von Veit, 1906.
L'ocnlistique arabe du moyen âge a été aussi remarquable dans la théorie que dans la pratique. Celle-ci a été exercée par des médecins érudits et par des rebouteurs habiles, munis les uns et les autres d'instruments perfectionnés. Dès le X* siècle de notre ère , à Bagdad comme à Cordoue et à Grenade , Topération de la cataracte réussissait grâce à l'expérience coûteuse de chirurgiens attitrés, grâce au tour de main au rabais d'empiriques populaires. M. le professeur Hirschberg, de Berlin , avant de livrer au public la synthèse de ses ouvrages précédents sur l'histoire (le l'ocnlistique arabe ^^\ en avait donné une édition préparatoire dans un Supplément aux Mémoires de l'Académie des Sciences de Beriin, sous le titre suivant, que je traduis : « Les manuels arabes de l'ocnlistique , un chapitre de l'histoire littéraire des Arabes, avec la collaboration de J. Lippert et È. Mittwoch» (Beriin, 1 906 ,117 pages in-4" ).
[jes quelques observations de détail que je vais présenter se rapportent aux deux publications successives, mes renvois visant exclusivement la plus récente. 'P. 10, i5 et passim : Le traité t royal» de médecine ne s'appelle pas en arabe AlMatiki, mais Al-Malakt. — P. 65 : L'instigateur du traité anonyme d'oculistiquo contenu dans le manuscrit arabe 881 de l'Escurial (Casîri 876) est appelé le schaikh Aboù 'Abd Allah Mohammad ibn Yoûsouf Al-Hidjâzi, c'est-à-dire l'Arabe du Hidjâz. La mention du Hidjâz parait suspecte ici, où l'Arabie n'a cjue faire, et M. Hirschberg dit en note : « Personnage inconnu, sans doute un médecin. ■ Or ce n'est pas AlHîdjâzî (^jlfi!) qu'il faut lire, mais Al-Hidjârt {^^^Ijâl), comme porte exactement le manuscrit unique, c'est-à-dire le natif de Guadalajara en Castille. Sur lui, voir Ibn Baschkouwâl, As-Sila (éd. Codera), p. 489; Ibn Khaîr, Al-Fikrist (éd. Codera), p. 367 et 620; Pons Boigues, Ensayo bw-bibliogrâ/ico sobre los historiadûres y geàgrafos arabiga^spanoles (Madrid, 1898), p. lia a. Grammairien, lexicographe, historien et poète, il vécut à Badajoz, oà il mourut en 1070 de notre ère. Le manuel dont il a provoqué la composition est donc de notre xi* siècle. — P. 70 est étudié le « liber ae oculis quem compilavit Alcoati , Christianus 'J oletanus ,
(^) Voir la liste des sept volumes dont Hstfoae ancienne, dans les Comptés rendiu se compose la vraie encydopédie consacrée de 1 Académie des Inscriptions et Bellespar M. J. Hirschberg à l'histoire de l'oca- Leltret, séance du 16 mars 1906.
anno D. J. uglix». La Congregatio est la version latioe d*un original arabe, intitulé Al'Madjnioâ*, tia Compilation • , dont M. Hirschberg a décoayert le cinquième livre dans le manuscrit de TElscurial 899 (Casiri 894)* Les deux manuscrits latins d*Erfurt et de Metz appellent Tauteur, celui-là Salomo filius de Arit Alcoati , celui-ci' Alcoati Salomonis Glius. Alooati étant un ethnicpe, M. Hirschberg s*ëcrie : t L'endroit qu*il désigne n*a pu être retrouvé. » Je propose une conjecture très proliable. Le Tolédain de naissance , chrétien de religion , qu*il se nomme Salomon ou le fils de Salomon , est rattaché à ses ancêtres Goths ou plutôt Visigoths , longtemps détenteurs de Tautorité dans Tantique cité. La forme arabe Al-Koâtt (^^i) est confirmée par le surnom IbnA l-Koutiyya (g^yUs j^al) « ie fils de la Gothe», que porte l'historien philologue Aboù Bakr Mohammad ibn 'Omar, originaire de Séville , mort à Cordoue en 977 de notre ère.
En dehors des deux excellents auxiliaires qaîl a trouvés sur place, mes savants confrères de Beriin, J. Lippert et E. Mittwoch, M. J. Hirschberg se loue à diverses reprises des renseignements que lui ont fournis sur les manuscrits de notre Bibliothèque Nationale mes deux Jeunes amis, Georges Salmon, alors à Paris, maintenant à Tanger, et Frédéric Mader, un des auxiliaires de TAcadémie des Inscriptions pour le Corpas inscriptionam semiticarum, Hartwig Derenboubg.
Emile Haumant. La Russie au xri 11' siècle. 1 vol. in-8*. — Paris, Société française d'éditions dart, 1906.
Ce volume fait partie d'une série inaugurée autrefois sous la direction de M.Zeller et où ont paru un certain nombre d'ouvrages très distingués. Cette collection comprend , non pas des histoires générales comme la collection Dui*uy, mais des monographies d'époques intéressantes , et ces monographies sont illustrées d*après les monuments authentiques. L'idée est bonne et l'exécution de la plupart aes volumes est excellente. U suflit de rappeler ceux de MM. Sayous (Les deux révolutions d'Angleterre et La nation anglaise au xvii' siècle). Monceaux (La Grèce avant Alexandre) , E. Perrens (La civilisation florentine du xrii' au xvi' siècle), E. Denis (L'Allemagne de 1199 à 1852, 2 vol.). M. Haumant, qui enseigne aujourd'hui la littérature russe à la Sorbonne, était digne de figurer en si bonne compagnie. U était élève, il y a tantôt vingt-cinq ans, à l'Ecole des Chartes, quand il eut l'idée de venir suivre mon cours à l'Ecole des langues orientales , et je ne puis que me féliciter de l'avoir détourné des études médiévales pour l'engager dans une voie nouvelle où il s'est distingué. U a pu écrire ce fivre sous les auspices et avec la bibliothèque de son regretté beau-père M. Rambaud. C'est dire que les documents ne lui ont pas manqué. U lui a fallu môme une certaine énergie pour ne pas se laisser déborder par eux. Le cadre d'un seul volume tracé par Téditeur est un peu étroit pour un sujet aussi vaste. Mais les lecteurs — j'entends les lecteurs français — curieux de plus de détails pourront toujours se reporter aux copieuses et piquantes monographies de M. Waliszewski.
Le xviii* siècle est par excellence l'époque où la Russie entre définitivement en contact avec l'Europe. M. Haumant a très sagement débuté par un chapitre sur VEaropéanisation de la Russie. U expose ensuite conunent ce processus s'est produit et continué de Pierre le Grand à Paul I" dans le gouvernement , dans les différentes classes de la nation , dans les idées et dans la littérature. Des nombreuses données qu'il a recueillies , il y a lieu de conclure que cette européanisation était loin d'être achevée au début du xix' siècle. On me permettra d'ajouter qu'au début du x\* siècle la Russie a encore beaucoup à faire pour arriver au même degré de cul-
lurc que l'Angleterre ou la France. C'est ce qu'oui>iiont très volontiers certains représentants des classes dirigeantes qui réclament pour leur patrie des institutions analogues à celles de ces deux pays; ils ne songent pas que nous avons sur eux dix ou douze siècles d'avance. On ne traite pas un enfant de douze ans comme un adulte de trente. Ces considérations pourraient nous mener un peu loin.
Quoi qu^il en soit, en dehors de ses sérieux mérites historiques le livre de M. Haumant a encore c^lui de Tactualité. Il vient à propos au moment où les graves problèmes qui s'agitent en Russie sollicitent de plus en plus Tattention publique.
Louis Léger.
L. Cahbn. Condorcet et la Révolalion française, i vol. in-8'. — Paris, Félix Alcan.
Avec beaucoup de renseignements intéressants, une grande abondance de documents , — certains même inédits , tels cpe les lettres de M*** de Condorcet à son mari pendant sa réclusion , — le rôle de Condorcet pendant la Révolution et l'influence de la Révolution sur Condorcet sont exposés d*une façon sobre et méthodique , toujours précise et jamais aride, dans le livre de M. L. Cahen.
La première partie dépeint Condorcet avant 1789 : l'homme et son idéal.
Son père mourut en 1743, peu de temps après sa naissance; pendant toute son enfance sa mère l'entoura de soins pusillanimes et peu éclairés. Conliée à un précepteur jésuite « puis aux Jésuites de Reims, et enfin au collège de Navarre, cette éducation, après son hérédité, semblait destiner Condorcet à une mentalité étroite. 11 fut au contraire tun ennemi de l'Eglise et des distinctions sociales, l'apôtre éloquent et dévoué des principes de liberté et de tolérance, d'égalité, de paix et de justice ».
Ejitralné par le milieu qu'il fréquentait, chez le baron d'Holbach, chez Helvétius, Condorcet, apœs s'être consacré avec passion aux mathématiques, les délaissa pour l'économie politique. Dans ce choix entra certainement pour une grande part le désir d'améliorer le sort de ses semblables. L*un des traits principaux de son caractère était, en elfet, une extrême bonté, lise fit le champion de toutes les causes généreuses; il prit une part importante à la réhabilitation de La Barre; il plaida la cause des trois roués de Champagne, frappés par les juges comme coupables, tandis qu'ils n'étaient que suspects.
La théorie des droits naturels de Locke eut une grande influence sur Condorcet. Le devoir de ne pas nuire à autrui et le droit d'agir librement lui paraissaient les principes fondamentaux de tonte société. En lui, le philanthrope s'efforça toujours d'appUquer les théories du savant au bien de l'humanité.
Condorcet exerça une influence maix[uée sur la Constituante , bien qu'il nV fût point envoyé. Avant les élections, il prit part aux travaux préliminaires les plus importants. 11 rédigea le projet de Déclaration det droits, et le remarquable Cahier de la noblesse de Mantes fut intégralement son oeuvre. Nommé le a6 septembre 1791 à l'Assemblée législative , Condorcet rédige les importants Mémoires sur l'instruction publique» où il devance d'un siècle le grand mouvement actuel d'éducation nationale.
Ses ennemis cherchèrent à lui reprocher des contradictions, qui ne sont qu'apparentes, car, tout en ayant le sens des nécessités et des possibilités politiques, nul ne fut plus attaché à ses principes et n ses idées. Bien que partisan convaincu de la paix, il opta pour la guerre au début de 1792, parce que, la voyant inévitable, il jugeait inutile et même dangereux pour la France de la retarder de quelcpes
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jours. Bien que républicain, il ne réclama pas le renversement de la monarchie, quand le peuple ne leùt pas encore toléré , mais il chercha à limiter les pouvoirs du roi; d'autre part, siégeant k la Convention, il n'eût pas vouhi c[u*on appliquât à Louis XVI la peine de mort , qu'il réprouvait.
Si l'influence d'un esprit aussi dr<»t, aussi éclairé et aussi désireux d*amélioration et de conciliation n*a pas été plus éclatante , c'est que les dons extérieurs manquaient à Condorcet. Sa voix était faihle, son attitude timide; son style même manquait d'élégance: «Il pouvait convaincre, il ne pouvait pas séduire.» Mais la postérité a rendu justice au citoyen courageux et impartial, au philosophe qui, proscrit, réfugié chez M"' Vernet, a pu conserver la liberté d'esprit et la force d*âme nécessaires pour écrire le Tableau historiqae, resté malheureusement inachevé. En e£Eet, Condorcet, ayant des raisons de craindre une perquisition imminente chez son hôtesse, quitta son refoge, probaUement le a 5 mars 1794. Contestant la tradition selon laquelle Condorcet, emprisonné qudqnes jours après son départ, aurait absorbé un poison foudroyant, M. L. Cahen émet l'hypothèse d une mort naturelle. Etant donné le tempérament d^cat de Condorcet, les fatigues et les anxiétés qu'il eut à subir, pendant qu'il errait aux environs de Paris, cette hypothèse pirait fort plausible. H. D.
Geoffroy db Grandmaison. Corresptmdauee du comte de La Fonest, ambassadeur de France en Esputpie {iSOS-iSiS), publiée pour la Société d'histoire contemporaine; t. I (avril 1808 -janvier 1809). 1 vol. in«8\ Paris, A. Picard et fils, 1906.
Les Mémoires de Miot de Mélito ont été jusqu'à présent la source principale de l'histoire diplomatique de la domination française en Espagne. La Société d'histoire contemporaine vient d'éditer la correspondance du comte de La Forest, que le Gouvernement impérial avait fait passer, en 1 808 , de l'ambassade de Saint-Pétersboui^ à cdle de Madrid.
La série de ses lettres an Ministre des Affaires étrangères constitue , pour oette partie de l'histoire impériale , un document de premi^ ordre.
Le signataire de cette correspondance, arrivé déjà vieux dans un poste difiicile (il avait 5a ans), ne jouît pas aune brillante réputation; son rôle n'a été entrevu qu'au travers des méchancetés de Miot de Mâito; il en est resté quelque peu diffamé. Ses lettres permettent de concevoir de lui une tout autre opinion , en même temps qu'elles renseignent admirablMnent sur la situation des Prançtts en Espagne , sur les oifEcultés de la position d'un ambassadeur de Napoléon auprès des souverains, membres de sa famille, sur Véted d'esprit des Espagnols.
Sans faire de cette publicatÎQii l'analyse détaillée qu'eUe mériterait, il convient d^en signaler les points les {dus saillants. Tout d'abord le rdle curieux joué par François Cabarms, le père de M*** TSaUien, oomme ministre des finances du roi Joseph ; puia le récit des espérances et des déœptions de Murai.
En arrivant à Madrid , La Forest trouve k grand-duc de Berg Hentenant de l'Empereur en Espagne; Murât espère que, malgré la volonté de Napoléon, il héritera de ce royaume dont on est en train de dépouiller les souverains légitimes; il manœuvre dans ce sens, en dehors de La Forest et malgré lui. C'est cependant sur lui qoe tombe la cdére de Napoléon. La Forest réplique par la lettre du 3 1 mai i8oo> qui est un hmîneux exposé dn caractère et de la politique du grand-duc. A cette lettre il faut ajouter oeBet dn aS au 9 juin, ou se trouve racontée la très réelle maladie de Murât.
Les lettres suivantes auraient du éviter à Napoléo» et à ses généraux de tomber
dans tous les pièges qui décimèrent leurs forces; les conseils que Tambassadeur y donnait ne furent pas écoutés. Cependant elles étaient explicites et nul document n expose plus nettement les moyens de résistance qui allaient être opposés aux Français..
Joseph arrive, la situation ne s*améliore pas, et La Forest d*écrire sa dépêche du 3 4 juillet, où il fait un remarquable tableau de Tétat d'esprit de la nation espagnole et n*hésite pas à signaler les fautes qui ont été commises. Joseph est obligé de quitter Madrid et la correspondance de La Forest du mois d'août au mois d octobre devient presque uniquement militaire. Toutefois, a une guerre de pamphlets il répond par une contre-guérilla d'autres pamphlets, dont il est curieux de suivre les épisodes dans ses dépèches.
Napoléon , dont l'ambassadeur avait si souvent souhaité la venue, arrive enfm. Les lettres se transforment dès lors en simples bulletins dans lesquels La Forest commente les opérations militaires et les actes législatifs de l'EImpereur. M. D.
ACADÉMIE FRANÇAISE
Pvir d'éloquence à décerner en 1908 (à, 000 francs). L'Académie propose pour sujet : Taine.
ACADÉMIE DES INSCRIPÏÏONS ET BELLES-LETTRES
Commumcations. 6 avril. M. Héron de ViUefosse annonce que, par une lettre adressée à M. le Secrétaire perpétuel, le P. Delattre a offert au Musée du Louvre deux grands sarcophages, exhumés des nécropoles de Carlhage. L'un d'eux représente un prêtre carthaginois, un rah , portant une longue barbe et revêtu de ses vêtements sacerdotaux; l'autre nous offre la ligure d'une jeune femme drapée, probablement une prêtresse, qui soulève son voile avec grâce et qui semble copiée sur une stèle grecque du iv* siècle.
— M. Gagnât annonce que M. le commandant Donau a découvert, dans le Sud tunisien , de nouveaux documents relatifs à l'arpentage exécuté aux environs des chotts sous Tibère.
— M. Besnier fait une communication sur la géographie économique du Maroc dans l'antiquité. Il énumèro les productions naturelles de la Mauritanie tingitane, en indicpiant leur répartition territoriale , indique avec quds pays étrangers cette contrée faisait des échanges et expose enfin la situation des établissements carthaginois et romains qui y furent fondés.
— M. B. Haussoullier signale une importante découverte faite à Milet par AI. Th. Wiegaud, dans lès fouilles entreprises par les Musées royaux de Berlin. On a retrouvé sept listes, comprenant les noms de 434 siéplianéphores ou fonctionnaires éponymes de Milet depuis la fin du vr siècle avant notre ère jusqu'aux premières années du t" siècle après.
Ces listes, qui ont été obligeamment communiquées à M. Haussoullier par MM. Th. VViegand et A. Rehm, présentent un très grand intérêt. Des suites de noms propres provenant d'une cité à population mélangée sont toujours instruc«
tivcs : celles-ci donnent , notamment , des noms lydiens et cariens. Elles fournissent aussi des renseignements sur Thistoire municipale de Milet. La charge de stéphanépkore étant lourde, on ne trouvait pas toujours de candidat; alors on désignait Apollon. Il figure pour la première fois dans les listes, sous la forme kvôXXejp Itàs, peu de temps après le passage d'Alexandre à Milet ; ultérieurement , son nom apparaît souvent et parfois trois , quatre ou cinq ans de suite.
Les listes de Milet nous instruisent encore sur Thistoire générale de l'Asie Mineure; elles donnent, par exemple, la date de l'occupation des Lagides à Milet; elles établissent que la ville prit le parti de Mithridate contre Rome et fut punie par la perte de son autonomie. Enfin elles permettent de dater im grand nombre des inscriptions découvertes à Milet.
// avril, M. Héron de Villefosse annonce que M. le commandant Guénin, commandant supérieur du cercle de Tébessa , a découvert en mars , sur le versant nord d'un mamelon appelé Rouis, à a8 kilomètres environ de Tébessa, une petite basilicpe, qui renferme une inscription mentionnant cinq martyrs africains qui ont péri en 5o4f ^us le proconsuiat d'Amelinus. L'inscription est d'époque byzantine.
— M. d'Arbois de Jubainvîlle fait la communication suivante : Jules César dit [De bello Galiico, liv. VI, chap. xvii ) qu'il existait en Gaule de nombreux simulacra de Mercure. Comme Ta fait observer M. Salomon Reinach , ces simulacres étaient des pierres levées, des menhirs, auxquels on rendait un culte. La Vie de saint Samxon désigne par le mot simulacram une pierre levée, qui était l'objet d'un culte en Grande-Bretagne au milieu du vi* siècle, et sur laquelle cet évêquc grava une croix. Au siècle précédent, en Irlande, saint Patrice avait trouvé sur son passage une j)icrre élevée sur un monticule artificiel ; elle avait des ornements d'or et d'argent et était l'objet d'un culte. Des sacrifices humains avaient, disait-on, été célébrés en l'honneur de cette idole. En Gaule, le culte des pierres a été prohibé aux v* et vi' siècles par des conciles; malgré ces défenses, il persistait encore au viii* siècle, où Chaiiemagne l'interdit.
— M. Maurice Croiset lit une étude sur la légende de Calypso. Il montre que deux traditions relatives à cette déesse se trouvent superposées et confondues dans V Odyssée. L'une, plus ancienne, la représente comme une Océanide, habitant une grotte; divinité redoutable, elle ne se laisse toucher ni par les regrets ni par les larmes de son captif. L'autre, plus récente, fait d'elle la fiUe d'Atlas. La première tradition appartient aux éléments les plus anciens du cycle odysséen. On la trouve encore en ce qu'elle a d'essentiel dans le V* chant de V Odyssée , mais elle y est déjà sensiblement adoucie.
— M. de Mély expose les arguments qui lui paraissent devoir faire attribuer n un artiste du nom de « Chugoinot » le retable de Boulbon , peinture sur l'exécution de laquelle on n'avait jusqu'ici aucun renseignement.
20 avril. M. Chavannes explique un passage d'une encyclopédie chinoise publiée vers 1 609 où se trouve racontée l'histoire de la source miraculeuse qui jaillit dans l'endroit appelé plus tard la Mecque pour secourir le petit Ismaël (Sseu-ma-yen), fils du patriarche Abraham (P'ou-lo heou). Cette tradition a pu être apportée en Chine par les pèlerins qui, dès le xv* siècle de notre ère, visitaient les lieux saints de l'Arabie.
— M. Paul Monceaux lit un mémoire sur des inscriptions chrétiennes d'Afrique concernant des martyrs.
CHRONIQUE DE L1NSTIÏUT. 285
— M. Gagnât donne lecture d*une note relative aux trouvoiUes ai*chëologîques du général de Torcy dans la province de Conslantine.
27 avril: M. Collignon donne lecture d'une note de M. Gustave Mendel sur des fouilles exécutées en 1906, à Aphrodisias, par M. Gaudin. C'est la seconde campagne d'une exploration commencée en 190/i et déjà très riche en résultats. Les touilles de 1906 ont porté principalement sur remplacement des thermes qui, avec le temple d'Aphrodite et le stade, constituent les ruines les plus importantes d'Aphrodisias. Ellles ont fait connaître de nouveaux éléments décoratifs provenant de la façade principale, donné des renseignements sur la disposition de la cour de l'Est et mis au jour la dédicace qui date du temps d'Hadrien la construction du portique oriental. On a commencé, en outre, le dégagement de Valeiptérion et mis au jour un certain nombre de statues d'époque romaine.
— M. Clermont-Ganneau communique , de la part du P. Lagrange , un nouveau fragment du rescrit impérial byzantin de Bei*sabée, donnant l'état détaillé des contributions des trois provinces de Palestine, en particulier celles de la Palaestina lll\ Ce fragment, a'une étendue considérable, est le cinquième découvert jusqu'ici <*^; it y a lieu d'espérer qu'on en retrouvera d'autres encore, permettant de compléter ce précieux document qui jette une vive lumière sur les hstes de la Notitia dignitatam imperii Romani, en même temps que sur la fameuse carte de Mâdeba. Ce nouveau fragment contient l'énumération d'une série de localités du plus haut intérêt pour la géographie de la Terre Sainte et de l'Arabie Pétrée. Il nous donne, en outre, la clef de différents sigles qui apparaissaient déjà sur les fragments antérieurement connus et dont la valeur n'avait pu être encore déterminée avec certitude. Le texte sera publié par M. Clermont-Ganneau dans le prochain numéro de la Revue biblique,
— M. Vidier lit un mémoire sur les Ermitages oHéanais an xii* siècle.
Le prix du Marquis de La Grange (1,000 fr.) est décerné à M. Joseph Bédier pour sa publication du Roman de Tristan.
Le prix Auguste Prost (1,200 fr.) est ainsi partagé : 800 francs à MM. Henri Stein et Léon le Grand pour leur ouvrage, La frontière d'Argonne^^^; 4oo francs à M. Edmond Pionnier pour son Essai sur l'Histoire de la Révolution à Verdun ( 1789- 1795). Deux mentions sont accordées Tune à M. Ducrocq, directeur de L'Austvasie, Revue du pays Messiti et de Lorraine, l'autre à M. Pierrot pour son ouvrage : L'arrondissement de Montmêdy sous la Révolution,
Le prix Stanislas Julien (i,5oo fr.) est décerné à MM. Et. Raquet et T. Ono, |K)ur leur Dictionnaire français-japonais,
ACADÉMIE DES SCIENCES
V l'occasion des fêtes du second centenaire de la naissance de B. Franklin, l'Académie a adressé une dépêche à ï American Philosophical Society pour lui pré- 2»cnter l'expression de sa sympathie et touA tes vœux pour la science américaine.
Nécrologie, M. Pierre Cdrie , membre de la Section de physique depuis le 5 juillet
(') I^ premier fragment a ét^ publié, en au document ont été confirnM^s depuis par la
1 903 , dans le Recueil d archéologie orientale^ teneur des fragments recueillis entre temps,
t. V. p. 1 3 1-1 45, par M. Clermont-Ganneau. ^*| Sur cet ouvrage, voir un article de
L'origine et la nature qu'il attribuait alors M. Elie Berger, dans lecahier d avril, p. 196.
iQ05, est décédé accklenteUemeqt le 18 avril 1906, à Paris. M. Curie était né le iS mai iSSg. En igoS le prixNdbel, pour les sciences physiques, fut partagé entre lui et M. Henri Becquerel. La même année, la Royal Society lui décerna, conjointement avec M*"* Curie, la Davy meial En 1904, M. Curie fut nommé professeur de physique à l'Université de Paris ^^K
Communication. 2 avril. M. Lortet fait la communication suivante sur Le cœur da roi Ramsès II (Sésostris) <*^ : H y a cpielques mois , Tadministralion des Musées nationaux du Louvre, après mille difficultés, disait Tacquisition des quatre vases canopes ayant renfermé les viscères du roi Ramsès II , le Sésostris des Grecs.
Ces superbes vases, en émail bleu, ne peuvent laisser aucun doute quant k fauthenticité de leur contenu. Ifs portent en effet , sur le flanc , de grands cartouches , admirablement dessinés, représentant les noms et les attributs du roi Ramsès.
M. le Directeur conservateur du Musée égyptien désirait savcHr exactement ce que ces vases canopes pouvaient bien contenir. 11 a bien voulu nous en confier rexamen.
Ce travail a été fait avec le plus grand soin dans mon laboratoire, avec Taide de mes collègues, MM. les professeurs Hugounenq, Renaat etRigaud. Nous avons pu constater que trois vases, remplis de bandelettes de linge, très serrées et collées par du nalron et des substances aromatiques, résineuses, de couleur rougeàtre, avaient dû renfermer très probablement Testomac, l'intestin et le foie du grand roL Ces viscères n*etaient plus représentés que par des substances granuleuses indéterminables , mélangées k une grande quantité de natron pulvérulent*
Un des vases canopes, cependant, celui dont le couvercle devait portrr une tète de chacal, nous a montré une pièce extrêmement intéressante : le cœur du m<»iarque.
Cet organe est transformé en une plaque ovaiaire ,. longue de 8 centimètres à peu près et large de 4 centimètres. La substance du cœur est devenue très dure, cornée* il a fallu .employer la scie pour en faire des sections. On a pu alors, au moyen du rasoir, obtenir des coupes assez minces pour permettre l'examen microscopique. On a pu constater ainsi que cette substance cornée est bien formée de fibres musculaires parfaitement reconnaissables et entrecroisées en faisceaux comme le sont toujours celJes du muscle cardiaque. Cette disposition spéciale ne se rencontrant dans aucun autre muscle de Téconomie si ce n*est la langue , et la momie de Ramsès II conservée au Caire laissant voir cet organe, on peut affirmer, sans aucun doute possible, que la pièce trouvée par nous dans le vase canope est bien le coeur, aplati et transformé en une substance cornée par un long séjour dans le natron.
Le roi Ramsès II est mort en ia58 avant notre ère; il y a donc aujourd'hui .3,16^ ans que son cœur a été embaumé dans le natron mélangé à des substances résineuses aromatiques, et cependant, malgré tant de siècles écoulés, la texture anatomique de l'organe est encore admirablement conservée.
ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS
Nécrologie. L'Académie a éprouvé la perte de M. Jban-Baptistg Martetçot, correspondant de la Section d'architecture depuis le So mai 1891; ancien architecte de la ville de Rennes.
(*) M. Henri Poincaré , président de rendu* hebdomadaires des séoncei , t CXLII,
TAcadémie des Sciences, a prononcé à la p. 939-9^1.
séance du «3 avril uo élo^e de M. Carie '^'^ CompU* readiu kebd. des séances de
dont on trouvera le teite dans les Comptes l'Àcad, des Sciences, t. CXLll, p« 8a3.
Dictionnaire des Beaax-Arts. Les articles gare, gerbe eCeaa, gousse, goutte, gouttière, gradin, sont adoptés en deuxième lecture. Il est donné une première lecture des arûcles gargomille , glyphe guirlande, godron.
ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES
Nécrologie, M. Carlos Calvo, associé étranger de l'Académie, ministre piéni> potentiaire de la Républicjue Argentine près le Gouvernement français , est décédé à Paris le i* mai 1906.
Election, L* Académie a élu le a 1 avril M. Ardigo correspondant de la Section de philosophie, en remplacement de M. di Giovanni, décédé.
Coaunumeation, 28 avril. M. Cheysson expose le progrès des entreprises des habitations à bon marché.
11 montre les résultats obtenus par les sociétés qui sont soumises au régime de la loi du 3o novembre 1 894 et par les initiatives qui se sont manifestées en dehors de cette loi (fondations Heine, âtern, Gouin, Alexandre Weill, de Rothschild, Auociution fraternelle des employés et ouvriers de chemint de fer, institutions patronales). Il analyse la nouvelle loi du la avril 1906, qui améliore aur plusieurs points la loi de 1894* Il énumère les diverses sources auxquelles les sociétés d'habitation peuvent puiser les capitaux dont elles ont besoin (caisse d*épargne, institutions charitables, caisse ties dépôts et consignations, départements et communes, sociétés de secours mutuels). Enfin il insiste sur les rapports entre rinsalubrité des logements et le développement de la tuberculose.
— L'Académie a été invitée par M. le Ministre de l'Instruction publique à examiner un projet de constitution d'un bureau international d'ethnographie, dont le (Ingres d'expansion mondiale tenu k Mons a pris Tinittative. Une CloaumssioQ a été nommée.
PL3UCATI0NS DE L'INSTITUT
Institut de France. Rapport sur le prix Osiris à décerner en 1906 ( 100,000 fr.) par M. le comte d'Hausson ville. In-4**» Paria, Firmin-Didot , 1906.
Institut de France. Acadêode des Bêotur-Arls. Notice sur la vie et les travaux de M. Bouguereau, par M. Fr. Flameng. ln-4\ Paris, Firmin-Didot, 1906.
Institut de France. Académie des Beaux-Arts, Règlement de l'Académie de France à Rome. 1 broch. in-ia, Paris, Firmin-Didot, 1906. H. D.
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