MARS 18Z5. W^^M
3/ H rnvoque fe témoignage des persoimes qui otlit dif qiîèrTouvnige
iioh Je M. de Burigny . mais M. Barbier ne cite guère qo*ufie lettre oîi
' on lir que M."** de Houdetot avoit assuré que M. de Burigny lui avoh
confié èire Taufeur de Y Examen critique^
A ce témoignage on peut opposer celui de M. Dacier, confrère de M. de Burigny î M. Dacier avoit vécu beaucoup avec cet académicien et avec ses amis» et il a déclaré, avec connoissance de cause, qua M, t*e Burigny n'étoît pas Fauteur de X Examen critique.
Ainsi fe seul point que M. Barbier ait coniplétenient prouvé, c*est que Touvrage fut composé de 1724 à <7î3 î tuais ce n'est pas une raison M de I attribuer à M. de Burigny : je croi^ donc que les assertions de M. Barbier dnivent être réduites à de simples conjectures, et que rhistoîre littéraire n'est pas suffisamment autorisée h imputer Fouvrage à M, de Burigny, h luuins que le manuscrit écrit de sa main, et dont* M. Barbier parte vaguement , ne soit enfin représenté.
Mai^ la circonstance de la composition deTouvrage de ifi^ii '73 3^ sert parfeiietnent M. Barbier, quand il réfute ensuite ropînion dei j>er5onnes qui, Japrés Ténoncé de la Harpe, que Tauieur de rExamfH^ critique é:oit encore vivant lorsqu'il étrivoit , ont cru ou feint de*i croire que Tabbé Morellei^ désigné par la Harpe, en éioîi le véritable auteur. M* Morellei avoit attesté îi M. Barbier lui- même qu'il ne'^ lëioit pas» il la déclaré à d*autres personnes ; ce qui sufiiroit pour i^ conviction de ceux qui' ont connu particulièrement fabbé Morellet ^1 <)Uon a toujours reg:irdé et que j'ai eu occasion de reconnoîtrM comme esieniitlletnent honnête homme,
J ajouterai que labbé Morellet avoit, quelqtie temps avant mort, mis un grand ordre dans ses manuscrits et fiit farrangement la collection de ses ouvrages ; il la montroit à tous les gens de lettres j qui avoient Pavantage d'être admis dans sa familiarité. J ai , ainsi que plusieurs de mes confrères à lacadémie fr3nçaî>e , eu occasion non* seulement de voir cette collection , mais encore d entendre Fabl: Mort^llct en expfîquer les parties, et jamais 11 n'a été question de lExa^ mcn critique, dont îi n*a pas existé le moindre indice dans ses nombreui manuscrits. j-
En 1 Soç ,on a publié deux volumes dont le titre étoit , Corri^j)ondanci^ 4i t^uh XVI» avec d s nous, far AfJ" ft^it/iûms, Paris, Debray,i>-^/
Le pbs grand nombre des lettres de c^tie prétendue correspon-^ dance /dU Fauteur du dictionnaire , ont été composées par M* Rabîé, rn ïvec M, de la Pbirièrt'. M. Babié en a fait Faveu i diverse!**
personnes^ ei d'aîUfurs ks preuves de la supposition sont évidentes ;
W JOURNAL DES SÀVANS,
edei ont été consignées dans Topuscule de M, Eckart, Paris * îiî^ » tn-S,', intitufé , une Lettre sur t éducation du Dauphin est'tlle uuthentiqut! ft Observations sur les recueils des lettres publiées en sSo^ ei en tSty tous le nom de ce prince*
Cependant celte fausse correspondance a été citée comme authentique dans fa chambre des députés en 1817; des gens de lettres s^en sont autorisés dans feurs ouvnges; et, s'il m'e^t permis de parler d'une erreur qui m'est personnelle, quand je trouvai dans une histoire du procès de Louis XVI , tome II , page 45 *^ » dans une noiice rédigée par M, La vaux, ci- devant avocat aux conseils, qui avoît offert b la convention de partager avec Malesherbes les fonctions de défenseur de Louis XVI, et dans plusieurs autres écrits, une lettre attribuée à ce prince infortuné, par laquelle il remercioit Malesherbes de son dévouement, fe crus pouvoir citer cette fetirt , que rendoit digne de Tauguste personnage la noblesse des seniimens qui y sont exprimés , et jVn plaçai un passage dans un averiissement qui précède Tode que je consacrai \ \i mémoire de Malesherbes (ij, A peine les imprimés in-^* de cette ode étoîent-ils distribués , qu'examinant en crîiîque quand et comment cette lettre avoft pu être écrite par Louis XVI , envoyée à Malesherhéi et passer dans les mains de Téditeur, féprouvai sur son authenticité quelques doutes , dont Je me savojs mauvais gré comme poète et comm^ Français, Une explicaùcn avec M. Barliier acheva de détruire mon illusion ; ri me fournît les preuves de la supposition , et je réparai l'erreur de ma ciiation dans la très-grande partie du tirage des tn-S* Je ne puis mieux faire sentir Futilité de rouvrage de M. Barbier» qu'en 1» remerciant puljlî^uement de m*avoîr procuré le moyen de reconnoiim et de réparer mon erreuf,
II y a une espèce d ouvrages pseudonymes qui doivent être facifement excusés > parce qujis sont sans aucune fâcheuse conséquence, et qu*ilj /ournissetit quelquefois dt*s lectures agréables î c'est lorsqu'un écrivairi publie des lettres qull aitriliue à des personnages connus , pour avoir occasion de peindre les mœurs» les usages du temps où ih ont vécuj Ce cadre» qui nest ni nouveau ^ ingénieux» a servi aux auteurs dé drvers ouvrages qui ont obtenu du succès, par cela même qu'on savoic ^iie la correspondance éioit supposée.
^ 'Tel est le recueil intitulé Lettres de la marquise de Pompadour depuif
if^f}usqu Viî ijii.
, \%\ Luc danïlB léaijce pnhljque des quatre académies de l'Institut FO/i|f Jb ^ avril iSai. paris» ctiez Fimin Didôt pérc'çt fiU| r8i2» iVi-^**
PI lettres r^t M» Barbier, ont eu une grande TOgue, On le ^âCiribuà dans le temps à Crébillon le fils: c'étoît lut faire tro^J
• rfhonneur, car ces lettres sont pleines de décence, et semées danec^^ » dotes très-piquantes* Elles renfl-rment en outre des vues politiquei
• supérieures à celles dont Fauteur de Tançai et du Sopha a dû étr «animé. On regarde ces lettres, avec bien plus de raison, comrai ^ Touvrage de la jetinesse d'un de nos inagisirats les plus distinguéS| » M. le rn.'irqufs de Barbé-Marbofs. »
AL Bsiriiier présente ensuite des détails bibliographiques sur le|j diverses éditions que le succès soutenu de cet ouvrage a donné occasiotil lie faire successivement.
Enfin un titre d*ouvrage qui participe de l'anonyme et du pseudo-^j nyme, est celui où fes seules initiales des nom* et des qualificatior indiquant l'auteur» permettent de les appliquer h des noms très-connus,^ de manière que le pufjlic s'y méprenne.
A larticie des Réflexions sur les diffèrms iaractms des hommes , pa^j M, E. F. évéque de N. ; Maestricht , chez Jacques Delessari, i7i4ti iJi'S/, qu'on a regardées comme l'ouvrage S Es.rli Fléchier, évèque deJ Nîmes, M, Barbier réftiie l'opinion qui a pu lui attriliuer ces Ré^l ferions &€, , dotit le styfe ne lui paroît pas dîgnr du talent de prélat* Il a d'autant plus de rai>on de se récrier contre la supposition , 1 que Fabbé Fléchier, neveu de levèque de Nîmes, iïiséra ces /?/- \Jlexhns &c, à la tin du second volume des lettres de son oncle» qu'îT publia en 7 1 j , et en fit J'éloge.
M, Barbier démontre que le libraire Dekssart n'avoît fait que repio*] dwire,sous an titre pn peu différent, l'ouvrage de labbé GoussauIt,{ conseiller au parlement, intitulé Réflexions sur Us défauts orelinairiM\ dts hommes et sur leurs bonnes qualités.
Aux diverses preuves que fournit M. Barbier pour ne pas attribuer' CCI ouvrage à Fléchier. ['ajouterai que ce prélat étant mon à Nîmes eii , fZ'O, il eût été bien extraordinaire qu'en 1714 * "n libraire ^m Aiaestrichr eût posNédé et imprimé le inanuscrit des Réflexions èf€» , lans indiquer de qui i( le tenoit , et sur-tout sans mettre en loutef J kf 1res, au frontispice du livre, le nom de l'illustre auteur » nom \juiJ cAl été plus favorable au débit que de stjnples lettres initiâtes.
JI étoit d'au'ant plus imporiant de faire connoftre l'erreur des^ P|er^ aofines qui attribuent cet ouvrage à Fléchier, qu'elle sera pfus dîfBcilt ' à déraciner , puisque les diciionnaires historiques et biographiquei I ont répétée et accréditée.
i*ai viriâé que ledi lion complète desotuvrei de FIéçhier , |}ii5fié« .
sa'
iio JOURNAL DES SAVANS,
kN^mes en dm volumes inS* , 178a > ne comprend pa$ cet ouvrage; tvah l'ai regretté que l'éditeur n'ait pas overtî que le neveu de Fléchier Tavoit inséré itiaf h propos à la suite des lettres de son oncle. Je regarda comme une règle de critique, k taquelle doit se soumettre un édheur, ffindfquer scrupuleusement les ouvrageji qui ont été faussement attribué* à fauteur dont il pul^lie la collection, et les raisons qui ont dû Ten faire rejeiir.
Une partie très-curieuse du tmvaîl de M. Barl)fer est celle qui concerne les différens journaux et leurs rédacteurs, qui presque toujours sont anonymes, et souvent peuvent être rangés dans la classe de* pseudonymes, à cause des fausses lettres initiais dont ils signent leur» ariîclef,
n y auroft une sorte ^ingratitude à ne pas dire que l'articte conlacré au Journal des Savans est un des plus soignés et des plus détaillés; M, Barbier a donné les noms de toutes les personnes qui > depuis i66î Jtisqu'a ce moment, ont coopéré et coopèrent encore ^ sa rédaction.
Dans son discours préliminaire. M, Barbier s*est exprimé en ces termes t
' « Malgré rétendue de mes recherches et l'abondance des secours «aque fai reçus ^ je crains encore que cet ouvrage ne paraisse rempli » d'imperfections et d omissions. Les personnes qui s intéressent au -» perfectionnement de l'histoire littéraire, m'obligeront beaucoup si selles veulent bien me fdire connoître les unes et les autres; jt » profiterai de leurs observations , et leur eicprinierai la même recony> noissance dont ceux qui m'ont aidé de leurs lumières trouvent ict il» le témoignage, »
C'est en faisant de pareiffes communications que les gens de lettre* prouveront à M. Barbier rinréfèt qu ils prennent h Tavancement de la science et au succès de son ouvrage. Je n*ai pas voulu surcharger cet article de quelques observations sur des titres di livres qui peuvent èlrt admis dans ce diciionnatre. Je lui adresserai directement mes ndtct comme un tribut que j off/e à son zèle pouf la science et à ses counoissances bibliographiques.
RAYNOUARD
Lettre À M. Dacier , rehuive à rnlphabei des Méroglyphr^ pkcntiiques tmfloyés par les Egyptiens pour écrire sur leurs
MARS ie2^ ^it
*■• m^^omens Us titres , les noms et les sumoms des sounuùns ^Tff^ecs et romains; far M. Champoliîon le jeune. Pdris»
1822, in-8.^ Pbécis du système hiéroglyphique des anciens Égyptiens, ou Recherches sur les élémens premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur le rapport de ce système ' avec les autres méthodes graphiques égyptiennes; par M. Cbam • ' poJiion le jeune , avec un volume de planches. Pari^ , i 8a4[ # ^ 1n-8.^ #
An Account of some récent discovéries in hieroglyphical literature I . ^d egyptlan antiçuities, inçludingthe autors original alphabet , as exteikded by M. ChampoUion, with a traduction if five, unpublished greek and egyptian manuscripts / by Thoniaf Yoùng, M. D. P. F. S., fellow of the royal collège of physicians. — • Exposé de quelques découvertes récentes concernant la littérature hiéroglyphique et les antiquités égyp- - X '.tiennes, ok se trouve f alphabet original de l'auteur^ augmenté » ^rM. ChampoiUon , a^^ec cinq manuscrits gr^ecs et égyptiens ^^^^j^ts;parM. Thomas Yôungj éJ^r, Londres, 1823 , in^/
X*A..teture/àM. Dacier n'es,t, sous une autre forme, que Je mj^moire lu par M. ChanipolliQj;! le )eune , devant racadémie royale des inscriplions et belIes-ietjLres» le 17 septembre 1822 « et dont il a été donné» par Fauteur luî-méme, une analyse détaillée daus.ie Journai ^es Savans, du mois d'octobre de Ja même année. Je ne la rappelle donc iid que parce que les découvertes quelle contient » et qui, avant même fa publication ».étoient. venues à la conooissaoce de M. Th. Youngt AOt.d^npé lieu, de Isypart de cç savant, à une réclamation qu^qn^peui ttiHÎijérer. cqit)me le principal rob,)et du volume intitulé , Expçsé 4e
Îu§/gtfes décmviftes réctntts ,£<Mctrnmt la Uuératurc hiéroglj/jfii^ue» A. Champollion a répondu à cette réclamation deus le premier cfa^tie 4e sotv ^rrcis du système liiéroglyphtque des Egyptiens, et il a, à mon avîs« complètement démontré que., malgré quelques légers puiacs .dt^ contact .entre les résultats des conjectures de M. le docteur ifroung ^t ceux qu*il a d*abord obtenus de la découverte dont Thonneur lui ^sX )dû^ leurs manières de procéder sont essentic;llement différeûies «Fiine
fH JOURNAL DÈS SÀVANS,
hiéfOgfypKique des Égyptiens, les idées fendamentàfes^il tmttiftdB M. Young, on se seroit égaré dans une feusse direcrion, et on vMà Ait qu'augmenter le nombre des conjectures hasardées dont les hîito^ glyphes ont été (objet. Nous croyons que ce |ugement sera confinné par tous les savans , de quelque nation que ce soft , qui examiuafoiit avec impartialité les droits respectifs de M. Young et de M» CSatt* poIiion».à riionneur d*avoir découvert la route qui peut coMfaire à f intelligence des anciens monumens écrits de TEgypte. Noos ne wam point que les travaux du savant anglais n aient pu contribuer à $i|ggèffii à notre compatriote quelqu'une des idées qui, après bien des tâcomiemens. Font enfin amené à adopter certains principes féconds tn heureux résultats; mais on sait qu*un bon esprit peut puiser quelque^ himières dans les erreurs mêmes de ceux qui Tont précédé dnt h earrière qu'il embrasse. Je n*en dirai pas davantage sur cette réclainatîoot qui d'ailleurs semble être déjà oubliée.
Les lecteurs de ce Journal connoissent déjii» par Tanalyse du niéawrini de M. Champollion « insérée dans le cahier d'octobre 1 822 , h maicbe par laquelle ce savant est parvenu k reconnoftre dans fécrimm égyptienne , Femploi vraiment alphabétique de certains caractèfes originairement hiéroglyphiques» qui perdent accidentelfoment -ienr vafear idéographique pour devenir des signes de sons ou d'articuiatm» » et auxquels , à raison de cet emploi , notre auteur a donné ie Jfom Skiéroglyphes phonétiques. L'emploi des hiéroglyphes phonétiques mvoh d^bord été reconnu que dans des mois d*origine étrangère, \t veux cttré grecs ou latins; et en effet, supposé même que les anciens J^f^tiens n'eussent point eu d'autre système d*écriture que le système Idéographique pur et sans aucun mélange, on pourroit conjecturer à priùri qu'ils avoient dû être amenés nécessairement , comme les ChincHS ^ à dépouiller quelquefois leurs caractères hiéroglyphiques de leur valeur idébgraphf(|ue, pour les réduire ii la simple fonction de signes des sons et des ^iculations. Autrement ils eussent été constamment dani riihpbssibilité d'exprimer un nom propre étranger, et le son dte mot appartenant à tout autre idiome qu'à leur propre langue. On péovdit encore, par le seul raisonnement et sans invoquer le téhioi* -giiage d^aucufi ftit * imaginer que , supposé la prioriûi dû ^stènM d'écriture hiéroglyphique sur toute autre méthode graphique , cette conversion des signes idéographiques en signes purement phohét^ues ; 'av|>it été le premier germe de toute écriture alphabétique.
iNutàge des hiéroglyphes (^nétiques eût-il été rigoureusement borné HiatransaipUondesAonvétiiDgersà h langue iffftàm^pià <éco»i
MARS 1815. i4j
wrte de M. ChampoIIîon auroit déjà offert un grand intérêt historique, 'puisquVUe donnoit un moyen sûr de reconnoîire Fâge d*un grand nombre de monumens de TÉgypte , et de 5ub>iiiuer des dates certaines k des suppositions faniastiques adoptées beaucoup trop légèrement , mais dont ta fausseté ne pouvoît être établie que d^une manière indirecte. Mais M. Champollion, faisant à chaque instant quelques découvertes nouvelles qui augmentoieni le prix de l'instrument quil s'étoit formé pour le déchiffrement dune partie de récriture égyptienne» en même temps qu*elfes confîrmoient la vérité des premien résulrais obtenus, ne craignit point de dire, à la fin de sa lettre 4 M, Dacier, quil pouvoit avancer, « avec quelque ceriiiude, que fusage » d une écriture auxiliaire , destinée à représenter les sons et les artiau -• laiîons de certains mots, précéda, en Egypte, la domination de» » Grecs et des Romains, quoique, ajoute-t iU il semble irés-riaturel n d'aitriljucr t nitroduction de i écriture séjui-alphabéiique égyptienne » à Imfluence de ces deux nations européennes, qui se servuient depuis »• long-iemps d'un alphabet proprement diL » Fi ce qu'il se ubfe énoncer dans ce passage» avec quelque réserve, il le dit bientôt d'un ton plus affirmau'f, quoiqu'il n'en apporre encore , pour le moment , aucune preuve- « J ai !a certirude (ce sont ses propres termes) que les mêmes » signes hîèrojlypktqurs phùnétigues ^ employés pour repré>en ter les som » des noms propres grecs et romains , sont employés aussi dans des » textes idéographiques gravés fort antérieurement à rarrivéedes Greci x>cn Bgypte, et qu'ils ont déjh, dans certaines occa>ions , la même » valeur représentai ive des sons ou des articulations, que dans les car* i> touches gravés sous les Grecs et sous les Romains. , . Je pense donc » que récriture phonétique exista en Egyptt à une époque fort reculée; » qu elle étoil d abord une parue nécessaire de récriture idéographique» • et quon lemiiloyoit aussi alors, comme on le fit après Cambyse, à » transcrire (grossièrement, il est vrai) dans les textes idéographiques^ » les noms propres des peuples » des pays» des villes 1 des souverains » et des individus éirangers dont il importoit de rappeler le souvenir m dans les textes hiNtoriques ou dans les instripiions monumentales. »
II est évident qu*au moment où M, Chainpollion écrivoit cela, il n» regardait encore reitiploi des hiéroglyphes phonétiques que comme un auxiliaire du système d'écriture idéograpiïîque, comme une exception, au principe général de récriture ég)'ptïenne, exception à laquelle on n'a voit recours que lorsqu'on ne pouvoit pas s'en dispenser. On va voir que de nouveaux fitt^ m grand nombre ont coosidérabiemenc modifié «urçe poi^i sa manière de voir*
tU JOURNAL DES SAVANS,
Cest en éfFet ce que M. Champolfion annonce dès lesT^feinièiit pages de son Précis <lu système hiéroglyphique des anciens Égyptiens. Cm n*est plus seulement comme moyen auxiliaire et non indispensable da système hiéroglyphique égyptien qu'il doit considérer lecriture phoné-* rique, ce nVst plus même comme une écriture qui s'appiiquoit ^ déjk avant Cambyse, à la seule transcription des noms propres de pays, da peuples ou d'intlividus étrangers à TÉgypte, l'écriture idéographique demeurant !:eule en possession d'exprimer les idées et ies noma nationaux ; fes nouveaux aperçus que lui offre chaque jour l'application de son afpbabet phonétique , lui ont appris à voir dorénavant dans récriture phonétique une partie essentielle, nécessaire et inséparable do récriture hîérogIy}>hîque , en un mot à l'envisager comme l'ante même de ce système. L'auteur auroit désiré réserver ces nouveaux résultats de ses études pour en faire Tobjet d'un grand ouvrage où ils passent être offerts aux lecteurs dans toute l'étendue de leurs applications et de leurs conséquences ; mais de puissantes considérations Pont déterminé k présenter au public , dont l'attention avoit été éveillée et la curiosité fortement excitée par la publication de ses premières découvertes, cette nouvelle série de farts et de déductions , d'une manière très^sommaire , ifitis pourtant su(}îsa!ite pour .leur conserver toute leur certitude» et tout l'intérêt auquel ils ont droit.
Le but principal de ce nouvel ouvrage est de démontrer, parle» faits , les quatre propositions suivantes :
1.* L*aiphabet hiéroglyphique découv^tpar Fauteur, s'applique a«r légendes royales hiéroglyphiques de toutes les époques ;
1/ La découverte de l'alphabet phonétique des hiéroglypheSi est b' véritable clef de tout le sys^tême hiéroglyphique;
^^ Les anciens Égyptiens remployèrent à toutes les époques» pour représenter alphabétiquement les sons des mots de feul* fatngiie poflêe;
4*^ Toutes les inscriptions hiéroglyphiques sont, en très^grande pÉnie, composées de signes purement alphabétiques, et teb qu'ils ont été déterminés par fauteur.
' Après avoir établi ces propositions sur des faits nombreux , et Avoir cherché k connoître la nature des diverses sortes de caraciêrt» qui s6otetnployés simultanément dans les textes hiéroglyphique» , fauteur eH^ déduit une théorie qui n'est plus que Fénoncé des mêmes fifitt sOUs forme de propositions abstraites et générales. « Cette tIié<Ale\ dh^ »M. Champollion , sera tout-h-fâit neuve, et certaine, f<Mf fe 4ire, » pilisqu'elle résultera des fàiu. £Ue nous conduira d*eberdft rMMMboUl*
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MARS iWîf.
î» le sujet et le c ouvem tout entier d'un ns&<
w d*inscrîj)lions h:. .^ ^biques, et par des travaux successifs qut » rend dé^^ormai^ possiJ»lei, conçus toutefois et dirigé* par ses principes, « elle nous donnera hisntui riniefligence pleine et entière de tou^ les w textes hiéroglyplïiques. »
P«ii-étre est-il permis encore de duurer que rcs{>oir conçu pnr M. Champollion et e:eprimé dans ces derniers mots , se réalise en entier, l'eui-être y a*t-il encore dans le' .système graphique des Egyptiens quelque procédé qui s*esl dérobe jusqu'ici et se dérobera encore longtemps aux efforts de notre agieur et de ceur qui niarchcroni dans fa route que le premier il a ouverte; peut-être en(:n, faute de connoître dans toute son é:e:îdue l'ancienne Irïgue des Egyptiens , et les changemens qui ont pu s'introduire pendant une longue suite de siècles, soit dans sa structure graminniicnli , >oit dans ^a nomenclatnre , enfin les divers uiafectes qui ont pu être en usage î*itnultanément en diverses parties de fempirc des Pharaons, serons-nous réduits à deviner Je sens de pfus d'un mot dont nous aurons bien reconnu tes élémens et ia prononciation. Mais, par bonheur, un succès complet n'est pas absolument nécessaire pour que la découverte de M. Champollion reçoive de l'Europe savante Taccueil qu'elle mérite; et les nombreux rayons de lumiêrtf qu'elle a jetés, dain un court espace de temps, sur fhiitoire, la chronologie et les nionumens de TÊgypte , en la confirmant et lui assurant une place parmi les vérités les mieux démontrées , pourroient suffire pour garantir à son auteur la reconnoîssance de tous les amateurs de laniiquité.
Uouvrage de iM, Champollion , coiTwne on a déjà dû le pressentir par ce que i*en ai dit, se divise naiurellemeni en deux parties» fune analytique et lautre synthétique: cette dernière étant déduite de la première, a dû aussi être rejelée à la fin de Touvrage, C*€St ce que l*auieur (ui-méme exprime dans son introduction, en disant :« Les » conséquences ne devant venir qu'après renonciation des fiiits, forment » donc le sujet du huitième (c'est une faute, il falloit dire ^u dixîcmi] » chapitre de mon ouvrage, que plus d'un lecteur peut-être sera tente « de regarder çomnîe [e premier; mais il ne j>ourra me savoir mauvais >• gré d'avoir plutôt cherché à le convaincre par des faits »euh , qu'ît » lui inspirer rues opinions qu'il n'auroit pu adopter que de confiance. » Toutefois , nous în qui il seroil impos5il>le de suivre M- Champollion dans fexposé et fa discussion des faits qui servent de Lae h sa théorie, et qui d'ailleurs pourrions i peine nous faire comprendre sans le secours d'^s planches et ^ - f?^>^fn.ux qui forn^^^M î/*^'* mr^î^ '^^^eniielle de son
tiS JOURNAL DL$ SAVANS,
ouvrage , nous croyons devoir nous borner à Ja partie synthétique de son travaU, c'est-à-dire, à rexposhîcn de sa ihéorict au nioin.s d.-nj se$ proposiuons fondanienules. Les lecteurs voudront bien sujpo:er que tous les faits sur lesquels repose celte théorie, nous ont paru soh'denient étabfîs; et si quelque partie de cette tuême théorie iiaus. semble alfer au-delà de c^ qui résulte rigoureusement des faits , nous en ferons Tobjet de nos observalions. Pour les personnes qui voudront Jiiger par elles-mêmes , et en pleine connoîisance de cause , la découverte de M. Champ* Iles devront recourir h son ouvrage, et nous ne croyons pas que Jeui jugement diflere essentiellement de celui que nous en portons.
Le système graphique, des Égyptiens se composoît de trois espèces d'écriture auxquelles M* Chnmpoflîon donne les noms i!ihièrog!yphiqut ou sacrù , hiératiqut ou sactràotaU , dêmotlque ou populaire. Dans récfîmre hiéroglyphique , on employoh sîmultnntmeut trois espèces bien distinctes de signes, savoir» J/ deis caractères représentant Tobjet môme qu*its servuicnt à elfprîmer, ou une partie principale et caracié* listique de cet objer ; 2.** dis caractères exprimant une idée par I*image d'un objet physique qiSi avoir une analogie vraie ou fausse , directe ou indirecte, prochaine ou éluignéc, avec cejte idée; }/ des caractères exprfntant les sons et îes .irMcuIations de la langue parlée » mais toujours au moyen d*îm?c; physiques. Notre auteur appelle les
caractères de la preniît:ie espèce, hiéroglyphes figuratifs, et ceux de fa seconde , hléroglyphts symhlîques , tropiques ou cnlgmatlques ; ceux de la troisième espèce sont nommés par lui kUrogfyphes phonétiques, Li seconde espèce de caractère? se compose, tantôt de symboles faciles à deviner et qu on pourroit appeler naturels , comme sont un roseau et une palette pour Y écriture, une cassotettt et dé^ grains d* encens pour I adoration, tnntôt de symboles ]^fus subtils et qu on pourroit nommer métaphoriques, tels que les parties antérieures d^un lion, pour h forée ; le vol d'un épervîer pour le verj ; mniôl enfin de symboles de pure convention , qu'il est presque impossible de deviner a priofif parce qu'ils tiennent h des idées ou à des préjugés particuliers à la nation qui en faisoit tisage: on peut appliquer à ceux-ci la dénomination d'énigmatlquis, Cest ainsi qiîe \e seûreth'e étoit fé symbole de la nature mâle , ou de la pattrnitif cl le vaurvur , celui de la nature femelle , ou de U mUerniié,
Les hiéroglyphes figuratifs et les hiéroglyphes symboliques sont employés toujours en moindre proportion que les hiéroglyphes phonétiques- Peut éîre cette proposition , tout-ï-fait contraire h ce qu on
seroît fefifê dé sopposer, n*esf-el(e pas jusqu*ici complètement «iémontrée*
Quant aux hiéroglyphes phonétique», ce sont de véritables signes alphabétiques qui se combinent entre eux pour former des mots , comme les lettres de tout autre alphabet, de telle sorte cependant que dans cette écriture , comme dans les écritures hébrîiïque , phénicienne 1 syriaque et arabe , les voyelles médiates des mot» sont très-souvent supprimées. Il fout encore observer que les hiéroglyphes phonétiques, au lieu de secrire parallèlement sur des figues horizontales, comme les caractères de ces autres écritures» se superposent souvent, et June manière variée, soit en colonnes perpendiculaires! soit en h'gnes horizontales , suivant la disposition du texte , ce qui en rend la lecture un peu compliquée- Tout hiéroglyphe phonétique est fimage d'un objet physique dont le nom , dans fa langue égyptienne parlée , commençoit par le son voyelle ou par rariiculalion que le signe phonétique est destiné h exprimer. Ainsi une main exprime la consonne T, et une huche fa consonne R-, parce qu'en égyptien le mot TOT exprime la main, et le mot lia la bouche. Ceci, pour le dire en passant, semble prouver Tantériorîté de Técriture hiéroglyphique proprement dite, sur récriture alphabétique. Par suite du procédé par lequel les hiéroglyphes figuratifs sont devenus des caractères alphabétiques , il est arrivé tout naturellement que chaque son et chaque articulation ont pu être et ont été effectivement représentés par plusieurs signes différens, employés équivalemment; ces divers hiéroglyphes phonétiques sont alors respectivement homophones. J'ai dit employés équivalemment et non pas indifféremment ^ parce que celui qui traçoit les caractères a pu être guidé dans son choix entre dh*ers hiéroglyphes homophones, par rîntenlion d'attacher à la chose dont il écrîvoit le nom , des idées de respect ou de mépris , d'amour ou de haine, de joîe ou de tristesse. Cette espèce de poéi>îe de lëcriture est pratiquée par les Chinois, et elfe a pu Tèire par les Egyptiens. Cette partie de la théorie de M, Champollion pourroît sembler la partie foible de son système, d'autant plus que les caractères Ito nophones qu'il offre sur son tableau, sont déjà très - nombreux , et que les homophones paroissent devoir encore se multiplier, à mesure qu on pénétrera plus avant dans la connoissance de récriture égyptienne. Mais les faits nous semblent parler trop clairement en faveur de cette proposition , pour qu'on puisse encore la révoquer en doute*
L'usage des caractères phonétiques n'est point particulier aux motnmieiif égyptiens d'une certaine époque, oti renfermé dans certaines
^ES SAVANS
limites chronologiques; au contraire, on rçc:>nnjît fVmpfoi siniulun^ des îroii sortes de signes, datin toutes les inscriptions liiérog!yphi4Ut;> tracées mr des monumens du style égyptien; er, pour copier kî lc> propres expressions de M, Chanipollion» «* if est prouvé, pir une *î série de niomiriienî» publics, que fécraure sacrée, lout-îi-fa-fois lîgura- » Ijve, symbolique et phonétique, fut en usage, snns hiterrupiiont en «Egypte^ depuis le XJX/ sîècle avant Tère vufgaire jusqu'à la con» «version loiafe des Ègy)>i!ens au cbristinnisnie , sous (a domination ^> roniarne, époque à laquelle toutes (es écritures égyptiennes furent » reïnplr'cées par Técnture copte, c'esi-à-dire, par lalphabet grec, »> accru d*iin certain noml>re de signes d'articulations, tirés de Tan- » tienne écriture démouque égyptieiïne. » En reportant la date des plus mciçm monumens où notre auteur a reconnu Ceniploi simultané des trois sortes de caractères hiéroglyphiques, au XïX/ siècle, M. Champolfion suppose prouvé le sysiéme de chronologie égypiienne fondé sur Manéihon et sur les monumens eux-mêmes qui ont été lobjei de ses éludes» La dénionsfraîion Je lu concordance de. ces deux autorités, et une chronologie des souvemins de TÉgypte établie sur leur comparaison, devront, je pense, devenir Fobjet dun travail spécial; mais nn lent que M. Chanïpo'lion a dû» dans cet ouvrage, se contenter de quelques aperçus, qui toutefois semblent ne devoir pas être sujets à de grandes erreurs»
Deux nouveaux systèmes d*écrîturc, dérivés de Técrilure hiéroglyphique ou sacrée, furent inventés, plus tard sans doute, et vraisemblablement dans la vue de rendre fart d écrire d*une exécution plus rapide et plus usuelle. De ces deux nouveaux systèmes, le prejniifr est I écriture Jtiératl'ijue ou sicertlotalc, qui dérive immédiatement de lecriturc sacrée, et n'tn est qu'une sorte de taihygraphie Dans Técrilure hiératique, la forme des signes est considérabltment abrégée; du reste elle ose, conmie fécrimre sacrée, de signes figuratiîis, de signes
sym.^ ^ et de signes phonétiques: mais les deuï premiers ordres de signes |ont souvent remplacés, soit par des signes formés , ce semblej nrbirrairemeni, et dont on n*aperçoit point le rapport avec le signe qui leur correspond dans récriture Iwéroglyphique, soit par c!es groupes de caractères phonétiques, AL Chatnpollion conjecture que I emploi de récriture hiératique a été limité ?i la iraiiscripnon des inscriptions religieuses et iU^ textes qui avcient pour objtl des choses sacrées, et il afîîrme que tous les manuscrit hiérn:iques connus, soit qu'ils re* nioti:ea{ ^ fcpoque des Fharaon>t soit qu'iU :»ient été écrits du temps de h domination grecque eu romaine . appartiennent i un seul et
MARS iBiy,
mèine système d'écritiire , quelle que soit d'aHIeurs la dtflTérence quon croit apercevoir au premier coup crcçit dans le iracé des caractères, La dernière espèce d'écriture à laquelle M. Champolliori donne les noms (itiicmortqae ^d'cphf^i/agraphi^jueond'enckô'-tij/f , dérive de rtcritur»? Wéraiique, Elle se compo>e, pour la irè.s-grande partie» de caracières phonétiques, exclut presque tniièrement les signes figuratifs, et n*admet les caractères symboliques qu*en petit nombre, et seulement quand il sagit deApriïner des idées essentiellement liées au système religieux. Les caractères dont se forme ce dernier systèhie d'écriture, sont beaucoup moins nombreux que ceux des écritures hiéroglyphique ci hiératique. Les voyelles uiédiales y sont très-îînuvent omises; elle a aussi, ]>our chaque son ou articulation , plusieurs signes homophones , en irioindre nombre cependant que ceujc des autres écritures.
Les trots systèmes d ecriîure hiéroglyjihique, hiératique et démotîque, ont été simultanément en usage en l^gypte et dans toute Tétendue de te pays, pendant une loiigue série de siècles; mais chacun d'eux avoir sa destination particulière, et ici je vais laisser parler AU CliampoIIion. « On couvroit, dit-il, les édifices publics et religieux d'inscrip lions en >» hiéroglyphes pur^ (c*est-à dire, parfaitement formés et souvent même >» coloriés) ; on iraçoit des manuscrits en hiéroglyphes linéaires ( c*est- » à-dire, au trait stii^lemtrui) > en mêtne tetnps que les prêtres écrivoient >» en caractères hiéraiiques les rituels sacrés ^ les rituels futiéraires, des » traités sur h religion et sur les sciences, des hymnes en Thonneur >* des dieux ou les louanges des rois > et que toutes les classes de la ^nation employoient récriture démotique à leur cor respoidance priyée ?> et à la rédaction des actes publics et privés qui régloient les tutcréts » des familles. On découvre journellemtrnt, en efiet, dans les caïa- » combes de l*£gypre , des rouleaux de papyrus purement hierogly- » plîiques, et d autres conçus dans leur entier en caractères hiératiques; "il en est enfin qui $ont totalement démoiîques ; mais ces dernitrs >' n'ont aucun rapport bien' direct aux choses sacrées. Enfin, nous pos- >^ sédons des nauuscrils qui prouvent la simultanciié de lemplui des » trois $oiie% d*écri;ures : les uns sont à-la-fots liiéiogly|jh!ques et hié; \'» ratiques, et d'autres conîiennent , dans diverses parties » des légendes ;*> hîérogIy(>hiques , hiéraiiques et démotiques. «
D,ms lendroit même doù nous avons tiré ce pj>..*^, » i..u;...* ^lîi
y2\QSf qu'on s'e>t fait une fausse idée de rinfluence que dut exercer iur
Ue développement moraf et intellectuel de la nation égypireime, Ii
nature de lécriture qu'elle employoii, et que dis trois systèmes gra-
} biques qu'elle possédoil simulia:îémcnt , le plus compliqué même,
îjo JOURNAL DES SAVANS,
c'est -îi* dire t le système sacré ou hiérogfyphîqiie , dut élte étudié et compris par la partie la plus distinguée de toutes les castes de la iiacioJi, *iIoia d*étre, comme on la dit si souvent, une écriture mysté- « rieuse, secrète, et dont la caste sacerdotale se réservoit la connoisi^mncçf pour fa communiquer seulement à un très -petit nombre >» d'iniiiés* n Toutefois M, Champollion ne croît point devoir révoquer en doute ce que d'anciens écrivains grecs ou romains nous disent d'une sorte d'écriture qui ne dut être connue que des prêtres et de ceur qu'ils inilîoient à leurs mystères. Maïs celte écriture, qui est plutôt une sculpture ou peinture symbolique, ne fait point, à proprement ptarfer, suivant notre auteur, partie du système graphique, II lui applique exclusivement le nom d^anaglyphis p qu'il emprunte de Clément d*AIe3fandrie, Cette distinction entre les hiéroglyphes et les anaglyphes, est trop importante dans la théorie de M. Champollion, pour que nous ne ia mettions pas sous les yeux des lecteurs, et que nous ne Texposions pas dans les propres termes dont il s'est servi.
« Le premier pas îi faire , dit-il (pag. 2 5<S )f dans Tétude raisonnée » du système d'écriture dont ces caractères ( les hiéroglyphes) sont les » élémens , étoît sans contredit de distinguer d'abord les hiéroglyphes ï» proprement dits, de toutes les autres représentations qui couvrent » les anciens monumens du travail égyptien. . . La première dislinc- » lion, si importante et si fondamentale, ayant été négligée, on prit » pendant long-temps les figures et les divers objets reproduits dans des >» peintures et des bas-reliefs égyptiens qui représentotent simplement *• des scènes allégoriques, religieuses, civiles ou milÎTaîres, pour de » véritables hiéroglyphes , et Ion s*épuisa en vaines conjectures sur le «sens de ces tableaux, n^ejfprimant , pour la plupart, que ce qu*ils » moniroient reelfement aux yeux; mais on s*obstinoit à vouloir y >» reconnoîtrc un sens obscur et profond, h y voir , sous des apparences » prétendues allégoriques, les plus secrètes spéculations de la philosophie » égyptienne. »
Je remarque , en passant, que M, Champollion n'auroit pas dû appeler lui- même ces sortes de tableaux , ifes seines allégoriques , en même temps qu il accuse derreur et d'obstination ceux qui y reconnoissant des apparences alUgoriques , s'efforçoient d'en découvrir le lem secret. Quoi qu'il en soit , on ne sauroit douter que la plupart des monumens égyptiens n offrent à côté des inscriptions hiéroglyphiques, des tableaux tout ît-fait étrangers au système graphique; et c'est un fait dont on est convaincu au premier coup d'œi! : ce qui n'empêche pas que ces tableaux ne puissent être dei allégories.
MARS 1825. iji
Ce qui suit rendra })Ii:s sensible la distinciion étaLIic par M. Cham* pollion entre ks hiéroglyphes et les anaglyphes,
ce Les notions les plus étendues, dii-il (pag. 299), que I antiquité »nous ait transmises sur les caractères tropiques des Égyptiens, sont » renfermées dans le célèbre ouvrage d'HorapolIon , intitulé ûe;>AwÇixa... » On a jusqu'ici considéré cet ouvrage comme, devant jeter une grande » lumière sur la marche et les principes de Fécriiurfi hiéroglyphique » proprement dite ; et cependant l'étude de cet auteur n'a douné nais* » sance qu'à de vaines théories , et l'examen des inscriptions égyptiennes , » son livre à la main , n*a produit que de bien foibles résultats. Cela » ne prouveroit-il point que la plupart des signes décrits et expliqués » par Horapollon, ne faisoient point réellement partie de ce que nous » appelons lU'criture hiéroglyphique, et lenoient primordialemem à \\n » tout autre système de représentation de la pensée \ Je n'ai reconnu , >» en efiet , jusqu'ici, dans les textes hiéroglyphiques , que trente seule-- » ment des soixante- dix objets physiques indiqués par Horapollon ^dans » son livre premier, comme signes symboliques de certaines idées ; et 3> sur ces trente caractères, il en est treize seulement, savoir, le croissant ^^efe la lune renversé, le scarabée, le vautour, &c,, , . , qui paroissent » réellement avoir dans ces textes le sens qu Horapollon leur attribue. M Mais la plupart des images symboliques indiquées dans tout le livre » premier d'HorapolIon , et dans la partie du deuxième qui semble la M plus authentique, se' retrouvent dans des tabltaux sculptés ou peints , » soit sur les murs des temples et des palais, sur les parois des tombeaux^ >» soit dans les manuscrits, sur les enveloppes et cercueils des momies « » sur les amulettes^ &c,, peintures et tableaux sculptés qui ne retracent M point des scènes de la vie publique ou privée , ni des cérémonies » religieuses, mais qui sont des compositions extraordinaires , où des » êtres fantastiques, soit même des êtres réels qui n'ont entre eux )> aucune relation dans la nature, sont cependant unis, rapprochés et M mis en scène. Ces bas-reliefs , purement allégoriques ou symboliques, » abondent sur les constructions égyptiennes, et furent particuh'èrement » désignés par les anciens sous le nom éiianaglyphes ,c[\it nous adopterons » désormais. »
M. Champollion ne cite d'autre autorité en faveur de la définition qu'il adopte des anaglyphes , que le célèbre passafje des Stromates de Clément d'Alexandrie; mais il me semble bien difficile de lui accorder que le terme anaglyphes employé par cet écrivain, désigne lu une chose étrangère à l'écriture. Je conviens avec M. Letronne, qui a fourni à M. Champollion une iracluciîon littérale, et une discussion très-
du
iiî,
JOUnNAt DÈS SAVANS»
hminetise de ce reitfè'dé fdc-rttmh éceR^hsirqité , que cetîe
w')^»tFt J0 tm iin».y%j^Zt j est fort obscute • imiîs toiile^bis il'iîJe jiftoûif ««etlBiil i(iie les r// '- l'auteur grec sont une pnriîc du
Ji|filèllie I j^phtq pe. Ans i ronlie dit-il :« II paroît que les
n^fUTg/fp/ifs ou bsiTeHef^ allégoriques étoîent» eit cerrains cas, coiit « sidérés comme une smte d'écriture symbolique , en ce sens qiî*îfs >» eirpri. noient des îdî:e*î ]rvr de*; rictîans. » Mdîs iVesi-ce pas un peu sibti.<er des termes 4e Cfément d'Afex^indrre, que d^ substituer au mol ^^ 'S , comme un équîviîent , ' bdî-reltffs atlégoriquts y et
eu ^ , user que ce n'étotc quaccivicii. vilement et par une sorfe tf exception, que Ie< anaglyphes étoienr admis dans ïe système Jécrîmrei Et si ce& doutes ne sont pas sans fondement, M* ChampclHon ne s'est il pas un peu hasarde en posant dans sa théorie du système graphique des Égyptiens, les deux principes suFvnns, comme démontrés par les faits!
«Certains bas-relîefs égyptiens ou peintures composées d'images »tfèire» physiques» et sur-tout de figures monstrueuses groupées permises en T^pport, n'appartiennent point à t'êcriture hiéroglyphique ; » ce sont des scènes purement allégoriques ou symboliques, et que 3» les anciens ont distinguées sous îa dénotninaucn d^Mugfyphes , notn i»que nous devons leur ccnferver.
»Un certain noml>re d'images éloient communes à l'écrkurt hléray* glyphtque proprement dite, et au système de peinture, ou> si Ton veut *» même , d'écriture , qui produîsoît les anaglyphes. «
Et. je le demande, si Ion admet ces principes > quelfe règle nous donnera-l-on pour discerner parmi ces anagfyphes ceux qui poovoîent, par une faveur toute particulière, être admis dans l'écriture hiéroglyphique » comme signes symboliquest tropiques ou énigmaiîques , et ceux qliî en éfoîent rigoureusement exclus !
J'ai trop sincèrement applaudi à la découverte de M, Champolfion , pour qu'on me soupçonne de vouloir» par ces observations critiques» en diminuer ou en obscurcir fe mérite.
Puisque j ai parlé dçs résultats importans déjà obtenus des travaux de M, ChampoMion , je ne saurois mieux terminer cet article quen donnant un court aperçu des fruîii qu'avoît produiîs, à Tépoque de la pubh'cnïion de l'ouvrage dont je viens de rendre compte , la découverte •le lalphabet phonétique des Égyptiens , et je ne me ferai aucun scrupule d'employer ici les propres termes de l'auteur, en les abrégeant, parce que je n'y trouve rien qui ne me paroisse conforme îi Texacte vérité.
Après avoir réduit en théorie générale le» faits établis dans ce Tolame , Ml s exprime ainsr ;
«c Les applications nombreuses que j'ai eu occasion de faire de ces 1^ principes fondamentaux à des textes appartenant aux trois espèces » d'écritures égyptiennes, ont déjà acquis aux études historiques dcf » faits nouveaux , des données qui ne sont point sans importance , et *• des moyens dont on peut facilement apprécier félendue.
» La grande question de l'antiquité plus ou moins reculée des momij» mens de TEgypte, soit temples, soit palais» tombeaux , obélisques ou » colosses, a été irrévocablement décidée par la découverte de ralphabet «•des hiéroglyphes phonétiques, et par la lecture de soixante-dix -huit 1» cartouches , iàisant partie des légendes hiéroglyphiques de rois lagides a* ou dVmpereurs romains; et c*est au temps de ces derniers que se » rapportent les zodiaques d'Esné et ceux de Dendéra.
» La {ecture des noms propres et la traduction des légendes royales » des anciens Pharaons , données dans le présent ouvrage , nous font » connoître la chronologie relative, non-seulement des temples et des » palais , mais celle même de chaque partie de ces constructions , ouvrages » des rois du pays, et véritables preuves et témoins de Fantique civili- » sation égyptienne • . • •
» L'histoire nationale de l'Egypte en a déjh recueilli de nombreuses » certitudes ; f aï reconnu les noms de ses plus grands princes , hiscrits M sur des monumens élevés sous leurs règnes. Les exploits des plus 9k» fameux de ces rois, Altspkrathouthmasts , Thouthmosis , Aménophu II ^ » Ramsh'Aîeîamoun, Hamsis le Grand , Sésonchis , ti^f», personnages » dont la critique moderne, trop prévenue contre les témoignages des X» écrivains grecs et latins, contestoit déjà l'existence , rentrent enfin 3* dans le domaine de Thistoire, l'agrandissent, et en reculent les w limites jusqu'ici trop rétrécîes. , . ,
j> Appliquée enfin aux monumens de tous ies genres , ma théorie dit 1» système hiéroglyphique nous apprend déjà leur destination réelle , » les noms des princes ou des simples particuliers qui les firent exécuter, » soit pour honorer les dieux ou les souverains de TÉgypte , soit pour » perpétuer la mémoire des parens auxquels ils avoîent survécu» Par f> mon alphabet encore, j'ai distingué sur ces monumens les divinités » égyptiennes mentirnnées dans les auteurs grecs, et celles bien plus » nombreuses dont ifs n'ont point parlé; j'ai retrouvé dans les textes » hiéroglyphiques leur hiérarchie donnée par fordr^ même de leur ï> filiation ; ailleurs, des généalogies des races royales, et plus souvent i> celles des familles particulières; il m'a été possible^ enfin de réunir
~i une fbufe de détaik curieux sûr divers sujeis , et doiM nous ne trouvonsy* aucune trace dans les écrits des Grecs et des Latins qui ont parlé dei » Égyptiens.
« Mais ce n'est point à rhîstotre seufe de fEgypte proprement dite i qtie les études hiéroglyphiques peuvent foùriiir de précieuses lumières ; celles nous montrenc déjà la Nubie comme ay^t, aux époques les >» plus reculées » participé à tous les avantages de la civilisation «égyptienne; rîmponance, le nombre et sur-tout Tantiquité des » monumem qu'on y admire, édifices contejnporâîns de tout àè que » fa plaine de Thébes offre de plus ancien, sont dé/à , pour Thistorien , M des faits capitaux qui Farrêtent, en ébranlant lèi baies du système 3> adopté jusqu'ici sur Torigine du peuple égyptien. . . . Lés monumens a» de la Nubie sont couverts d'^hiéroglyphes parfaitement semblables , el » dans leurs formes, et dans leiirs dispositions, à ceux que portent les ji édifices de Thèbes : on y retrouve les mêmes élémens > tes mêmes W formules^ tts mêmes mots, h même langue; et lès notits dés rois i qui élevèrent les pfus ancieiis d'entre eux , sont ceux mêmes des » princes qui construisirent les plus anciennes parties du palais de a» Karnac à Thèbes, »
Je m arrête ici, de crainte de trop alonger le compte que /a vois à ftndre d un des plus împortans ouvrages qui aient paru depuis longtemps ; et je finis en soutvaitant que de nouveaux résultats viennent, non pas confirmer la découverte de M. Champoltion , mais accroître les fruits que le monde savaiit en a déjà recueillis*
SILVESTRE DE SACY
Iconographie ancienne, ou Recueil des portraits autheiitiquis des empereurs , rois et hommes illustres de f antiquité.
Iconographie romaine, tome II, par le chevalier iVîongez , membre de f Institut royal de France; avec cett^ épigraphe: Magnorum virorum imagines, indtamenta animi. {Senec, Epist. (f^.) f voL ///-^/ àt i^^ pages, avec un atlas de 3 j planches,
^Iconographie ancienne est un ouvrage dont le plan et Texécuiion sont*1rop généralement connus, pour que nous croyions nécessaire d*en faire ressortir Tuttlité et le mérite. Son îffustre auteur^ ViKontt, après avoir complété Flcohographie grecque, faisoît, de la
continitarion de ce bel ouvrage, loccupation des derniers temps de sa vie; mais il a a pu ^onaer que le premier volume de riconographîç romaine: la mort est venue Tenlever au milieu de ses travaux, et priver le monde savajit des lumière^ qu'un tel homme pouvoit encore répandje sur les diverses branches de Tantiquiié.
II parojt qu'excepté une liste 4^s mpnumens qui dévoient entrer i dans la suite de llcoiîographîe romaine, Vîsconli n'a rien laissé qui pût guider son continuateur. Doué d'une mémoire prodigieuse » fainih'arisé dès son enfance avec tous les sujets re|aiifs à rantîquité,< Visconti n'avoit pas pris Thabitude, parce qu1I n'en éprouvoit pas iej Jbcsoin, de s'entourer de recherches préparatoires; il eioîi sûr que les j idées et les faits viendroîeat à point nommé se ranger sous sa plume. Tout étoît dans sa tête; et Ton ne sauroit penser, sans éprouver' les plus vifs regrets, au trésor de connoi^sances acquises qui sesii perdu avec lui*
II étoit donc nécessaire que Faniiquaiie chargé de la lâche difficilej et honorable de terminer rgcuvre du maître, s'y fût préparé de longue! 4ïîain par une étude approfondie de Thistoire et des monumens. A cet égard, on auroit eu peine à trouver un plus digne continuateur de Visconti que M. Mongez, qui, depuis lepoque ou ie cabinet de Sainte- Geneviève fut placé sous sa direction, îl y a près d'un demi-siècle, n\\ cessé de s'occuper de lantiquité, sous le rapport de Thiitoire, de rartj ei de la technologie, et qui s*est acquis, par des travaux nombreux,^ une réputation méritée.
Pour qu'on puisse apprécier ce qui lui resîoit à faire, nous com-j mencerons par rappeler ici la matière du premier volume de Flconographie romair^e. II comprend quatre chapitres, dont Te premier estj consacré aux personnages illustres appartenant aux époques les plus an* tiennes de l'histoire romaine^ et contient quatre notices et quatre portraits] ( Romulus^ Tatius, Numa et Ancus Marijus) ; dans le second, qui est] consacré aux hommes d'état et de guerre qui appartiennent aux différent€s\ époques du gouvernement républicain , on trouve vingt-huit portraits , dont j Je dernier est celui du triumvir Lepidus; le troisième iraite des hommeîï ditat€t de guern sous tes empereurs, et ne contient que les trois portraits! .d'Agrippa, de Corbulon et d'Ursus Servianus; le quatrième traite des'1 personnages illustres dans fAistoite littéraire des Romains, et renferme/ ,des portraits de Térence, de Quintus Hortensius, de Cicéron , ddl Salluste, de Virgile, d'Horace, d*Atius, de Mécène, de Sénèque, de [ Junius Ru^tiçus , d'Apulée; le cinquième enfin comprend quelques] personnages illustres ^ans les munifjftii et dont on a trouvé des.poruaitsi
va
auihemîques ; tels sont ceux de la famiïle de Nonîus Batbus, de Marcus Calaiorîus et de Lucius Mammius Maxiinus, dècotfverts à Herculanum et à Pompéi,
II resroît donc à rédiger toute la partie relative à Ticonographie des empereurs, et Ion peut dire que, pour l'importance comme pour le nombre des monumens, cette partie est de beaucoup ta pJus considérable. Un seul volume a suffi pour toute la période des rots et de la république» et pour les divers personnages qui se sont rendus célèbres dans la politique, la guerre ou les lettres, jusqu'à Apulée; et toute la diligence et le savoir de VîscoHtî n*ont pu lui faire découvrir , pour remplir ce vaste rntervalle, qiie quatre-vingt-douze inmiumens de tous genres (dont la plus grande partie consiste en médailles) , donnant àei portraits authentiques. Mais le second volume, que nous annonçons maintenant, ne comprend que les douze Césars et leurs familles, dont les portraits ont été conservés par plus de cent monumens, parmi lesquels il en est de la plus grande importance , tels que les fameux camées de Vienne et de la Sainte- Chapelle, et un grand nombre d'autres, exécutés avec une perfection qu'il paroît impossible de surpasser. Ce simple aperçu donne une idée de la richesse de ce second volume, sous le rapport iconographique,
La première loi que doit s'imposer le continuateur d'un ouvrage, c'est d entrer le plus possible dans la manière de son prédécesseur, et de se pénétrer de sa méihodc, pour conserver de f unité à Tensemble du livre: cette loi est plus impérieuse, quoique d'une exécuiion plu5 difficile f quand on succède à un homme tel que Viscontî. Nous devons dire que M. Mongez a fiit tous ses efforts pour suivre de près son prédécesseur On sait que les notices de Visconii, sur chacun des personnages de l'Iconographie , sont des espèces d'arrîcles biographiques, où tes faits ont été choisis et présentés avec goût et discernement; ce profond érudîta su rajeunir des sujets souvent très-connus, au moyen de particularités curieuses et neuves , de détails îniéressans pour Tart, la numîsmaiique, la chronologie et Thistoire, Visconti est, sans doute, l'homme qui a possédé le mieux le talent de ne dire que ce qu'il faut, dans des sujets oii il est si facile et si ordinaire de s'étendre outre mesure: mais nulle part il n'a porté ce talent plus loin que dans riconogra[)hie; toutes les parties de cet ouvrage, sans être exemples d'erreur, portent ce cachet de clarté, de précision, de sobriété dans la science, qui, en tout genre, annonce Thomme dont l'esprit est supérieur à son propre ouvrage, et Conformément au plan tracé par Viscooti, dit »M. Mongez, |e me suis efforcé de réduire à un^ ju^te proportion
«•les notices qui accompagnent [a description des portraits de chaque 3» empereur. Celte proportion étaiit fort resserrée 1 je me suis attaché » retracer de préférence leurs moeurs et leurs manières de \iyre* » guerres et les combats ont exercé la plume de tant d'historiens , queJ » pour donner un intérêt particulier k ces notices , j ai borné roo| »> travail aux traits principaux du caractère de chaque empereur , efi » j'ai rappelé les exploits juilitalres dans le cas seulement oii iU éioienl >» nécessaires pour achever le tableau. Quant aux médailles, comme cet *» ouvrage n'est point un traité de numismaiique , on ne dott pa? j *> trouver les médailles impériales les plus précieuses par leur rareté* » C'est un recueil des portraits des empereurs , et Ton a choisi dan« » les médailles celles qui représentent le mieux les principaux traits de >» leur physionomie, comme on la fait dan^ Tlconographie grecque *» et dans la première partie de Flconographie romaine, j^ Et ici, M. Mongez a consigné cette note de M, Visconti sur les médailles cje bronze impériales. « En commençant^ dit ce grand antiquaire » par Içs » médailles de bronze frappées en l'honneur d'Auguste sous fe règne » de Tibère , les monnoies de bronze de coin romain offrent , jusqu'il ï» l'empire de Caracalla, des portraits si finis, si ressemblans, et dun *> art si parfait, que les plus beaux camées en approchent à peine. Les ?* portraits connus par ces médailles doivent être les mieux constatés » de toute l'iconographie ancienne. » Après ces renseignemens donnés par Tauteur lui-même, il nous reste à donner une analyse de fa matière de cet important volume^
La notice sur Jules César, qui le commence, est une de celles qu'if étoît Je phis difficile de rédiger d*une manière à-Ia-foîs neuve et intéressante. M, Mongez a vaincu la difficulté, en faisant un choix très- judicieux entre les diverses circonstances de la vie de ce grand capitaine, La partie iconographique se compose de cinq monumens. « 11 n'existe point de médailles (dit Visconti j avec la tète de César^ » qui soit d'un beau travail; ordinairement celles qui ]>résentent son » portrait, paroissent avoir été frappées dans les provinces, Cepen- 3> dant , comparées entre elles, elles offrent un ensemble assez décidé a> pour faire reconnoître le portrait de ce dictateur sur des marbres » antiques. » En conséquence, Visconti avoîl admis dans sa collection des portraits de César, deux médailles d'argent du cabinet du Roi ; elles y sont rapprochées de deux dessins du buste colossal qui appartient au roi de Naples ; on fy voit de face et de profil ; après ce buste , oa doit citer la tête d'uj>e statue colossale du musée du Capitole, gravée n." 3; et tnha un buste de basalte noir conservé dans la bibfiothèqw
f j8 JOURNAL DES SAVANS,
du château royal de Saint-Cfoud. M, Mongez fa fait graver de face et de profil. César y paroît avec les traits d'un homme dont (a vieillesse commence à sillonner le visage. Ce buste a dû être fait peu de temps avant sa mort. M. Mongez termine la notice par cette observation î ce. La manière dont les cheveux sont ramenés sur le front de ces trois » bustes, et Tégalfté avec laquelle ib sont coupés, rappellent Texpression «de Suétone, ut tondereiitr dillgtnUr^ beaucoup mieux que je n'ai pu i^le faire en disant, ilf/ùsoit couper ses cheveux symétriquement, On la >5 retrouve sur les têtes de fa famille d* Auguste, »
A Tartide d'Auguste , M. Mongez expose avec goût et clarté Thistoîre de Tagrandissemeat d*Ociave ; et , parvenu k cette époque de flatterie outrée que ne manque jamais d*arriver pour les princes à qui tout réussit, îl peint fort bien la bassesse des éloges et des honneurs dont il fut Tobjet : «Un tribun du peuple, Pacuvius» proposa un » genre de flatterie inconnu jusqu'alors aux Romains, et pratiqué seule* »> ment chez les barbares, Celtibères et Gaulois. Il vouloit se dévouer, >» se consacrer à lui, pour exécuter tous ses ordres, même aux dépens • >5 de sa vie. Cet exemple trouva, chez une nation asservie, de nom- « breux imitateurs; ntais Auguste, avec sa dissimulation accoutumée, » feignit de s'y opposer , et cependant il récompensa Pacuvius. D*ail- »Weurs, il permit quon le représenrât de fa même manière que lei >> dieux; que les Grecs de Pergame et de Nicomédie lui consacrassent >> des temples après la bataille d'Actium , et que les rois alliés se réu- » nlssent pour élever à Athènes un temple consacré à son génie et à j> sa fortune. >3 M* Mongez auroit pu ajouter qu'Auguste dit assimilé nux dieux de FEgypte, sous le nom de Jupiter libérateur , comme le prouvent l'inscription du propylon de Dendéra (t), et une autre de Philïc, dool fai reslitué les premières lignes dans ce journal (2).
Les nionumens qui nous ont conservé les traits de ce prince sont nombreux, et quelques uns d'une très-belle exécution, M. Mongez a fait choix de deux médailles de bronze du Cabinet du Roi, L'une d'elles a, tu revers, le fameux autel de Lyon entre deux autels t on trouve ensuite la face et le profil d'un buste de marbre pentélique du Musée royal î ce buste est remarquable par la beauté du travail et la finesse avec laquelle sont exécutées la couronne de chêne et les bandelettes dont elle est ornée. Un beau camée, de la collection du Vatican, nous présente Auguste |eune : labsence de la couronne doi^ lieu à
(t) Rathetches pour servir À l'histoire de l* Egypte, ttc. p. 162. — (2) Année 1821, oovcmbrc, pages 657-673.
M, Mongei '5e~conjecturer qu'il a été représenté pendant le trfum« virât. Auguste jeune est encore représenté sur une pâte antique, conservée au Cabinet du Roi; mais fe morceau capital eii un admirable camée qui appartient h M. l^turbîe de Turin : le nom de Fauteur^ AÀMHN , est écrit à côté de la tête. La finesse du travail est au-dessus de totrt éloge. Le crayon pur et correct de M. Bouillon et le burir de M. Beisson oni reproduit avec un grand succès tout le mérite ce beau camée*
La notice suivante est consacrée à Livîe, femme' d'Auguste, qui Calîgula surnommort Ulysse soos les habits de femme. On ne pourroir se former mie idée complète de sa physionomie, dont les historiens^ s'accordent à vanter la beauté , d'après les médailles grossièrement tra* vaillées dans les colonies d'Espagne, d'Afrique, et même dans quelques villes grecques. Des médailles ont été frappées à Rome, sous Trbère, mars sans nom inscrit, présentant quelquefois une belle tète, que des antiquaires soupçonnoient être celle de Livie : mais on ne fut certain de posséder son portrait que lorsqu'on découvrit, sous Pie VI, dans les fouilles d'Otricoli, une staïue de femme en costume de prétresse,, qui faisoitSe pendant dune statue^ d'Auguste en costume de pontife, La ressemblance de son profil avec celui de la tête qu'on ♦oit sur des médaille» de libère, de moyen bronze, portant h légeffde Salus 4VGUSTA, prouva qu'il falloit y reconnoître Tépouse d'Auguste. Avant ïa découverte faite à Orricolî , M. Vîsconïi avoît déjk reconnu Livie dans une belle statue de la Villa Pinciana, aujourd'hui au Musée royal, n.* 3^51 la face et le profil sont parfaitement gravés dans les n." i et 2 de !a planche XfX; les n,*" j et 4 présentent deux beaux camées de Livie; lun tiré du cabinet du major général Hiirof, à Saint -Pétersbourgî Fautre, du cabinet de M. Drée.
<c L'écrivain, dit M. Mongez, qui trace l'iconographie de fa famille » de César, seroîi à plaindre, si, faute de monumens, il éioît forcé de 5J passer sous silence deux personnages recommandables par leurs vertus^ 5ï tels qu'Octavie, saur d*Auguste, et son fils Marcellus. w Une médaille unique présente un portrait de femme avec le nom d'Octavîep: *W. McGgÇi s'excuse presque d'en donner le dessin , parce qu'il fa croît plus que douteuse. Peut- être auroît-îl dû insister sur les motifs de son opinion ; car Eckhell ne doute pas de son authenticité (1); et il est d autant plus important de se fixer à cet égard, que cette médaille
(1) Il en parle en ces termes : Ex peregrinis insi^nh prœstûnùœ est sequcns^ Et plus bas: Cerium igilur hujus JetnirtiF caput fiatemus in nummo uniçQmmaû C Jusant , quan reciravi. [Dcar, uumjn, yi, i6i.][
i(îo
est le seul monument qui donne les traits d'Octavîe. Les namisma» listes, en effet, refusent de reconnoître son portrait dans la têre de femme qu'on voit réunie à celle d'Antoine sur des cistophores, sur des médailles frappées par les commandans de la flotte de ce triumvir, el sur une médaille de Sinope, dans la Paphiagonie. Les premières représentent Cléopâtre, et la dernière, les têtes des Césars Caïus et Lucius.
Quant au jeune Marcellus , sa tête n*exîste que sur des médailles démontrées fausses; mais un autre monument Ta fait connoître, du moins d'après une simple hypothèse très-vraisemblable* Avec les deux statues d'Auguste et de Livîe, on trouva, dans les fouilles d'Otricoli, la statue d'un jeune homme vêtu de la toge, ayant la chaussure des patriciens, et portant la bulle d'or des enfans de cet ordre suspendue par une bandelette. Ce fut Visconti qui la publia le premier (î) , sous le nom de Marcellus , quoiqu'on ne possédât aucune médaille ni aucune inscrip-lion qui pût prouver l'identité ; maïs les motifs qu'il donne pour appuyer son hypothèse, n*en ont pas moins une extrême vraisemblance.
On s'étonneroit de la rareté des moiiumens destinés à reproduire les traits de Marcellus, de ce fils chéri rfOctavte , si ce feît singulier ii*étort expliqué jusqu'à un certain point par ce texte de Sénèque : « Octnvie «le voufut avoir aucun portrait de ce fils tendrement aimé, yy ni qu'orï%n parlât devajit elle. » Nullam habtte imagincm filii carissimi volait, nullam sïbl fieri de ilfo mcntionem [i). Sénèque ajoute un peu plus bas : « Sans égards pour son frère, elle rejeta les vers com- « posés pour consacrer la mémoire de Marceltus , et les autres honneurs nque les gens de lettres vouloieni lui rendre, et elle ferma loreille îî à toute espèce de consolation. « M. Mongez, s'appuyant de ce passage, rejetle le récit de Tiberius Claudius Donatus sur Tévanouissenient d'Octavie à la lecture du fameux passage de TEnéide relatif à Marcellus, Ce récit, quî a inspiré les peintres et les sculpteurs, ne se trouve, dit-il, ni dans Suétone, ni dans Tacite, ni dans V^elléius Paierculus, ni dans Dion, Donatus en parle le premier: iJ est bien singulier que Sénèque l'ait ignoré ; el s'il lavoit connu , sans doute il ne se seroit pas exprîjné comme il la fait. Les raisons que donne AL Mongez sont certainement très-frappantes ; mais peut-être n est-il pas impossible de conservera Thistoire un fait intéressant, honorable à-Iafois pour Octavie et pour Virgile, Ne pourroit-on pas répondre que lei iuitortens cités par M, Mongez sont bien loin de tout dire ; et puisque chacun deux a oublié plus dun détail important, il est possible que
(i) Afuiio Fio Clément, liij tav. XX4Y«--(^) ConsoL ad Manian, n, 4.
[ARS 182^, Il
aît en question leur ait échappé à tous, Sénèque lui-même 1 don^ Tunique objet est de fournir à Marcia, dans le spectacle des infortune^ rfaiitrur, ât$ moyens de se consoler de sa propre infortune, devoit se^ borner à lui faire seniir letenduede la perte d'Ociavîe, peindre par des traits généraux toute famertume de ses doufeurs, et navoit nul besoiti de rappûrieF celte anecdote; de ce qui! nen a point parlé, peut-être ne doit-on pas conclure qaîl n'en ait pas eu connoissance. Les mots, iarmîna celcbranJcç Mnrcttti mcmQnœ composita aliosffue stuffiorum honora fijecn , peuvent signifier simplement quOctavie ne voulut point quon lui adrt^ssât de vers à la mémoire de son fils, et quelle rejeta les hommages dont il étoît lobjet; mais il ne s ensuit pas qu'elle n*ait pu assister à la lecture de TEnéide, igjiorani que le poëte y avoii introduit un passage relatif à Marcellus» et Virgile a pu croire que la proscription des vers dont Marcellus étoit le sujet ne s'ètendoit pas jusquà une simple tirade épîsodique fondue dans lensemble de son poème. Qui sait même si la défense d'Octavîe ne fut pas postérieure à la lecture de rÉnéide, et ne fut pas la suite de Timpression profonde que ce fameux passage avott faite sur cette princesse, en réveillant toutes ses douleurs !
Sur la même planche que la statue de Marcellus « est la gravure du célèbre catnée du musée im|>érial 5 Vienne. Cette gravure, commencée par fhabile graveur Girardet, n'a malheureusement pu être terminée par lui; îl^j^uroit £iit un chef d œuvre , comme de celte du camée de la SninoHiiapelIe, dont nous p:!rlerons plus bas ; lextrètne finesse du burin de Girardet rend sa manière fort diflicile à imiîer: aussi fexécution, sous le rapport du modelé et de reffçt , nous a paru laisser à dfsrrer; elfe est cependant infiniment inférieure à celle qu'Eckhell a insérée dans son recueil des pierres grnn-cs du cabtnei dt Vimnt^, Ce beau monumeirt, que Philippe le Bel tenoit des chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem , fat enlevé par \xn soldat pendant les guerres Civiles du xvf/ siècle, et vendu à fe^upereur Rodolphe II pour la somme de î 2,000 ducats d'or, qui vaudroîent aujourd'hui environ 560,000 fr.
M. Mongez expose sommairement Texpltca ion que Peireisc donna de ce camée, et celle d'Albert Rubens , adoptée depuis par Montfàucoti et Eckhell; ces trois antiquaires se sont accordés Ik reconnolire Tibère en costume de triomphateur, et ont rapporié le monument au triomphe accordé à ce prince l'an lo de lere vulgaire (quarantième année du règne d* Auguste) , à wause de ses victoire*^ sur tes Pannoniens, triomphe que la déftiite de Varus fit difltrer. M, Mongez n*est pas salisîû\ de cette explication ; il se demande « si un retard aussi triste^ causé
ï6z "^"^ JOURNAL DES SAVANS,
n par un événement dont Auguste fut si douloureusement affecfcî^ ^ exercer les lalens d un habile artiste : ce ^eroit donc un monument saiii* rique. « Notre savant antiquaire pense que ce camée représetne une circonstance du triomphe de Tibère sur les Germains» qui eut lieu Fan i a de I ère chrétienne, 4^/ du régne d'Auguste « Alors, dit Suétone, il îi célébra le triomphe qu'il avoil difléré, suivi des litutenans auxquels il » avoit fait accorder les ornemens triomphaux. Avant de monter au capî- *> tôle, il de>cendit de son char de triomphe et se prosterna aux jweds de >» son père t qui préiîdoit h la pompe triomphale, w Cevi ce témoignage de piété filiale que le camée représente, M. Mongez avoue « qu'après >• avoir composé son ex|jlicaiîon,jl a découvert que Cuper Ta voit prévenu >» et avoit fait la même interprétation que lui du passage de Suétone t >» dans sa dissertaiion sur un camée tointe h celle qui explique les mo- » numens d'Harpocrate ( i ). » Mais Cuper n'a dit qu'un mut à ce sujet : M, Mongez donne, dans celte hypothè^^e, une explication complète et satisfaisante de tous les personnages et de tous les détails du camée ^ sans oublier le signe du capricorne, placé au-dessus de In lête d'Auguste , pour expriifier que ce prince avoit été conçu sous ce signe. Je suis surpris toutefois que notre savant antiquaire n*ait absolument rien dît dun autre détail du môme genre; c'est le signe du scorpion, qui se voit dans le champ d'un des boucliers formant le trophée qu'élèvent des soldats romains dans la scène inférieure du camée. L'analogie porteroil h supposer que ce signe se rapporte à la nativité du second cks deux principaux personnages, c'est-à-dire de Tibère; et en dSït ce prince éloit né le 17 novembre, conséqueinment sous le >igne du scorpion ^ à moins qu'on n'aitne mieux y voir un symbole relatif h Mars; car on trouve égaleîuent le scorpion sur un bouclier de la mosaïque de Palestine, sur un autre qui fait partie d*un trophée dans la Villa Albani, et sur les mentonnières de quelques casques antiques (a). Or, dans la doctrine astrologique des anciens, le scorpion étoît le domicile de Mars (j)* Malgré la coïncidence que j'ai remarquée plus haut, celte dernière explication me paroît la véritable.
a Plût à Dieu que j'eusse vécu sans épouse et que |e dusse mourir » sans enfansi » Ce mot d'Auguste , parodie d'un vers d'Homère, sert h M. Mongez de tranï-iiion naturelle pour parler de Julie» fa fille de ce prince. Après avoir représenté le tableau des chagrins qu elle causa
(j) Il y a ici une légère inadvertance; la dissertation citée est a la suite de VAv^thfus'iS Hume ri , p, 203 - 220, — (^) W inckelniann, A'Jotium. hidlù ^ p, I /j6, 147. ^m (3) Voyez mes Obstryattens sur Us nfrésiftiaùens lùdtacalrs, p. 9a , gj-
k son père, il pa^sc aux monumens qui nous ont conservé Tîmage de sa beauté» dont elfe fit un U5age si coupable* M. VJsconti, s^appuyant sur les médailles peu nombreuses où se trouve le portrait de celle prin* cesse» Fa reconnue dans une statue de Cérès du Musée royal (n** j8 et 77 du nouveau catalogue) , dont la tête, pleine de finesse et de grSce, a été rendue avec le plus grand succès par le dessinateur M, Laguiche et le graveur M, Corot.
Nous terminerons» dans un second article» Fanalyse de ce volamt qui continue dignement Toeuvre de Yisconti.
LETRONNE
MiSTOïBE des Marais a des Maladies causées pat les émanations des eaux stagnantes ; ouvrage couronné par f Académie royale des sciences ^ belles -lettres et arts de Lyon ; par S. B. Montfalcon , docteur en médecine , membre correspondant de la Société royale académique des sciences de Paris, des Aca* démies et Sociétés royales des sciences, belles-lettres et arts de Dijm, Rouen, &c. ; correspondant de plusieurs sociétés savantes étrangères^ i vol* ///-^/ de 530 pages. A Paris, chex Bechet jeune, libraire, place de i'EcoIe de médecine ^ 4, 1824.
L'auteur, dans une introduction, dépfore le sort des hommes qui habitent aur environs des eaux stagnantes; il peint en général leur situation depuis la naissance |usqu*à la mort; enfin leur état physiologique, si utile à connoître pour des médecins. A cet exposé succède une courte description de divers pays fangeyx et marécageux , qui souillent des espaces immenses dans les deux mondes, et dont il existe en France, à ce qu'il assure, dix* huit mille arpens. Il regrette , et il a ceh de commun avec beaucoup de personnes, quon ne se soit pas occupé à les rendre productifs. « Une partie des forces et des richesses de la j» France, dit-il, a été absorbée par des colonisations; cependant elfe a» avoit chez elle ce qu'elle alloit chercher inutilement au foin. Ses >• trésors et ses armées ne pou voient lui conserver la possession d'une île j»de troisième ordre; et peu de bras, peu dor, auroient fertilisé dans lises provinces d'immenses terrains, envahis par d'arides Ijruyères. ou
i6i JOURNAL DES SAVANS,
» par des eaux infectes. Nos fandes à féconder^ nos saî^îes à irans- >» former en forêts, nos marais à dessécher, de vastes pays d'étangs » quNf faudroit assainir: voflk nos véritables colonies, La conquête de » ces contrées incultes, au profit de Tagriculture, ne seroit-elle pa$ ^* préférable à celle de la plus riche des Annllesî «
L*auieur déclare qu'il n^adopie, pour ses explications , point de systèmes, parce qu'ils sont sujets à se détruire fes uns les autres; il ne veut que présenter des faits, et convertir en inductions des observations authentiques»
JI est h remarquer que, dans le cours d'un demî-siècfe, onze fois des prix ont été proposés sur Faction pathologique des émanations marécageuses» et que fa couronne a presque toujours été décernée; ce qui nous prouve que ce sujet, sans doute très- intéressant^ n*a jamais été suffisamment traité.
M, Montfiilcon, en terminant son introduction, a voulu définir ce qu'il entend par les mots é'effluvrs, de miasmes, ^émânathns , dV^-A^lûhons^ souvent employés et pris les uns pour les autres. Ces mots ne lui paroissent pas synonymes.
Les émanations marécageuses exercent , suivant fauteur , sur les organes, une influence qui se manifeste, i.'par une modification profonde de Téconomie animale, qui donne une constitution spéciale; 2,° par le développement plus ou moins prompt de maladies ^ exaspération périodique, de fièvres d*accès, qui attaquent ks indigènes, même les étrangers. L'action de ces causes agit plus fortement et habi* tuellement sur les individus des contrées inondées qui ont d'autres causes puissantes de maladies, telles que I usage d'eaux insafuhres» l'indigence, un travail' excessif, &c.; choses particulières 'aux habiians de la Sologne et de la Bresse.
Après cette introduction, fauteur entre en matière, et divise son ouvrage en quatre parties, composées chacune de plusieurs chapitres.
Il décrit d'abord fa manière dont se forment les marais, la nature des terrains sur lesquels ils reposent, les genres et espèces déplantes qui y croissent , (es animaux qu'on y trouve , soit ceux qui y vivent ordinairement, soit ceux qui ne font qu y passer; c'est à-la-fois donner la géologie, la flore et (a zoologie de ces lieux, E>ans un autre chapitre, il traite des étangs, des rivières, et des endroits où l'on fait rouir \% chanvre.
Les marais, comme Ton sait, se divisent en marais salés et en marais d*eau douce, suivant qu'ils sont fournis par la mer, ou parles rivières cl par les pluies. Les eaux des premiers se corrompent plus aisément p
it-étre parce qu'elles contiennent plus de matières organiques en dissolution,
M. Alonlfalcon, voufant éinblîr une cfassjfication géographique et médicale des marais, la fait précéder d observations qui nous ont paru judicieuses. Il pense que les émanations marécageuses ne produisent pas les mêmes effets dans tous [es climats: elles enfantent des maladies dont le siège, la physionomie et les degrés d'intensité sont divers, suivant que faction combinée de fair, des eaux et des lieux, a produit tel ou tel tempérament, et suivant la constitution des individus, qui nest pas la même dans un Hollandais, par exemple, que dans un indigène du midi de f Amérique. Les émanations sont plus redoutables et ont une action plus rapide et plus intense dans les pays chauds que dans les climats froids» « Si nous examinons les affections endémiques «dans les principales contrées marécageuses, n^us verrons en Hol- >» lande des fièvres quartes, tierces et quotidiennes, atteindre un grand » nombre de sujets, mais présenter une marche lente et labser au ^médecin te temps de les combattre* En Hongrie, ces maladies sont >»déjJl plus fréquemment rémittentes, et la dysenterie, dite putridi , »y affecte une plus grande partie d^individus.. En Italie, les fièvres » produites par le voisinage des marais Pontins, sont accompagnées i>dapyrexies très-courtes, et les symptômes dits ataxiqucs les corn- •tpliquent plus souvent. En Espagne, les accidens les plus graves, » tels que les vomîssemens de matières noires, la couleur jaune de M la peau, (a violence du délire, &c*, rapprochent les maladies de cette » contrée de celles des côtes d'Afrique et de f Amérique; enfin, dans » ces deux dernières parties du monde, les mêmes affections fébriles a> s'observent, mais accompagnées des symptômes les plus violens, et V presque toujours ou rémittentes ou continues* »
L'auteur fait ensuite une énuméraiion à^% marais , dabord de ceux des pays chauds , dont une grande partie est située en Amérique : il a pour autorités les voyageurs. L'Asie lui paroîi en contenir moins j mais il y en a beaucoup en Afrique, sur-tout depuis la rivière du Sénégal jusqu'au pays des Cafres et dans la basse Egypte. On en trouve plusieurs en Corse ; la Sardaigne en a de jour en jour un plus grand nombre, à cause de la décadence de son agriculture. Plusieurv contrées d'Italie sont remplies d'eaux stagnantes, paruculîèrement le Maniouan et le lerriioire Pontin , espace d'environ huit lieues de longueur sur deux de largeur , situé dans la Campagne de Rome , le long de la mer; FEspagne nen a que dans l'Andalousie. « Mêmes ^caiiseSf mêmes effets» Oa a observé des maladies analogues à
i66 JOURNAL DES SAVANS,
»Caïenne, z\xx Antilles, h la Vera-Cruz, à Pensacofa, à U »>Havânev à la Martinique, dans Hle de Saint-Vincent, à Aca- » pulco , par-tDUt eniin oii des viKes et des ports sont situés sous » un ciel brûlant, et environnés d'eaux stagnantes, »
Les marais des pays froids et humides sont ceux du Danemarck et des environs de la Baliiqne, de la plupart des pays appartenant à l;i Russie f de la Pologne, de TAngleterre* Ils sont peu considérables dans ce dernier royaume , parce que son agriculture > portée à un haut degré, en a diminué la quantité. La Hollande, conquise sur la mer, ne seroit , comme on sait, qu'un vaste marais, sans les travaux immenses qui ont été exécutés et qui sont entretenus avec soin pour contenir les flots de TOcéan , élevés presque à son niveau; cependant il en subsiste encore, tant les inondaiions y sont fréquentes et communes, sans qu'il en résulte une influence délétère , ce qui peut dépendre de rextrême propreté qui règne dans les habitations, et de la manière dont les hommes s'y vêtent et s'y nourrissent. L*île de Wakheren • plus basse que la mer, est moins saine que la HoPande. En Suisse, il existe de grandes masses d'eau > peu de marais, quelques étangs et de vastes lacs, qui quelquefois ont été dangereux. Marie Thérèse a fait disparoître la plus grande partie des marécages de i*Auiriche.
La France étant sous un climat tempéré , ce sont ses marais qua lauteur sattache à décrire en trotiième lieu : ils doivent sans doute occuper une place plus étendue dans son ouvrage. C'est en en faisant oonnoîire les inconvèniens, qu'on pourra donner fidée d'y remédier- Uauteur prétend que les marais de France, s*iis étoient mis en valeur* donneraient atmuellement un produit de sept millions, et nourriroient plus d'un million d hommes : cette évaluation n'est pas exagérée^ Outre cet avantage , il en résulieroit la conservation de lespèce humaine. Ce projet trés-imponaiit a déjà été conçu il y a long- temps ; on a même tenté de rexéculer. Nous ne le savons que trop, les choses les plus utiles ne sont pas toujours celtes dont l'entreprise se poursuit.
Ijsl Bresse, regardée comme irès-insalubre, ne Test pas à beaucoup prés eniièrement. Une panie de sa surface est non-ieulement trèstiînile, mai> habitée par une population nombreuse. M, Monifalcon indique les endroits où sont les eaux stagïianies qui nuisent à la santé des hommes. Bourg, capitale du pays , étoit dan> ce cas; mais cette ville, irès-ngréable maintenant, doit sa salubrité au comblement de ses fossés. Nous connoissons des exemples semblables.
La Brenne, plus malheureuse que la Bresse, est une contrée du dépattemeni de Tladre ( Bai-Berry ); on y compte quatre cents étangs »
que la nSIS^^eson sol y a formés ei entre ient» Le fond est un méinnge de débrjb organîqut^s, de sable fin ei d'argile : c'esi là que se rassenibient les eaux pluviales t qui ne peuvtnt^'infilirer dans «ne rerre iin|H'rméablcv dçs digues en empêchent récoulemrnt, L*aimo>phère se irouve chargée de brouillards épais, qui conîribueni li des orage> plus fréquens et plus funestes qu'ailleurs. Voki fidée que r«i!t»*ur demie de la population. <* L'habitant de ces tristes lieux, dit- il, souffre dès sa naissance^ ï» et monrre pendant les premiers jours de sa vie la profonde empreinte »> de J'in.salubrité du climat, A peine a-t- il quille la mamelle, qu^il » languit et maigrit^ une couleur jaune teint >a peau et ses yeux; »es » viscères s engorgent; il meurt souvent avant d'avoir atttint sa sep- ^ tième année, A-t-il franchi ce terme, il ne vit pas, il végète; il «reste cacochyme,» boursouflé, hydropique* sujet à dî-s fièvres pu- »> trides malignes, à des fièvres d^autumne îrutrniinâbles, h des hé- *> niorrhagies, îi des ulcères aux jambes, qui guériî^sent difficilement. »> Se défendant à peine conire ces maladies, qui Tassiégeni souvent »> toutes à-Ia-fbîs et qui font de sa vie une longue agonie, Thabirant *> de la Brenne parvient à sa vingnème ou à sa trentième année. Déjà » la nature rétrograde, les facultés s*aflaissent , et commutîément Tâge » de cinquante ans est le dernier it-rme de sa vie : ain>i passent »» rapidement plusieurs générations. Cependant la population conserve » à-peu près le même équilibre; on s'y marie de bonne heure et le veu- » vage n'y est pas long; il n*est pas rare de voir des femmes de trente *> à quarante ans mariées pour la quatrième fois. On cite trois frères » qui oniépuusé quinze femmes. La certitude de trouver des logemens » vacans et des terres à exploiter, attire dans cette misérable contrée » des familles étrangères, qui s'y marient et s*y fixent; et cest aîn*t » que se résout le problème : Comment une terre aussi inhospitalière >» n'esi-elle pas dépeuplée î j»
L^auieur ne pré>enie pas sous un plus heureux aspect les habitant de la Sologne, pays de deux cent cinquante lieues carrées ou dun million darpens d'étendue: il occupe une partie considérable des départemens du Loiret, de Loir-et-Cher et du Cher; il est presque situé au milieu de la France. Le sol en est humide et ingrat ; ce qui peut en être cultivé ne produit que du seigle d'automne et de printemps, et du sarrasin » qui font la nourriture ordinaire des hommes e: n'y sont ni abondons ni bien nuiriiifs* Une grand - piirtie de la con»rée est cou-
verte de marais et d*(
étangs,
sur-tout dans les environs de Romorantm
et d'Orléans. Les hommes sont d*une constitution semblable à celle des habitans de la Brenne; une petite stature, une démarche lente, des
y«ux ternes I fe ventre gros, le teînt jaune; voilà ce qui îes fait recon- Ittrftre. Lt*5 aniiiiaux y sont chéufs , ainsi que les végétaux qui y croissent. Les hommes ne pouvant se procurer une bonne nourriture et res[)îrant des énianniions des eaux: stagnantes qui les environnent, sont pfu$ disposés h contracter des maladies: c'est à ces circonstances que noU5 avons cru pouvoir aiiribuer les effets funestes de la gangrène sèche» que produisoit sur eux une altération du seigle , appelée ergot, ainsi que nous favons constaté (i),
M. Monifakon cite encore fa pfaîne de Montbrison et celle du Forez, placées entre des montagnes. Des eaux stagnantes les rendent malsaines, comme le manifeste l'état de santé des habitans, comparé avec celui des mont:ignards qui en sont voisins : rinsalubriié de la ville de Montbrison a été corrigée, comme celle de Bourg, dont nous avons parlé.
L auteur rapporte les différens systèmes qu*on a établis sur la nature des émanaifons marécageuses, tels que ceux des animalcules, des vapeurs sulfureuses, des gaz: parmi ceux-ci, on distingue fopinion de AL Chevreuf, qui regarde le gaz inflammable des mines de charbon de (erre comme analogue au gaz hydrogène carburé des marais. En général» M. Montfalcon ne paroît pas faire cas des travaux et des recherches de la chimie pour donner des ex[)lications et avancer la physiologie : nous ne pouvons être de son avis; on a des preuves du contraire, et nous pensons que c'est par cette science qu*on parviendra à découvrir les priticipes qui constituent réellement les émanations des marais, et peut-être leur manière d*agir sur le corps animal*
M de Veze, qui a écrit sur la fièvre faune, prétend que les émanafrons marécageuses de divers climats sont identiques; M. Montfalcon réfute celte assertion , par le motif que les matières qui les forment ne sont pas les mêmes, fton plus que les maladies qu'elles occasionnent- Le dégagement des émanations marécageuses du sein des eaux stagnantes, et leur dispersion dans l'atmosphère, présentent plusieurs circonstances que développe M. Montfalcon. Ces émanations, à la faveur d*"" fluide aqueux qui leur sert de véhicule» s'élèvent, comme on sait, aux heures où il y a de la chaleur, descendent aux arptoches de la nuit, h mesure que la chaleur diminue, et se condensent à h surface du sol: c'est alors qu'elles sont plus dangereuses; des exemples nombreux Tatiestent. Elles se répandent à une grande distance; en hauteur, dit M. Montfulcon, jusqu'i cinq cents mètres, et horizontalement,
(0 Voyçt le Traité des matadïtsda grains, que nous avons publié en 178),