‹ Journal des savants (volume 4)Chapitre 31 sur 53 · IM · texte numérisé non relu

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3j^ JOURNAL DES SAVANS,

sur le costume des fejnmes, tant persanes que géorgiennes et dr* cassrennes, et sur ce qui caractérise la beauté de ces diverses races.

Je passe sous silence le surplus de la préface , me contentant d'observer que , quant aux mots persans ou turcs, fauteur déclare qu'il n tâché de les rendre de fa manière la plus conforme à la prononciation du pays : i! renvoie les lecteurs qui desireroient une orthographe plus grammaticale, aux ouvrages de M* Langlès. Si lauieur, comme Je le présume , a été fidèle à la règle qu'il s*est imposée, il est fâcheux que des fautes typographiques aient souvent défiguré les mo(s étrangers au point de les rendre méconnoîssables. Pour en donner un seul exemple, le vaVmin o^Lï ou longue pipe des Persans, est par- tout -écrit cailliau et au pluriel cailliaux , si ce n*est sur la planche qui représente un. Persan fumant, et où > au lieu du cmllia^ on lit la calUîant ( i )

A la j)réfijce succède une introduction qui a pour objet ta description géographique de la Perse et sa division en gouvernemens , puis l'abrégé de son histoire depuis les plus anciens temps. Cette introduction , empruntée pour la pfus grande partie de la Perse ^ ouvrage t^stimable, quoique très- imparfait, de M. Jourdain, est une sorte de hors-d'oeuvre dont le lecteur se fût ùien passé. La partie historique sur-tout est si concise, qu'elle ne sauroit être d*aucuoe utilité* L'auteur a cru devoir se bornera indhfuer Us premières dynasties, trop évidem* ment fabuleuses ^ ce sont ses propres expresssions, et on ne peut lui en faifç^n reproche : mais comment , en rangeant parmi les fables h première dynastie connue» celle des Pisçhdadiens , sous lesquels tous les événernens furent merveilleux, a-t-il pu dire tout de suite ; « AL Langlès a eu la « patience de pénétrer dans ce dédale obscur , et nous a fait connoître >ï des faits beaucoup plus certains sur tout ce qui concerne rhistoire » ancienne de fa Perse, Les Ptschdadiens furent, suivant lur, précédés » de plusieurs autres dynasties, dont il démontre clairement févidence. » En lisant de pareilles assertions , on a peine h en croire à ses yeux; et certes, celui pour qui lexistence de ces prétendues dynasties des Mahabadiens, enfantées par la plus folle imagination, est clairement et évidemment démontrée , n'a pas ie droit de traiter de fables les

(i) Voki quelques exemples des fautes dont je parle : Kamnuns , pour Kala^ nttm; Arekak , pour Arschah i Fassanides , pour Sassunîdes ; Amouchlvan ColroeSj Ta'imour-Ltvn^ Schali Hasseïm , pour Anouscfnrvan Cosr&es, Tinwur* Une t Schait'Hcssetn* On lit aussi corïsiammeut Afihard et Kûd/ard , pour Afic/far et Kadjar. Pourquoi ce t/ a la fin de ces mots! Seroit-ce parce qu'on écrit en français hasard, hasard ^ tard , &c. !

JUIN lB^S. 3)7

nventures de Djemschid, de Dhahak, iÎ3 Féridouni nî celles de Rosbm et d'Afrasîab. M. Drouville auroit beaucoup mieut fait de se borner à donner une idée des révolutions que la Perse a éprouvées depuis Nadir^schah jusqu'au règne de Faih-Ali-schah.

Maïs il est temps de passer au voyage même. It confient trenteneuf chapitres i dont les vingl-qualre premiers forment le premier volume; le second vofume renferme les quinze derniers , et se termine par tin recueil de courtes nodces géographiques, rangées en forme de dictionnaire,^

Dès le premier chapitre, intitulé Noitons gaitra/cs svr rérat actuel d( la Perse , et Ohservf2thns sur la paix dernTcrc , on s'nperçoii que i auteur n*a pas été fâché de se procurer foccasion de soumettre à une censure pour le moins sévère, Tes Européens, Russes, Anglais ou Frajiçais, qui, comme généraux ou ambassadeurs, militaires ou diplomates , ont eu depuis le commencement de ce siècle des refafions avec la Perse. La mauvaise humeur qui perce en plusieurs endroits contre ces divers personnages, est peut-être I;) meilleure garantie contre leffei de ces insinuations. Au surplus» nous ne faisons cette remarque qu'en passant; et nous allons choisir parmi les difiérens chapitres quelqnes*iuîs de ceux qui offrent le pKis d'intérêt, pour donner au lecteur une idée des observations de fauteur , et du fruit qu*on peut retircx de la lecture de son ouvrage*

Tout ce qui concerne les femmes, leur beauté, leur caractère, leurs vétemens, leur parure, feurs occupations, leurs plaisirs, se trouve dans les chapitres IV et VI , et un grand nombre dfe planches ajourent beaucoup h [Intérêt des descriptions. Le chapitre iV offre aussi de semblables détails sût le costume des hommes*

Les Persanes , suivant notre voyageur , sont grandes , droites , élancées et fort bien faîtes. Elles sont toutes d*une blancheur éblouissante. Leurs cheveux sont en général du plus beau noir, très-épais, et d'une longueur excessive; elles y attachent beaucoup de prix, et en prennent le plus grand soin,

«Elles ont, je laisse parler ici M, Drouville lui-même, le front j* haut et très-blanc, les sourcils noirs, bien fournis, et formant deux 1» arcs qui se terminent à la naissance du nez. Leurs yeux sont d*un ••noir parfiiit, fendus en amande, d'une grandeur surprenante, et to ornés de longs dh qui leur donnent une expression plus facile h !• éprouver qu'à rendre. Elles ont ie nez trçs-droît et de la plus » belle proportion. A I égard de la bouche, il est impossible d'en V» voir de plus petites ; on fait tant de cas d'une petite bouche, qu'il

» esr passé en proverbe qu'tine femme , pour être réputée jolie, doit » ravoir moins grande que les yeux. . . , Les Persanes ont les dents M fort blanches; et bien qu'elles soient dans Fusage dç fumer le >* caliliau ( calloun ) , , , , on n'en voit aucune à qui elles deviennent 3> jaunes y même dans un âge avancé» Leur menton est petit, bien 3> fait , et se lerniîne par une légère fossette qui accompagne très bien » leur genre de figure, et [eur tlonne un agrément de pfus* Si j'étots >> tenté cependant de kur trouver un défaut, ce seroit d'avoir fe » visage trop rond , ce qui est néanmoins considéré dans ce pays i^commeTe plus haut.degré de beauté : on sait que tous les poètes » persans, parlant de belles figures^ les comparent toujours à la fune » dans son pfein* »

Le portrait tracé par notre voyageur n est pas sans doute celui de toutes ies femmes persanes ; mais il faut avouer qu'il répond parfaitement aux descriptions qu'on lit à chaque page de? poètes periians. Le voyageur feur reproche une pâleur habituelle, auquel l'art de la toilette remédie au moyen d'un savon d'une composition toute particulière. Je passe sur ces détails de la toilette, ainsi que sur les cosmétiques avec lesquels on relève l'éclat des yeux , on augmente la noirceur de la chevelure, et on donne à la peau des bras et des mains une douceur parfaite et une blancheur pareille à celle de fi voire* Ce dernier trait n*auroit*iI pas échappé un peu légèrement à la plume de fauteur, et seroit'il vrai , contre Topinion générale, que ie htnné dont on fait usage dans tout le Levant pour teindre les mains, contribuât à blanchir la peau l Suivant Chardin , les lutteurs persans ont tout le corps oint (Thuile mêlée de poudre de henné, ce qui les fait paroître peints en ûrangir ( édition de M. Langjès, tome II, page 203 ), et Forskal dît : Hujus ope ûnguntur ungues rubri , manus luteœ, capUli ntuîarujn fuht. Sent s nonnitUt, , . barbam fucant ; quœdam femlnœ pedcs tuteis aspergunl maculis, ( Flora jÊg^pt. Arab, page Iv. ) Niebuhr ( Descrip, de l'Arabie ) dit aussi : « Les femmes teignent leurs ongles « en rouge , les mains et les pieds en jaune brun , avec une herbe >i nommée elkenne^ yy Chardin; qui écrit kannak, dit <«:que c'est une » graine de laquelle on fetit une couleur dont on se teint les mains , » les pieds et quelquefois le visage. . . pour conserver le teint et la 5> peau. Le soleil ne les hâle point, quand on en est frotté, ni le 31 froid ne pénètre point aussi , comme auparavant , et ne fait plus de « crevasses à la peau. On en frotte les jambes aux chevaux , par fa « même raison. i> ( Tome III , page J 1 4 )• On peut aussi consulter sur ce sujet le Voyage en Arménie et en Perse de M. Jaubert^ page a 3 1.

Enfin M. DrouvKfe lui-nvême dît nUleurs ( page 83 ) que h poudre de henné, employée pour teindre les cheveux > les rcnJ d'abord toux ^ et donne ensane au noir une muUur bkn plus foncée ; et plus loin ( page 22J ) il nous apprend que les chevaux que monte le roi , ont la moiiié du corps panie en rouge avec du henné , de manière qu'une parfit; des côtes, du ventre, des épaules et des cuisses , soit couleur de rouille.

. Je re\iens aux dames persanes, dont je terminerai le portrait par une observation générale de noire voyageur. « Les Persanes , dit-il , n'ont » de commun avec les autres femmes ojientales, qu une expression « de noblesse et de dignité qu'on remarque cliez presque tomes 1^-*? w dames asiatiques, et qui me semble être la conséquence de la *> régulariié de leurs traits. »

Les Géorgiennes, au dire de M. Drouville , sont fort inférieures aux Persanes; il leur accorde seulement une bouche fort belle et ornée de dents magnifiques. Ce qu'il admire le plus dans les Circabsiennes, c*est la régularité dés formes, la beauté de la gorge, et l'élégance de la faille. Elles ont fes yeux noirs et très vifs ; elles sont grandes et bien faites , mais constituées en force,

Qiunt au caractère , les Géorgiennes sont d'un caractère doux et trèsatiuant ; elles sovM douées d'une paiience rare, et susceptibles duo attachement durable. « Les Persanes aussi» dit M. Drouville, sont ï> d'une douceur angélique, et d'une égalité de caractère rare, vertus >* qui peuvent être considérées chez elles comme une conséquence de w leur éducation, qui les condamne non-seulement à une réclusion » perpétuelle, et à être presque toujours étrangères h raffection mater- *> nelle , niais encore à être sacrifiées , à peine nubiles , à Tinlérèt et to aux caprices de leurs parens, qui, cfans les classes même les plus "élevées, font de leurs filles im objet de spéculation, soit en les «vendant, en lei mariant, ou en les donnant à quelques grands »» personnages, ou au souverain, pour s en proairer la faveur ou les ** grâces, î>

A ce compte, il nous semble que cette douceur angilique et cette égalité de Cûracicre, si vantées par notre auteur, se réduiroient à une sorte d apathie et d'irabécillîté , qui ne répond point à cette expression de noblesse et de dignité empreinte dans tous les traits de ces femmes, et dont il a été question plus haut. Au reste, si Ion en croit fauteur des Aventures de Hadfi-Baba, il ne faut pas prendre à la lettre le portrait que M. Drouville s'est plu à nous tracer de ces êtres angéliques qui liabitent les harems^ de* Persans,

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54o JOURNAL DES SAVANS,

Dans Je chnpitre Vl , à roccasioii de h description des harems, 1 autt^i;r , d accord en cela avec les autres voyageurs > représente les dames pcriancs comme fv^rt ignorantes , ne sachant, à quelques excv»ptîans i>rès , ni lire, ni iruvaillcr de Taiguil e. Aussi n ont-elles t jusquà ce quelles deviennent mères, aucune auire occupation que Irur toilette* Le reste de la journée, nonchaiamment assises sur de beaut lapis, devant des fenêtres, sous lesquelles il y a des pièces dtiia , elles passent le l^inps k fumer, à prendre le café, et li recevoir les visîies de leurs amies. Le soir venu, elles profitent de la fraîcheur pour aller se promener dans des jardins situes hors de la ville, et où elles restent souvent jiLsqu'à la nuit close. « On a en Europe , dit k » ce sujet M. Drouville, des idées lrès*fausses sur le degré de liberté »> dcni jouissent les dames persanes; dans nul autre pays, à ma con- »aoissance, elles ne sont plus maitresstîs de leurs actions. « Voilà encore une assertion paradoxale qui exige incontestablement beaucoup de restrîtiionf. Ne faudioit-il point aussi restreindre ce qu*il ajoute, que, lorsqu'elles sont mères, il est peu de femmes qui remplissent avec plus de rigueur qu elles les devoirs de la maternité ; et s'il est vrai, comme on le lit ici , quelles ne confient jamais à un sein étranger le soin cfallaiter leurs enfans, et qaelles se chargent elles-mêmes de les soigner et de les élever jusqui lage de onze à 'douze ans, falloil-il dire plus haut qu'elles sont 'condamnées par leur éduc^ion à rester presque toujours étrangères à Taflection m*aternelleî

Les chapitres Vii , Y m et ix sur les bâtimens, les caravanseraîs et les bazars, pourraient donner matière à quelques observadons* Je me bornerai ^ corriger un anachronisme dans lequel fauteur est tombé à f occasion de la fondation de féglise célèbre d'Etchmiadzîn , ou, comme écrit AL Drouville, JJickmiûdn. Il a confondu S. Grégoire lllluminateur, si célèbre chez les Arméniens , avec le pnpe S. Grégoire le Grand, A cette occasion je me rappelle une errreur d'un autre genre qui se trouve au chapitre xvjï, où, parlant des Nestoriens, notre auteur dit que la religion des Nestoriens ressemble beaucoup à la religion catholique , et ajoute : ce Bien qu elle n admette pas la >î messe» Us pratiquent néanmoins une cérémonie qui en diffère peu, » en consacrant d'une manière particulière^ et communiant sous les » espèces du pain et du vin. »

Dans le chapitre XIX, consacré au clergé persan, aux derviches , aux &Lîrs»et enfin aux hadjis ou pèlerins, dont le nom, par une étrange £aute, est changé en radjis, on apprend que le voyageur a été témoin d'un fait déjà remarqué par tant de voyageur^, que, tout surprenant

qull est, on ne peut pas le révoquer en doute. L'auteur, parlant des derviches, qui sont, dit-il, adroits et bons charlatans, ajoute s « Plu* » sieurs d'entre eux prétendent, au moyen de paroles et de signes i n mettre tin homme à fabri du venin des serpcns et des scorpions^ » Quoique je ne sois pas très-créduîe , j'ar vu moi-même plusieurs de » ces misérables poser sur leur poitrine de fort dangereux reptiles, prîi » en plein champ, les manier et les jeter dans les manches de leur j> habits, après avoir fait tout le possible pour les irriter, J obligeai un^ » fois un de mes domestiques persans, fort poltron d^ailleurs, à se faîr^ » initier, puisque» en ma qualité dmfidèle, je ne pouvois fètre moi- » même. AusHtôt après il manioit vipères et scorpions aussi bien qufi » les derviches, sans en avoir la moindre crainte, tandis qu'auparavani » il n'en auroit pas approché pour tout for du monde. Pendant pr^ » de deux ans que cet homme est resté avec moi, il n'a jamais manqua » I occasion den prendre quand il en rencontroit, et il ne lui en esd » jamais arrivé de mal. Je ne crois pas au reste qu'il y ait d*exempl^ «> en Perse que personne se soit mal trouvé de la confiance accordé » à ces gens là pour cet objet, j»

Les chapitres XXI et xxii , dont l'un traite du roî, de ses femmes i de ses enfîms, et le second, du prince Abbas-Mirza, héritier présomptil de la couronne, offrent, au milieu de choses bien connues, quelque^ faits eurieux relatifs au roi et à ses enfans, à leurs querelles domestiques, à la jalousie dont le prince Abbas^Mirza est lobjet, et aui innovations nombreuses introduites par ce prince dans fartnée régulier et la manœuvre des Persans. L'auteur joue lui-même un rofe fort honor rable dans plusieurs de ces anecdotes. S'il nY avoît pas mêlé des trau^ amers contre on ministre anglais duo caractère noble et généraic ment estimé, il se seroit mieux assuré la confiance des lecteurs.

Le chapitre de la promenade et de la chasse (ch. xxviu ) offre ui trait singulier, dont je ne me rappelle pas qu'aucun autre voyagei ait fait mention, et qui m'engage à le transcrire ici.

<c Lorsqu'un Persan a tué deux cents pièces de grand gibier avec k y> même fusil, sa religion ( la religion n'est certainement pour rien ici' » l'oblige à Fenterrer profondément dans un lieu secret oii persojui^ » ne puisse le trouver* Celle obligation est presque toujours éludée » par les gens du peuple, qui ne se soucient pas de perdre de bonnes » armes. • . ; mais elle est pratiquée sans regret par les grands, qui se » procurent une petite jouissance au prix d*ua fusil garni en or ou en » argent. Leur amour propre est flatté d'annoncer de temps h autre j» qu'Us ont tué ce nombre de pièces, ce qui leur fournit Toccasion oi^

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»Ie prétexte d'une cérémonie grillante, à îaquelle assiste toute leur » clienielle pour renierremeat du fusii w II reste à savoir commetu cela se concilie avec te secret dont parle Tauieur.

Les chapUres xxxii à xxxvi inclusivement sont consacrés à Tarmée persane, et aux améliorations qu'elle a reçues depuis quelques années* On a déj.\ vu que cet objet étoit d'abord le seul dont M* Drouville se proposoii d entretenir les lecteurs. Au moment où il a donné sa première édition , ce sujet avoit plus qu aujourd'hui le mérite de la nouveauté. Au surplus , il n'a été traité par aucun autre voyageur avec autant de détails^ quoique M. le général Malculm, dans son Histoire de Perse, et M, Jauberi, dans son Voyage ea Arménie et en Perse, nous aient déjà fourni des notions assez étendues sur cet objet. Je vais en donner une idée, en me bornant aux traits principaux» et ne parlant que de ce qui s est fait depuis que le prince Abbas Mirza, nommé gouverneur de TAderbidjan, a senti [a nécessité d'opposer aux Russes des corps de troupes régulières , organisés d'après le système militaire de r Europe.

H dut les premières leçons de ce système à des déserteurs russes quM accueilloit avec beaucoup de bonté ; mais ce ne fut qu à l'arrivée du général Gardanne et des officiers français qui Taccompagnoient» qu*rl commença réellement à s^opérer une réforme dans Tarmée persane. Cette réforme cependant se borna pour le moiuent h bien peu de chose» et M, Drouviile accuse les officiers français dy avoir apporté beaucoup de négligence* Il reproche aussi au prince Abbas Mîrza deux fautes très-graves, et avec lesquelles il est bien difficile d obtenir aucun succès. La première est de confier fe commandement, quand il nesi pas lui-mêjne à la tête de Tarmée , h des khans, aussi ignorans que présomptueux; la seconde est de ne prendre jamais aucune résoluiion qui ne soit à finstant même connue de tout le motide» Quant à la force de Tannée , il nous apprend que , durant toute ta dernière guerre avec [a Russie, les Persans ont eu en campagne plui de cinquante mille hommes, dont les deux tiers de cavalerie irréguli^e. et ii pense que la Perse pourroit, si le besoin Texigeoit, mettre sur pîed deux cent mille hommes bien armés, dont cent dnquante mille de cavalerie. Elle pourroit même y joindre trente mille Curdes, nation dont la cavalerie paroît à M, DrouviU^ çpWt ptr^ble ^ celle des Mameloucs. : . . .; »tt^

Larmée persane $e divise aujourd'hui ea troupes irrégulières et 9oa|pe» régulières ; et dans les troupes irrégulières, la principale force œaaie dini la cavalerie, La cavalerie ifrégwiiére est trois av q^aU^

rs" plus nombreuse que rinfanterie ; elle est divisée en plusieurs corps qui diffèrent les uns des aulFis parleur organisation , les nrmes dont ifs font usage et leur manière de combaïue,

La première cavalerie du royaume est celle des cuirassiers irréguUers» que AU DrouviUe nomme kasal-bacht et dont le vrai nom doit être, je pense, ki^U-baschî ils Sont au nombre de vingt mfIFe, et ne font usage que de la lance et du sabre : la lance leur sert d'ordinaire à rompre Tennemi et à lui faire tourner le dos; alors ifs font usage du sabre, qu ils manient avec autant de force que d'adresse.

Le second corps de cavalerie est celui des gotams ou golami-schahî, c'est-à-dire esclaves du roi: on en compte quatre mille, et ils sont, choisis parmi ia fleur de la jeunesse persane ; ils forment la gardé du roi en campagne. Les princes ont aussi leurs golams^ qui, à la guerre , prennent rang après ceux du roi. Celte cavalerie est bien montée et bien exercée au maniement de toutes les armes : à la guerre ils ne font usage que de la carabine , du pistolet et du sabre.

Les golam-^toufertgchis ou golûms fusiliers forment le troisième corps de cavalerie; leur nombre est considérable. M, Drouville ne le fixe point d'une manière précise, « !Is sont, dii-il, organisés, montés w et armés comme les gotams , et, à finsiar de nos dragons européens, >> destinés à se porter avec rapidité sur un point quelconque, pour y » faire le coup de fusil à pied ; en cojiséquence , au lieu de carabines , ^ih ont de longs mousquets à canons rayés, à Textrétnilé desquels » «ont des fourches de bois à deux branches , pour les supporter q<iand *> ils ajustent. . , » Au lieu de tirer debout, ils s*accroupissent ou se » mettent à genoux , en se courbant assez pour que le canon du » mousquet qui reverse sur fa fourche soit parallèle au sol à deux a» pieds au*dessus. «

Après cela vient la cavalerie provinciale ^ qu'oïi nomme /mi/y (îï falloit écrire ai/i ou ai/u) , en ajoutant h ce mot Je nom de la province d*où chaque régiment est tiré , et celui du khan ou du bey qui le commande. Cette cavalerie forme la très-grande partie des forces du royaume; elle est brave, mais mal montée , et armée irrégulièrement , quelques cavaliers ayant des fusils tandis que d autres n ont que des lances : aussi a-t-elle besoin, pour être vraiment utile, d'être soutenue par des corps d'élite. Cependant ïailî du gouvernement d'Ourouméa ou Ourmiya , formé d'Afchars , se distingue de toutes les autres légions provinciales par une meilleure orgainsaiion, par la bonté des chevaux et des armes , et par une plus grande habitude de la guerre*

Enfin il y a encore une cavalerie irréguliére nomniée ar^uty , ii mal

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organisée et si mal montée, qu'elle ne intrite presque pas qu*on en fiisse mencîon. ^

L'infanterie irrégulière se compose d'un corps de douze mille homiues connus sous le nom de djanba^ ( c'est-à-dire, ^ui se jouent di leur ¥ie)f et d'un auire corps d'éliie de quarante mille hommes, composé pour la majeure parde de Kadjars , c'est-à-dire, de la tribu turque à laquelle appartient Ja famille royale. Les djûnùa^ sont choisis parmi les j>Ius beaux hommes ei les meilleurs tireurs; ils sont velus umforméinent et forment la garde à pied du roi ; leurs longs fusils , sans l;aïonneHes, pèsent plus de vingt livres : « ils ne font pas usage de W cartouches , et chargent avec de la poudre et des balles sans bourre, »ï iv qui ne les empêche pas de tirer très* loin et fort juste.» Les q- mille Kadjars sont connus sous le nom de schah-toufengdjis

ou ti du roi ; ils ne forment pas un corps permanent, mais ils

peuvent être rassemblés en fort peu de jours.

Toutes ces troupes irregulières font la guerre sans plan ; elles se portent f'ïu devant de Femiemi sans aucune précaution, et attaquent sans s'inquiéter des suites : n'ayant ni prévu la retraite, ni préparé les moyens de l'assurer, leur desifuction est la suite presque inévitable d*une défaite^

Nous passons à présent à farmée de troupes régulières, composées d'infanterie,, de cavalerie et d artiHene, Notre voyageur croit devoir rappeler les circonstances qui ont amené la Ptrse à mettre ses troupes sur le pied européen; il ajoute qu'il rappellera aussi « les efforts faits « d pjisi par la politique de TAngleterre» pour arrêter, tout en ayant » fuir de la favoriser, cette révolution du système militaire qui doit 1» porter à la longue un si terrible coup à sa puissance dans flnde. n Nous ignorons jusqu'à quel point Fauteur est autorisé à prêter de tell -6 vues au cabinet brîtannique : mais lotit nous semble présager que la fin du règne de Fath-AÎischah sera plutôt pour la Perse une époque de fbiblesse et de déchiremens intérieurs , que le moment de conquêtes lointaines et d'un accroissement de force et d'influence» Les mînîstres anglais ne sont pas seuls l'objet de la rigoureuse censure de M, DrouvîIIe ; personne n'est plus durement traité à son tribunal que M. le général Gardanne, auquel il ne tient aucun compte du débibsement total qu'il éprouvoit de la part du gouverncnieni qui Tavoît envoyé en Perse. Nous passons tous ces détails, qui ne portent ^as le caractère d'une juste impartialité.

L'infanterie régulière consiste en trente-deux régimens nationaux, et «n de Russes qui fait partie de la garde du prince royal : ces

r%fniens qui ne sont pas tous d'égale force, formenl en tout cinquante bataillons. II fiiiit y ajouter dix régimens de nouvelle formation, de^ deux bataiifons chacun, appelés schaè serba^Si { M. Drouvilie écih schny serbûsî ) ou infanterie du roi. Cette infanterie est distinguée en deux classes , Fancienne et la nouvelle : fancienoe se compose de neuf régimens provinciaux qui ont été organisés par les officiers français, et où fa manœuvre étoit commandée en français ; les autres régimens, qui forment la nouvelle, ont été organisés par les officiers anglais de la compagnie des Indes, et le commandement s'y faisoit en anglais. Aujourd'hui toute Tinfanterie régulière est commandée en langue turque. J omers tout ce qui concerne funiforme, quil faut voir dans (ouvrage même, et que des planches mènent sous les yeux des lecteurs.

La cavalerie régulière est totalement organisée à la fiançaîse; elle est parfaitement bien montée, et a pour armes la lance, le sabre et le pistolet. Elle a aujourd'hui des drapeaux et des étendards semblables aux noires y et qui ont été donnés aux régimens avec des cérémonies analogues à celles qui sont usitées en Europe : ils portent les armes de Perse, c'est à-dire, un lion couché derrière lequel est un soleil Jevant, Le roi avoit intention d'ajouter à cette arme douze nouveaux régimens de lanciers; mais, par suite delà paix avec la Russie^ ce projet est demeuré sans exécution.

Lartilltrie se divise, comme le reste de farmée, en régulière et îrrégulière. L'artillerie irrégulîère ne se compose que des yimbereks, ou, comme on écrit plus communément, -^emboureks. Ce sont de petites pièces portées à dos de chameau, et qu'on tire sur Fanimal, et sans les mettre sur des affûts. Depuis l'organisation de farmée régulière, les lemboureks ne servent plus guère qu*à devancer le roi ou le prince générafissime , pour faire de temps à autre des salves d'artillerie* M* Drouvilie décrit la manière dont ces pièces sont montées et dont on en fait usage,

L'arullerie régulière ne se compose que d'artillerie à cheval. Elle a été organisée plusieurs fois par les officiers français et anglais, avant de recevoir son organisation actuelle , dont notre voyageur feit un grand éloge, et qui, à ce qu'il paroît, est en grande partie son ouvrage. Dans son dernier état elle comptoit soixante-six bouches Il feu de diverses natures et de différens calibres, et fa totalité des ranonniers for moi t trois escadrons ; réiat-major de cette arme est &xé à Tebriz. Cette ville possède aussi le seul arsenal où il y ait 4ei ateliers.

j4tf JOURNAL DES SAVANS,

« Il manque à fa Perse, dit notre auteur, trois artîctes essentiels ^y pour faire la guerre sans le secours de ses voisins: i .* les projectiles ; y>le manque de fonderies force le gouvernement à les acheter de fà n compagnie des Indes , à moins de les avoir en cuivre ; 2/ le cdanvre » pour faire des mèches et de bonnes cordes : on confectionne ces 3» articles en coton , substance qui ne vaut rien pour cet usage; » 5." enfin les pierres à fusit; on les achète fort cher des Arméniens » et des Russes qui trafiquent It long des frontières. C'est négligence ^ pure; car bien que le prince prétendît qu'on n*en trouvait pas en » Perse, fen découvris une carrière d'une fort bonne espèce dans >î les environs du Kourdisfan . . . • Le salpêtre est encore un article » qui manque assez souvent en Perse, faute de nitrières ; on le lire »derinde; les frai^ de transport le rendent coûteux; souvent on fe » reçoit avarié , et par conséquent peu propre à donner de ia bonne » poudre, »

Je me bornerai à indiquer le contenu du chapitre XXX VI , qui termine tout ce qui a rapport à l'arfnée et à la guerre. Il y est traité des marches et des campemenSj et Ion y trouve une description assez détaillée du camp de plaisance du prince royal, qui est établi d*ordinaire à DadabegJou, viHage situé à quelques lieues d'Ahar, dans une vaste plaine arrosée par un ruisseau deau excellente. Ahar ou Afieer est, suivant les notices géographiques de M. Drouville, une petite ville de FAderbîdjan , aux environs de laqucrlle on trouve falbâtre connu sous Je nom de marbre de Ttbrt^; elfe possède aussi des mines considérables de cuirre et de fer. Je suppose que c*est le même lieu que M. Morier , dans son second voyage , nomme Lahar ( pag. 251 ), et qui est près de Dada-beglou ; le ruisseau s'appelle Kara-sùu*

Je termine ici cet article, qui s'est étendu sous ma plume plus que je ne me Tétois proposé. On jugera , }e pense , que ^'éditeur a rendu service aux lettres en publiant cette seconde édition; et Von regrettera qu*il neii ait pas confié fa surveillance à quelque personne capable rfen fiiire dtsparortre les fautes qui déparent l'ouvrage, si déjà elles se trou voient dans la première édition , ou de les corriger, si elles ne lont dues qu'à la négligence ût% typographes-

SILVESTRE DE SACY

JUIN !8i5r

Histoire de la vie et dès ouvrages de Raphaël ^ par M* Quatremére de Quincy ; i vol* ///<?/ , xvj eC 480 pages, Paris ^ librairie de Charles Gosselin.

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