K. Î)\RESTE
mouvement. A Angouléme, a Tours, à Pbitiers, tes présidiaux se transformèrent et consentirent à siégei^ comme grands bailliages aux termes de i'édit. Il en fiit de même au Mans, à Beauvais, a Sens, à Langres, à Retbel , à Chàlons surtout , où le peuple accueiUit la réforme avec une AÎvacitë particulière. «Peut-être aurait-il été dangereux, dit un témoin, de refuser i eni^slrement d'une loi dont les effets étaient si salutaires. » Lyon fit d abord grande difficulté, mais la sénéchaussée céda pourtant et se laissa transformer en gi*and bailliage, pour ne pas être transférée à Mâcon. Au contraire Troyes et Chaumont persistèrent dans le refus de siéger comme grands bailliages.
Le parlement de Rouen , qui s était signalé par sa vigoureuse résistance aux édits de M aapeou , ne se montra pas moins hostile k ceux de Lamotgnon, et entraîna presque tous les bailliages» du ressort, à l exception de Verneuil, Argentan, Beaumont-le-Roger, Honfleur, Pont-rEvêque et Pont-Audemer. Caen et Alençon résistèrent aussi, mais le présidiai de Rouen ne suivit pas l'exemple du parlement, et la ville de Rouen fut dès lors le théâtre d une lutte acharnée entre le parlement et le présidiai.
Dans le ressort de Metz un grand bailliage, créé k Metz, ne put jamais se constituer. Le parlement de Nancy, le conseil souverain de Colmar protestèrent jusquau bout. Dans toute la Lorraine, LiméviUe, Charmes, Pont-à-Mousson et Etain se laissèrent seides ériger en grands bailliages. En Alsace la justice fat suspendue de fait jusqu'à la chute de Lamoignon; à Besançon le parlement n'enregistra que pour la forme.
A Dijon il fallut exiler le parlement tout entier. Le peuple de la ville soutint le parlement et ne s arrêta que devant le déploiement de ia force armée. Dans la plupart des villes destinées k devenir grands bailliages, la population se montra assez disposée à accepter le nouveau r^me. A Bourg en Bresse ce nouveau régime fut constitué et pratiqué aux applaudissements de toute la ville.
A Aix et à Pau la résistance fat générale. Le» édits ne reçurent aucune exécution en Provence, ni en Béam. U y eut même une émeute à ^ Pau et les membres du pariement farent mandés à VersaiHes par lettres de cachet. Il n y arrivèrent qu'en septembre pour y apprendre la chute de Brienne, bientôt suivie de la démission de Ijamoignon.
Le parlement de Bordeaux était depuis neuf mois êxilé k Liboume , à cause de son opposition à l'institution des assemblées provinciales. Les nouveaux édits ne firent qu'exciter encore son hostilité, et sa rentrée à Bordeaux fat un triomphe. Les bailliages et les présidiaux du ressort se seraient assez volontien> laissé ériger en grands bailliiiges , mais on perdit du temps, et bientôt il fat trop tard.
L\ IVKFOllME JlJDRiUlRE DE 1788. kàô
NuUe part ia iulte ne fut plus ardente qu'à Toulouse. D'un côté le parlement, de Tautre ie capitoulat. Le grand bailliage ne put être installé et fonctionner à Toaloase quau milieu des sifflets, des injures et des plus grossiers outrages. En reranche tous les ]>résidiaux du report , Auch, Villefraiiche du Rouergue, Garcassonm\ acceptèrent avec empre^ement leur tmnsiormation.
Nimes n avait pas oublié que Maupeou lui avait donné un conseil souverain ; aussi le présidial accepta , en quelque sorte comme restitution, sa transformation en grand bailliage, et l'adhésion fiit à peu près générale.
A Rennes, Tintendant de Bretagne fut menacé, ainâ que le comnvindant de la force armée. Il fallut foire venir près de 2,000 hommes de troupe et occuper militairement le palais. L'atfaire se termina par une sorte de transaction. Le gouvernement rappela les troupes et le parlement promit de se séparer. Mais dans les villes autres que Rennes, à Nanles, Vannes, Quimper, l'opinion contraire, d abord hésitante, se reprit bientôt et le parlement se heurta à un mouvement populaire qu'il eût été difficile d'arrêter s'il n'était tombé de lui-même lorsqu'il fut devenu sans objet.
Ënfm à Grenoble, quelques jours après l'enr^istrcment requis par force, le parlement se réunit chez le premier président, déclara les auteurs des édits traîtres au roi et à la nation , ainsi que tous ceux qui accepteraient des f(»ictions dons les nouveaux tribunaux, ajoutant que si le parlement n'obtenait pas justice il se conndérerait comme entièrement dégagé de sii fidélité envers son souverain. Le parlement fut ramené en triomphe à Grenoble par toute la ))opulation en armes, et après un séjour de tiois semaines a Grenoble, Tordre étant rétabli, il se dispersa pour aller en exil dans les divers endroits qui lui étaient assignés, et y resta jusqu'au 'x 1 juillet, jour où les Ktats du Dauphiné se réunirent i\ Vizilie, avec l'approbation du Gouvernement.
Si Ton prend la peine d exiiminer les arguments produits de |>art et d'autre dans cette lutte, on est frappé tout d'abord de la faiblesse des raisons invoquées par l'opposition. La meilleui^e, la seule bonne peutêtre, était celle-ci : Les Ktats généraux vont être convoqués, le gouvernement s'est engagé à les assembler avant 1791. Pourquoi faire aujourd'hui par un coup d'Ktat ce qu'il sera possible de faire demain par des moyens légaux? Quant à la réfonne judiciaire, on la trouvait incomplète, mais elle ne soulevait aucune criti([ue sérieuse et le seul reproche qu'on piit lui adresser était de s'être fait attendre si longtemps. Voilà ce qu'écrivait Condorcet, ce que pensait Mirabeau et bien d'autres
avec eux. A vrai dire il ny avait qu'une question à résoudre, celle de l'opportunité.
[ja faiblesse de l'attaque n'eut d'égale , il faut le dire , que la maladresse de la défense. Pour réussir, le gouvernement aurait dû prévoir la résistance et se préparer à la combattre. En 1 788 les esprits étaient trop échauffés, la confiance trop ébranlée, pour qu'on pût faire passer d'un coup une révolution politique et une réforme judiciaire, mais il était facile de disjoindre Tune et l'autre. Avec certaines précautions de forme on pouvait faire accepter la réforme judiciaire, ce qui était faire un grand pas. Le reste serait venu un peu plus tard. Mais surtout il fallait voidoir, et vouloir jusqu'au bout, ne pas amener de troupes sur le champ de bataille en leur interdisant de se défendre, enfin ne pas engager une lutte dont on ne sortirait que par une capitulation. Le gouvernement savait si peu ce qu'il voulait que, le 5 juillet 1788, il fit paraître un arrêt du Conseil qui invitait toutes les autorités constituées et toutes les personnes instiniitesà envoyer au garde des sceaux des mémoires sur le mode de convocation des futurs Etats généraux. En d'autres termes, dit un publiciste, le gouvernement disait au pays : Nous ne savons comment conduire les affaires et nous prions les citoyens de nous donner leurs conseils. Le pays n'avait qu'à répondre : Si vous ne savez pas gouverner, allez-vous-en et laissez la place à d'autres.
L'arrêt du Conseil du 5 juillet contenait cependant deux dispositions importantes, l'une convoquant les Etats généraux pour le i*^mai 1789, lautre suspendant jusqu'à cette date la question de la Cour plénière ; mais Brienne , ne pouvant plus pourvoir aux besoins du trésor épuisé , fiit obligé ds quitter le ministère le a 5 août 1 788. Lamoignon restait seul avec des collègues qui , pour relever le crédit public , étaient décidés à rappeler les parlements. Lamoignon songea à faire tenir un nouveau lit de justice, offrant de ne plus demander que la réforme judiciaire, mais la mesure était tardive. Il convenait d'attendre la réunion des Etats généraux. Le 1 Ix septembre le roi demanda à Lamoignon sa démission. Le 2 3 septembre une déclaration du roi retira les édits et rappela les parlements. Le lendemain a/j , le Parlement de Paris fit sa rentrée au Palais, et les cours de province reprirent leurs audiences en octobre. Des réjouissances extraordinaires eurent lieu à ce sujet dans toute la France.
Un an après les parlements étaient tous mis en vacances en attendant qu'ils fussent supprimés.
UART GRECO-BOUDDHIQUE.