‹ Journal des savants (volume 3)Chapitre 47 sur 151 · TH. BABELON · texte numérisé non relu

TH. BABELON

dans le coin de la médaille. On ne connait pas les D re "Les médailles que Vittore Pisano en Italie dès 1438 étaient produites par-une tont autre méthode. Ce sont des médailles fondues, c'est-à-dire coulées dans des moules. Ce procédé de la fonte, dirons-nous avec M. Mazerolle, «consistait dans la confection d'un moule en terre, représentant l'ensemble de la pièce à exécuter, dans on coulait Je métal, or, argent, bronze, étain ou plomb ». Gette nouvelle technique, qui est celle de la belle médaille italienne de la Renaissance, ne s'introduisit en France que sous Louis XI, grâce à l'influence des artistes italiens comme Francesco Laurana et Pietro da Milano, que le roi René fit venir à sa cour d'Aix en Provence. À partir de cette époque, des médailles sont, les unes coulées, des autres frappées comme les monnaies.

‘La première médaille \frençaise: dont on connaisse les auteursest celle

SE pe ct r a ne ET 7 à pc documents d'archives, N. Rondot a

que cette magnifique pièce, frappée à l'occasion de l'entrée de la Reine à Lyon le 15 mars 1494, fut l'œuvre collective des orfèvres Louis de Florence, son gendre, qui en gravèrent les coins, et Jean Lepère; fils ainé de Louis Lepère, di hegtdtenpé le Perréal en avait préalablement donné le dessin, qui fut approuvé par les consuls. En cette même année 1 494; on exécuta à Vienne en Dauphiné une autre médaille dont nous ne connaissons pas l'auteur : elle est à l'effgie de la reine Anne de Bretagne et du jeune Gharles-Orland , mort en bas âge. Rondot constate que c'est dans les doeuments relatifs à ces deux médailles de Lyon et de Vienne que le mot médaille est employé pour la première fois dans la langue française. En littérature, ce mot rire rpg apparition dans Philippe de Commines, lorsque, à l'occasion de la campagne de Charles VIII en Italie, il parle des collections de Pierre de Médicis : Ce prince, dit Commines, possède, entre autres merveilles, « bien trois mil médailles d'or et d'argent, rs la pesanteur de quarante livres; et eroy qu'il n'y avoit point autant belles médailles en Italie (1. Gain parte des Mémoires de Gommines ft rédigée vers 1497.

Ce sont aussi des documents d'archives qui ont fait connaître les auteurs de la médaille de Louis XIE, frappée à à Toursen 1499, pour l'entrée du Roi dans cette ville. On doit ce chef-d'œuvre au grand seulpteur français Michel Colombe. Les échevins de Tours le chargèrent d'exé-

©) Commines, Mémoires, éd. Chantelawe, p. 543-544.

LES MÉDAILLEURS FRANÇAIS. 2n3 cuter, en même Lt cm 2 GA royale ut le n du harnais au cheval du personnage qui devait jouer le rôle de Turnus, fondateur de Ja ville, dans le mystère joué à l'occasion du passage du Roi. L'orfèvre Jean Chapillon reçut l'ordre de frapper soixante exem A EP D a re dérée comme le chef-d'œuvre de cette:

H ne saurait entrer dans le cadre de Dé apn pro dsl les œuvres fondues ou frappées, anonymes ou signées, dés dernières années du xv' siècle où du commencement du xw'. Elles deviennent trop nombreuses. Les critiques compétents discutent et discuteront encore sur le caractère artistique de ces œuvres, la part d'influence doit y reconnaître à l'école française. à l'école italienne, à l'école flamande ou même à l'école allemande. Gertains médailleurs, comme Jean de Can- | dida, dont la carrière artistique et diplomatique a été, bien mise en relief par M. H. dé La Tour, ont non seulement exécuté des médailles coulées, mais aussi gravé des sceaux et des coins monétaires; en outre, la plupart d'entre eux exerçaient en même temps, comme autrefois, {a profession d'orfèvre, C'est le eas, en particuliér, pour la pléiade des médailleurs lyonnais dont N. Rondot s'est surtout attaché à faire connaître la vie et les travaux : Nicolas Leclerc, Jean de Saint-Priest et Jean Lepère, collaborateurs dans l'exécution de la fameuse médaille de Louis XI et d'Anne de Bretagne; Jean Marende, l'auteur de la médaille aux effigies du duc de Snvoie Philibort:le: Beautiet (de! sa) femme Marguerite d'Autriche; Jeronyme Henry, Jacques Gauvain, qui était en miéme temps orfèvre à Lyon et rmaître de ln monnaie de Grenoble, On est surpris aussi dé’ constatér combien facilement ces’ artistes, voyagent et se déplacent, passant d'un pays dans l'autre ; pour mettre leur talent au service des princes où des grands personnages du temps. On les voit tour à tour exécuter desmmédaïlles en Italie , en: Phsdracres France, en Allemagne. Jean de Candida est d'origine italienne; il vient travailler à Ja cour du duc de Bourgogne et à la cour de France; il est; en même temps qu'artiste ; ambassadeur et conseiller de Charles VIIL Jean Marende paraît originaire de Flandre ; du moins des Marende, sans doute ses ancêtres, étaient gardes de la monnaie de Brabant; on trouve le Lyonnais Jacques Gauvain à Bruxelles, en 1501; Jacques Charpin est d' allemande, Pierre Faulcon est né en Espagne; un autre médail lyonnais, Gatien Bocault, venait de Tours, où il retourna en 1521; sa fille épousa Jean Glouet.

2 ah PL Pl Dr des écoles dans leurs œuvres, les manières diverses , les « chocs en retours

244 E. BABELON, dont on saisit les preuves dans les médailles fondues ou frappées, attribuées avec certitude ou vraisemblance à tels ou tels de ces artistes dont les noms sortent aujourd'hui d'un injuste oubli. tp

François [ne fit done que respecter des habitudes déjà vieilles et se conformer à une tradition qui remontait au roi René d'Anjou, en appelant à sa cour des artistes italiens comme Matteo dal Massaro, pour graver re ses monnaies et exécuter ses portraits en médailles et sur. nes

dat Massaro fut, présume-t-on, le maître de Marc Béchot, le

premier artiste qui reçut le titre de graveur général des monnaies lorsque Henri IL créa cette haute charge, en 1547. À partir de cette époque, les documents et les monuments abondent pour écrire et illustrer l'histoire de l'art du médailleur et du graveur de monnaies en France. Nous ne pourrions, dès lors, qu'analyser, en les suivant pas à pas, MM. Rondot et Maerolle. Avant eux déjà, plusieurs érudits avaient, naguère, mis en lumière la mission de Guillaume de Marillac, de François Guilhen et d'Aubin Olivier, envoyés en 1550 en Angleterre pour étudier sur place l'invention mécanique d'un orfèvre connu sous le nom de « Chevalier du Saint-Sépulere». C'est l'invention du balancier : désormais le principe de la monnaie moderne est trouvé. La machinerie apportée d'Augsbourg fut installée, dès la fin de 1550, sur la Seine, dans le logis des Étuves , à Textrémité occidentale de l'ile du Palais, c'est-à-dire au quai actuel de l'Horloge; elle fonctionnait au moyen d'un moulin hydraulique. Guillaume de Marillac en eut la superintendance et Aubia Olivier fut nommé « maistre ouvrier, garde et conducteur des engins» de la monnaie du Moulin : Aubin Olivier, perfectionnant son outillage, inventa la virole brisée.

Comme toutes les grandes nouveautés, la Monnaie des Étuves ou du Moulin provoqua de vives critiques; son fonctionnement souleva des objections qui paraissaient d'autant mieux justifiées que le procédé mécanique était plus onéreux que la frappe au marteau. Les très nombreux documents publiés ou republiés sur cette période de notre histoire monétaire par M. Mazerolle font la lumière sur toutes ces difficultés, mettent à nu parfois des luttes de personnes et des conflits d'intérêts qui se dissimulaient derrière des questions d'art et de technique. La routine étant tenace et défendue par la Cour des Monnaies, on continua la frappe au marteau pour un certain nombre de pièces; si bien qu'en 1585 Henri EL décida de séparer la fabrication des monnaies de celle des médailles; le balancier du logis des Étuves fut réservé aux médailles, pièces de plaisir et jetons, la frappe des monnaies devant être, comme par le passé, exécuiée au marteau, Sous Henri IV, Nicolas Briot, qui avait la superinten-

LES MÉDAILLEURS FRANÇAIS. 245

dance de la Monnaie du Moulin, en perfectionna la machinerie et d'en relever le prestige. En butte à Thostilité ardente de la Cour des Monnaies, il dut passer en Angleterre, où il porta et fit adopter ses inventions, Ï ne fallut rien moins que l'autorité de Richelieu pour triompher de la Cour des Monnaies et des tailleurs à ses gages, qui tenaient toujours la frappe au marteau. Richelieu et le chancelier Ségnier donnèrent ur confiance à Jean Warin, qui, nommé graveur ral des monnaies, fit transférer le Balancier au Louvre même et en améliora encore l'outillage; en 1645, l'emploi du marteau pour la frappe de la monnaie fut définitivement interdit. Mais l'établissement où l'on frappait au marteau nie fut pas fermé cela. La Cour des Monnaies y installa un outillage mécanique et lui réserva les commandes de monnaies, de sorte que le ier du Louvre, réduit à ne plus frapper que des jetons et des médailles, devint une simple manufacture royale, analogue à celles de Sèvres ou des Gobelins. Cette dualité d'établissements, l'un t les monnaies, l'autre les médailles, persista jusque sous Napoléon F*, qui, en 1804, les réunit en faisant transférer la Monnaie des médailles du pa-

lais du Louvre à 'Hôtel des monnaies , quai Conti.

Nous avons dà nous borner à ces indications sommaires qui montrent dans quel cadre se placent les documents publiés par MM. Mazerolle et Rondot , et quelle est la nature des faits qu'ils éclairent. Ge n'est pourtant que la moindre partie de leur intérêt : la biographie documentée de nos artistes médailleurs et graveurs de coins et le catalogue de leurs œuvres restent le principal attrait de ces deux grands ouvrages consacrés à la ST | EBABELON.

UE

Page 1