LE LEGS FRANKS
tous nos biens. Us laissèrent les mules , mais les charges qu elles portaient furent coupées et enlevées. Elles contenaient des ornements d'or et d'argent, quelques coupes d'or, une idole en argent, une autre en or et aussi une sorte de collier. Plusieurs de ces objets avaient été découverts à Khandian (Kabadian), dont les ruines sont submergées par TOxus ; mais à certains moments de Tannée, quand le fleuve est à sec, Ion y pratique des fouilles et Ton y trouve des bijoux et des monnaies de grande valeur. Mes compagnons et moi-même achetâmes ces choses, étant effirayés à la pensée de porter sur nous de l'argent parce que Abderrahman , émir d*Afganistan , était à Kunduz et levait un tribut sur les voyageurs et leurs marchandises pour lentretien de son armée. Il nous fut dit que Tidole et le collier étaient du temps d'Alexandre le Grand. La valeur du trésor était de quatre-vingt mille roupies, et par suite de votre intervention, nous en avons recouvré pour cinquante-deux mille. »
Les trois marchands, qui se nommaient Wazi-ed-din, Ghulam Mohammed et Chuker Ali , étaient dans l'habitude de voyager entre Khiva , Samarkand et l'Inde et quelquefois atteignaient Amritsar. Les principaux objets de leur commerce étaient le thé et la soie. Aussi bien expliquèrentils au capitaine Burton que « c'était en apprenant qu' Abderrahman levait des tributs sur les caravanes, qu'ils avaient cru sage de convertir leur argent en objets de nature à être cousus dans des sacoches de cuir et à passer pour des marchandises ».
J'ai fait observer combien étrange est la conduite de ces marchands qui se détachent du convoi et s'engagent sans escorte dans un pays infesté de brigands , alors qu'ils transportent un trésor valant quatre-vingt mille roupies. J'ajouterai que les brigands qui, au lieu de fuir, s'arrJtent dans le voisinage d'un camp anglais pour se partager le produit de leur larcin ne sont guère moins insoucieux que leurs victimes. Si bien qu'un serviteur peut s'échapper, ramener des secours à point nommé et réparer l'imprudence de ses maîtres. N'y aurait-il pas une mise en scène habilement préparée pour donner de Tauthenticité à des monuments dune valeur discutable ou, du moins, pour leur valoir de la célébrité, éveiller l'intérêt et exciter la générosité de futurs acquéreurs? Que dire aussi de la singulière idée de négocier une restitution partielle alors que par la force il était possible de rentrer en possession de tous les objets volés ou de se saisir des voleurs ?
Il y a mieux.
Jusqu'ici, et à supposer même que durant la longue et critique période qui s'écoula entre sa découverte et le moment où il fut rendu à ses premiers acquéreurs , le trésor n'ait souffert que du fait de la sous-
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traction et de la division, H allait connaître les périls bien autrement graves de l'addition et de la multiplication. Il les courut durant le stage quil fit entre les mains des marchands de Rawal Pindi à qui ie vendirent les trois Bokhariotes et a qui Tacheta plus tard le général sir Alexandre Cuningham.
11 est, en effet, bien connu que les marchands du Nord-Ouest de rinde reçoivent des antiquités d'époques très différentes découvertes au dedans ou au dehors des frontières. Gomme elles abondent dans leurs magasins, ils mêlent des objets d'origines diverses, ajoutent aux uns, retranchent aux autres, incorporent des faux et composent ainsi des trésors qu'ils placent sous le patronage de quelques monuments assez beaux pour attirer l'attention du monde archéologique et faire participer de leur édat tout f ensemble d'un lot.
C'est ainsi que le cylindre perse rf i i 4 , le disque n° 2 4 et l'ibis n"* i o furent reproduits en or et que leurs contrefaçons, envoyées en Angleterre, furent acquises par sir Augustus Wollaston Franks, bien avant qu on ne lui eût proposé les originaux présumés.
Dans de pareilles conditions , on conçoit combien il faut se montrer circonspect avant d'attester fauthenticité d'objets composant la collection désignée sous le nom de trésor de l'Oxas.
L'auteur de fouvrage ne se dissimule pas la difficulté de sa tâche. H pense cependant « qu'après le triage opéré par le donateur lorsqu'il eut en sa possession les copies et les originaux présumés , et bien qu'il reste sans doute beaucoup de monuments équivoques, en revanche la justice demande que l'authenticité de certains d'entre eux soit acceptée comme évidente ». Et il ajoute : « à quelques exceptions près, le trésor dans son ensemble doit être considéré comme l'addition la plus importante à nos connaissances d'une période jusqu'ici très pauvrement représentée dans nos musées >.
M. Dalton aborde alors la discussion et, comme son devoir l'y invite, il cherche dans la comparaison avec des objets passant jusqu'ici pour authentiques des preuves en faveur du legs Franks. Mais qu'il me permette ici une objection. Si parmi les témoins appelés, il en est qui soient eux-mêmes les produits d'ateliers analogues à ceux de Rawal Pindi, que reste-t-il de sa démonstration ? Qu'en reste-t-il , si ces témoins , fussent-ils à l'abri du soupçon , ont servi de modèles aux faussaires ? Suivant que l'on rejette ou que l'on admette l'une de ces hypothèses la preuve est forte ou bien fragile.
Cette discussion très patiente et très consciencieuse terminée, M. Dalton aborde deux autres problèmes.