LE LEGS FRANKS
A quelle période faut-il faire remonter les objets compris dans la collection ?
Quelle fut Torigine première de ces mêmes objets ou, pour mieux dire, la patrie des artistes et des ouviiers qxd les fabriquèrent?
La réponse à la première question serait donnée par les monnaies extrêmement nombreuses trouvées, dit-on, en même temps que les bijoux, et la période s étendrait du règne de Darius fils d'Hystaspe à cdui d'Euthydemus; elle comprendrait, en conséquence, trois siècles. Mais encore se pose la même question : M. Dalton est-il bien certain de ia valeur documentaire des monnaies et, fussent-elles antiques, nen a-t-il pas été ajouté ou soustrait quelques-unes à Rawal Pindi ?
Relativement au deuxième point, Tauteur pense qu'il existait en Perse, comme il exista plus tard dans Tempire romain, un style moyen tel qu'on fabriquait en Bactriane les mêmes objets qu'en Susiane ou en Arménie. Il reconnaît cependant la prédominance d'influences diverses et il les explique en disant que les trésors antiques de la Perse étaient composés lentement et d'objets acquis sur toutes les frontières de lempire.
M. Dalton a peut-être raison. Et pourtant la même objection se présente toujours. C'est celle tirée des vastes dépôts de Rawal Pindi, où, de l'aveu général , s'amalgament et au besoin se complètent des antiquités de toute provenance. Faute d'un procès-verbal, fût-il dressé trois ans après la découverte par le capitaine Burton, qui oserait dire dans quelle proportion les objets trouvés en 1877 sur les bords de l'Oxus figurent au British parmi ceux composant le legs Franks ?
Il semble que dans une discussion aussi délicate, aussi épineuse il fallait faire état des témoins, mais il convenait aussi de se préoccuper du style. Je sais combien est vague et précis à la fois ce que les arts, les lettres et la science archéologique nomment le style. Il en est un peu du style comme de l'odorat, comme du goût. Personne n'est capable de définir l'odeur de la rose ou du jasmin , le goût de l'orange ou de la pêche et chacun distingue leur parfum et leur saveur. D'autre part, des études appropriées et une longue fréquentation des documents développent dans un autre ordre d'idées une sorte de tact intellectuel dont la finesse des sens donne une image matérielle très grossie. C'est peut-être ce tact intellectuel qui, dans une certaine mesure, fait défaut à l'auteur; je le dis à regret, car son travail, excellent à bien des ^ards, dénote des recherches étendues, une érudition solide, de la m^hode et une intelligence curieuse.
Je conviens que le triage était difficile. Puis, il s'agit de pièces
qui appartiendraient à une période de décadence , et l'on sait quà toutes les époques et dans tous les pays les arts qui se meurent ou qui sont exercés par des mains ignorantes ont des traits communs. Encore est-il des caractères particuliers h une race, à un siècle, à un pays. Chargez un tailleur de pierre ignorant , né au cours du siècle dernier, de composer une moulure et, si maladroit soit-il, il ne la profilera pas comme leût profilé un manœuvre employé sur les chantiers de Notre-Dame. De nos jours, à n'écouter que leur goût et leur instinct, un maçon de village finançais et un maçon de village persan ne construiront pas des maisons sur le même modèle et , s'il se trouve de mauvais décorateurs dans chacun de ces deux pays, tenez pour cerlain que jamais le hasard ne guidera leur pinceau ou leur ébauchoir dans le même chemin et que jamais ils n'enfanteront des œuvres que l'on puisse confondre.
Aussi bien suis-je surpris que l'on accorde un brevet d'authenticité à la plaque reproduite planche VIII et qu'on la classe parmi les monuments perses du v* siècle, alors qu'elle n'a aucun style et que sa physionomie louche prévient contre elle dès qu'on la regarde. À la considérer de plus près, l'on reconnaît, en effet, qu'elle est une copie mal interprétée d'un monument assyrien du vin* siècle. L'Assyrie a fomiii la forme et la disposition générales , le sujet du décor cynégétique et la tiare royale donnée k tous les chasseurs, bien que cette coiffure ne soit attribuée en Perse qu'aux taureaux androcéphales du porticjue Viçadahyu et du palais aux cent colonnes de Persépolis. Des critiques analogues s'adressent à la patère de la planche VII et à la plaque de la planche IX, inspirées partie des mêmes modèles assyriens, partie des bas-reliefs sassanides de Tang-y-Bostan , et , pour la coiQure seulement , des bas-reliefs de Persépolis. L'exécution est, au surplus, piteuse et l'amalgame fait avec une insouciance et une maladresse choquantes.
Les objets reproduits planches II, III, IV, IX, X, XI, XII, XIII, XIV sont tous ou presque tous dans le même cas.
Le cylindre de la planche XV a eu des avatars. Comme je l'ai expliqué, il apparut d'abord en or massif. Cette matière, précieuse mais insolite quand il s'agit de cylindres , inspira quelques soupçons qui furent confirmés par l'arrivée ultérieure du modèle de pierre auquel le donateur reconnut, cette fois, les caractères d'une indiscutable authenticité. Sir Augustus WoUaston Franks eût été mieux inspiré en persévérant dans le doute, du moins à mon avis.
L'artiste a gravé sur le cylindre un sujet militaire. Deux guerriers, portant l'uniforme perse, piétinent trois cadavres et blessent mortellement deux soldats, dont les jambes sont protégées par les cnémides
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caractéristiques des hoplites grecs. Dans le ciel vole , sous trois formes différentes, le génie de la royauté. On sent, à ce détail, la préoccupation de multiplier les preuves d'authenticité , préoccupation qui n'eût pas hanté un Perse et que ne trahit du reste aucun monument connu. J'aurais bien quelques observations à formuler relativement à la robe médique, — sa draperie et ses plis ne sont pas très corrects, — mais la critique la plus grave porte sur le costume de lun des ennemis blessés. Il est coifl'é du bonnet perse et chaussé de cnémides. S'il s'agit d'un barbare , pourquoi les cnémides.^ S'il s'agit d'un hoplite, pourquoi ce boimet? J'ajouterai que le sujet n'est pas nouveau sur les pierres gravées de style perse. Aussi bien, l'auteur du cylindre, un artiste habile d'ailleurs, a-t-il voulu donner une note originale à son œuvre, mais comme il avait été mal inspiré en multipliant le génie de la royauté et en le représentant sous toutes ses formes , il l'a été encore en déguisant des barbares en guerriers grecs.
Me sera-t-il permis d'adresser à M. Dalton une dernière observation. Elle est de pure forme et passe au surplus par-dessus sa tête. Cette fois , la grammaire est seule enjeu, et peut-être suis-je bien audacieux, étant donné que l'ouvrage est écrit en anglais.
Pourquoi a-t-il laissé le nom de trésor [treasure) à cet ensemble disparate où les monuments faux et les monuments vrais voisinent, et où, dans cette dernière catégorie , les temps et les pays d'origine sont à ce point confondus que personne n'ose soutenir qu'ils ont été trouvés ensemble ? Ce mot de « trésor », quand il est employé par un archéologue français, a une signification spéciale et désigne un ensemble d'objets découverts dans un même lieu et dans des circonstances telles qu'aucun doute ne saurait planer sur f authenticité d'aucune pièce. Je crois que les savants anglais attribuent le même sens au mot de « treasure ». Alors il est impropre en l'espèce et il eût fallu recourir à un autre mot. Mais je m'arrête, car je ne voudrais pas faire une querelle de pédant et, d'ailleurs, il est temps de conclure.
En définitive, l'impression que j'ai éprouvée et que j'ai rapportée apn>s avoir eu sous les yeux les diverses pièces de la collection et les avoir longuement examinées, c'est qu'entre les meilleures, tel le bracelet du South Kensington Muséum reproduit planche XVI, sous le n** 116, et des imitations parfois grossières, il se trouve une série de monuments bâtards. Ce sont des objets antiques restaurés, surchargés d'ornements et surtout de dessins destinés à en augmenter la valeur marchande et qui leur donnent , au demeurant , un caractère de fausseté auquel on pourrait se laisser tromper. Je citerai, entre autres pièces de la collection, la patère de la planche VU et le disque de la planche IX, pièces auxquelles
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les artistes indiens ont ajouté, à ia première, des lions et, à la seconde, une chasse. Quand elles furent découvertes , elles devaient être dans Tétat des coupes portant les numéros 19, 20, ai et 180, c'est-à-dire tout unies, comme les plaques repoussées inscrites sous les numéros 48, 4 9, 5i, 69, 70, 71, 74, 75, 8l\, 86, 89, 92, 93, 9/4, 99. J'écris à dessein «quand elles furent découvertes» et je les crois, en effet, antiques, parce que je n'admets pas que de nos jours et de propos délibéré l'on ait fondu, martelé ou laminé de Tor dans l'unique dessein d'y estamper les figures qui les déparent et les déprécient.
Marcel DIEULAFOY.
Paul Mantoux. Im Révolution industrielle au xviii'^ siècle. Essai sur les commencements de la grande industrie moderne en Angleterre. 1 vol., 544 p. in-8^ Paris, Société de librairie et d'édition, 1 900.
Le livre que M. Mantoux rient de présenter à la Faculté des lettres de Paris , pour obtenir le grade de docteur, mérite l'attention , tout d'abord par l'importance du sujet, l'un des plus considérables et des plus négligés de l'époque moderne. « La grande industrie, dit l'auteur dès son introduction, dans l'ordre économique, la science positive dans l'ordre intellectuel, la démocratie dans l'ordre politique sont les forces maîtresses qui dirigent le mouvement des sociétés contemporaines. » Il est certain qu'on a eu le tort jusqu'ici , en France , de moins étudier cette révolution industrielle que l'œuvre des philosophes du xvni* siècle , ou que la révolution démocratique de 1789, et même de ne la pas étudier du tout. Il suffira de parcourir la bibliographie très complète que M. Mantoux a disposée à la fin de son étude : les livres français y tiennent bien peu de place, à côté d'études anglaises comme celles de W. Cunningham, de Toynbee ou de Thorold Rogers, des recherches de Kari Marx, de Schmoller, de Held surtout et de Schulze- Gœvernitz.
C'est sans doute parce qu'à l'origine, la constitution de la grande industrie moderne et les premières conséquences de cet immense efifort économique ont été des phénomènes particulièrement anglais. C'est
aussi parce que ces phénomènes ont évolué de 1770 à 1801, juste au moment où la Révolution française occupait l'Europe et semblait à elle seule en déterminer Thistoire.
Peu à peu les Français doivent apprendre à se rendre compte qu a côté, à rencontre parfois de leurs idées et de l'action considérable exercée par ces idées sur le monde contemporain, d'autres mouvements de doctrines, d'autres courants de faits économiques et sociaux ont agi, et d'autres pays qu(i le leur, sur les sociétés modernes. Le livre de M. Mantoux nous invite à considérer une révolution économique par laquelle l'Angleterre a donné une nouvelle forme au travail humain , comme la France par la sienne à la conscience des nations.
Le premier soin de l'auteur, pour éclairer sa route , a été de préciser l'objet et l'étendue de son enquête. La révolution industrielle, qui a eu ses origines dans l'Angleterre du xviii' siècle, valait d'abord d'être définie. C'est la constitution de la grande industrie. Mais que faut-il entendre pai* là? Est-ce l'industrie dont les produits se vendent en grand et largement sur le marché international, ou bien celle qui se caractérisa au xvii" siècle, en France, par la protection et le monopole de l'Etat, sous la forme de grandes manufactures royales, ou encore l'industrie qui, suivant l'opinion de Marx, se distingue de la manufacture par l'usage de plus en plus fréquent des machines, et que les Anglais appelleront le système des fabriques (faciory System) ? M. Mantoux a eu conscience qu'un phénomène aussi complexe, qu'une évolution totale dans les conditions et les modes de llndustrie humaine exigeait une définition plus large , mieux ménagée et plus juste. 11 a plutôt cherché , dans le développement du commerce et l'extension du marché, qui ont pour de nouveaux besoins précipité et accentué la division du travail industriel , les origines et la nature de la transformation économique qui s'est accomplie en Angleterre au xviii" siècle.
Prenons le régime de la fabrique anglaise avant cette transformation ; étudions cette vieille industrie nationale de la laine qui , au dire d'Arthur Young, pour le gouvernement et pour la nation était un objet sacré, la base de toute richesse, et par conséquent le type et la règle du régime économique le plus ancien. Elle était répandue incKstinctement à travers le pays, avec une certaine tendance pourtant à se concentrer dans le Vorkshire (Halifax et Leeds), dans le Norfolk (Norwich) et dans le Sud- Ouest, autour du canal de Bristol et de la Manche, dans le Devonshire. Mais dans les régions même où elle s'était le jdus concentrée, c'était plutôt une industrie de villages ou de gros bourgs qu'un régime de véritables centres industriels. Le fabricant, le tisserand, propriétaire à la fois
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d*un champ, dune hutte et dun métier, demeurait le maître de la production. Il possédait ses outils, achetait la matière première et louvrait, en cultivant son champ , pour aller au marché vendre alternativement le produit de sa terre ou de son métier. Telles étaient les conditions de la vie et du travail dans une région industrielle comme celle d'Halifax , décrite au début du xviii* siècle par de Foë , ou dans certaines régions françaises , au temps des métiers domestiques , avant la naissance encore récente de la grande industrie.
Ce n'était point d'ailleurs , à la veille de ce grand événement, l'unique aspect delà production industrielle. En certaines contrées, dans le Sud- Ouest, l'initiative avait passé déjà à des capitalistes, aux marchands manufacturiers qui, comme l'ont fait longtemps les fabricants de soieries de Lyon, achetaient la matière première et, se chargeant de la vente des étoflfes, bientôt mettaient la main sur les métiers et l'outillage. L'artisan était déjà devenu un ouvrier de fabrique, sauf qu'il travaillait à domicile ; il avait cessé d'être maître et propriétaire de la production. « Tous les bourgs autour de Tiverton sont peuplés d'ouvriers , écrit de Foë en 1726, qui dépendent pour leur subsistance des maîtres drapiers de cette ville. » Et déjà l'artisan souffrait, quoique travaillant encore chez lui, de voir son salaire, sa seule ressource désormais, à la merci des marchands, des drapiers, et réduit souvent au-dessous de ses besoins, au gré de leurs exigences. Les conflits du capital et du travail , comme dans le régime des manufactures modernes, résultats de l'exploitation des uns, des souffrances et de l'envie des autres, se marquaient dans des chansons populaires , les Délices des Drapiers , dès la fin du xvif siècle , dans les pétitions des corps ouvriers, dans les grèves enfin accompagnées de violences que parfois le théâtre anglais, avec réalisme, nous a représentées. Sans doute , il n'y avait encore en An^eterre que très peu de ces grandes manufactures dont la royauté et Colbert avaient encouragé la création en France au xvii* siècle. Les grandes usines n'allaient point tarder à paraître partout avec les progrès de la technique , de l'outillage , avec la division nécessaire du travail industriel.
Ces progrès, décisifs dans l'histoire économique et sociale de l'Angleterre, ont fourni à M. Mantoux la partie la plus originale et la plus substantielle de son ouvrage. Il en a voulu connaître les origines, pour en préciser la direction et la portée. « Le progrès de l'industrie, dit-il, était alors presque impossible , s'il n'était précédé de quelque mouvement commercial. Un demi-siècle avant qu'elle devienne la terre classique de l'industrie, le pays des mines, des forges et des filatures, l'Angleterre est déjà un grand pays commerçant. »
A lappui de ce jugement, Tauteur nous montre Fessor commercial et marchand de TAn^eterre provoqué d'abord, à la fin du xvi* siècle, par la mise en valeur des mondes nouveaux, par V Acte de Navigation au temps de Cromwell, et toujours retardé par la conquête des libertés intérieures jusqu'à la Révolution décisive de 1688. Il indique avec mesure et perspicacité le rôle de la bourgeoisie commerçante et ses profits dans cette révolution, son autorité après la victoire des communes sur la royauté , le développement de ses entreprises , Banque , Compagnie des Indes, ces deux points d appui de la politique anglaise à Tintérieur et au dehors. Et comme cette politique tendit de plus en plus, dans les luttes contre la France, entre 1 688 et 1 7 1 3 , à la création d'un empire colonial définitivement constitué au milieu du xvui* siècle, on voit comment, à cette date, ont été réunies et décidées les conditions d'un commerce inconnu de l'Angleterre au moyen âge, supérieur aux opérations des autres nations, France ou Hollande. Un tableau graphique du commerce extérieur de l'Angleterre, de 1700 à 1800, accuse une courbe régulièrement et rapidement ascendante, malgré les reculs ou les arrêts qui ont correspondu très exactement aux trois grandes époques de guerre du xvni* siècle.
C'est parce que l'Angleterre a commencé alors de se donner avec succès au grand commerce que la grande industrie s'est installée et outillée sur cette scène préparée pour les manifestations d'une nouvelle vie, d'une nouvelle forme économique. Voltaire, avec sa clarté d'esprit ordinaire, s'en était aperçu. « C'est parce que les Anglais sont devenus négociants (jue Londres l'emporte sur Paris pour l'étendue de la ville et le nombre des citoyens ; qu'ils peuvent mettre en mer deux cents vaisseaux de guerre et soudoyer des rois alliés. Tout cela donne un juste orgueil à un marchand anglais et fait qu'il peut se comparer, non sans quelque raison , à un citoyen romain. » Ces grands négociants, en rdations d'affaires désormais avec le monde entier, devaient imprimer, consciemment ou non, à tout ce qu'ils faisaient, négoce, industrie, soins de leurs familles ou de leurs fortunes, ambitions privées ou publiques, une forme nouvelle, proportionnée à leurs habitudes de spéculation commerciale et de richesse active. A leur commerce il fallait d'autres moyens de transmission que les foires et les colporteurs du moyen âge : ils créèrent en trente années à peine, de 1760 à 1790, sans recourir toujours h l'Etat, pour leurs besoins et souvent par leurs seules forces, un réseau de routes qui permit l'accélération des services postaux et un système de canaux comparable, toutes proportions gardées, à l'essor des voies ferrées cinquante ans plus tard. Ils rapprochaient ainsi les centres
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de production et d'exportation des pays étrangers. Us ouvraient largement TAngieterre aux marchandises du dehors. Et l'échange, qui faisait leur fortune, allait précipiter le développement dune industrie qui, pour hâter sa production, devait spécialiser la main-d'œuvre, et lui procura l'aide nouvelle du machinisme. Evolution économique qui, justement, coïncida avec une transformation radicale dans le régime de la société et de la propriété en Angleterre.
Cette transformation , la disparition assez rapide au xvni'' siècle de la yeomanry, de la classe des paysans, propriétaires fonciers, au moment où cette classe allait se créer pour tout le siècle suivant en France , a été souvent indiquée et décrite. Je ne sais si elle a été jusqu'ici dans une oeuvre historique française mieux et plus clairement expliquée qu'en celle-ci : les dates du phénomène s'y trouvent très nettement fixées, depuis les symptômes de la crise en lySo jusqu'à l'acte final vers i833. Mais surtout les motifs : une tendance générale à supprimer, par des actes du Parlement de plus en plus nombreux à mesure que le xvin' siècle se poursuit , le système rural des open ou common fields , disons en français , et pour ne pas faire croire par ce terme anglais à une organisation communiste , le système parcellaire. Les parcelles , d'ordinaire rectangulaires, enchevêtrées entre elles, domaines bigarrés de nombreux propriétaires, propriétés véritables, quand il s'agissait d'en récolter les fruits, mais non encloses y pour permettre, après la moisson, la pâture en commun, gardaient, au seuil des temps contemporaiijs , les marques d'un régime social très ancien. A côté, les communaux [ti>aste lands) complétaient l'ensemble des ressources demeurées à la disposition des petits propriétaires.
Alors, à la demande, par l'effort et souvent par l'intrigue et la force des capitalistes soucieux de se créer de gi*ands domaines propices à l'élevage plus rémunérateur, ou à une culture méthodique et intensive, les grandes jwopriétés, réservées à un seul propriétaire, encloses y en vertu d'un acte ^enclosure^ absorbèrent les parœUes disséminées et les communaux partagés et acquis. La valeur du sol anglais y gagna : le petit propriétaire y perdit tout, exproprié, chassé de sa campagne vers la ville et l'industrie, réduit au rang de journalier, ou, s'il réussit, de fermier sur cette terre où il vivait libre et fixé, le plus souvent prêt à chercher ailleurs le bonheur ou même la subsistance.
Ainsi, au moment où le grand commerce maritime et colonial déterminait en Angleterre l'évolution du travail industriel, lui imposait des cadres plus larges et une organisation plus productive, les enclosures et l'accaparement du sol par les grands propriétaires allaient mettre à la dis-
position de ces fabriques une quantité de force humaine sans emploi. « La grande industrie qui nait est, dit Tauteur, comme un pays nouveau au cœur du pays, comme une Amérique vers laquelle les émigrants se portent en foule, avec cette différence qudle se forme en même temps quelle se peuple. » Eln sorte que cette révolution du xviii* siècle anglais, destinée par la suite à des répercussions européennes et mondiales, comme celle de France, quoique très différente d origines, de forme et de formule, brisait tout aussi bien les conditions anciennes de la société, de la richesse , et modifiait à la fois la structure intime , lassiette et f aspect de la nation. Quon se rappelle le point de départ, cette terre, productrice de céréales, au gré et par les soins de son propriétaire, paysan très modeste ajoutant au revenu de son bien le profit dun métier domestique, attaché à son champ, à son cottage sans ambition depuis des siècles. Quelle différence avec l'Angleterre qui se préparait, pays des grands domaines, à culture intensive ou à élevage, propriétés de quelques citoyens qui exploitent ou afferment, constituées à la suite dun exode véritable des cultivateurs anciens vers les villes chaque jour plus nombreuses et plus importantes, de la transformation rapide de lartisan domestique en ouvrier de fabrique et d'usine !
On ne saurait trop louer M. Mantoux d'avoir réuni avec tant de patience et noté avec tant de mesure et de perspicacité les traits assez épars et les modes assez complexes de ces états très différents de la société anglaise, à Tépoque décisive qu'il se proposait d'étudier. Ainsi le lecteur est conduit avec méthode et s'en va, avec une confiance que je a*ois justifiée, à l'examen du problème essentiel : ce que l'auteur appelle grandes inventims et grandes entreprises , éléments principaux de la production industrielle, dans l'Angleterre moderne et dans le monde contemporain.
Toujours préoccupé de définir ce qu'il nous invite à examiner, l'auteur, arrivant au machinisme, a cherché la définition delà machine. Gomment la distinguer de l'outil que fhomme a employé de temps immémorial ? L'une et l'autre simplifient le travail humain , en supposant {dus ou moins toujours l'activité humaine. Et pourtant un métier Jacquard est pkis qu'un outil. Pour M. Mantoux , la différence est que Toutil suppose l'action incessante de fouvrier, de sa main , de son intelligence même , que la machine est au contraire une sorte de main artificielle, un mécanisme mis en action, surveillé par l'ouvrier, sans doute, mais capable d'exécuter à lui seul les mouvements composés d'une opération technique. Je ne sab pa^ si la distinction ainsi formulée peut suffire et si , en poussant davantage* à voir par exemple la traction mécanicpe de plus en plus substituée à la traction animale dans l'industrie des transports on «n
agriculture , on ne devrait pas plutôt signaler Tinvention et lemploi des machines comme uçe tendance à la diminution graduelle de la force ou de rhabileté de travail des êtres animés en général.
Quoi qu il en soit , cette tendance s*est surtout marquée en Angleterre au xviu* siècle, et dans les industries textiles, dans celle du coton, si bien que Schulze-Goevemitz a pu intituler une simple monographie de l'industrie cotonnière : Étude sur la grande industrie. Déjà une machine à tricoter les bas [stocking frame) , inventée par William Lee en 1898, compliquée et coûteuse, avait, dès le xvn* siècle, inauguré autour de Nottingham le régime de la fabrication capitaliste. Et de même la machine à fabriquer Torgansin , qui , importée dltalie par Thomas Lombe en 1 7 1 8, déterminait dans une île de la Derwent pour Tinaustrie de la soie la création d'une véritable et grande usine. Mais une industrie nouvelle , comme celle du coton, devait mieux se prêter à l'emploi des machines, en sollicitait même lusage. Au moment où les tisserands anglais sessayèrent à tisser une matière qui leur était moins familière qu aux ouvriers hindous, et tandis que le Pariement, interdisant l'importation et l'emploi des calicots imprimés d'Orient recherchés du public , poussait sans le vouloir les fabricants à offrir des cotonnades, Manchester, pourvue par le port de Liverpool, largement ouvert au commerce colonial, des modèles et de la matière première , attendait pour ainsi dire l'invention mécanique propre à faire sa fortune et à susciter ses fabriques.
Le point de départ fut la navette volante de John Kay (1 ySS ) , qui, en accélérant le tissage, en multipliant ses produits, rendit nécessaire une production de fil plus abondante , à laquelle le rouet ne pouvait suffire. Alors la machine àfder de Lewis Paul et de John Wyatt apparut , brevetée en 1738, employée dans la première usine de coton anglaise, celle d'Edward Cawe, à Northampton, jusqu'en 176/4. Et bientôt les grandes inventions , la spinning jenny et le waterframe ( 1 768.) , le rouet à plusieurs fuseaux, comme on Ta appelé, ou le métier hydraulique, puis la réunion ou combinaison de ces deux machines dans la mule jenny qui , par les soins de Crompton , donna les fils à tisser les plus résistants et les plus fins, et enfin l'obligation de tisser plus vite un fil produit en surabondance qui conduisit Cartwright à la découverte nécessaire et d'abord maudite de la machine à tisser, tout cela en trente années (1770-1800), achevait la constitution définitive de la grande industrie du coton.
M. Mantoux nous a montré, figures très vivantes et très diverses, les ouvriers de cette évolution; les uns, comme James Hargreaves et John Kay, ou Thomas Highs et Crompton , artisans ingénieux , inventeurs malheureux de mécaniques qui déterminèrent presque à leur insu la grande
industrie; d'autres, spéculateurs et lanceurs de nouveauté , peu scrupuleux et très hardis, dont le type fut bien Arkwright, barbier et marchand de cheveux , propriétaire de nombreuses fdatures et riche à sa mort de douze millions , avec le brevet du water frame qiul prit aux dépens de Thomas Highs. Et, entre ces physionomies extrêmes, les types moyens, les Peel développant leur fabrique avec Taide de Tinventeur de la jenny, et formant toute une dynastie d'industriels et d'hommes d'Etat, ou encore les Horrocks de Près ton.
Déjà , ceux de ces fabricants qui ont réussi par leur audace et l'emploi opportun de leur capital à la fin du xvin* siècle sont devenus , en groupant les machines et les ouvriers toujours plus nombreux dans leurs fabriques, de grands manufacturiers. Ils ont concentré les hommes, les capitaux, le travail dans certains districts, au Sud du Lancashire, au Nord du comté de Derby et en Ecosse, dans la vallée de la Clyde. Chefs de véritables armées industrielles , ils ont occupé et ils gouvernent certaines régions que bientôt ils vont disputer aux anciens gentilshommes , quand toutes les industries textiles se seront transformées de même, par exemple les filatures de laine dans le Yorkshire : leur succès définitif fut, comme le triomphe et le progrès universel de la machine , l'effet du développement simultané de la métallurgie anglaise , et en dernier lieu des machines à vapeur.
Nous avons peine à nous figurer un pays anglais qui n'ait pas toujours été un grand pays métallurgique. La métallurgie est pourtant une industrie toute récente relativement dans ces îles où, en 1720, soixante hauts fourneaux à peine produisaient 17,000 tonnes de fonte, moins qu'un seul de nos grands hauts fourneaux , et en produisaient trop encore au gré des patriotes inquiets de la ruine et de la dévastation des forêts. Ce fut justement quand le combustible menaça de manquer qu'un propriétaire de forges de Coolbrookdale, près de Wolverhampton , dans les Midlands, imagina de fondre le minerai de fer à la houille, depuis longtemps connue et employée , mais à d'autres usages et moins qu'aujourd'hui. L'initiative d'Abraham Darby, succédant aux longs efforts de son père, est couronnée de succès en 1780; cinquante ans plus lard (1781 ) la découverte de Cort , qui sut employer la houille par le puddlage à l'affinage de la fonte et à la production du fer malléable, sont les deux grandes dates, les faits essentiels qui ont marqué l'essor de l'industrie du fer au delà de la Manche.
Dès. que les progrès des forges n'ont plus été soumis aux exigences de l'emploi du bois dans la région, la création de grands établissements métallurgiques est devenue < possible. Il est même devenu nécessaire
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de produire par grandes quantités. L'industrie du fer et de la houille s est concentrée dans certaines contrées, dans le Middland, le pays de Galles, les basses terres d'Ecosse, le Yorkshire et le Northuniberland. Et plus encore que les industries textiles, la métallurgie, en se concentrant, a fourni des types de manufactures et de fabricants qui font penser à de vrais Etats, à des souverains. C'est la dynastie des Darby, toutepuissante, ou le gouvernement de Bradley, dont le maître autoritaire et énergique Wilkinson, plus riche que bien des princes, battait monnaie, avec la devise : iron master, ou la succession des Crawshay au pays de Galles, qu'on saluait du titre de rois du fer, ou la maison établie à Carron en Ecosse, hospitalière à James Watt entre toutes, et célèbre dans le monde tout autrement, par l'invention des Garonades. L'emploi du fer chaque jour plus général , pour deà ponts même déjà et des bateaux , nouveauté alors qui fit grand bruit, achevait le triomphe du machinisme. « Il nous manque , disait La Rochefoucauld-Liancourt parcourant l'Angleterre en 1786, le premier des arts, celui de travailler le fer. C'est le seul moyen de multiplier nos manufactures en grand et de nous mettre à l'^al des Anglais dans la concurrence. »
Ce témoignage d'un étranger est la preuve décisive de la transformation qui venait de s'achever en Angleterre. Cette date de 1*7 8 6- 1*787 correspond presque à notre Révolution française : elle est le point de départ d'une révolution économique aussi considérable pour les destinées du monde, par TeBort du génie de Watt et la ténacité de son associé Bouiton. Au Nord de Birmingham, la fabrique de ferronnerie de Soho, fondée en 1759 par Bouiton, « le premier des manufacturiers anglais », s'ouvrait en 1773 à la. machine à vapeur inventée par Watt dix ans plus tôt. L'inventeur et son patron durent soutenir pendant dix ans encore la lutte contre la routine ou la fraude.
Mais le moment vint où les gens de Londres, de Manchester et de Birmingham, à k grande joie de Watt, eurent la tête tournée [steammill mad) par les machines à vapeur. On vit la machine nouvelle s emparer victorieusement de l'industrie métallurgique, y sceller l'alliance de la vapeur et du fer, toute-puissante dans l'avenir, pénétrer le monde des meuneries, moulins et minoteries, accélérer la transformation des filatures. En 1 803 , un Suédois note qu'il y a en Angleterre autant de machines à vapeur qu'en son pays de moulins à eau ou à vent. Partout, en effet, où l'on pouvait se procurer de la houille, la machine s'installa. Au lieu de demeurer subordonnée à la présence des forêts qui formaient le combustible ou des cours d'eau qui donnaient le mouvement, les industries allaient se concentrer chaque jour davantage en Angleterre,
auprès des marchés de la matière première, à portée des villes qui leur offraient la main-d'œuvre, et où la main-d'œuvre à leur demande afflua. La vapeur et la houille achevaient de fonder les grands centres industriels, ces formes et ces formules de la société moderne.
« La grande industrie , dit avec raison M. Mantoux, dans sa conclusion , qui est un chapitre d'histoire sociale d une grande portée , a marqué de son empreinte la société moderne , en Angleterre d'abord , puis dans tous les pays civilisés. »
Elle a eu d'abord une action, sinon exclusive, du moins certaine, sur l'accroissement rapide de la population dans les pays industriels. « C'est le travail, écrivait Young alors, qui suscite la population. » L'Angleterre, qui pendant tout le xviii' siècle avait cru se dépeupler, s'aperçut avec les progrès de la grande industrie que la nation avait doublé et commença à s'inquiéter de l'excès, après avoir redouté le défaut. La théorie de Mâlthus porte et conserve essentiellement la date de ces changements importants et des craintes que chez certains Anglais ils ont provoquées. Elle n'a pas d'ailleurs fait fortune en Angleterre, oii depuis lors on s'est habitué à considérer cet excès de population comme une ressource sans prix pour la nation , « armée de réserve de la grande industrie » , selon la parole de Marx , ou germes abondants de langue et ^e civilisation utiles à disperser pour la grandeur de l'empire anglo-saxon aux quatre coins du monde.
Par des cartes prises à des moments d'histoire différents, 1700, I ySo, 1801, 190 11 l'auteur a montré les progrès de la population anglaise depuis l'apparition de la grande industrie. Ce que ces cartes d'ailleurs enseignent le plus clairement, c'est l'effet le plus marqué de ces phénomènes économiques sur la population, la concentration du peuple dans les régions industrielles du Lancashire, du Stafiordshire , et l'apparition de villes si nombreuses qu'elles sont devenues, à côté des époques précédentes, les caractéristiques de la nôtre. Ce qu'avant 1750, en Angleterre, on appelait une grande ville, c'était toute localité de plus de 5,000 habitants. Ce qui distingue les cités anglaises de ceUes du continent, au début du xa' siècle , c'est déjà le nombre des villes de 5o,ooo habitants ou davantage, Manchester, Birmingham, Leeds, Liverpool. Grandes fabriques où les ouvriers se divisent la besogne , et dont la machine est l'âme; grandes villes, marchés et fabriques réunis on rapprochés, régions où s'accumulent les villes et les manufactures, tel est désormais l'aspect extérieur de l'Angleterre, tel sera de plus en plus l'aspect des pays qui suivront le pays anglais dans cette voie de développement industrie.
El la structure intime de la nation s'en est trouvée, politiquement, socialement aussi, toute transformée. Une espèce sociale nouvelle de manufacturiers est née avec la grande industrie. Pour établir ces grandes entreprises, les pourvoir et les soutenir, il fallait à la fois Tesprit et les ressources du commerce, les capitaux et la hardiesse. Et ces grandes entreprises, à leur tour, ont développé la richesse, l'esprit de spéculation, mettant chaque jour un écart plus grand, presque infranchissable entre les chefs et les soldats de cette armée industrielle. A TAngleterre du X viii' siècle , gouvernée par la gentry des campagnes , est venu se substituer, ou plutôt s ajouter un autre pays anglais, déjà soumis au gouvernement, parfois bienfaisant, parfois arrogant dune aristocratie nouvelle. Le bien et le mal varient, suivant les types, avec un Boulton courageux et tenace, un Wegwood, créateur dune grande région industrielle, le district des Poteries , artistes et commerçants et tous deux réellement préoccupés de liberté et de bien-être général, ou avec d'autres industriels, parvenus vaniteux, ivrognes et débauchés, qui étalaient un luxe fait souvent de la misère de leurs ouvriers. Ce qui ne varie pas , c'est la conscience de leur puissance inspirée à ces hommes par le succès et surtout par l'action victorieuse de leurs machines. La vieille noblesse et la royauté s'inclinaient déjà devant ces parvenus, à qui la réforme électorale de i832 allait donner enfin une influence gplitique en rapport avec leur richesse et leur situation sociale.
La grande industrie a fait, d'autre part, un peuple de travailleurs également nouveau. Après quelles résistances contre les machines, contre les fabriques même, où ce fut d'abord un déshonneur de s'embaucher, ce peuple s'est-il formé , et quelles ont été ses origines misérables , M. Mantoux a bien résumé toute cette histoire du premier prolétariat de fabrique qui ait paru en Angleterre. Des enfants assistés fournis, vendus par les paroisses , des femmes abandonnées , les paysans chassés de leur village par l'extension des grands domaines , tableau lamentable d'ignorance et de misère qui fait un contraste pénible avec les progrès de l'industrie et la fortune des grands manufacturiers.
Ce ne fut cependant pas au début l'industrie nouvelle qui parut responsable de cette misère. Arthur Young même pouvait estimer les salaires ofierts par l'Angleterre industrielle aux travailleurs des manufactures plus élevés que ceux d'aucun autre travailleur du monde. Les fabriques ont attiré les populations de la campagne par des gains plus élevés. Elles leur paraissaient donc bienfaisantes. Ce qui est certain, c'est que de toutes manières, soit par nécessité, soit par espoir du gain, dans les centres industriels, le prolétariat industriel s'est constitué, et que dans
LES ORIGINES DE LA GMNDE INDUSTUIE EN ANGLETERHE. 321
ces centres nouveaux, théâtres d'une activité intense, se sont affirmées, par le contraste de l'extrême richesse et de l'extrême misère , les données du problème social contemporain. C'est dans cette Angleterre du début du XIX* siècle que Marx a surtout cherché ses comparaisons, ses preuves, éléments essentiels de sa doctrine : Robert Owen lui en avait donné l'exemple quand il écrivait ses Observations sar les conséquences da système de fabrique.
Ainsi, les conséquences de la grande industrie ont pu autant agir sur l'humanité contemporaine que les idées et les leçons de la Révolution française. M. Mantoux s'est borné à étudier cette action en Angleterre jusqu'au moment où elle a cessé d'être anglaise pour devenir européenne, universelle. Son étude n'en sera pas moins très féconde, justement parce quelle aura été limitée, précisée selon les règles de la méthode scientifique , et que ses conclusions solides , mesurées , méthodiques , serviront, je le pense, de point de départ et d'appui à d'autres recherches analogues, jusqu'ici trop négligées.
Emile BOURGEOIS.
I. Il y a cinq ans, M. G. Darboux, l'éminent secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, exposait, ici même^*^, la genèse et les débuts d'une œuvre grandiose, due à l'initiative de la Société Royale de Londres, la publication d'un Catalogue annuel de tous les ouvrages et articles parus dans les périodiques du monde entier, et se rapportant à ce qu'on appelle les sciences pures, par opposition aux sciences appliquées.
Après trois conférences internationales (de 1896 à 1900) et l'institution du Conseil international chargé de surveiller le travail du Bureau central de Londres, cette œu\Te était sortie du domaine théorique et voici comment M. Darboux la caractérisait vers le milieu de l'année 1901 :
A ia première réunion du Conseil, qui a eu lieu le 13 décembre 1900, il a été décidé de commencer ia préparation du Catalogue à partir du 1" janvier 1901. Ijes
^*) Journal des Savants , 1901, p. ^65- Balletin des sciences mathématiques, nu- 473. Cet article a été reproduit dans le méro de mars 190a.
SAfANTS. 43
mritllllftll RATIOIAU.
France.
Belgique.
Allemagne.
Autriche.
Italie.
Japon.
Éuta-Unis.
Canada.
Grande-Bretagne.
Suisse.
322 J. DENIKER.
traités pour i*impressioii et i*édition du Gitsdogue ont été approuvés. Pour pallier ieâ inconvénients, très grands selon nous, qui résultent de ia suppression du catalogue sur fiches, il a été décidé que le Catalogue sera imprimé sur deux colonnes et que Ton pourra livrer à tous ceux qui en feront la demande des exemplaires pour lesquels l'impression sera faite sur un seul côté de chaque feuille de papier, ce qui permettra de découper les volumes et de coller les titres sur des fiches ayant les dimensions habituellement employées par les bibliothécaires.
Chaque édition annuelle du Catalogue aura 17 volumes, dont le prix sera de 17 livres sterling pour les Gouvernements participants et d'environ 18 livres pour les particuliers.
Le D' H. Forster Morley a été nommé directeur du Bnreau amiral. Ce bureau est installé à Londres dans le Strand, 34 et 35, Southampton Street, et Ton y travaille déjà à la préparation du Catalogue pour Tannée courante.
En ce qui concerne les Bureaux régionaux, les nouvelles sont au moins aussi satisfaisantes. Au mois d'août dernier, des Bureaux régionaux pourvus de toutes les ressources nécessaires avaient été constitués dans les pays suivants :
Norvège. C>oloDie du Cap.
Pays-Bas. Hongrie.
Danemark. Portugal.
Inde. Grèce.
Mexique.
Depuis, le mouvement s*est accentué : TAcadémie de Cracovie a offert d'analyser tous les journaux écrits en langue polonaise ; la Russie a constitué son Bureau régional sous la direction de M. le professeur Faniintzine, de l'Université de Saint- Pétersbourg ; la Finlande , rAustralie s'occupent des meilleurs moyens de cataloguer leur littérature scientifique. Le succès étant assuré, il est clair qu'aucun pays ne voudra être oublié.
Déjà les Bureaux régionaux ont envoyé 5,ooo fiches au Bureau central. Celui-ci ne reste pas inactif; il a publié en anglîds les classifications et les instructions aux Bureaux régionaux. Tous ces documents ont été traduits en français, en italien et en allemand par les soins des Bureaux régionaux. Ces traductions ont paru ou vont paraître incessamment, ainsi que les listes des périodiques à analyser, accompagnées des abréviations propres à désigner chaque périodique. Nous avons déjà reçu la liste des périodiques français; elle comprend exactement 853 numéros. Les listes relatives à l'Allemagne , à la Grande-Bretagne et à plusieurs autres pays ont également paru.
L'avenir financier de l'œuvre se présente aussi sous l'aspect le plus encourageant. Les contributions des différents pays ont revêtu la forme de promesses de souscriptions annuelles à un certain nombre d'exemplaires complets du Catalogue, ou à leur écpiivalent en volumes séparés pendant ia période 1901-1906. La liste des souscriptions doit dépasser à ce jour 35o exemplaires.
L'œuvre peut donc être considérée comme fondée ; elle sera contrôlée périodiquement par une Convention internationale qui se réunira à Londres en 1906, puis en 1910, et ensuite tous les dix ans. Cette Convention s'occupera de l'examen et, 8*il y a lieu, de ia revision des règles cpii ont été adoptées pour la publication du Catalogue. En tout état de cause, ces règles ne pourront donc être modifiées avant l'année 1906.
Dans l'intervalle entre deux réunions consécutives de la Convention interna-
tioBide, radministratioa du Catalogue inoombe an Conseil international. Ce Conseil, qui vient de se réunir à LoïKlres, a décidé que rimpreswon du Catalo^^ue commencerait incessamment.
II. Le grand savant qui vient d'être cité nous montre l'œuvre débutant sous de bons au^ices. Son développement ultériair a pleinement justifié toutes les espérances. On pourra »en rendre compte par Texposé qui suit.
Les Bureaux régionaux constitués au commencement de 1 année 1 901 étaient au nombre de ^4; depuis, d'autres ont été créés, de sorte qu'à la fin de 1906 il en existait 33, représentant ks pays suivants : Allemagne, Australie de l'Ouest, Australie du Sud, Autriche, Belgique, Canada, Colonie du Cap, Danemark, Egypte, Elspagne, Etats-Unis, Finlande, France, Grande-Bretagne, Grèce, Hongrie, Inde, Italie, Japon, Mexique, Nouvelle-Galles du Sud, Nouvelle-Zélande, Norvège, Nouvelle-Ecossp , Colonie d'Orange River, Pays de langue polonaise, Pays-Bas, Portugal, Queensland, Russie, Suède, Suisse, Victoria.
Comme on le voit, tous les pays du monde civilisé ont adhéré à l'entreprise, à l'excq)tion de la Roumanie, de la Bulgarie, de la Serbie et des Républiques sud-américaines. Mais la production scientifique de ces états est faible, comparée k cdle des pays adhérents, et le dommage provenant de ce chef pourrait être vite réparé, soit par leur adhésion ultérieure, qui est probable, an moins pour certains, soit par le relevé de leur littérature scientifique fait au Bureau central.
Les Bureaux régionaux, organisés de façons très diverses, suivant les mœurs des pays respectifis, mais tous d'un caractère officiel, ont entre eux ces deux points communs : i*" ils envoient régulièrement au Bureau central les fiches des travaux scientifiques de leur pays, avec des traductions s'il y a lieu, en français, aurais, allemand ou italien, quand le travail n*est pas publié dans une de ces quatre langues ; 2° ils assurent dans leur pays la souscription annuelle au moins à un exemplaire complet (en 17 volumes) du Catalogue. Naturellement, plusieurs dépassent de beaucoup oe minimum; tels, par exemple, les Etats-Unis (68 exemplaires), îa Grande-Bretagne et f^lemagne (chacune 45), la France (35), la Russie (3o), Fltalie (^7), le Japon (i5), etc.
Les Bureaux, une fois constitués, se sont mis immédiatement à l'œuvre et les premiers paquets de fiches arrivaient au Bureau central de Londres le 28 février 1901; ils émanaient du Bureau régional anglais , comme on pouvait sy attendre. Quelques mois après (en mai et juin) les fiches arrivaient des Pays-Bas, du Danemark, du Japon, de la Suède, de la Norvège et de la France ; puis celles de l'Inde, de la Pologne, du
J. DENIKER.
Canada et de TAUemagne; enfin, vers la fin de Tannée, celles de l'Italie, de la Hongrie , de la Nouvelle-Zélande , de l'Australie du Sud. Les premières fiches de la Finlande, des États-Unis, de TAfirique du Sud, de la Nouvelle-Galles du Sud, de la Russie, de Victoria, de la Belgique, de l'Australie de l'Ouest n'arrivèrent qu'en 190a ; et celles de la Suisse et de l'Autriche en 190 3 seulement.
Depuis ces dates , tous les Bureaux ne cessent d'envoyer régulièrement leurs fiches. Le nombre de ces fiches, d'après le rapport du Comité exécutif à la Convention du 26 juillet 1 906 , était de Ay 6,690 ; actuellement il doit dépasser un demi-million.
Ces fiches, faites d'après les instructions du Bureau central et indexées d'après les classifications publiées par ce Bureau, sont remarquablement uniformes, quoique faites par tant de personnes différentes. Ceci pour le fond ; quant à leur forme , elle peut varier : ainsi les Bureaux régionaux français, allemand, polonais, publient leurs fiches sous forme de bibliographies nationales paraissant tous les mois ^^\ tous les quinze jours ^^^ ou tous les trois mois ^*l
Les Bureaux japonais et. italien ont un mode de publication plus restreint : ils impriment leurs fiches sur des feuilles que l'on envoie dans les bibliothèques du pays et que l'on peut découper et classer dans les catalogues à fiches. Enfin , d'autres Bureaux se contentent d'envoyer à Londres les fiches écrites à la main ou à la machine.
Si l'heureuse combinaison adoptée par les Bureaux français, allemand et polonais pouvait se généraliser, et il y a des raisons de croire qu'il en sera ainsi tôt ou tard , les travailleurs scientifiques de tous les pays seraient , d'une part, tenus rapidement au courant du mouvement scientifique national et, d'autre part, au bout de l'année, ils pourraient avoir sous les yeux, chacun pour sa spécialité, le volume du Catalogue international qui
^'^ Bibliographie scientifique française , recueil mensuel publié sous les auspices du Ministère de rinstruclion publique par le Bureau français du Catalogue international de la littérature scientifique , in-8*. Paris (Gauthier-ViHars). Cette bibliographie est partagée en deux sections : I. Sciences mathématiques et physico - chimiques ; IL Sciences naturdles et biologiques. 11 parait, par an» six numéros de chaque section. Cette publication est entrée dans sa quatrième année (igoS-igoG).
**^ Bibliographie der detitschen A'ûfor-
wissenschajïlichen Litteratur, herausgegeben im ÂuArage des Reichsamtes des Innern vom deutschen Bureau der Intemationalen Bibliographie , in-8', Beriin (H. Paetel). Ce recueil bibliographique publie actuellement son huitième volume (cinquième année, 1906).
^^^ Katalog literatury naakowej polskiej wydawany przez Komisyç Bibliograficzn^. . . Âkademii Umiejçtnosci w Krakowie. Cracovie, in-8*. Cette publication est entrée dans sa cinquième année (igoS-igoG).
leur donne les titres des travaux scientifiques parus dans tous les pays du monde.
D*après la résolution du Conseil tenu à Londres en décembre 1900, le premier volume de la première série annuelle du Caialogae international devait paraître en juillet 1901. Mais conune les fiches des différents Bureaux à peine constitués ne commencèrent à affluer çn nombre au Bureau central de Londres que vers la fin de 1 90 1 , on n a pu exécuter cette décision.
Le premier demi-volume (celui de Botanique) n a pu sortir des presses quen mai 1902, suivi de près par trois autres demi -volumes (de Chimie , de Physique et de Physiologie) ; le premier volume complet (celui d* Astronomie) na paru qu'en août 1902. Depuis, la publication est devenue régulière et.aujourdliui (mai 1906), on possède déjà les trois premières séries annuelles complètes , en 1 7 volumes chacune. Plus de Idi moitié (9 volumes sur 1 7) de la quatrième série ont également paru, et le reste est sous presse. La préparation de la cinquième série est menée activement ^*^.
Chacun des dix-sept volumes de la série annuelle comprend : i' Une note explicative sur le Catabgue international en général et sur le volume en particulier; q"" La classification de la science à laquelle se rapporte le volume. Cette classification est donnée en quatre langues (anglais, français, allemand et italien); y Un catalogue alphabétique par noms d'auteurs des travaux parus à part ou dans des périodiques , principalement dans Tannée qui a précédé celle de la publication du volume, mais sans préjudice de incorporation des ouvrages omis dans les volumes précédents; 4"* Un catalogue où les mêmes ouvrages sont disposés par matières, d après la classification adoptée, ce qui permet, grâce à la multiplicité des rubriques, de se rendre compte du contenu des ouvrages. Ainsi, par exemple, si un travail de physiologie, quel que soit son titre, est classé sous Imdex 7610, on sait quil traite de la «circulation dans le foie», comme celui classé sous findex 7680 a pour sujet « la physiologie de la sécrétion de la bile », etc. D'ailleurs les titres énigmatiques ou imprécis sont expliqués par quelques mots entre crochets ; S"" La liste de tous les périodiques qui ont été dépouillés pour confectionner
^'^ Les volumes de 17n(ernatioita/ Ca- iogie; g. Minéralogie; A. Géologie;
talog ue of scientific Literature, London, j. Géographie physique; k, Paiéonlo-
in-8' (Paris, Gauthier -Villars), sont Iogie; T. Biologie générale; m. Botani-
numérotës dans Tordre suivant : a. Ma- que; n. Zoologie; o. Anatomie humaine ;
thématiques ; b, Mécani(|ue ; c. Physique ; p. Anthropologie physique ; q. Physio-
d. Chimie; e. Astronomie;/. Météoro- Iogie; r. Bactériologie.
326 J. DENIKER.
le volume ; 6** Des renseignements supplémentaires pour certains volumes : table alphabétique des matières pour la Chimie ; table alphabétique des espèces nouvelles pour la Botanique, la Zoologie et la Paléontologie, etc.
Pour gagner de la place et éviter les fastidieuses répétitions , d année en année, des titres des périodiques, comime le font certaines bibliographies , les Bureaux régionaux ont dressé la liste des journaux nationaux avec les indications des abréviations qui sont usitées pour le Catalogue, et avec tous les renseignements utiles accessoires (nom du directeur ou des secrétaires, périodicité, nature des articles publiés). Ces listes, réunies par les soins du Bureau central , forment un coquet .volume de 3 1 q pages , auquel fait suite un Sapplément de 68 pages ^^K
Les deux volumes réunis constituent le plus vaste répertoire de périodiques scientifiques en cours de publication qui ait existé. Ils renferment 5477 ^^^^ ^® périodiques publiés dans tous les États civilisés (sauf TEspagne, certains Pays balkaniques, le Mexique et les Républiques sud-américaines). Dans cette liste , l'Allemagne tient la tête avec 1 3 6 3 titres ; la France la suit d'assez près (92/1 titres); viennent ensuite les États-Unis (587); TAutriche (535); la Grande-Bretagne (488); la Russie (449); ritalie (263); les autres pays sont représentés par des chiffres variant entre 1 74 titres (Bdgique) et un seul (Nouvelle-Zélande).
L'épaisseur des volumes du Cataloyae varie notablement. Certains (ceux de Mécanique et de Biologie, par exemple) n ont que 1 3o ou 1 5o pages; d'autres (comme celui de Physiologie ou de Zoologie) atteignent 1 100, 1 5oo et même 1 978 pages. La majorité se tient entre 25o et 4oo pages.
La série complète des dix-sept volumes de la première année (1901), parue en 1902-1903, comprend 8059 pages , dont 66 1 3 de bibliographie proprement dite (le reste étant pris par les notes explicatives, les classifications, les listes des périodiques, les listes des espèces nouvelles, etc.). La série de la deuxième année ( 1 902), parue en 1 9o3-i 904 , comprend 8984 pages, dont 7988 pour la bibliographie proprement dite. Enfin celle de la troisième année (1903), parue en 1904-1905, compte 86 4 o pages, dont 7655 de bibliographie. Le nombre d'articles bibliographiques (c'est-à-<lire des mentions des ouvrages sous différents index) est de 135,698 pour la première série annuelle, de 162,800 pour la deuxième, de i52,20j environ pour la troisième, sans compter les indications des espèces nouvelles zoologiques et botaniques, vivantes et fossiles, qui sont au nombre de 14,070 pour la première série, de
^^ Intematùmûl C4Ualogue of scientific London, igo4- (Paris, librairie Gau- Uteraittre, Lut cf joainah, London, thiers-Villars. ) 1903; et Supplemeaimry list ofjournals.
27,023 pour la deuxième, de 28,000 environ pour la troisième. Ces nombres représentent respectivement 43,467, 5o,5i2 et 60,280 ouvrages à part ou articles de revues.
Au point de vue financier, i entreprise du Calalogae international est dans un état aussi satisfaisant que possible. Si le compte de la première série s*est soldé par un déficit de 887 francs, celui de la seconde année en revanche accuse un bénéfice de i,34i francs. Les comptes de la troisième série ne sont pas encore publiés, mais nous avons des raisons de croire qu il y aura un excédent de recettes au moins égal à celui de la deuxième. Ces excédents vont fociliter sensiblement le payement de la dette qu'a contractée l'entreprise envers la Société Royale de Londres. Dans peu d'années, elle pourra vivre de ses propres ressources, lesquelles croîtront certainement, tant par la vente des volumes en magasin que par la disparition des chapitres t amortissement des frais de première installation» et «intérêts de l'emprunt». Les bénéfices, est-il besoin de le dire , seront employés , après l'amortissement de la dette, à améliorer la publication et à en réduire le prix.
III. D'une façon générale, le Catalogue a été très bien accueilli par le monde savant. On remplirait plusieurs pages si l'on voulait donner la liste des articles élogieux, encourageants ou simplement favorables consacrés dans les revues et journaux spéciaux de tous les pays à cette entreprise.
Des critiques ont également été formulées. Quelle œuvre peut se vanter de n'en avoir jamais provoqué?
Comme toujours, ces critiques ont été plus remarquées que les appréciations sympathiques. Ainsi, par exemple, un article de M. Ward, dans le journal américain Science^^\ a fait le tour des laboratoires de Paris, tandis que cinq articles favorables à l'entreprise , publiés dans le même périodique ^^^ ont passé presque inaperçus.
Aussi il importe de nous arrêter sur ces critiques, tant pour réfuter celles qui nous paraissent non justifiées ou qui viennent de la connaissance imparfaite de l'œuvre, que pour indiquer les améliorations déjà apportées au Catalogue à la suite de celles qui ont été reconnues justes.
Un des principaux reproches que l'on avait fait au Catalogae international, c'est d'être en retard « d'une année » disent les uns, de « deux et
^'^ 11. B. Ward, International Cata- 17, n" 432, p. 585; Cyrrus Adler, i6iV/. ,
hgue.etc. First cuuuud issue , N. Zooiogy, 1903, n. s. 18, n* 45a, p. a68; F.-B.
Science, n*3, i. XXI, n* 5a6, 17 jan- Weeks, ibid., i9od« n. s. 19, p. 66;
vier 1905, p. i47-i5o. Ch. Paladie, iiid,, p. 534; Fr. Lee,
^") W. H. Evans, Science, 1908, o. s. iW., p. 886.
328 J. DENIKER.
même de trois années » disent les autres. En eflet, à cause des lenteurs inévitables dans la constitution des Bureaux régionaux, on a dû, comme il a été dit plus haut, commencer la publication presque un an plus tard qu^on ne se le proposait. Par suite de ce fâcheux contretemps, la première série annuelle a dû subir des retards regrettables. Mais, depuis la publication de la deuxième série, des mesures ont été prises pour hâter Timpression et le résultat de ces mesures s est fait sentir déjà dans lapparition de la troisième série. En efiet, les volumes qui enregistrent principalement les travaux de 1908 ont paru dans le courant des années 1 90^ et 1 906 , et ceux qui enregistrent les travaux de 1904, en 1906 et 1906. L*on espère quà partir de la cinquième ou de la sixième série, le Catalogae paraîtra aussi vite que les meilleures publications similaires.
Mais il faut se faire une juste idée de ce que représentent les volumes du Catalogue international, et alors on comprendra que le retard même dune année ne peut leur être préjudiciable. En effet, ces catalogues annuels ne peuvent pas, comme les publications bibliographiques hebdomadaires, mensuelles ou trimestrielles, tenir les travailleurs au courant, au jour le jour, de tout ce qui paraît dans telle ou telle branche de la science. Paraissant une fois par an , ils ne peuvent matériellement donner que vers le milieu ou la fm d'une année la mention de ce qui a paru dans Tannée précédente ^^^
De plus, toutes les bibliographies pour telle année sont obligées d'incorporer un certain nombre d'indications se rapportant aux années précédentes. Cela est surtout vrai pour les bibliographies , qui, comme le Catalogue international , se composent pour les neuf dixièmes des mentions des articles parus dans les périodiques. Tout le monde sait que la plupart des Revues , surtout celles qui sont publiées par les Sociétés savantes , ont des retards et font paraître les fascicules « pour l'année 1 904 », par exemple, au milieu ou à la fm de 1906 ou même en 1906. Aussi comment peut-on exiger d'un volume du Catalogue « pour l'année 1906», par exemple, paraissant vers la fin de 1906, qu'il mentionne le contenu de ces fascicides?
Et cependant c'est ce que paraissent ne pas comprendre certains critiques superficiels , qui ne cessent de dire : « Comment se fait-il qu'un Catalogae publié en 1908 ne mentionne que les ouvrages parus en 1 goS. Il a donc deux ans de retard ! » En réalité , ce Catalogue est à jour et n'a
^'* Le Zoological Record pour Tannée critiques. Dix à douze mois, tel est le
i 904 a paru en décembre 1906, et ce- délai habituel nécessaire pour la pu-
pendant ce recueil nous est donné blication des Bibliographies annuelles
comme modèle à suivre par certains les plus rapides.
pas même une année de retard, absolument comme les grandes statistiques d ensemble pour Tannée igoS, qui paraissent en 1906.
D'ailleurs , une publication comme le Catalogue international n a pas à se préoccuper outre mesure de la rapidité dans Tannonce des articles. H n'est pas fait pour renseigner sur ce (|ui a été publié rigoureusement dans lespace d'une année. Son but est de donner aux chercheurs, dans une succession de ses séries annuelles, la possibilité de trouver très vite l'indication de ce qui a été publié sur tel ou tel sujet très spécial, depuis le i*' janvier 1 90 1 jusqu'à la date la plus proche possible de celle de la consultation du Catalogue.
11 existe, en effet, une différence profonde entre le« publications bibliographiques annuelles et celles qui ont une périodicité plus fréquente. Ces dernières sont très utiles, indispensables même, pour suivre au jour le jour la production dans tel ou tel domaine scientifique; mais elles ne sont presque d'aucune utilité une fois qu'il s'agit de savoir ce qui a été publié depuis deux, trois ou un plus grand nombre d'années.
Beaucoup de ces recueils n'ont, en effet, pas de table des matières; certains , comme le Zoologischer Anzeiger, ont des tables quinquennales ou décennales seulement; le lecteur doit donc attendre cinq ou dix ans avant de pouvoir consulter ces volumes lorsqu'il veut aller au delà de l'année courante, à moins qu'il ne veuille se résigner à feuilleter cinq ou dix volumes pour chercher, à trente ou soixante endroits différents , la rubrique, assez générale d'ordinaire, qui comprend le sujet dont il s'occupe. Quand on sait, comme il arrive souvent, le nom d'auteur et approximativement la date de publication, sans connaître le titre exact du mémoire, ni le recueil où il a été publié, la recherche devient parfois encore plus pénible, car on peut facilement se tromper de i^ubrique. Un certain nombre de ces recueils hebdomadaires ou mensuels possèdent des tables annuelles, mais ces tables vous renvoient à propos. d'un point spécial à cinq ou six pages différentes, parfois même à un plus grand nombre. Une telle recherche ne peut être poursuivie raisonnablement au delà de quelques volumes.
Aucun de ces inconvénients ne se présente pour qui fait usage du Catalogue international. Si l'on sait le nom de l'auteur et la date approximative du mémoire , on n'a qu'à voir successivement les deux ou trois années du Catalogue au voisinage de cette date. Dans la partie onomastique on trouvera vite à sa place alphabétique l'auteur cherché. S'il s'agit de savoir, au contraire , ce qui a été publié sur un sujet particulier à partir de telle ou telle date, on n'a qu'à chercher, dans les classifications jointes à chaque volume ou dans les tables alphabétiques qui les accompagnent ,
mrBiHiniK ^«rio^ALR.
330 J. DENIKER.
Tindex correspondant à ce sujet, puis à voir dans chacun des volumes annuels successifs, à cet index, sans s occuper de la page (car les index sont marqués dans les deux coins de chaque page), le petit nombre de travaux indiqués et qui ne concernent que le point spécial en vue duquel on a entrepris la recherche.
Tout cela se fait plus vite qu'on ne peut le décrire et les expériences comparatives démontrent qu on tix)uve les titres dans le Catalogae international deux fois plus vite que dans les volumes annuels des répertoires hebdomadaires ou mensuels pourvus de tables, et dix fois plus vite que dans les répertoires sans tables.
Il faut ajouter que chaque volume du Catalogae internatiûnal est pourvu à la fin, comme nous Tavons déjà dit, de la liste des périodiques qui ont été dépouillés pour ce volume, de sorte que fon sait d avance, connaissant le recueil contenant le mémoire, s*il faut ou s'il ne faut pas chercher l'indication de ce mémoire, selon quon ait trouvé ou non dans la liste des périodiques, à sa place alphabétique, le recueil en question. On ne trouve cette commodité dans aucune autre bibliographie courante (pas même dans le Zoological Record, qui donne la liste générale des périodiques sans indiquer que tous ont été dépouillés) ; en se servant de ces bibliographies, on dépense souvent plusieurs heures de recherches avant de se convaincre que certains périodiques n y sont pas dépouillés.
Une autre critique , plus importante peut-être , a été faite à propos des classifications. Les uns ont trouvé que le Calabgae subdivisait trop les matières; les autres, qu'il ne les subdivisait pas assez. En fait de classification il est difficile de contenter tout le monde. Aussi les seules critiques dignes d'être retenues sont celles qui signalaient des omissions ou des erreurs dans les classifications. On en a tenu compte dans la revision de ces classifications, faite en 1 906-1 90a par les Bureaux régionaux. La rédaction définitive de ces classifications modifiées a été faite par une Commission spéciale réunie à Londres; elle a été adoptée par la Convention de juillet 1906. Les nouvelles classifications, corrigées surtout d'après les indications fournies par l'application pratique des anciennes pendant trois années dans trente pays différents sont aujourd'hui imprimées et vont paraître incessamment.
On a aussi reproché au CcUalogue d'être incomplet, reproche en partie justifié en ce qui concerne les premiers volumes parus. On a dû omettre provisoirement les ouvrages publiés dans les pays où les Bureaux régionaux se sont constitués trop tard (comme par exemple l'Autriche, la Suisse, l'Espagne, la Belgique, le Mexique); mais ces lacunes sont déjà en partie conîblées dans les volumes ultérieurs (surtout à partir de la 3* série).
Mais cela dit, il faut reconnaiti^e aussi que souvent les critiquer provenaient de ce que leurs auteurs n avaient pas bien saisi le caractère de certaines parties du Catalogne. Le volume d'.Anatomie, a-t-on dit, ne contient que 1,5 oc articles, tandis que les publications similaires, comme ÏAncUomischer Anzeiger, en accusent 2,5oo environ. On n a oublié qu'une chose : c'est que i' Anatomischer Anzeiger s occupe de lanatomie humaine et de lanatomie comparée des animaux , tandis que le volume du CatOr logue est consacré exclusivement à lanatomie humaine. Si Ion déduit les articles d'anatomie comparée, il reste dans ï Anatomiêcker Anzeiger 1,100 articles environ consacrés exclusivement à lanatomie humaine, soit 3oo articles de moins que dans le Catcdogae^^K
On peut réfuter de même le reproche d'être incomplet qu'on a formulé pour le volume consacré à la Géographie (où l'on a signalé l'absence d'articles de géographie dite politique, tandis que le volume est intitulé Géographie physique) ou pour celui d'Anthropologie. Pour re dernier on s'est plaint de n'y trouver presque rien sur la psychologie des peuples, le folklore, l'ethnographie, etc., oubliant que le volume ne traite que de 1'» Anthropologie physique ou somatologique »^^.
L'on a dit aussi (dans ï American Anthropologist) que les ouvi'ages se rapportant à l'hérédité, au transformisme, à la dégénérescence, etc., ne se trouvent pas dans le volume d'Anthropologie. Mais il est presque inutile de dire que là n'est pas leur place. On doit les chercher dans le volume de Biologie générale, dans celui de Zoologie ou de Physiologie, etc.
Toutefois il faut reconnaître qu'il y a une part de vérité dans ces critiques : c'est que le Catalogue , dans le programme de certains de ses volumes , n'a pas tenu assez compte des habitudes des travailleurs.
Aussi dans la revision des classifications a-t-on élargi considérablement le champ que couvrent les volumes se rapportant à la Géographie, à l'Anthropolc^e et à l'Anatomie. Dorénavant, à partir de la 6* série annuelle, ces volumes ne seront plus restreints à la Géographie physique, à l'Anthropologie somatique et à l'Anatomie humaine, mais seront intitulés Géographie et Anihmpologie sans (pialificatif, et Anatomie hamaine et comparée (avec l'Histologie et fËmbryologie comparées).
Enfm des attaques assez vives ont été dirigées plus spécialement contre
^'^ Ces calculs ont été taiti d après p. 11 . Par contit; , Buscban ( CeutraU
VAnatomiscker Anzeiger pour Tannée liait fur Anthropologie^ t. IX, 1904»
1903. p. ao4), en se plaçant a un point de
^*^ N. W. Thomas, l)as International wlo plus exact, trouve que le volume
Katnlog, etc.: Glohus, t LXXXVI, d* Anthropologie est complet.
332 J. DENIKER.
le volume N (Zoologie). On a comparé le premier volume annuel de Zoologie du Catalogue à des bibliographies comme le Zoologischer Anzeiger (et son édition sur fiches par le Concilium bibtiographicum de Zurich) qui existe depuis vingt-sept ans ou comme le Zoological Record ^ vieux de quarante-deux ans. La comparaison ne tourne pas au profit du nouveau-né , comme on pouvait s'y attendre. Mais est-ce une raison pour ne pas souhaiter son développement et pour engager les corps savants , comme le fait M. Ward^^^ à lui refiiser leur subvention? C est bien dur pour un enfant qui, dès sa première année, donne des preuves incontestables de sa valeur. M. T. W. Vaughan^^^ un des compatriotes de M. Ward, s est en effet chargé de le démontrer : il s*est donné la peine de compter combien il y a d'articles sur un certain groupe d'animaux (les Cœlentérés) dans chacun des trois recueils en question , par rapport à la collection complète de fiches faites par lui-même. M. Vaughan trouve, mentionnés pour l'année 1901 : 70 p. 100 d'articles par le Concilium Bibliographicum, 60 p. 100 par le Zoological Record et Ixo p. 100 par le premier volume de Zoologie du Catalogue international. La comparaison est désavantageuse de prime abord pour le volume du Catalogue; mais si Ton songe que le Zoological Record, qui joint à son outillage parfait une expérience de quarante et quelques années, n'arrive à donner que 60 p. 100 des ouvrages sur un groupe déterminé, on devient moins sévère pour ime publication qui , dès sa première année , parvient à en signaler lio p. 1 00. Il est plus que probable qu'au bout de deux ou trois ans elle pourra l'égaler, sinon le dépasser et même peut-être atteindre la perfection, comme M. Vaughan.
Cela est d'autant plus probable que la Sociélé Zoologique de Londres, qui édite le Zoological Record, vient de fusionner cette publication avec le volume N (Zoologie) du Catabgue international. Cette fusion, approuvée par la Convention du q5 juillet 1908, est aujourd'hui un fait accompli, et à partir de la 6* série (pour 1906) le voliune N paraîtra grossi de tous les renseignements que pourra lui fournir l'organisation du Zoological Record et fortifié de toute l'autorité que lui donneront les anciens collaborateurs de cet excellent recueil. Disons pour terminer qu'à partir de 1 906 , et même peut-être avant, le volume de Zoologie sera vendu par firactions comprenant de grandes subdivisions du règne animal , afin de le faire accessible à tous les spécialistes.
En somme, on le voit, le Catalogue international a tenu compte des observalions qui lui avaient été faites, car il n'a d'autre ambition que de
^*^ Loc. cit. — t*) Science, de New- York, t. XIX, 1904, p. 860.
fournir aux travailleurs un outil de plus en plus perfectionné et de mieux en mieux adapté aux exigences, toujours croissantes, de la science moderne.
Aussi croyons-nous quil est du devoir de tous ceux qui ont charge des intérêts scientifiques dans leurs pays respectifs de soutenir le Catalogue international, qui a déjà donné tant de preuves de sa vitalité, mais qui a encore besoin d appui moral et matériel.
À la dernière Convention internationale, réunie à Londres en juillet 1900, toutes les nations représentées ont annoncé quelles continueraient à l'œuvre leur concours le plus empressé et le plus chaleureux.
La France, qui a donné son adhésion à Tentreprise dès la première heure , se doit à elle-même d'y prendre une place en rapport avec sa situation mondiale ; elle saura aussi , nous n'en doutons pas , se maintenir à cette place et prouver une fois de plus que nulle œuvi'e internationale sérieuse et utile ne peut se passer de son concours.
J. DENIKER.
SiLVESTRB DE Sagy. Grammaire arabe. Troisième édition , publiée par Tlnstitut de Carthage et revue par L. Machubl , directeur général de TEnseignement public en Tunisie. 2 vol. in-8*. — Tunis, 190^-1905.
L'Appendice justifie seul l'annonce d'une troisième édition et sa mention sous la rubrique des Livres nouveaux. Pour le reste, c'est ia seconde édition qui est reproduite sans changement notable, telle à peu de chose prés qu'elle avait paru en i83i. On a non seulement respecté pieusement le texte transmis, mais la réimpression « suit, page par page et, autant que possible, ligne par ligne » le modèle adopté. Cette harmonie , si conunode pour les citations , n'aurait été nullement troublée si l'on avait corrigé les fautes avérées. Pour ne citer que deux exemples typiques, à quoi bon maintenir (I, p. 71, 1. 3) Zaidoan écrit avec tanw(n là où, devant benou, la vocalisation Zaidou est seule permise? D'autre part (H» p. 638) l'unique mètre arabe antîspasticpie ne se nomme pas le hadjaz, mais le kazadj. Cette antique faute d'impression n*a aucun titre pour être maintenue dans la circulation où elle n'a fait que trop de victimes. Si j'écrivais un compte rendu, j'alléguerais nombre d'autres exemples où une légère retouche aurait amené le redressement d'une erreur qui va continuer à se propager chez maîtres et disciples. On leur a supprimé avec raison les tableaux paléographiques devenus surannés après les belles planches de la PaUaeth qraphical Society anglaise et celles de V Arabie Palaeography, empruntées par B. Moritz en 1906 aux manuscrits arabes du Caire. Le même effort d'élimination aurait dû, je pense , atteindre les fautes manifestes (je reconnais qu*un premier pas a été fait dans ce sens) par une revision minutieuse et sévère, ^vestre de Sacy eut tout le premier applaudi à ces améliorations de détail , qui n'eussent pas déformé l'ensemble de son ceuvre.
Attaclions-nous à la partie vraiment nouvelle, à TAppendice, dont voici les divisions : 1° (p. 3-io) Quelques roots sur Torigine de la grammaire arabe et sur les premiers grammairiens. Des anecdotes d*authenticité non démontrée, des noms propres accmiiulés au hasard, des dates discutables, les titres des «principaux ouvrages de grammaire actuellement en usage dans les pays musulmans » , voua le contenu débordant de ces t quelques mots» sur un aussi vaste sujet. Je ne sais pas résister à la tentation de signaler le titre suivant (p. lo) : la Kafia, par Ibn Had^ef; lisez : Ibn Elhadjeb, conformément à la transcription adoptée. Ah uno disce onuiia. •i* Vocabulaire des principaux termes techniques de la grammaire arabe. Les deux index de la seconde édition (I, p. 583-5g5; 11, p. 662-670) ont été fondus en un seul et accompagnés d une traduction française inédite. Les deux tables réunies, c'est un ancien vœu de Heinaud qui a été exaucé. On lui a aussi accordé de classer les tennes techniques non plus dans leur ordre alphabétique , mais dans celui des racines auxquelles ils se rattachent. Ce sont là des changements dignes d*éloges, mais à la faveur desquels il s'est produit des fuites. Le principal , c'est qu'ayant adopté un système, on s'y est tenu et j'en félicite les éditeurs. Quant à la traduction, elle est d'un arabisant plutôt que d'un grammairien. La nature de mes objections sera caractérisée par Je fait que, dans le mot badalouii, objet d'un assez long article (p. i5), je trouve « changement , permutation , permutatif » et je cherche en vain «apposition». 3" (p. 67-84) Table des corrections et des modifications faites à la deuxième édition de la Grammaire de Silvestre de Sacy. Cette table, très incomplète, n'en est pas moins ce cju'il y a de plus remarquable dans les deux volumes et ce où se sent le plus fortement l'intervention de l'arabisant expert qu'est M. Machuel.
Je n'insiste pas; je conclus que le présent livre est l'amorce d'une véritable troisième édition, qu'on nommera de préférence la quatrième, afm de ne pas déix)iiter les bibliographes. Le bon marché exceptionnel aura vite fait vendre ces deux volumes, en faveur desquels M. Machuel a couvert imprudemment de son nom et de son autorité le travail parfois hàtif et inconscient die ses ctdlaboraieurs. Qu'on me permette de transcrire ici en l'abrégeant ce que j'ai reédité dan» la quatrième édition de mon SHvesire de Sacy (Le Caire, 1906, p. xlv-xlvi) : «Si jamais le proiet d'une troisième édition de la GrammÊÛre iorckhe est repris par la génération actuene , elle devra y procéder avec autant de respect pour le passé que d'érudition moderne. Je m'explique: le texte sera maintenu dans ses grandes lignes; ni l'ordre, ni la tenenr des paragraphes ne seront modifiés, et Von n aura pas recour» à un remaniement svstématique qui enlèverait à i'ceuvre son originalité , à l'auteur son titre de gloire personnelle. . . Les Contributions de Fleiscber^'^ entreraient en première ligne dans les additions et corrections. Un estmen et un contrôle des exemples cités, qu'ils soient en prose cm en vers, amèneraient aassî un certain nombre de rectifications, dont quelques-unes ont été prévue» par M» de Sacy lui-même et indiquées dans les Obtei'vatiimt smr la irctdatciwn de ^aelqaes vers esrabet du schaikh At- Tanlâwi (Mèimn^ mdaiiques, 1, Saint- Pétersbovrg, iS^itt pi ^^i-d^^). Mon père, Joseph Derenbourg, cnii avait été chargé pnwtaoiffenieat de préparer ia • troisième édition • , a laissé sur le» marges de son exemplaire de la « secimde ■ la trace d'im-
^*) H. L. Ficîscher, Beitrà^ zwr arahi- par hii 2 fétii^ , à fa critique et à la dh-
fcketi Sprmchkande /rèimff^skm formant te CTJsfion de la Grammaire arabe (a* éditioff)
tome i*" de ses iMnere ^càri/tan (Lcipiig, de mh» mavlre. À Tanis, tm a ignare ou
i885]. Sà\ pages consacrées exclusivement passé sous silenc(> ces Contribatioas,
portants travaux préparatoires. • Qui les utilisera? Seront-ils jamais mis en œuvre ? En tout état de cause, je les tiens à la disposition de celui qui, solidement armé, muni d'érudition et de sagesse, se risquerait n la tentative hardie de rajeunir avec ferveur et compétence un livre vieilli, ou, ce que j*aimerais beaucoup mieux, du savant avisé qui, connaissant également Tarabe écrit ainsi que ses descriptions orientales et occidentales, anciennes et modernes, Tarabe parié avec ses variétés de dialectes posés diversement sur une base unique, enfm la structure, la morphologie et la syntaxe des autres langues sémitiques, reprendrait avec audace, indépendance et maturité l'essai à la fois juvénile et profond d*Heinrich Ewald , Grammatica criHca Hngtue arabicœ ( Lipsia; , 1 83 1 - 1 835 ). Hartwig Debbnbourg.
James Hbnry Brbasted. A pi a ent Records of Egypt, Historical docaments ,from ihe eariiesi times to the persian conquest, vol. I. The first to the seventeenth Dynasty, 4*, xlii-344 p. — Chicago, The University of Chicago Press, 1906.
Sous ce titre, M. Breasted a entrepris de réunir tous les textes égyptiens ayant un caractère historique. L'ouvrage aura quatre volumes. Le premier, qui vient de paraître , va des temps les plus anciens à la fin du premier empire thebain , et débute par une traduction de la célèbre « Pierre de Palerme • , pour la première fois l'objet d'une traduction complète et présentée d'ensemble. Ce n'est pas, comme les Urknnden de Berlin , un recueil de textes hiéroglyphiques , destiné aux égyptologues de profession ; l'auteur s'adresse surtout aux savants 'qui , sans connaître la langue et l'écriture de l'Egypte , sont néanmoins curieux d'en étudier l'histoire aux sources mêmes. Une traduction anglaise met à leur disposition des textes qui ne leur étaient pas accessibles. Mais c'est plus quune vulgarisation de documents connus, et les recherches 'personnelles de l'auteur donnent une valeur scientifique à ce recueil.
On y trouve, en effet : i" les versions mises au net, et souvent très améliorées, de textes déjÀ publiés et traduits (aoo ff. , 35o ff., 355 ff. , SgS, 463, 498, 535, etc.); 1" des translations d'inscriptions publiées récemment, et encore peu connues, en dehors des monographies spéciales (qi3, 38o, 753, etc.); 3* des versions de nombreux textes édités seulement pour l'original égyptien (ai 1, 13 1, 25 1, 168, 379, 283, 337, 4^3, 428, 5a4, 53o, 7^3, 753); 4* enhn un certain nombre de petits textes encore entièrement inédits. Les documents sont rangés par sections chronologiques, dont chacune comprend tous ceux qui contiennent la mention d'un même Pharaon. Toute inscription est accompagnée d'une bibliographie complète, souvent précédée d'un résumé qui en indique le sens général et l'importance. Des signes spéciaux et des notes distinguent les restitutions ou les interprétations
Eersonnelles de l'auteur de celles qu'il a empruntées n ses devanciers. On voit comien cette recension sera utile pour les égyptologues eux-mêmes. Des recueils de ce genre prêtent toujours un peu à l'arbitraire , surtout quand les cadres ne sont pas assez flexibles. Il y a un sérieux inconvénient , par exemple , à exclure des documents qui, sans avoir ni noms pharaoniques ni dates précises, contiennent cependant des renseignements historiques des plus instructifs sur une époque prise en général , par exemple la stèle de Knouinou-iri-dons de Denderèh , ou les grafliti du Hat-Noub. L'auteur ne sera pas surpris, d'autre part, que, dans ce Joamal, on proteste contre la place trop petite faite dans les références au\ travaux de l'égyptologie française; ainsi pour les traductions de Maspero de l'inscription d'Amtem ou du décret de Coptos, ou pour sa translation complète des contrats de Siout , mentionnés ici sous la forme d'iui aimple addendum.
Je souhaiterais aussi que M. Breasted s'affranchit 4e «riniluence exclusive de Sethe, en matière de chronologie (voh* par exemple l'inacceptable calcul fait, n** 355f à propos de la vie de Phtashapsisou). Pour les nouveaux rois, il faut non moins regretter de le voir imiter de nouveau Sethe , en substituant , par exemple , trois Sésostris aux trois Oiisirtasen de la XII* dynastie.
Cette nouvelle désignation gênera les savants qui sont accoutumés aux anciennes lectures; pour les égyptologues de métier* elle tranche une question qui n'est rien moins qu'éclaircie, et ne tient aucun compte de la réfutation magistrale qui a été faite de cette assimilation par Maspero^*^ Cela est d'autant plus regrettable que l'on voit, à l'exemple de M. Breasted, une série de recueils remplacer partout les noms égyptiens par des formes grecques, dont les équivalences ne sont nullement établies , et sans aucun profit pour la science. Ënfm , il est un inconvénient auquel le présent volume n'a pu échapper mieux qu'aucun de ses devanciers : la nécessité d'un supplément pour les documents oubliés. M. Breasted n'a pu éviter de subir cette fatalité, et je lui signalerai seulement la série très importante des inscriptions de Papi, de Nofiririkari, de Papi II et de Nakhiti trouvées par Pétrie à Abydos. Heureusement le mal n'est pas sans remède et quelques feuilles ajoutées au dernier volume y poui'voiix)nt
Ce que je tiens surtout à dire en termmant, c'est qu'à l'accueil qui lui sera fait par le public savant, M. Breasted verra combien les égyptologues et les historiens en général le remercieïit de toutes les facilités qu'il leur donne, par ce recueil consciencieux de documents ainsi réunis presque au complet, en volumes peu nombreux, maniables et de prix abordable. George Fougart.
Walter Altmann. Die rômische Grabaltàre der Kaiserzeit, i vol. grand in-8** de 3o6 p. avec a pi. en héliogravure et 208 fig. dans le texte. — Berlin, WeidmannscheBuchhandlung. 1905.
Le volume consacré par M. W. Altmann aux autels funéraires romains de l'époque impériale est le complément et, dans une certaine mesure, la suite naturelle de son étude sur l'architecture et l'ornementation des sarcophages, parue en 190a. Sarcophages et cippes sont, en effet, les deux formes les plus intéressantes sous lesquelles se présentent à nous les monuments funéraires de l'époque gréco-romaine et romaine. L'Institut archéologique allemand publiant un grand recueil illustré des sarcophages, il avait néanmoins suIIj à M. Altmann, en ce qui concernait ceux-ci, de dégager et d'exposer des considérations générales. Ici , il a eu en même temps à faire un véritable corpus et, si son livre y peut gagner en intérêt, en revanche, il faut le reconnaître, il échappe difficilement à un défaut, qui est de répartir en divisions forcément un peu factices des monuments dont les éléments multiples se rapportent à plusieurs d'entre elles et de scinder plus ou moins arbitrairement les descriptions.
Il s'ensuit que, d'une part, au début, après quelques préliminaires sur les autels funéraires hellénistiques, un seul chapitre, dont le plan n'apparaît pas très clairement, est intitulé a une manière générale « les autels funéraires romains •, et que, d'autre part, à la fin , les remarques présentées sous forme de conclusions n'occupent qu'un très petit nombre de pages. De celles-ci il suffira de relever ce qui est dit sur la tendance de l'époque impériale à former un style indépendant de toute considération de matière, à tel point que peinture et sculpture répètent volontiers les
Maspero, La geste de Sésostris, Joumcd des Savants, 1901, p. SgS-Gog et 665-683.
LIVRES NOLVfiAUX. 337
mêmes moti&. Le reste du volume se répartit en une suite de chapitres de caractères assez diiïérents. Les trois premiers « relatifs aux sépultures des Pisones, des Piatorini et des Voiusii , sont consacrés , à l'exemple de ce qui a été fait dans le tome VI du Corpas inscripiionam , à certains groupes constitués par les monuments funéraires d'une même famille. Les autres chapitres, au contraire, sont déterminés par Tétude de telle ou telle partie de l'ornementation, les $!uirlandes et les bucranes, les tètes de béliers et les têtes d* Ammon , les Victoires et les Amours , les frises d*encadrement, les colonnes d*angle, les accessoires divers, tels que torches, trépieds, candélabres, palmes, couronnes, les banquets funèbres et les scènes de famille, les portraits, enfin les diverses représentations figurées non purement décoratives.
L'ouvrage, on le voit, parles conditions mêmes où il se présentait bien plus que par la faute de l'auteur, prête à quelques critiques de composition ; mais , tel qu'il est , il n'en rendra pas moins de grands services et l'on doit remercier M. Altmann de n'avoir pas reculé devant les difficultés pour nous faire à la fois mieux connaître et apprécier une classe de monuments qui étaient de ceux dont l'étude avait été
f'usqu'ici le plus négligée , quoiqu'ils fiissent parmi les plus nombreux que nous ait aissés l'antiquité romaine. Etienne Michon.
Hugues Vaganay. Le Sonnet en Italie et en France au xvi* siècle. Essai de bihlioaraphie comparée, i vol. en a fasc. in-8*. — Lyon , au siège des Facultés catholiques. (De la collection : Bibliothèque des Facultés catholiques de Lyon.)
Cette belle publication est plus qu'un essai; mais on ne saurait blâmer l'auteur d'avoir introduit ce mot dans son sous-titre, car on ne peut, en effet, cjue « tenter» un catalogue de ce genre, dont la nomenclature doit se compléter plus ou moins vite , mais d'une manière continue , au fur et k mesure des recherches méthodiques et des découvertes fortuites. L'ouvrage de M. Vaganay a d'ores et déjà suscité des recherches et fait signaler des découvertes nouvelles : un libraire de Florence a publié d'assez nombreuses t additions > , et il n'est pas de savant spécialement versé dans la littérature française du xvi* siècle qui ne puisse apporter à ce travail sa petite contribution. Au moment même où j'écris ces lignes, il me parvient un volume publié à Paris par Gilles Beïs en 1 678 et contenant le traité : *De la religion chrestienne, par Marsile Ficin, . ., avec la harangue de la dignité de l'homme, par leaii Picns, comte de Concorde et de la Mirandole. Le tout traduit de latin en françois par Guy Le Fevre de La Boderie ■ . On y trouve , au verso du dernier feuillet , un très curieux « Sonnet de la descendence et entresuitte des doctrines secrettes et plus sublimes » , qui donne l'occasion de soulever, à l'adresse du savant bibliographe , une critique assez grave. M. Vaganay, en effet, cite plusieurs volumes où 1 on peut lire des sonnets de Guy Le Fèvre de la Boderie, et, au moins pour deux d'entre ces volumes, il est impossible de savoir s'ils ne contiennent pas le sonnet dont on vient de lire le titre. Il eût donc fallu pour ces livres, presque tous très rares, donner Vincipit des sonnets qui s'y rencontrent. Sans doute, cette façon de procéder eût considérablement grossi la publication de M. Vaganay: mais il est certain que seule elle peut donner des résultats définitifs. Le but essentiel d'une bibliographie est de réduire les recherches au plus strict minimum possible.
Cela dit , il n'y a guère que des éloges à faire au bibliothécaire des Facultés catholiques de Lyon. La disposition chronologique qu'il a adoptée est excellente. Elle permet, en effet, déjuger d'un coup d'œii la production comparée du sonnet , pendant une année ou une période données, dans les deux pays qui ont produit le plus de sonnets au xvi* siècle, c'est-à-dire la France et l'Italie. En outre, rien n'est
SAVANTS. 4 h
plus facile, pour un émdit, que de faire interfolier son exemplaire et dV noter avec soin les additions que lui apportent ses lectures anciennes ou nouveUes. II est à souhaiter que pins d*un fervent du xvi* siècle mette à exécution celte idée si simple : suivie avec attention , elle nous donnerait quelque jour cette bibliographie complète du sonnet dont Touvrage de M. Vaganay restera le fondement solide.
Une liste alphabétique des études anciennes et modernes relatives aux sonnets du XVI* siècle et une bonne table des sonnettistes cités dans le volume facilite l'usage de cette publication , en tôte de laquelle on eût souhaité un plus ample travail que les doiue pages, d*aillenrs très judicieuses , qui la précèdent. Léon Dobbz.
H. W. Thaybr. Laurence Sterne in Germany, — New York, The Columbia Univenity Press, 1906.
Aussi vite, aussi universellement célèbre en Allemagne qu'en Angleterre, l'auteur du Voyage sentimental a gardé en ce pays une gloire plus incontestée qu'en sa pitrie même et il y a exercé une action plus durable et incomparablement plus profonde. Wieland, Herder, Gœthe , Jean-Paul furent parmi ses admirateurs et ses disciples, et n'est-ce pas Lessing qui, dans son enthousiasme, eût voulu prolonger sa vie aux dépens de la sienne propre? Pour quelles raisons morales et littéraires l'humoriste anglais se vit ainsi adopté et imité par une nation étrangère , quelle obligation lui ont au juste certains grands écrivains et d'autres du second rang, c'est Eeut'étre ce que M. Thayer a indiqué de façon un peu trop sommaire , et l'on sou altérait aussi qu'il n'eût pas réservé pour un autre travail l'étude de Jean-Paul. Mais, au prix de longues et consciencieuses recherches, il a rassemblé tous les documents et tous les textes, épars souvent en des revues oubliées, qui peuvent nous faire suivre la pénétration graduelle des œuvres de Sterne en Allemagne et nous révéler les impressions qu'elles éveillèrent en des milieux et sur des esprits fort divers; il a également dressé la liste et noté les principaux caractères des imitations très inégales qui en dirent faites en grand nombre. Des témoignages ou des écrits de gens fort obscurs font voir jusqu'à quel point le V<ya(fe sentimental, Tristram Shwidy et la personne même (plus ou moins transfigurée) de Yorick âu'ent longtemps populaires; des extraits de grands écrivains permettent de conjecturer In part qu'eut Sterne dans la formation de leur esprit. La critique littéraire ajoutera quelques traits à l'étude de M. Thayer, mais ce ne sera qu'après avoir fait son profit des matériaux qu'il a laborieusement recoeiUis, clairement et méthodiquement ordonnés.
A. Barbeau.
ACADÉMIE FRANÇAISE
Dictionnaire, Continuant le travail de préparation de la huitième édition du Dictio9mmre de l'usage, l'Académie a étudié les mots compris entre Convergence et C^atetM,
Legs, M. J.-L. Dunand a légué à l'Académie une somme de 10,000 francs, dont les arrérages seront attribués chaque année ou tous les deux ans a la bonne œuvre qu'elle désignera.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES -LETTRES
Communications, à mai, M. B. Haussoullier communique une inscription grecque archaïque découverte à Cumes, dans une partie de la nécropole réservée k ceux qui s'étaient fait initier aux mystères de Dionysos. Elle a été publiée récemment par M. Sogliano, dans les Notizie degli scavi, mais M. Haussoullier croit devoir Tinter* prêter autrement que l'éditeur.
— M. H. Omont lit une notice sur une ancienne édition gothique , sans date , des Chroniqn.es de Garqantaa , qui lui a été communiquée par M. Fécamp, bibliothécaire de l'Université de Montpellier. C'est peut-être Tunique exemplaire actuelle* ment connu de la première édition parisienne de ces Chroniques» Elle a été imprimée vers i533.
— M. Salomon Reinach montre que l'épisode des douze vautours aperçus par Romulus sur le Palatin a été interprété dès l'époque de la République comme limitant à douze siècles la durée de la puissance romaine. Cette prédiction s'est accomplie presque exactement au v* siècle de notre ère, non sans avoir énervé la résistance des Romains au temps d'Alaric et d'Attila. Un historien écrivant en 627 veut que l'Empire d'Occident ait disparu en 454 , soit 1,300 ans après Tune des dates adoptées pour la fondation de Rome. M. Reinach croit trouver dans un passage de la Germanie de Tacite une allusion à la même prophétie et aux craintes qu'elle inspirait. Elle avait peut-être pénétré dans le recueil des vers sibyllins , ce qui expliquerait la destruction de ces documents par Stilicon entre 4o4 et 4o8.
il mai, M. Collignon donne lectui'e d'une lettre de M. Mendel relative à une inscription contenue dans son récent rapport sur les fouilles de M. Paul Gaudin à Aphrodisias.
— M. firéal fait une communication sur le sens et l'origine du mot grec
— M. Pottier lit un fragment de son Catalogue des vases du Louvre , où il étudie l'influence du théâtre sur la céramique grecque au v* siècle. Il montre que cette influence dans les vases antérieurs aux guerres médiques se manifeste déjà par une composition serrée qui devient une véritable trilogie et par des attitudes plus pathétiques. Elle se précise surtout dans Tépoque qui suit les guerres médiques et introduit des changement5 importants dans la disposition des personnages et dans leurs costumes. On peut même d'après certains vases se figurer assez exactement le costume tragique du v* siècle et voir combien il est différent de l'ajustement scénique que Ton connaît surtout par Tart hellénistique.
— M. Eugène Lefèvre-Pontalis fait une communication sur les châteaux de Loarre , de Médina del Campo et de Coca , en Espagne. Le premier, situé entre Huesca et Jaca , n'est pas une œuvre homogène du dernier quart du xi* siècle, comme l'ont prétendu les archéologues espagnols. U a été construit par étapes successives pendant le xii* siècle. Le château de Médina del Campo a été remanié au xvi* siècle; l'architecte Ta adapté à l'usage de Tartillerie au moyen d'un chemin de ronde couvert, analogue à celui du bastion de Schaffhouse. U doit être considéré comme le prototype de celui de Coca, près de Ségovie. On y retrouve un donjon d'angle du même type, un chemin de ronde identique , mais les créneaux offrent un caractère décoratif très original.
i8 mai, M. S. Reinach annonce, d'après une lettre de M. le commandant Espé-
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randieu , que les fouilles qui viennent d*étre reprises à Alésia ont donné d'excellents résultats. On a trouvé une cave contenant oo kilogrammes d*outils en fer, des monnaies, une statue en bronze de Mercure, et surtout un grand peson en bronze représentant un buste de Silène , qui est un morceau de premier ordre. Ces découvertes sont fort encourageantes, car elles prouvent que TAlésia gallo-romaine a été détruite subitement et que le sous-sol est resté intact. Dés qu'il a eu connaissance de ces résultats, M. le duc de Loubat a fait don d*une sonmie de 1,000 francs k la Société archéologique de Semur pour la continuation des fouilles.
— M. S. Reinach annonce que MM. Grenfell et Hunt ont découvert à Oxyrhynchus, en Egypte, des papyrus dune grande importance, donnant notamment i35 vers de Pindare, 100 vers dune tragédie perdue d'Euripide, /fyp^fe, 70 vers des Méliambes de Cercidas, un fragment considérable d'une histoire de la Grèce au début du iv* siècle. Mais la trouvaille la plus surprenante est peut-être celle de 45 lignes d'un Evangile complètement inconnu : Jésus et ses disciples se rendent au temple de Jérusalem; ils y rencontrent un pharisien qui leur reproche de n'avoir pas accompli certaines cérémonies pour se purifier; alors Jésus prend la
Çarole et, dans un discours éloquent, oppose la pureté du cœur à la pureté rituelle, out cela est absolument nouveau.
— M. Thomas lit un mémoire de M. Alfred Leroux, archiviste de la Haute- Vienne , intitulé : Le sac de la cité de Limoges et son relèvement. En soumettant à une critique approfondie les différentes relations de la prise de Limoges par le prince de Galles, le 19 septembre 1370, dont Froissart nous a laissé un récit dramatique, l'auteur s'efforce de ramener cet événement à ses justes proportions : le nombre des morts notamment aurait été non de 3,ooo, mais de 3oo. Il a également étudié la manière dont les habitants reconstruisirent leur cité. Le palais épiscopal ne fut rebâti qu'en 1 534- 1637; les murailles de la cité ne furent relevées qu'en i545- 1 55a ; il a donc fallu près de deux siècles pour effacer les traces matérielles du désastre de 1370.
— M. Emile Châtelain communique divers fragments d'imprimés du commen • cément du xvi' siècle trouvés dans quelques reliures de la bibliothèque de l'Université de Paris : i* 58 feuillets d'un bréviaire de Rodez, totalement inconnu, imprimé probablement à Lyon avant i5a5; a*" quelques pages mutilées de la Mèlasine, de Jean d'Arras; 3* une Pronostication , de Gaspard Laet, «médecin et iastrologue de la puissante Université de Louvain», pour i5i6; 4* 5 feuillets d'une édition du pseudo-Bérose , faite par Jean Gourmont vers i5io; 5° 8 pages d'épreuves d'un traité de Raoul de Montfiquet sur le mariage (vers i53o]; 6* un cahier du Jouvencel, de Jean de Bueil, imprimé probablement par Philippe Lenoir en i5îio ou i533.
— M. Ch. Joret présente, de la part de M. Vasseur, professeur k la Faculté des sciences de Marseille , des photographies d'objets découverts dans des fouilles praticpiées dans l'arrondissement d'Aix : amphores, terrines, marmites, qui paraissent avoir appartenu au mobilier d'une population agricole.
25 mai, M. Clermont-Ganneau communique une notice du P. Lagrange sur les résultats d'une exploration archéologique et géographique, accomplie au mois de mars 1906, par une caravane de l'École des Dominicains, sous la direction des PP. Janssen et Savignac. Partie de Nakhl, au Nord de la |)éninsule sinaïtique. l'expédition est montée d'abord jusqu'à *Ain Q'deis, l'antique Qadech biblique, puis de là s'est dirigée de l'Ouest à l'Elst pour gagner Petra, traversant ainsi une
région presque inconnue Jusqa*ici et d*un accès très difficile, celle qui correspond au pays des anciens Edomites.
— M. Salomon Reinach rappelle que Totila, roi des Goths, dans Tintervalle entre les deux conquêtes de rltalie par les Byzantins, réagit contre la politique d'assimilation suivie par Théodoric et ses successeurs. Il parait même avoir eu Tidée d*abolir en Italie la langue latine et de faire enseigner celle des Goths par des professeurs de cette nation. Cela ne se lit, il est vrai, dans aucun auteur grec ou latin que nous possédions. Mais M. Reinach montre que le cardinal Jean de Médicis, plus tard Léon X, recueillit un témoignage à ce sujet dans un manuscrit grec, aujourd'hui perdu, et le cita devant un humaniste du temps. Alcyonius, qui nous Ta transmis. Seulement Jean de Médicis attribuait le projet en question à Attila, qui, étant Hun de nation, ne pouvait songer à répandre la langue gothique et qui d'ailleurs ne fut jamais maitre de Tltalie. C'est là , de beaucoup , le
J)lus ancien texte connu sur renseignement officiel d'une langue germanique et e premier exemple d'une tentative des Barbares pour combattre la suprématie (lu latin.
— M. Chavannes expose les résultats des recherches auxquelles il s'est livré avec M. Sylvain Lévi, au sujet de trois fragments de manuscrits chinois qui proviennent du Turkestan oriental et qui sont en la possession de M. Rudolf Haemlé , à Oxford. Ces débris appartenaient à la version chinoise de l'ouvrage bouddhique intitulé Prajnaparamita. Cette copie doit avoir été écrite entre le vu* et le x* siècle de notre ère.
Concogrs des Antiquités de la France, Quatre médailles ont été décernées : la première, à M. Léon Mirot, pour ses deux volumes Isabelle de France, reine d'Angleterre, comtesse d*Angouléme, et Les insurrections urbaines au début du règne de Charles VI ; la deuxième, à M. Ph. Lauer, pour son livre Les Annales de Flodoard; la troisième, à M. Serbat, pour son livre Les assemblées du clergé de France de i56i à i6î5 : la quatrième, à M. Henry d'Allemagne, pour son livre Les cartes à jouer du xiv' au XX' siècle. Sept mentions ont été décernées : la première, à M. G. Dottin , pour son Manuel pour servir à T étude de V antiquité classique; la deuxième, à M. C. Allibert, pour son Histoire de Beyne; la troisième, à M. Begule, pour son livre Les incrustations décoratives des cathédrales de Lyon et de Vienne; la quatrième, a M. J.-M. Abgrall, |K)ur ses deux livres Architecture bretonne et Livre d'or des églises de Bretagne; la cinquième, à M. Emile Bonnet, pour ses Antiquités et monuments de l Hérault ; la sixième , à M. Henri Morin , pour son Cartalaire de l'abbaye de Lérins ; la septième, à M. J.-C. Demarteau, pour son livre L'Ardenne belgo-romaine.
Le Prix Delalande-Gaérinean (1,000 fr.) a été décerné à M. Exlmond Courbaud, pour son édition du livre I du De Oratore de Cicéron.
Pria? Saintour (3,ooo fr.). Un prix de i,5oo francs est décerné au P. Lagrange pour ses Etudes sur les religions sémitiques ; trois récompenses de 5oo francs sont accordées : i* à M. Victor Chauvin, pour les fascicules VII à IX de la Bibliographie des ouvrages arabes ou relatifs aux Arabes ; 3" à M. Moïse Schwab^ pour son Rapport sur les inscriptions hébraïques de la France; 3" à l'abbé Labourt, |K)ur son livre Le Christianisme dans t empire perse.
Le Prix Brunet (3,ooo francs) a été partagé de la façon suivante : 2,000 francs a M. Lachèvre, pour sa Bibliographie des recueils collectifs de poésies publiés de 1597
à il 00; 5oo francs à M. A. de la fiooralière, pour son étude sur U imprimerie et la librairie à Poitiers aux xrii' et xriii' siècles; 5oo franc» à M. Pierre-Paul Plan, pour sa Biblio^aphie rabelaisienne.
maran et G. Iloilat, pour leur ouvrage : La fiscalité pontificale en France au xir* siècU; 4oo francs à M. Pierre Champion pour son ouvrage : Guillaume de Flavy, capitaine de Compiègne,
Le premier Prix Gobert (9,000 francs) a été décerné à M. E. Petit, pour les tomes Vïll et IX de son Histoire des ducs de Bourgogne; le deuxième (1,000 francs) , à M. A. Richard , pour son Histoire des comtes de Poitou,
ACADÉMIE DES SCIENCES
Nécrologie. M. Raphabl Bischoffsheim , membre libre depuis le 16 juin 1890, est décédé à Paris le lo mel 1906.
Élection. À la séance du a8 mai, M. Charles Trépied , directeur de TObservatoire d'Alger, a été élu correspondant de la Section d*astronomie , en remplacement de M.Perrotîn, décédé.
ACADÉMIE DES BEAUXARTS.
Élection. M. FkMin a été élu correspondant de la Section d'architecture.
Communications. 5 mai, M. Lafenestre donne lecture d*un sonnet sur Gustave Moreau.
i!2 maL M. Nénot annonce que dans le concours international institué par M. Carnegie pour Térection du Palais de 1a Paix à la Haye , le premier prix a été remporté par M. Cordonnier, de Lille, et le deniième par M. Marcel, de Paris, tous deux anciens élèves de TEcdie nationale des Beanx-Arts.
26 mai, L* Académie a été invitée à se faire représenter le 3o juin à Tinauguration de TExposition rétrospective des Arts en Franche-Comté, organisée par la Société des Beaux- Arts et Arts industriels de Besançon.
ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES
Le Prix LeDissez de PentuirM» (i/>oo francs) a été ainsi partagé : 1,000 francs à M. P. Meilotée, pour son Hiâdoire économique de timpriitierie ; 600 francs à M. P. Bureau, pour son ouvrage Le paysan des fjords de Norvège; 4oo francs à M. G. Benoît- Lévy pour ses deux votâmes, La cité-jardin et Les cités-jardins ^Amériffue.
Ltf Prix Drouyn de Lhuyt (3,ooo francs) a été partagé entre M. Georges Pages,
Eour son livre Le Grand Électeur et Louis XIV ^\ et feu M. Jean Darcy, pour son vre Cent ans de rtcoUté coloniale.
î^î Sur cet aavrage, voir un article de ^*^ Sur cet ouvrage, voir un article de
M. Ghailes Dîehl dam le Jovmai des Savants , M. G. Partset dam le Jownal det Sevnntt , igoi, p. 477. «vril 190^, p. «<mk
CHRONIQUE DE LINSTITUT. 343
PUBLICATIONS DE L'INSTITUT
Institut de France, Académie des Sciences. Funérailles de M. Raphaël BischofFshelm ie mercredi 23 mai 1906. Discours de MM. Laussedat, Lîard, Bassot et Babelon. 1 broch. in-4*.
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Comptes rendus des séances; table des années 1857-1900, dressée par G. Ledos. i vol. in-8% Paris, A. Picard et fils, 1906.