‹ Journal des savants (volume 3)Chapitre 49 sur 151 · IL. Procédés et inventions · texte numérisé non relu

IL. Procédés et inventions

Du périple au ER AS Gb n jds se ft directement si

pure il dérange Conte nome du péie qu

e. Comme le Pirée se lit un homme dans la du singe de la fable, mp Al d, dans les vers de l'Odyssée, Len A ière ane déco, la Cacholle ane LE de Pilier un porteur du Ces noms sonnifiés ont pris les mœurs, arole et la vie d'hommes véritables où de hi prog in mamgent rent, , parlent et se meuvent, Dour

et injurient ()

Cette citation indique le sens général des idées exposées dans ce chn-

tre, où l'auteur renvoie sans cesse aux pages de ses deux volumes pour rappeler et faire comprendre comment, LE) les aventures racontées par le poète, on retrouve partout en œuvre « la même force agissante, vivifiante, qui donne le mouvement aux choses et le sentiment aux pierres elles-mêmes ». Ce chapitre est peut-être d'ailleurs, de tous, celui qui se prète le moins à une analyse sommaire, en raison du ATAUAES élicat et subtil des inductions que présente là l'auteur et des comparaisons qu'il institue en faisant de nombreux extraits du Périple d'Hannon et autres documents du même genre. Nous nous contenterons donc de résumer ses conclusions. Ce n'est pas, croit-il, un périple continu que le poète semble avoir taillé et mis en œuvre; ce sont des de

périple qu'il dut ajuster bout à bout; il les a juxtaposés sans autre ta

que de vers monotone : « De là nous naviguons plus avants} évbey dè mporépw w}éoper,

mais, d'ordinaire, sans donner, comme le fait presque toujours le Périple d'Hannon, l'orientation de la marche ni la Aongueur de l'étape. Autres différences : de Périple d'Hannon est continu; il nous déerit une côte en partant d'un bout et en finissant à l'autre extrémité, Le premier caractère du Nostos est, au contraire, une interruption constante des routes adoptées; c'est un écheveau de marches et de contre-marches qui n'ont, au premier abord, aucune raison logique, aucune D rationnelle, Enfin :

Le Périple d'Hannon signale sans doute les risques et les dangers, Cast les monstres que l'on doit affronter au cours Frs mais il décrit aussi des pa-

® Les Phéniciens et l'Odyssée, 4: 11, p. 563.

IMPMREUE TONER,

LU En tre re pme om à même des débarquements sans aventures, L'Odyssée, n'est, au contraire, du commencement à ln fin, qu'un tissu d'abominations. Oter les Lotophages : partont ailleurs, ce pee “meurtres, noyades, assommades, scènes Sontropossge où de magie noire, de manstres et trous de la mort, pour au nau- Es à arr in et n'ait connu d'un périple que les épisodes et paysages tervifiants

M. Bérard inclineraît à croire que ce ne serait pas le poète grec aurait fait ce Lriage parmi les documents qu'un ou plusieurs fa TPE rar

Len une « porte» ou, comme disent nos marins, Ca

Le de mer du Couchant. Bouches de Pire rare

e Bonifacio par les Largo at Bouches de Nisida par le K: den de rat La Messine par Cha: et Sk, de

les Sirènes; Bonches a a argent or La s Phéaciens; 1 semblerait

* Bombe dan! se demande M. Bérard, non pas un périple prosuïque et précis de ln mer Occidentale, mais quelque histoire merveilleuse et, pour lâcher le mot, quelque poème ou roman des Sept Bouches que les Sémites auraient fourni à notre poète grec?» M. Bérard vers cette conjecture, que rendrait plus vraisemblable encore La prédilection bien connue des Sémites pour le nombre sept. H est donc possible que, du périple sémitique au poème grec, le passage ne se soit

8 fait aussi Sr que l'on eût d'abord été disposé à le croire. Dés des Sémites aient communiqué aux Hellènes

navires läls rencontraient autour de la Sardaigne ou des Colonnes d' Hercule 2», Us avaient intérêt à répandre des réeits tendancieux dans lesquels ils avaient peuplé de fantaisies destinées à semer la

® Les Pheniciens et l'Odyssée, t. IL, ® Strabon, XVII, p. 802. Cf. HI, p: 569. p.175.

LES PHÉNICIENS ET L'ODYSSÉE. 261 Leger eme RS TRES po daient jalousement les chemins.

Si Éosisjonte-de:rospéris:on: primes (ds avigeticechnliquesipens paraître probable, il est plus diflicile encore de nier l'existence de modèles grecs antérieurs à l'Odyssée. L'Iliade et Y'Odyssée, on s'accorde aujourd'hui à le reconnaître, sont la fin et non le commencement d'une littérature, de toute une floraison de récits épiques dont elles nous laissent deviner la richesse et la variété. Le nostos, avant le poème homérique, était déjà un genre littéraire. Nostos d'Agamemnon , nostos de Ménelas, nostos d'Idoménée, nostos de Nestor. L'Odyssée elle-même vise ou résume trois ou quatre de ces retours. En chacun de ces nastoï, les épisodes et les personnages ages principaux devaient être les mêmes.

Il est possible qu'avant notre Odysseia, Y'Hellade ait d'autres Ulysséides, d'autres CAGE 1 DT a era æokérpores, n Le Malin »; qui, le premier vers du sullire, pour l'auditoire de l'aède, à désigner clairement ART n'est nommé qu'au vingt et unième vers. Les données empruntées aux

où au roman sémitique auraient déjà été utilisées dans ces Ulysséides antérieures. Ce qui appartiendait au poète que, faute de-pouvoir lui donner un autre nom, nous devons continuer à appeler Homère, paré mérite d'avoir choisi Sy les matériaux ainsi ré LR les. en une composition bien équilibrée, ceux qui étaient illeur aloi; ee serait surtout Le talent qu'il a eu de donner aux traits de son héros et des acteurs secondaires du drame un accent, une vie, une originalité auxquels n'avait atteint jusqu'alors aucun de ceux qui s'étaient essayés avant lui sur ce thème, « Je crois, dit M. Bérard, à l'œuvre d'un grand poète, travaillant sur des modèles et construisant arlistement, savamment, le chef-d'œuvre des nostoi, — non pas de toutes pièces (il n'est pas de création humaine qui soit de toutes pièces), — mais en prenant son bien partout où il le rencontrall}».

LL. Âge et patrie du poème. — Ici nous pouvons résumer beaucoup plus rapidement les idées de M. Bérard. Comme on peut le prévoir par ce qui précède, il commence par proclamer que l'Odyssée « n'a rien de primitif, de barbare, de sauvage »; mais, dde Mise caractère savant du poème, il se refuse à descendre avec lui jusqu'au vu sièele pour y chercher l'heure et le milieu où serait née l'Odyssée.

Celle-ci est certainement antérieure aux navigations qui, dans la seconde

1) Les Phéniciens et l'Odyssée, 1. A, p. 579.

moilié du vin siècle, conduisirent en Sicile les Corinthiens et les Chalcédiens, et un peu plus tard les loniens de Phocée jusqu'en Espagne. e ee ‘comme le font la plupart des critiques contemporains, à l'opinion d'Hérodote : « Homère, dit celui-ei, est mon aîné de quatre FR E aer nape reed t ee siècle, vers 450; Homère fleurira vers le milieu du 1x° siècle, en 850 environ. Cette date concorde avec ce que nous apprennent les documents grecs les plus dignes de foi, tels que la Chronique de Paros.

“Quaht à ln patrie du poème, l'hésitation est encore moins permise. Les seules côtes d'Asie Mineure, l'Ionie et les colonies voisines, TE à cette «avoir été le siège de da civilisation qui sy ré ee à la Grèce d'Asie qu'il faut reporter l'apparition de notre conduit boot aff ati tip ar ndition unanipe rats ne) par l'étude du texte et de la langue du poème. Il y a dans la Télémahhéia ire 4 nn Prairie ei ar An ps re

Dr t la plus connue régnait à Milet. Or il nous est ar ins Kadméens, c'est-à-dire des Phéniciens hellénisés par un Bd en Béotie, s'associèrent à l'émigration ionienne et se répartirent, en Asie, entre les villes principales, où leurs descendants paraissent avoir tenu une place im Bias, à Priène, et Thalès, à Milet, étaient issus d'une de ces kadméennes!, Grand bazar de l'Anatolie, où venaient converger toutes les routes de terre et de mer, Milet vit certainement les vaisseaux syriens se presser dans son port êt les marchands phéniciens installer chez elle des comptoirs ou méme un ier — on disait alors un eump — anal e à celui des Sido- ERA les Tyriens avaient en Égypte, à Memphis. LE ainies. dont quelques-uns avaient peut-être conservé la pratique de la langue de leurs ancêtres étaient tout désignés pour servir d'intérmédiaires entre les Phéniciens du campet les Hellènes de la ville et du voisinage. Ce dut être par eux que les aëdes, curieux et questionneurs, eurent connaissance de ces périples ou de ces romans maritimes que l'on devine, que l'on entrevoit derrière l'Odyssée, comme une des sources auxquelles , dans l'entourage de ces aristocraties kadméennes, à la cour des rois néléides, puisa le génie du grand poète que les siècles ont salué du nom d'Homère.

IV. Nous avons, autant que nous le permettaient les étroites limites dans lesquelles nous étions tenu de nous renfermer, donné de l'ouvrage

1 Hérodote, 1, 146, 170. Sirabon, XIV, p. 633 et 635. Diog. Laërt., F, 24 et 37. — % Hérodote, I, 112.

LES PHÉNICIENS ET L'ODYSSÉE. 253 de M. Bérard, volume par volume, un fidèle résumé. Mème par cette re on a pu se rendre compte de tout ce qu'il

d'idées originales et neuves, de tout ce qu'il enseigne et de tout ce qu'il suggère. 11 nous reste à indiquer brièvement ce qui, dans les vues par l'auteur, nous paraît avoir le: plus de chance de résister à la critique et de s'imposer désormais à l'attention de tout historien des lettres anciennes.

Nous sommes tout à fait d'accord avec M. Bérard sur le caractère de la poésie homérique. Nous croyons comme lui que c'est une poésie courtoise, au sens où les romanistes entendent ce mot, une poésie savante qui a derrière elle tout un passé déjà long d'essais et d'œuvres analogues, plusieurs tions de chanteurs épiques qui ont inventé les thèmes de l'épopée et dessiné les types de ses personnages, Éa mo suite d'efforts de plus en plus heureux, créé le mètre et Ia langue. Cette idée fait lentement son chemin et, nous n'en doutons pas, elle finira par triompher des théories de Wolf et de ses disciples. Nous la soutenions day il y a près Étcaress dans un essai écrit à propos du premier ume de l'Histoire de la littérature grecque de MM. Alfred et Maurice Croiset il. Les hypothèses que j'y présentais ne diffèrent que par des Lane sont exposées dans les pages, d’ailleurs si judicieuses etsi Bérard a empruntées, vers la fin de son second volume, à a Ceci pour toute l'é l'Iliade aussi bien que rOde ous inclinerions Paso Sy sujet de ce dérnier Le la conjecture qui rer en propre à M. Bérard, celle dont tout son livre n'est que le éveloppement, l'hypothèse du périple où du conté sémitique d'où le poète aurait tiré le tracé des voyages d'Ulysse, les données géographiques qui forment la trame du tissu sur lequel son génie a semé les fleurs de si riches broderies. On sait à quelle date nous plaçons la naissance du poème. Les Joniens n'avaient alors, par eux-mêmes, aucuné connuissance des îles situées au delà de Adriatique ni des rivages continentaux que baignent les mers de l'Occident. Dans ces conditions, comment se fait-il que maints traits de la topographie odysséenne, pour ces terres reculées, soient d'une exactitude singulière, dont témoignent nos /nstructions nautiques? Cet étrange phénomène ne paraît vraiment comporter qu'une seule explication satisfaisante, celle que propose der Ge que les Grecs ne savaient pas par leur propre expérience,

1 G. Perrot, La question homérique (Revue des Denx-Mondes, 1887, t. LXXXIV, pe 577-617).

ils l'ont appris des hardis marins qui : s'étaient risqués dès lors dans ces parages lointains. L'auteur a eu raison d'insister sur la forme que pren-

nent, dans le poème, Disenaciquiennente ainsi tente Li Paca est d'une précision qui surprend. L'ensemble reste fragmentaire et décousu. Le poète ne sait évidemment pas dans quelle direction il doit chercher et où se trouvent, dans ces vastes espaces dont les profondeurs restent impénétrables à son regard, ces coins de paysage, ces portions des côtes de la Méditerranée dont il semble avoir une vue si nette. [y a lune présomption sérieuse en faveur de l'origine que M. Bérard attribue aux données topographiques sur lesquelles le poète aurait bâti son

Pour presque tous les sites que M. Bérard assigne aux aventures du héros, nous croyons qu'il a rencontré juste et nous sommes frappé des concordances qu'il relève entre l'aspect des terres où il fait aborder son héros et l'idée qu'en donnent les vers du poète. Il y a cependant une exception : c'est pour l'ile de Kalypso. Nulle part l'auteur ne se montre plus ingénieux et plus subtil que dans l'effort qu'il tente pour l'identifier avec l'ilot de Péréjil, voisin de la presqu'ile de Ceuta, à l'entrée du détroit de Gibraltar, On ne saurait nier la parenté que le poète établit entre Kalypso et cet « Atlas, qui soutient les colonnes sur s'appuient la terre et le ciel». Cette île de Kalypso, il faut donc la chercher quelque part sur la côte d'Afrique; mais, quoi qu'en dise X M. Bérard, la description qu'il nous donne de Péréjil ne répond pas du tout à la pein- Le ro, v rien l'ile où Ulysse est retenu sept ans prisonnier. D'une part un ilot aride et rocheux, dépourvu d'eau, couvert de courts buissons; de l'autre part des prairies verdoyantes, de grands arbres, des sources vives. Îl n'aurait donc, pour une fois, été tenu aucun compte des indications contenues dans le FA dbraitiques M. Bérard estil disposé à admettre que le poète, en cette occasion DE a eg dérogé à ses habitudes?

Quant aux étymologies sémitiques, si nombreuses en ces ose lumes, nous n'avons pas qualité pour les discuter. I} nous revient que quelques-unes d’entre elles soulèvent des objections. D'autres paraissent s'imposer ét ajoutent à la vraisemblance de l'hypothèse, à la force des conclusions de l'auteur.

Quelques autres points préteraient à la discussion, si nous n'étions forcé d'arrêter ici cetté analyse. C'est ainsi que, dans les considérations qu'il présente sur la date probable de l'époque homérique, M. Bérard

1 Odyssée, 1, p. 52-58.

aurait pu, à l'appui de d'opinion qu'il soutient, tirer d'utiles arguments me souvenirs de l'âge mycénien que renferment l'Aliade et l'Odyssée, de

que semble avoir le poète de répandre sur ses récits al couleur conventionnelle dont les tons, en ie tout au moins, sont empruntés aux mœurs et aux usages d'un monde disparu, mais non encore tout à fait oublié. Nous lui réeommandons, à ce propos, un intéressant mémoire de W. Reichel, un curieux et intelligent érudit qu'une mort prématurée a trop tôt enlevé à la science ),

C'est une des qualités da livre de M. Bérard que de faire penser, de réveiller le lecteur, fe pro oquer chez lui, en per he endroit, des sursauts de surprise qui aboutissent parfois à une protestation motivée, qui,

us souvent, préludent à un assentiment raisonné, M. Bérard à lu

ère pour son compte, avec ses propres yeux, sans se laisser prévenir par ce qui avait été écrit sur ce sujet, depuis tant de siècles, par les commentateurs et les critiques. Îl est arrivé ainsi à des vues qui lui sont personnelles, à des hypothèses qui, dans leur ensemble, atteignent touté la vraisemblance que com de pareilles recherches, H a fait relire Homère. Pour beaucoup de ses contemporains il en a rajeuni et renouvelé l'impression, Son ouvrage, pour solide qu'il soit dans le fond, est un des plus amusants qui aient jamais été écrits sur l'antiquité; celle-ci, ä l'a rapprochée de nous, sans la farder niola défiquete Ce n'est pas là un mince et commun mérite,

Groncss PERROT,

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