FIN DE LA TA 4 LE
JOURNAL
DES SAVANS
Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes , composés, traduits ou publiés en français et en latin, avec les noms des auteurs, traducteurs et éditeurs ; accompagtîé de notes historiijues et critiques , par M. Barbier, &c.: seconde édition, revue , corrigée et considérablement augmentée: tomes I, II et III. Paris» chez Barrois l'aîné , libraire, rue de Seîne, n.*^ 10, 1822, 1823. 1824, in-8.'
-L/£ toutes les parties de la science philologique, la moiais attrayante peut-être est celle qui consiste à employer des soins persévérans et une heureuse sagacité pour nous révéler les noms des auteurs qui ont
'§imiimùhymeio\i qui, se cachant sous cïes déttominaiions et des qualités fausses^ ont voulu tromper les lecteurs, et quelquefois se dérober seulement à feur curioiïté* Les philologues, les bibliographes quî nous font connoître par leurs recherches, à-Iafoîs péi^ibtes et habiles» Içs noms des écrivains anonymes et pseudonymes ^ rendent un vmî service y parce que le nom connu des auteurs de certains ouvrages éclaire souvent sur le degré de confiance qu*îls peuvent plus ou moins mériter, et sert ordînaîrement à expliquer bien des difficultés»
M. Barbier, savant bibliographe, philologue exercé, puïjfie la seconde édition de son Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseuJo^ nymes, dont la première avoît été accueillie avec faveur, parce qu'il avoit su jeter quelque agrément dans la cortï position d*un dictionnaire non-seulement utile , mais même nécessaire à notre littérature îl a fait pour cette nouvelle édition beaucoup de corrections et d'augmentations. Un tel ouvrage est toujours susceptible d'améliorations , puiiqu*on fait sans cesse de nouvelles découvertes dans là science de la bîblîographîe , qui autrefois â été trop négligée, suf*tout en France.
Les étrangers avoient composé, sur les anonymes et les pseudonymes, des traités spéciaux. Vincent Placcius , professeur à Hambourg, avoit publié en 1674» in-^,\ son Theatrum anonymorum et pseudonymouun , dont une seconde édition parut en 1708 , in-foL
Decker publia aussi un petit volume dt Scrïptis adespotis^
Si Ton excepte Touvrage de Baillet, iniîtulé Recudl des auteurs dtguisés , qui panil en 1 690 , on peut dire que, parmi nous ♦ la science à laquelle M* Barbier a consacré ses soins ne date guère que du milieu du xviil/ siècle; et même, sî plusieurs bibliographes ont eu le soin de rechercher et d'indiquer les noms des auteurs qui se déroboient à la connoîssance du public , ces notions éparses dans des catalogues ou dans des ouvrages de bibliographie ne composorent pas encore des traités spéciaux: il exîsioit sans doute des matériaux nombreux ; mais il failoît les réunir^ les coordonner, pour manifester le mériîe et rutitîté de la science; îl falloit suMout beaucoup de corrections, d'augmentations , de vérifications. C est ce que M. fearbier a entrepris et exécuté avec zèle, persévérance et succès*
Diverses circonstances que M, Barbier explique avec une franchise modeste, ont aidé et favorisé ses recherches , ont aplani plusieurs obstacles. II explique de même les travaux considérables auxquels il s'est livré avant la composition de son dictionnaire, et les motifs qui Font porté i le publier ; enfiu il nomme avec reconnoissance les diverses
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>nn6s çfii Iw^ont donné des imtructiûns , des renseignemens dpnt
Ul a protîîé* .
Il rend compte aussi de la méthode quîl a suivie gépçfalemeplî ,«|^ j*avoueque je la préfère à toute autre > parce qu'elle est pfus siinj^Ie^
Itpfus exacte, et quelle rend les recherches plus^ûres et j>lus tutiles. iElle consiste à transcrire scrupuleusemeat i par ordre alphabétique , j les premiers mots de chaque litre., ,, ^, ,? . ., • . ,
Pour faire apprécier l'importance et ruiifité^dM trayaîl de M* h — .. ,
lai suffira d*indiquer quelques articles qui prouveront que les renseigne- Miens que ce dictionnaire renferme sont souvent agréables, ou jafccsî-^
[fsaires, ou même indispensables à connoître : c&r 11 faut dire que ce ! 'dictionnaire ne contient pas une simple et sèdie nomenclature de titres^ de livres et de noms d'auteurs; il s'y trouve (>!: ;nicles qui sont
de véritables dissertations philologiques ou lun;t,jHes. Paifois des! anecdotes piquantes relèvent fa gravité du sujet, et sous ce rnpportj on- ne peut qu applaudir aux efforts et au goût de M. Barbier, qui 4Ç$|i parvenu à répandre de riniérét dans un genre d^ouvrage qui en paroît ' peu susceptible*
Je citerai quelques détails sur les ouvrages anonymes; mari fe m'attacherai y sur- tout aux pseudonymes qui composent la partie , sinon la plus grande» du moins la j^Ius importante et la plus curieuse de ce dictionnaîre.
VEloge dt Mkhd de VHùspual ( sujet d éloquence proposé par
lJ*açadémie française, ei dont le prix fut décerné en 1777) , qui a
j)bt€nu le second accessit, fut publié anonyme. M- Barbier fait, à foccasion de cet ouvrage, un raisonnement qui prouve qu'U doit être attribué au vertueux magistrat dont le nom se rattachera désormais à d^^ institutions de bienfaisance, de morale et d'utilité publiqite , le baron de Montyon,
Citant ensuite féloge historique de THospital» qui porte iu]>jgr;ipiie, ce n'est point aux esclaves a huer ks gmnds hommis^ » 777, in-S/ , pubUé aussi anonyme, et attribué avec raison k M. de Guiben, dans les œuvres duquel il se trouve aujourd'hui, M. Barbier raconte le fiiît suivant* M. de Guiben, soupçonné d'être laut^ur de cet éloge, alla trouver M. de Maurepas pour désavouer les bruits répandus i^ ce sujet j le ministre, qui aimoit toujours k plaisanter, lui répondît : *c Tant mieux pour vous et pour votre tranquilirté , si vous nen êtes *> pas fauteur ; mais tout pis pour voue gloire. »
Deux articles relatifs à des ouvrages de Montesquieu marnent d'éire connus.
rj4 JOURNAL DES SAVANS,
Le% Ln^rn pcnanis furent puWcées anonyin&s en 1721, Dûhs fa ieilre datée de Paris le 20 de fa iune de chahban i/io^ il y a divef,^efi receiies de médeciiie. Oiiy tpdm'e : Purgatif plus violent. Prenez A\x A** du C^"*^ concernant la B*"*" ei la C*^ des I**; faitesles distiller au hain-marie, ôtc. Vomitif ^ , . encore plus puissant. IVenez une feuille de papier marbré qui ait servi à couvrir un recueil des pièces des J** F*^^ ; faites- la infuser, &c.
J'ai vérifié que , dans des éditions postérieures, faites du vivant de Montesquieu, ces passages ne conienoient que ces lettres initiales. Il paroît que, depuis la mort de Tauteur, on a voulu les expliquer et écrire tout au long les noms qu'elles dévoient indiquer k la malice du lecteur, et j'ai trouvé dans les plus belles éditions: Arrêiî du Conseil concernant la BulU et la Constifuiim des Jésuites , et ensuite recueil des pièces des Je fuites Français, *
M. liarbier n'a pas de peine à prouver que c*est là une fausse interprétation, et quil faut rendre la pensée de Montesquieu par ces mots : Arrêts dxi Conseil concernant la Banque et h Compagnie des Indes; et ailleurs , recueil des pièces des Jeux Floraux,
Cette méprise singulière a été tellement répétée, qu il étoit convenable de la signaler HÎ.
Vn ouvrage qui porte ©ii titre , Réflexions sur quelques parties d*uH livre intitulé I* Esprit des lois^ i7S î > ^ vol. , et dont il n'eidste qu'un seul exemplaire, donne lieu à une explication assez curieuse.
M- Dupin , fermier général , auteur de cet ouvrage, n'en fit tirer que six exernplarres pour les communiquer à ses amis , et recevoir leurs observations ; cinq rendirent leurs exemplaires, que I auteur détruisît* Le sixième , confie à M, le marquis d'Argenson , resta dans ses mains ^ et ff est vraisemblablement unique, M. Je marquis de Paulmy» son fils , écrivit, sur la page blanche qui précède le frontispice du premier volume, une note que rapporte M. Bsrbier, et qui prouve que, dans le temps, quelques personnes regardoient comme une grande témérité le couroge de combattre Montesquieu , et que lopinion publique éfdii défavorable à ceux qui losoient attaquer; aussi cet ouvrage de M. Dupin ne fut pas publié.
Un autre ouvrage du même auteur, intitulé Ohervations sur rEtprit des lois , trois-peiits volumes in-fS , tout différent de celui des Réflexions &€,, fut imprimé en 1757 et 1758, ci M. Dupin fut aidé par les PP. Blesse et Berthî^r, jésuites; mais, après la distribution d'une trentaine d'exen>plaires , le reste de Tédition fut supprimé d'après
MARS iaa5* .i|f
le dàsir de la marquise de Potnpadouri qui déclara preodre sqijs sa protection et Algnlesquieu et iXsprit des lois.
Les Considirations sur les mmirs m par Duclos , furent puLlites anonymes en 17J i j sans indication de lieu. Dans une vente de livres qui venoient de la bibliothèque de M. de Bréquigny , se trouva un exempfaire de cette édkion, sur [e frontispice duquel il avoii tcrit , voyei le chapitre vi bis DES magistb A i S , qui est joint à cet exemplaîie, page 170. Le catalogue de la vente portait cette note ;
«L'auteur, n'ayant probablement pas obtenu Tapprobaiion du 30 censeur , fut obligé de supprimer ce chapitre , lors de rinipression » de son ouvrage, et en fit ensuite imprimer quelques exemplaires. On lié le trouve dans aucune des éditions postérieures*
L'exemplaire ainsi annoncé fut vendu assez cher*
Ce chapitre vi bis commence par ces mots , Lt même principe qui a dàruit les grands seigneurs , et finit par ceux*ci , mis causes qui coTicoffrera û Vavilissiminî de la maglsiraiure*
M, Barbier explique pourquoi ce chapitre ne se trouve dans aucune des éditions postérieures; c'est qu'il n'est pas de Duclos, et il nous apprend à quelle occasion et par qui il fut composé.
Le marquis de Maieteste, ancien conseiller au parlement de Dijon , raconte , page 6/ de la pré&ce de %ç$ oeuvres , intitulées (Eavres diverses d'un ancïm magistrat ^ Londres, 1784» in-S*, comment il composa lui-méiiie ce chapitre.
« Lorsque les Considérations sur les mœurs de ce sVecU parurent , on ^ï les lut avec empressement; c'étoit, dans les premiers momens , le » sujet de la conversation générale î Fauteur alloii souvent dans utie » maison oii se rencontroieni beaucoup de gens de mérite, de tous hs »> rangs et de tous les états : la mattresse de la maison me demanda ce » que j'en pensois ; jen dis beaucoup de bien, parce qu'effectivement «j'en pensais beaucoup, et j'ajoutai quil y avoit peut-être quelque » chose à désirer dans un petit nombre de passages» soit pour la netteté » des idées, soit pour la ciarté des expressions. On ne me pardonna pas » cette modération dans mes éloges, et Ion me dit , en me In repro- >» chant , que le plus mauvais chapitre du livre $ufiirojt pour m'ilfustrer. » Je ne sais si je f ié da propos; je ne crus pas I être : mais
>ipcep€ndant trente- m cs après je rapportai dans la même maison
>» un chapitre sur les MAGISTRATS. »
Une partie très- importante de l'ouvrage de M* Barbier est » cojnme jei^'ai annoncé , celle qui concerne les pseudonymes; il est souvent d'un grasid iniéfét pour la mémoire des personnes auxquelles les ouvniges
ont été imputés , que (e pubfic soit détrompé , et quelquefois îl est «écessaire que Je public même sache qu'un bon ouvrage n'appartient pis véritablement à râuieur auquel le titre l'attribue.
V Examen alfîqîic des apologistes de la rcliolon chrétienne , imprimé <f abord anonyme, porte sur son liTro le nom de Fréret , 1766 , in-Sf : el il a été compris dans des collections des œuvres de ce savant acadt micîetî , quoiqu'il ne soit pas de lui.
M. Bnrljicî a fait sur cette supposition d*auteur un travail très* remarquable, qui est plutôt une dissertation qu'un simple article de dictionnaire. Il .ivance que des peri>onnes trés-veisées dans Thistoire littéraire et philosophique du dernier siècle» regardent ï Examen critique comme la producfion de M. Lévesque de Burigny ; M. Barbier luimême pense que M. de Burigny en éloit fauteur ; et pour le prouver, iliîtabliu
1/ Que fouvrage a été composé de 17^4 à *73^ ou 17351 circonstance qu'il me paroît mettre hors de doute , soit par des témoignages littéraires t soit par des passages de YExamen critique &€, , qui démontrent qu'il a été écrit antérieurement à des ouvrages publiés depuis celte époque;
2." Qu'il existe, entre la ï'/iLvîû^ic païenne , qui est cerïainement de M. de burigny, et VExamen critique, une grande conformité dans le style, dans les réflexions, dans les citations. M, Barbier rapporte à cet égard quelques exempfes, tels que les bornes d*un article de dictionnaire le lui ont permis , et il annonce qu*îl auroit pu en fournir plusieurs autres.
Je ne pense pas que, d'une sorte d'identité de quelques réflexions ou citations , et de quelques passages de fa rédaction , on puisse induire autre chose sinon que Tauieur d*un ouvrage a copié , a imité iautre. Il est certain que l'auteur de VExamen critique n*a pas voulu se faire connoître; et il a si bien réussi, que, presque après un siècle depuis la composition de fouvrage, on ne sait p.is encore à quoi s*en tenir : or, est'il probable que M. de Burigny eût copié et imité des passages d*un ouvrage qu'il avouoit, et n'eût pas craint de s'exposera être reconnu!
Ce seroit plutôt dans la hardiesse ou la singularité des mômes opinions , exprimées difltremment, dans les tournures et form^ particuîières du langage, sur-tout dans les fautes d'élocutîon, quelquefois répétées, qu'on pourroît chercher la preuve que deu>: ouvrages sont d'un seul auteur. J'invite M, Barbier à relire attentivement » et ious ce point de vue, les nombreux ouvrages de M. de Burigny ^ de hs Comparer avec î Examen critique , et fose croire qu*it se formera dpj doutes*