PATES
40û * d. GUIFFREY.
La peine que s'est donnée M. Fenaille se justifie et par le mérite des œuvres elles-mêmes, et par leur valeur commerciale sans cesse croissante. Une portière des Dieux valait, à l'époque de son exécution, deux ou trois mille livres; on en donne aujourd'hui cinquante ou soixante mille francs au moins. C'est ainsi que notre grande Manufacture nationale a créé des richesses d'une valeur inealculable, On les a gaspillées ou détruites sans ménagement, et c'est à peine si, aujourd'hui même, on com mence à prendre quelques précautions pour la conservation d'œuvres d'art très compromises. M. Fenaille rend un immense service en nous édifiant, comme il a su le faire au prix de recherches immenses, sur l'origine et la date de ces tentures trop longtemps considérées comme des accessoires insignifiants d'un mobilier banal, de simples articles d'ameublement. } '
Le chapitre qu'il a consacré à la tenture de Don Quichotte, à ses, modèles et aux entourages successifs des scènes du roman, mérite une attention spéciale. Certains points étaient acquis. On savait que les peintures conservées à Compiègne étaient de Charles Goypel ; mais on pensait que les premiers modèles, ceux de 1 714 et des années suivantes, avaient été peints par le père de Charles, par Antoine. M. Fenaille établit que! Charles Goypel a seul travaillé aux vingt-huit compositions livrées aux Gobelins de 1714 à 1 753: Si l'auteur des scènes historiques était connu, on était moins fixé sur le nom des dessinateurs de ces délicieux entourages qui font de la tenture de Don Quichotte un véritable chefd'œuvre. À force de compulser les Comptes des Bâtiments, les manuscrits de la Bibliothèque, les papiers de la Manufacture, M. Fenaille est parvenu à classer les différentes séries et à retrouver les noms de presque tous: les collaborateurs de Coypel. C'est d'abord Blain de Fontenay, peintre de. Beurs et de paysages, élève de Monnoyer, auteur du premier entourage dont le marquis de Vennevelle possède Ja série complète et unique: Pour les autres encadrements M. Fenaille cite les noms de P.-J. Perrot, peintre pour les ornements aux Gobelins (1734), puis de Jean-Marc Ladey, peintre de fleurs à la Manufacture; après eux, on rencontre Loui Tessier et Jacques, enfin Lemaire le cadet, tous bien oubliés aujourd'hui, mais dont divers modèles, encore conservés dans les magasins, permettent d'apprécier l'incontestable mérite. Ils ne quittaient guère le faubourg Saint-Marcel, inconnus de leurs contemporains, laissant à leur mort leur famille dans le besoin , et ils créaient de véritables merveilles de goût et d'invention. On a des recueils de fleurs et d'ornements gravés par Tessier, dignes d'être comparés à ce que le xvm siècle a produit de plus précieux dans ce genre.