DE L'IMPRIMERIE ROYALE 182J
Atiistans, ,
Monseigneur le GARDE DES SCEAUX, Président.
r M* DAClERjderinsiitiit royal de France, secn perp, de Tacad, dei
inscriptions *fl ht'ilfs-letires, et membre de r.icaciemie r-^ançaUe. M. le Baron SiLVESTRE Dt Sacy, de rinstitiii royal de France,
académie des inscripiions et belïes-letires, M. GossELUN, de rinsiiiui royal de France, académie des ini-
criptions ei belles-leitres.
M. le Baron CuViER, conseiller d'état, de rinstiîiit royal de
France , secrétaire perpétuel de Tacadémie des sciences, et
membre de Tacadémie trançaiie.
/ M. DAUNou,derinstî!ut royal de France, académie des înscrîptîons et belJes-lertres, éditeur du Journal et secrétaire du bureau.
M. TtssiERjde nnstttut royal de France, académie des sciences.
iM. QuATREMÈRE DE QuiNCY^de Tlnstiiui royal de France, secrétaire perpéttiel de Tacadémie des beau,\*ans, et membre de celle des inscriptions et belles-lettres.
M, BlOT, de riostitut royal de France, académie des sciences.
M. Vanderbouhc , de rinsiiiut royal de France, académie det inscriptions et beiles-ïetires»
M* Raynouard, de rinstitiît royal de France, secrétaire pcrpéiuel de l'académie française, et membre de l'académie des inscriptions et belles'iettres.
M. Kaoul-Kochette, de Tlnstiiut royal de France, académie des inscriptions et belles-lettres.
M. Chézy, de l'Institut royal de France, académie Aç% inscriptions et bel les -lettres.
M. V. Cousin , ancien maître de conférences % l'École norlïiaîe.
M. LetroNNE, de rinsiitiu royal de France, académie des inscriptions et belles-ïrttres.
M. Ab£l-R ÉAIUSAT, dtr rinsiitut royal de Frant"e> académie des inscriptions et belles-lettres,
M. Chevreul, professeur de physique et d« chimie au Collège royal de Charlemagne,
Autetirs . ,
Le prix de Tabonnement au Journal des Savans est de 36 francs par an^ et de 40 fr. par la poste, hors de Pans. On s'abonne chez MM, Treuuri a ^ùrri, à Parts, rite de Bourbon, n/ ty i a Strasbourg, rue dts Serruriers, et À Londres, n,* jo Sobo-Square, If faut alfranthir les lettres et l'argent.
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JOURNAL
DES SAVANS
Si/PPLÉ AIENT û l'Histoire générale des Huns , des Turcs et des
Mogals , comenûnt un abrégé de I7iistûire de la domination des Uiheks dtins Li grande Bukharie , depuis leur établissement dans ce pays jusquà fan 170^ , et une continuation de nusfoire de Kliareim , depuis !a mort d* Ahoul-gba'ii-khûn jusqu'à îû même époque ; par M, Joseph Senkowi>ki , professeur ordinaire de langues et de littératures orientales à l'université impériale de Saint- Péiersbourg , &€, Saint -Pctersbourg, 1824, 131 pages et 24 pages de texte persan, iV/--^/
-Le voîume qoe nous allons faire connoître, contient rhistoire des louverainâ de la Bukharîe , depuis que ce roynutiie fut conquis sur
çcc a
les descendans de Tamerlan , en 9 1 1 de rhégîre ou 1505 de notre èftf par un prince descendant de Tchoutchi-khan, fils de Tchingbiz-than, et nommé Mohammed Scheibani Schahbakht Bèhadir-khan , jusqu'à Tannée 1116 (1705 ). Cette histoire est extraiie d'un ouvrage écril en langue persane , vers l'an 1121 de l^hégîre ( 1 709 ) , qui a pour litre sîLfc -»Jl* >ojf^ ou Mémorial de Aioukim-khûn,ei dont Tauteur se nomme Mohammed Yousouf,fils de Khodja Béka, Iaj ^>tjâ ^ dh^y^ ô^* Moukim-khan, pour qui cet ouvrage a éié composé, éroit un prince de la famille qui régnoit alors en Bukharîe ; il étoit parvenu à la vice-royauté de Baikh en 1702, et, secouant la dépendance du souverain dont fa cour résidoit à Bokhara , il s'étoit, à ce qu'il parcît , rendu indépendant dans la capitale de son gouvernemenr. Le nianuscrii origina! a été apporté en 1821 à Saint-Pétersbourg, par M. le baron de Meyendorff, attaché à la mission impériale de Russie auprès du souverain de la Bukharîe , et c'est de ce souverain lui-même , émir Haïder, que Ta voit reçu en don M. le conseiller d état Negri» qui étoit à la têie de cette mission- L'ouvrage contenoii originairement deux tomes; et Ton peut juger par la préflice de l'auteur que le second lome étoîl entièrement consacré à Thistoire de Mou kim* khan : ces deux tomes avoient été reliés en un seul volume; mais le souverain bukhare, avant de le donner à M, Negri , a arraché de la reliure fe second tome que M. Seiikowski juge avoir contenu environ cent cinquante pages. Le premier lome, le s^eul dont il s'agit ici, contient deux cent cinquante* huit pages in-S.*: il tst divisé en une întioductkn ^^jJu et trois livres *JUl-, Dans rintruducîion, Tauteur expose en abrégé la gtnéatoue de Tchinghiz'khaii, s**» commencement, la conquête qu'il fil de la Transoxane ou Mawaralnahr, ei quelques autres faits : de là il passe à la généalogie d'Af oulkhaïr sulian , tjui fut père de Mohammed Schtïbani- khan I fondateur de la dynastie bukhare , dite dts Uzbeks> La première pariie etn! rasse toute leiendue de la dynastie des Sche'îban ieSt depuis Sth' ïbani khan jusqu'à la mort d'At;d-alnioumin, dernier prince de et- ne dynastie» La stconde renferme Thistoire d'une seconde dynaMie, dîfe d'Aitraran , qui s'empara du trône après la mort d*Af.d-aImourmji, et dont le premier prince, issu ausJ de Tchînghiz-kh;ui par Biïîou, fils de- Tchouïthi , s'attacha par un mariage £l la descc-r.diince de H'htïl atii. Un prince de cette seconde dynastie, nommé Oln'iJ'û/lah Bckiidirhhan , occupoit le trône de Bilhara , au temps ou rmittur (!crivoit, La troi>ième et dernière parité coniient peu de faiib hi>ïuriques, et n'est, à proprement parler ^ qu'un panégy*
JUILLET 1825- ï«f
nqiîê de Moukiin-khan ; « maïs , dît M- Senkowski , la beauté et le »bnlfant du style m'engagent à en publier le texte, que je donne à *>Ia fin de cette nonce, croyant par- là rendre strvice à ceux qui ja étudient les langues orientales, «
Ce qu*on connoissoil jusqu'ici de Thistoire de la dynastie des Uzbeks^ étoitfort incomplet et très-inexact. On le devoit îi M. Deguignes, qui Tavoit tiré de Kazvvini ^ et de l'Histoire des Tartares, d'Abonlgazi. M. Senkowski s'est appliqué à en relever les errturs, et, p*ir une discussion lumineuse, il a rattaché les faits et les noms des princes dont M* Deguignes avoît fait meniÊon, avec riaîstoire suivie que présente louvrage de Mohammed Yousouf; il a donné ensuite une notice abrégée de tout ce que contient cet ouvrage, et y a joint des noies remplies d'érudition et de criiique, dans lesquelles on trouve, entre autres choses^ la suite des souverains de la Bukharie depuis Tépoque où finit Je récit de Mohammed Yousouf jusqu'à Témir Haïder aujourd'hui régnant: enfin il a publié divers frngmens de Toriginal, à la tête desquels il a mis une préface composée par Ini-rnême en persan, dans le style le plus élégant, et qui a pour ol)jet âe rendre compte des motifs qui l'ont engagé à faire imprimer ces fr^iginens.
Je n'entrerai dans aucun détail des faits conienusdans cette histoire, et il me suffira de dire que la dynastie des Scheïbanites se compose de sept princes» et se termine à Tan 1008 de Thégire ( 1599-1600); que le dernier prince de cette dynastie, après six mois de régne , haï de tous les seigneurs de sa cour , périt victime d'une in&me trahison, et que les seigneurs uzbeks, ne trouvant plus de desceiïdnni de Scheïbanî , offrirent le trône à Djanî-khan , descendant de Batou , et dont les ancêtres avoient possédé le gouvernement d'Astracan , mais qui^ chassé avec son père de ses domaines patrimoniaux, s'étoit réfugié ii la cour de Bokhara» Djani-khan refusa la couronne^ qui ne devoit point sortir, disoit'il, de la flunille de Schtibanî; mais if nvoit trois fils dont la mère éioît sœur de ravant-dernier souverain nzbek. L'aîné de ces princes, Din-Mohammed-khan ^ fut appelé au trône, et pcrii malheureusement avant d*en avoir pris possession; ses deux frères, Baki- Mohammed-khan et Wéli-Mohammed-khnn , lui succédèrent fun après fautre. Obéïd^allah Béhadir khan II , qui régnoit à 1 époque où écrivoît Mohammed Yousouf , étoit le huitième souverain de celle seconde dynastie. Cette dynastie est nommée par M* Serikowski dynastie d'Asîmcfin, et le terme employé par l'auteur original est Estkterkha^ nijan , sans doute ^UU.^^;;^!, Cependant le vrai nom d'Astracan est Hadyi'ttrkkan ^Up'^^^U. Je regrette que M, Senkowski n'ait fart
à cet égnrd aucune observation* Pour si»ppîéer à son silence, fç w querai que sir W. Ouyeley» dans son Voyage en Perse ( loin* lll>1 pag. 156), fait observer qu^on écrit quelquefois le nom de celte vtUe
Ul^.
► , Hdschtar-khans
Je me borne à ce court aperçu historique, et je préfère m'arréter k quelques-uns des objets auxquels sont consacrées les notes de M, Senkowikî.
Dans la note ( i ^ ) on apprend que les souverains uzbeks avoieni
institué dans la grande Bukharîe plusieurs principautés féodales, qui
tantôt étoient conférées à volonté par le monarque, et rantôt se trans^
mettoient héréditairement des pères aux enfansj il arrivoit fréquenv
ment que ces grands va&saux, s'il est permis de se servir de ce mol,
se rendaient iniépendans et prenoient les armes contre le souverain.
Les monarques uzbecks portoîent le titre de khans ; mais comme ce
titre kur étoit commun avec plusieurs seigneurs de leur cour, leur
rang suprême étoit distingué par la dénomination de ^^ livùU. , c'esi-
à-dire, khanat universel; ifs prenoient aussi le titre de khalifes, La
première dignité, après le khan, étoit celle du gouverneur ou vice-roi
de Baikh , auquel on donne le litre de kalkhan tjUU>', mot dont fc
sens et [origine sont problématiques: le vite roi de Baikh est moins
un gouverneur de province qu'un grand feudaiaire. Le liire de sultan
appartenoit aux gouverneurs de provinces; il se donnoit aussi aux
princes dti sang* qui pouvoîent, par une faveur spéciale du souverain,
y substituer celui dtf khan. Enfin le dernier degré de dignité féodale
éloit celui de heg, qu'on prononce dans ce pays l^lg et même bi ou hit
et qu'on écrit aussi J^ et *^. t^ Beaucoup de seigneurs uzbeks, dit
» M. Senkovvbki , possèdent, avec ce litre, des villes et des districts ,
M qui portent alors le nom d^ yôurt on apanage. Ces begs lurbulens
w sont ttcs-souvent en révolie ouverte, et dans leurs forteresses ils
n bravent la pui>^ance des khans de Bokliara. »
Lcii choses ne sont plus aujourd'hui sur le même pied , comme nouii fai 'prenons d'une note que M, le baron de Meyendorft a communiquée à M. S^nkowski , et que ce dernier a fait imprimer dans les addiiions et corrections ( pag, 2z8 ). Je vais en extraire ce qui a rapport à ce sujet.
« Avec le renouvellement de fa dynastie { c'esl-i-dire , avec la 1» dynastie actuelle qui a commencé en »74^> ^^ '^ personne de » Mohammed Rahim ) , (a signification des titres honorifiques a subi des » changemens essentiels: le souverain de Bokhara ne porte plus le «litre de khan^ qui est abandomié aux princes du sang, et té^^'ié
» plus particulièrement dux fils du monarque , même à ceux qui soni » encore en bas âge. Laîné, héritier présomptif de la couronne, » ajoute au titre de Âhan celui de iourfA ( «jy» j c*est un mot du » turc djagataï J ; on dit donc ioureh-khan , baUr-hhnn * omn-khan, 6tc. » Les monarques de la dynasiie régnanre sarrogent fe norn SémlT- » ûlmoumtnîn , titre sacré dans rislamisme^ mais les frères d'émir Haïder » n'étaient distingués que par le nom de beg: on dit encore Din- » Nastyr-bcg, Mouhammtd'Housstin'bcg , &c. "
M. Senkowskî fait encore à ce sujet une observation importante* « II ne faut pas confondre, dit-îl, avec les titres de btg , big, ou bi, » cefuî de bây : ce dernier n'est donné qu'aux marchands. Quoique j> les mots beg et bî ne soient que deux prononciations différentes w du même terme, cependant Fusage leur a donné en Bukharie deux » acceptions qu il faut bien distinguer, Beg est un titre d'honneur , » tandis que bi est un grade militaire \ le premier répond h-peu*près *>à nos litres de comte * baron , &c, ; fautre peut être assimilé h ceux n de lieutenant général ei de maréchal- de- camp. On peut être beg sans » être bi, et réciproquement: ces derniers ont le privilège de pouvoir » passer à cheval les portes du serait 3>
Le récit de Mohammed Yousouf offre quelquefois des difficultés chronologiques qui ont exercé la sagncîié de M, Senkowski* Il s'en présente une à foccasîon du règne de Schah Bourhan-khan , quatrième prince de la dynastie des Scheïbanîtes» Ce prince parvînt au trône de Bokhara en 957 de Thégire t et M* Scnkow^ki place sa mort^ et lavénement au trône de son successeur liikeoder khan , en 972. Ce n*est pas que cette dernière date soit donnée positivement par Tbisto* rien des Uzbecks ; cet auteur rapporte seulement un quatrain qui renferme un chronogramme ^j^jLj' ^f bj, au moyen duquel, pourvu qu*on fe comprenne bien, on doit connoître la date de la mort de Borhan* khan. Comme M. Senkowskî, qui en a tiré Ja date de 972 » date sujette aux plus grandes difficultés, me paroît n^n avoir pas saisi le sens « je dois le transcrire, et faire voir qu'il en résulte la date de Tan çdi , et que ceMe date cadre parfaitement avec les autres données chronologiques fournies par Thistorien, Voici le quatrain :
<> 'k \ f j-^^ j3 *j^L^ 'le a^ j^
En voici la traducrîon lit fera le : « Bourhan ayant adopté la voie »de l'injustice, leiendard de Tinfortotie a été élevé, h cause de lui, » dans le monde : il a été tué injustement, en sorte que son époque f> (c*est*îi-d!re, h date de sa mort) sera exprimée ainsi : /e glahi » du trépûs a fait tomber sa tête à cause de finjustice, »
M. Senkowskî a bien senti que, d'après Tusage, et même d'après le sens du truî^ième hémisiiche , c'étoît dans le dernier hémistiche qu'il falloit chercher la date ou fe chronogramme; mais comme ce derniei hémistiche ne lui offroit aucun mot dont les lettres, prises pour des chiffres, donnassent wi nombre convenable, il a cru devoir chercher cette date dans le troisième hémistiche^ qu'il a divisé et traduit ainsi ; <^ i>JSi^ il a été tué ; J^J^ ^ ^^ J^ en sorte que sa date (ou son chronogramme) sera (le mot) injustement JJîj. Ce dernier mot donnajii le nombre 972 ( t j ^ H^ ^ 900 H- J 50 H- m 4o^^ 972 ) > il a adopté Tannée 972 de I*hégire pour Fépoque de la mort de Bourhan-khan* Mais, suivant l'historien des Uzbeks , Iskender-khan, successeur immédiat de Bourhan- khan, ayant régné peu d'années JU djJl, le trône fut occupé après lui par Abd-allah Béhadir-khan, qui mourut en Van !ûù6 , après un règne de quarante ans, Jt» Jj^a yo^ ù^^^jT Uj j<--i^f #4^jlju iji\^ 0-- îf^W * Abd-allah , mort en 1006, doit donc être inotité sur le trône en 967 ? et quand on ne donneroit que dt-ux ou irois ans au régne d'I>kender , on se irouveroit reporté, pour la mort de Bourhan , h Tan 964 ou 965 , et non à Tan ^yt.
M. SenLowski a senti toute la difficulté, et a proposé pour fa résoudre plusieurs conjectures dont aucune ne Ta satisfait lui-même et ne peut sa(i>raîre le lecteur. La manière même dont il a divisé et traduit le troi iénie hémistiche du quatrain, est trop forcée et trop contraire .\ l'usage, pour qu*on puisse ladmettre. Sans aucun doute le chronogrannne est dans fe quatrième hémistiche, et voici, je crois, comment il faut l'entendre, J'emploierai une traduction latine pour me faire mieux comprendre.
CIdJius mortis eaput ILUUS ex INJVSTITEÂ ahjecît , c'esi-à-djre que du mot JNJUSTITSÂ JJ? , dont les lettres , prises pour des chiffres, donnent 970 (1*900 + J jo -H ^ 4o =^ 970 ), it faut reiragcher !a tête ou la première lettre du mot iLLtus ^jj, ou autrement le nombre S, représenté par la lettre j. Or, si de 970 on retranche 6, il reste pour la date cherchée 964. Ainsi Bourhan est mort en 964; il a eu pour successeur Iskender, qui n*a régné que peu d'années ^ et dont on doit placer la mort en 967 ^ et Abd allah a
•«mmencé à régner en la même année 967 , et est mort en 1006 , après quarante ans ou ireiue-neuf ans compkis et quelques mois de règn». Ainsi disparoissent toutes les difficultés.
Pour rintetlïgence de foîjiei dont je vais paiIer matntenant , je dohi d'abord rapporter en abrégé , d'après Mohammed Yousouf dont M. Senkowski nous faii connoître ici le uxte , !e fait qui a donné Ceu à diverses observations du savant éditeur. Notre hisiorit^n rapporte quen Tannée i 102, et non 1002 , comme on le lit dans la traduction par une erreur purement typograjîfiique ( JÔpî de J. C, ), sous 1% règne de Souf>han coufi Bchadir-khan , huitième prince de la secondt dynastie des Bukhares, il vint à la cour de ce prince en même temps trois ambassades» envoyées > la première de Constantinople par Ahmed, ou, comme on écrit communément, Acbmet II, sultan oitotiian ; ïa leconde, par les Musulmans de la province de Kirim, pays çui appafiUnt au Khateii ; ta troisième enfin, de Kaschgar, par Mohnmmecl- Ainîn , khan de ce pays. Le sultan Ahmfd envoyoît de magnifiques présetis à Souljhan coufi, et son ambassadeur étoîl chargé dune lelîre par laquelle le prince ottoman, en répondant à celle quil avoit reçue précédem tuent du khan uzljek, lui rendort compte de plusieurs avantages obtenus par lui-mètne sur les Francs, Tinsiruisoit qu'après avoir ainsi repoussé et forcé à ia paîx ces ennemis des Musulmans, il se proposott de faire la guerre aux Persans, et enfin lengageoît ^1 concourir à cette cxpêdiïion, Cette lettre, rapportée textutllenient, est écrite en turc djagataï. Les Musufmans du pays de Krrim far>oient savoir au prince uzbek qu'ils habiioient en comiinm avec des peuples potyihéhtes ^ï5^>^, c'est-à dire sar)s doute chrétiens, et non, comme a traduit M» Stnkowski, des idolâtres, et que la différence de religion ayant ♦cca^ionné entre euv des quertlles et des anîmo^ité>, les Musulmans, CTi dépit Ai:% polyihéistes, avoient pris le parti de fe reconnoîire pour leur souverain. Enfin le khan de Kaschgar lui annonçoit que» attaqué rfans ses états p;ir les Kirghîzes infidèles , il avoit recours îi son assi^ lance, qu'il s*étciit rt connu son vassal, et avoit fait faire la khoutbeli et kattre ia monnoie au nom de Soubhan-couli. « li est digne de r#a» marque, ajoute fauteur , que, depuis l'établissement de Scheïbant en •» Bukharie, et avant le règne de Soubhan-couli , jatnaîs les ambass»p deurs dis'nmhoul , qui e^t la capitale de Uoum, et ceux de Qérîm f ^ pays dependtwt dt la Chlnt ( il y a dans foriginal da Khalai ) , n* j* lont sm\\x% à la cour de Bokhara , circonstance qui prouve b » puissance de ce jnonarque, et la considération qu'il s'étoic acquii« *• Mpcès à^% autres souverains. »
Ddd
ipi JOURNAL DES SAVANS,
M. Senkowski ne se dts!»iiiiule pas con)Litrn il est difficile de reconnoiire quel est ce pays -de Kérîtn, de concilier avec I histoire bien connue du règne d'Achmet M les détails contenus dans la lellr» rapportée par Alohnimnt^d Yt)usouf, enfin de suppo>er qy*im sultan ottoman se fût oublié au p ant d*é:rîre i un souverarti étranger dam^^ fe patois djagataï. Néanmoins il conjecture que Kirim nesi autre que Kara- Horum , Tancienne capitale des Mogols ; il lui paroît probable que dans la Bukharie on con&> rve ce nom au Khaiai septentrional ^ mais touiefuis que I*ambn$sade dont il s'agit venoii d*one contrée beaucoup moins éloignée et de quelque horde turque ou bourgade însigni Hante* «à laquelle, dit- il , lauteur n*a appliqué le nom impor- 3» tant de yUayài Qtrim , que pour relever la grjnd^ur de son souve* ^rain, et se servir d'une appelbtioa reçue» au lieu du nom inconniâ at d'un endroii particulier* »
Quant à fambassade et à la lettre JAchmet, pKuôt que de nier la réalité de Tune et Tauthenticiié de l'autre ^ il croii que ce fait peut avoir eu lieu un siècle plutôt , sous te règne du prince uzhek Abd* allah lièhadir-khan et du sultan ottoman Morad ou Ajuurar III , parce qail paroît certain qu'il y eut réellement entre ce suhan et Abdtlmoumin, vice- roi de Ualkh du temps d'Abdallah Béhadir-khan , quelque correspondance dont lobjet étoit d'unir leurs armes contre les Persans, tt il cujijccture que Mohammed Yuusouf, «pour det^ »• raisojis îi lui seul connues » na fait que subsiituer le nom de Soubhan- *f couli à celui d'Abd-almoumin. »
Toutes ces conjectures sont bien foibicment appuyées, et supposent d^ la mauvaise Toi dans Thistotien. Pour moi, jaime mieux croire qut le tout est une imposture, imaginée pour flatter Tamour- propre d^ Moukim khan , peiii-fils de Soiiljhan- couli. Je ne me persuaderai jamaif qu'un sulian otioman ait écrit une lettre en turc djagatai , lettre dans laquelle on ne trouve d ailleurs ni le nom d*Achmet> ni aucun des titres que prennent les sultans ottomans , ni aucune date ; et je pense qu» le pays de Kcrini n'est autre que la Crimée, que notre auteur aura appelée me dépendance du Kiidai t pirce que ks Lhans de c« payi^ descendoient de Tchinghiz-khan, et que p* ui-êlre encore il tn connoissoit fort peu la vraie siiuaiion* Et il est bien digioe de remarque qu'on n*apprend point dans Thisioire des Uzbeks » auiant du moins ^que nous la connoissons par lexirait que nous en dotine M Senkov^^ski , qiiaucune de ces anibassades ait été suivie de la pari de SouLhnn-couJ» d'une déiuaiche quelconque* Cetie seule réflexion doit suffire , je crois, pour que ma conjeciure ne paroii^se pas trop hasardée. Au reste»
JUILLET 1825. ■" ^ )9t
étï doit savoir gré à M- SenkowKki d'avoir publié rorigînal djagalaï de cette prétendue [eitre d'Achmet*
Je me borne à ces observations , et Je termine cet article en disant que louvragede M. Senkuwslci, qui annonce des connoissancei furt étendues dans les langues de TAsie, y compris même le chinois, é^t d*«n heureux augure pour la liiiénuure orientale, pafce qu'il permet d'attendre beaucoup de son auteur , et qu'il prouve que Cette litrératur* obtient de jour en jour plus de faveur dans un empire qui, par sa situation et ses relations [jolifiques et commerciales , peut contribuet plus qu'aucun autre état de TEuropt à étendre nos connoissances suf les contrées septentrionafes et orientales de l'Asie, et sur les régioni centrales de cette partie du monde*
SILVESTRE DE SACY
Journal of a roun in Asia mînoë, &c. — Journal (fua voyiige en Asie mineure t tivec des remarques comparatives sur la géifgraphie ancienne et moderne de ce pays , par Af, W* M. Leake, i vol. in-S/ de 30 et 362 pages, avec une carte. Londres, 18241 John Murray.
SECOND ARTICLE
Le sixième chapitre de cet ouvrage concerne la géographie com* paratîve des parties occidentales et septenirionales de TAsie tnineure; il coniieni des recherches semblables à celles dont nous avons donné l'analyse dans le précédent article. Les provinces de la côte occidt-n* laie, à raison de leur célébrité et des grandi avantages que leur sof^ leur situation et leur climat ont préîîentés en tout temps, ont été plus souvent et plus complètement décrites pur les écrivains anciens et modernes. Le nombre des renseignemens qu'il faut concilier pouï arriver le plus près possible du vrai, est beaucoup plus considérable 0t ^xige des discussions plus nombreuses.
L'auteur commence par rexirémîté sud de F Asie mineure; il ie Jirige vers le nord, en ae ^'attachant qu'aux points géographiques qui peuvent iaijser quelque doute. *ll délêr»nine d'abord la position de plusieurs des lieox de la cote de îîhodes, tels que Physcus [ Marmara ' , I« port Crasa, qui est TAplothikades Grecs, et le Porio-Cavahere de»
Ddd a
Ualiens, Jasus, Caryande, Myndus» &c. M. Leake sauve Tandité det discussions géographiques, en y mêlant de temps en temps des indications intéressantes pour l*art ou rhistoire. Telles sont ses observatîoni tur (Introduction de Tarchiteciure et du dialecte dorique dans h Carie: il rapporte xm^ inscription en ce dialecie trouvée à Cnide, et a dit de cette ville: a II nexisie peut-être pas de ville ancienne qui » renferme autant de restes de i architecture grecque dans tous les^ » genres. On y voit encore les ruines des murs de la ville, de deux » ports fermés, de plusieurs temples, de poniques [çzÀf ), de terrasses » artificielles sur lesquelîes on avait éfevé des édifices publics et parj» ticuliers, de trois ihéâtres^dont un a quatre cents pieds de diamètre» » et d'un grand nombre de nionumens sépulcraux. Les dessins de tous M ces restes i'nportaiis de lantiquîté vont être publiés par ia société a» des Dileltantî. i»
Une des plus importantes villes intérieures de la Carie, Stratonkéif étoît située à EsLi-Hissar f comme le prouvent les ruines auxquelles est dû le nom moderne, et une inscription recueiliie par Sherard et publiée par Chishull (i)* La situation d'AlabûuJa et de Labranda est encore douteuse: Chandler croyoît que cette dernière répond à Jakti, cil se trouve un temple d'ordre corinthien \ MAL de Choiseul-Gouflier et Barbie du Bocage y reconnoîssenl Euromus , et M. Leake partage leur opinion, Viia inscriptiun çupiée par M. Ha mi lion h Kafailar a prouvé à KL Leake que ce lieu étoît laiiclenne Amyzon. Latmus ou Héraclée du mont Latmus conserve encore des restes de murs, des lombeatix et un petit temple, dans le lieu appelé Bûfi $ près de fextrémité orientale d un peiit lac , de mênie nom , au pied du mont Latmus : ce lac n'est autre chose que le golfe Latmique, comblé par les atiérissemens du Méandrep Daprès cette remarque » déjà faite par M, deChoiseuf-Goufller» et d*après l'emplacement certain de l'ancienne Priène I de Branchidac et de Milec, on a tous les moyens désirables pour juger de Tétendue des atté risse mens du Méandre. A I occasion de Branchidx, M* Leake ùk connorire une inscription tiès curieuse en bouitrophédoo, copiée par sir William Gell sur le trône d'une statue as&i^e au bord de la voie sacrée , ou route conduisant de la mer au templtr d'ApoKon Didyméen. « Cette route éioit bordée, de chaque »c6té, de statues assi es , d'un seul bloc de pierre, avec les jambes. * serrées ei tes mains sur les genoux ; imitation exacte des avenues
i^dei temples égyptiens. » Linscripiion est en quatre Jignes et légèremtnt mutilée k droite ; elle est ainsi disposé- :
Notre auteur la lit epmh^iaïstas hmeai anebhken BPAfKlAEnt TnnOAAflNl. u Hefînéyiniiax nous a élevées (ce sont les sïatues qui » pailent) à Apolbn Branchidéen (i).^^ L*adjectif étonne par sa forniô #1 sa cons truc lion.
A cette occasion, M- Lenke propose une esfpfîcan'on nouvelle d"o finscription d'un casque trouvé à Oîynipîe, ofl'rande d'Hiéron fils de Dinomène, Cette explicaiion est certaine ; mais ce voyageur paroTt n'avoir pas su qu'elle a clé donnée par M. Boeckh dans son excellent comnientarre de Pindare (i).
Une position iinportanfe à déterminer pour la géographie de cette région, est celle de Trallcs ; Smith, Pococke et Chandier ont cru que celte ville étoit située sur remplncenient maintenant reconnu pour être celui de AfdJnésîc; erreur qui en a entraîné d*aotres assez graves. M, Barbie du Bocage , dans ses notes sur Chandier , avoit déjà donné de très- bonnes raisons pour prouver que Trallcs répondoit à remplacement de Ouzel-Hissar ; mais ^ dit M. Leake , la question ne put être considérée comme décidée que lorsque M* Hamiltoa •ut exploré les ruines de Aîag'^ésic à InetLazar, et découvert les reste»-
(1) Cet article étoit déjà compose et en épreuves , qiiand le premur/j^c/Vw/wi 4u Corpus hscripf'iûnum gffrcûrum , rédige par M, Aug, Boeckh , est parvenu à ma connoissance» Cet illustre philologue y a inséré ( p, 55) un Jac sïmile de cette inscf fpimr» , qui lui a été fourni par m. C* O. Millier. Ce fac simïk , qui iifferc en cjuel(^u,s points de ceîuî qu'a publie M. Leake, a conduit M, Boeckh k proposer une restifution L]ui semble beaucoup irop longue pour la place. C*est «e qui m'a déterminé à conserver ici la gravure exacte de la copie de notre voyageur, et la restiiufion qu'il en a donnée. — (2) Pag. 22^, 216. Ce savâDt vem de b reproduire dans le Corpus inscfipmnum gracarum, P'i4p JJ-
îpS JOURNAL DES SAVANS,
du tenipfe de Diane Leucophryèiie ( que fa société des Ditetianti a fait réceinmcnt dessiner et niesurer). Tuckhazar répond trèS'!)ien h la description que Strabon fait de Magnésie î outre des murs de vifle , un théâtre , un stade ei dautres indices d*une grande cité , on voit (es restes duji temple ionique octasiyle, dont le péristyle avoit prés de deux cents pieds de longueur et les colonnes plus de quatre pieds et demi de diaiuèire. Cet édifice convient parfaitement à la description que Vitruve et Strahon donnent du teiuple de Dinne à Magnésie ; rideniiïé des lieux est d'ailleurs [jrouvée par plusieurs inscriptions dédicatoires ou il est fait mention d*un grand prêtre ^ greffier des Magnésiens, et de quelques prétresses de Diane- Leucuphryéne, M. Leake les a publiée5. Il en est une qui commence par les mots ATTOKPATOPA KAIZAPA TON ÎHS KAI 0AAAXXHS ^ElOOTHN MAP. ATP. ANTHNEINONr ETIEBH ETTTXH lEBAXTON. M, Leake la rapporte à Marc-Aurèle, mais à tort, je crois ; le mot ETTTXH prouve qu il s'agit de Cnracall:i , puîsque Marc-Aurèle n'a jamais porté le titre de Félix : fai déjà eu occasion de relever la même erreur commise par Gruter et Grxvius (i)* Le titre de mattre de la terre et de ta mer est donné au même Caracalla dans d'autres inscriptions (2} , et à Septîme Sévère son père (j).
Quant à Tralfes, la preuve positive qu'elle étoit sur remplacement de Guzei-Hissar se lire de deux rose ri pi ions honorifïqoes qu'y a cojuées Sherard , et que M, Leake puljlie pour la première fois. L'une comnvence par les mots. • . 2THMA {4) TH2 TEPOTSIAX KAIOI ^lAOXEBASTOI NEOl KAI 01 EN TPAAAE2I PllMAIOI ETEIMHSAK. . , «« Le corps du sénat, les jt-unes gens ^ chérissent les emjiereurs» et a» les Romains établis h Tralles » honorent. , < un tel ; n dans Tauire» Tralltfs est désignée par les mots H AAMOPOTATH KAISAPEDN TPAAAIANHN nOAtS , qui nous apprennent que Tralles avoit aussi reçu le nom de Ccsarce, Pococke» dit M, Leake, auroit \ni connoïtre remplacement de Tralles , d'après un fragment d'inscription latine qu'il a coi)ié à Guzel Hiisar (5), et ou se lisent les mots iN TRALLIBUS \ mais peui-étre ces mots isolés ne suftisoient pas pour fixer (a position d*une ville > car encore faut il savoir dans quel r.:pport ils sont avec le sens de rinscrîption. Sur la même page (6) , Pococke a donné une inscription grecque h laqucll'? ni ce voyageur»
(î) Htchtrchts pour servir à ilnsr. Je l'f ,pte, iTc. p. 20?. — {z) Afarmor. Oxan. CLXXlL=z Peysson. Voy.à Thyau^a, — {\) VilloT^on, d.ms It^s Mhn, éi rAcad. drs hiscr. lom, XLVil, p. 318, — (4) Lîicz TOSr]:£THMA. — Ij) PocucL Jfiser. ant. p. 17 » n. 4* — (6) Pa^. t^, n, /.
mi M, Leake lui-même n'ont fait aucune attention, quoiquelle pût servir à prouver Tidemiié de Gaztl Hissar el de Tralles, bien mieux que le fragment dont se sert ce dernier voyageur. Elfe se coTnpose de iroÎ6 hexamètres , siiiviîi de deux lignes de prose ; et je vais la transcrire ici, parce qu'elle a échappé à M. Jacohs , qui a relevé avec soin les inscripiions niéiriqoes des coileciions de Pococke et de Chandier. PeuL-éire les deux lignes de prose de la fin, la manière irréguiière dont les vers ont été distribués sur ie marbre , et quelques faute* dans la copie de Pococke, omelles empêché d'y distinguer des vcrs> et d y trouver un sens,
ETBOTAOTnOAAinN KAHIIO.ITAI
ESTlAEnATPHNTXTAMOI ETKAEÎH2
nOAIOSAErETHPEMEAHMOX rPAAAEOi:
ENAEBAOISINATAPBES HPAKAE02
ArnNOeETOTNTnNKAIANA
eENTnNTOTSANAPlANTAS
M . ATPXTînMAXOTKTANIOT
KAI M. ATP. EPMEIOT.
Elle doit , Je pense , se lire ainsi : M- Afç. EffiiiH* * , .
«Je suis (j) Pollîon, fils d'Eul^uIus ; Nyssa est ma patrie- Le ai peuple de rilliistre ville de Iralles a [par ce monument) honoré »( ma valeur) dans les combats de Tinirépide Hercule.
» Marc-Aurèle Symmaque, fils de Cyanius (4) > et Marc-Aurèfe
(1} L*auteur a fair brève, contre l'usage, ta seconde de tliiMtvtr: h mcme quantiic se retrotive dans ce vi-rs d'Euripide ( Sîiyph. fragm. v. ^), "Ot liJ^ Stihcfpva 7r7f I o-SAcT^ir »iV ; Car les tragirjues éviiam avec soin l'anapeste aux lieus pairs, il y a peu de doute que le second pied ne soit un tribraque. — (2) Ott thvpCimf rapporré à at^Kotm par hypallage. — (5) KAtr^^c/id^,/^ suh , signification Ordinaire. {Monk ad Euripid. iUppoi. z.) — (4) Si nous lisions KTANITOT iu lieu de KTANIOT ^ et cttie leçon seroit assez probtible, nous traduirioni,il# h ville di Ç^ana, ville de Lycie dont il a été q^uestion plasham {p*Jj^)*
ioo JOURNAL DES SAVANS.
m Henrnas fib de étant agonoiLètes et chargés de Férecdon éè$
m statues. y>
Cette inscription est curieuse , à cause ces deux noms géographrqutt qu'elle contient; car NTIta ne |>ejt é:re que Nva», et rPAAAEOX est évidemment une faute prur TPaa.V£0:s. Le singulier Tfi>A#ç, aa lieu de Te0^>etçy qui est la forme u>::ée , étoit employé sur- tout ea vers ; ainsi , w .a*}<tX*u;^r lipHm t^?jt , dans une inscription honorifique (i) , et Te^^ç Ji i y^iTUf i.pi9t'j , d^ïii^ les oracles sibyllins (2). Ott retrouve aussi t^jç dans Etienne de Byzance. Le nom de Nyssa» que Strabon et d'autres écrivent par un seul Z , est écrit Nc/o» dani Hiéroclès et ailleurs (jj.
Cette ville de Nysa ou Nyssa est placée par M. Leake à Sultan^ Hissar, tout près de N/is/i, où Pococke mettoit Nyssa; selon notre auteur» Nasii seroit Altistaura, Je préfère l'opinion de Pococke : les mots rm7oç Atflxoç . . . iiBûmJoç Numwr oLf^uaiy dans une inscription (4) trouvée à N/sIi , me semblent prouver, indépendamment de la ressein* blance du nom, que Nisli est A^sa.
M. Leake reconnoît au reste qu'il y a beaucoup d'incertitude sur la géographie ancienne du pays au sud du Méandre. Les seuls points hors de doute sont Aphrodistas , Laod'icea ad Lycum , le mont Cadmus , et Hlérapolis. Il reconnoît la même incertitude sur la position des villes de la vallée du Cciystrus. Ephèse est peut-être la seule do ces y\\\ii^ anc'tenîics dont la position soit parfaitement connue. M. Leake rrmar(|ue & ce sujet que les temples de Samos, de Uranchides, de Pri^ne , de Magnésie et de Sardes, ont été dessinés et mesurés, lfln«li.% qu'on n'a pu découvrir une seule pierre qu'on puisse affirmer «voir appartenu au temple d'Ephèse , quoiqu'il y ait peu de doute sur In lieu où il étoit .situé.
Apr^» (inrl(jucs observations relatives à plusieurs des vilîes de Tlonie f l cir la Mysic, M. Leake termine ce chapitre par des remarques sur In plainr de Troie, sujet d'intarissables discussions. Son but paroic •voir if'ié «If ininbaitre la nouvelle hypothèse de M. Maclauren, qui» Il rllc* étoii fondée* , rcnverseroit de fond en comble toutes celles de le (!lifvallicT, de? Cihoiscul-Gouffier, du major Rennell, puisqu'elle 4nn<«i^lr* il soutenir cpie le site de l'ancienne Ilion étoit le même que celui ^VUlum liiîfns ^ cVîit h-dirc quelle étoit fort près du bord de la mer.
(1) Ai^. Açrtih. //hf. Il, p. 54. =r Cf. J.icob. AJespot. n.* 184 = Amik. PaUtt.iiiprhH n* j,,. „. (j) /./^. m , n. ^2^ . ithjuf S^tv, Gall. — (3) W«tekiin •!«/ iiimr. i^fi. {k ()i j. ^ 14) rocoou Jnscr. aatiq, p. 13 , o.» 5.
4oi
Nous nVntrerons pas âsins une diïcussion que nous ne pourrions rendre clr^îre quVn nnalysnnt fa dissertation même de M. Maclauren, q le nous n';ïvons point sous les yeux,
II nous re.Me h parler dtK notes nddiiTonneHes placées i la fin de 4:ct ouvrape. Quelques 11 nés mérirt-nt que nous nous y arrêtions: telle est. par exeuiple» celle où M. Leake d*'nne, d'aptes les communications de M. CockeretI, le phn des thfSrres de Myfasa, ei de Myra en Carie, dont la conslruction ressemlilr à celle des autres théâtres de ] Amc min-ure, tels que ceux de Side, de Telmissus, d'HiérapoIis ^ de laodicée, Ac; ils différent en \m point essentiel de ceux de h Grèce européenne et de la grande Grèce* Dans les premiers, les «Ttrémités de la c/ivra divergent de l*orchesrre , de manière à former un angle avic le prolongement de la scène: on trouve , au contraire, Mux ihcâtres de St geste , dt* Tauromerîfum , de Syracuse , de Sparre, d'Epidaure, de Sicyone. d'Hérodes à Athènes, que les extrémités de ta ffivfû sont parallèles à h *cène. Cette diflcrence constanre est un fait que na point remarqué Vitruve. Cette note, qui conlienï plusieurs observations impoMantes pour rarchiieciure des ihéfitres ancî<-ns , est terminée par b mesure du diamètre extérieur et intérieur des principaux iliéâtres qui existent soit en Grèce » soit en Asie mineure: les ' j remiers oui clé mesurés par M. Le:ike ; les autres Tont été par la iociété des Dilettanti ou par M, CoekerelL
La note qui suit n>st pas moins intéressrnte; M, Leake y donne «quelques détails sur uiie longue inscription latine que Shérard avoil captée à Strninnictc, et qui contient le prix, fixé au maximum, d*un grand nombre de denrées, et même de différens salaires. C'est cette même inscrî[)iion que M. Bankes a copiée, fans savoir, à ce qu'il paroîr, quelle riwoît été dé]h par Shérard. M. Leake pensu quelle e>i du temps de Théodose. La quantité des denrées est indiquée, soit par le nombre» que représente la stgle N, soit par le poids, qu'expriment 'ks sîgles PO (pondo ) , soir par la mesure, que M, Leake croit être le stxtijrius. Il transcrit la Itsie des denrées avec leurs prix exprimés en deniers ; du moijis le signe indicateur de Tespèce de monnoie est-il un X barré, qui est la sigle ordinaire du dtnirius. Oji juge, par le rapport élevé de diverses denrées à cette monnoie, que ce numéraire avoit éprouvé une dépréciation considérable. Ce fait s'accorde avec [es monumens qui , pendant une partie du moyen empiré , ne nous montrent pour deniers que des monnoies de irès-bas aloi , sim* plement saucées , ou de potin , dont la valeur intrinsèque iiçst peut-être pas la dixième partie du dcnarius de la république ; vesiigei
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4oA JOURNAL DES SA VANS,
deces jnîsérabfesopéraiions financières (ou \Auiot de ces ^iifffuereiufes)fZti moyen desquelles les despotes essaient en vain de donner le change h l'intérêt privé; il a bientôt fait de réduire à sa juste valeur la fausse inonnoie qu'ifs mettent en circulation* Le résultat nécessaire de ces ofkénitjons, comme je faî dit ailleurs (») ^" parlant de celte périodt de l'empire , est de déprécier le numéraire nominal , et de fair# disparoîire de la circula tion les métaux précieux non monnoyés. M, Leake n*a donné que la liste qu1I a trouvée dans la copie de Shérard : ce il est possibU, dîi-îl , que la copie de M, Bankes soii plus • complète, et présente une liï»te plus étendue. » Ces expressiont semMeroient annoncer qu'il ne connoîl pas cette copie ï nous qui la Qonnotssons» nous pouvons assurer qu'elle contient a-peu*près ledotibl» de ce que M. Leake a tiré de ceïle de Shérard ; il seroit bien à désirer que M* Bankes» après avoir fait de si louables efforts [lour recueillir une multitude d*inscriplions des plus curieuses en Egypte et en Asie , pût enfin se résoudre à ouvrir son riche poUe-feuille, et à en fiiire jouir le monde savant.
Dans fa note suivante, M. Leake transcrit ujie autre inscriptiun curieuse que Shérard a trouvée en deux endroits à Mylasa : MATHnAOX BKATOMNni TOMBnMON ANEeHKBN. « Mausole éléve C^l auiel n ( funéraire ) à Hécatontnu<%. » C*est finscription du tombeau élevé par Mausole, roi de Carie, à son père Hvcaiomnus.
Une rîutre note contient le plan é\\ théâtre et de la palestre d'Hiérapolis, d*après les dessins de M. CockerelL Celui de la palestre est rfaulant plus important» qu'on ne connoît, dit M, Leake, que deux l^nlestres ou gymnases, celles d'Alexandria Troas et liT.phése , qui, par leur étal de conservation , puissent donner quelques notions sur h di.sposition de ce genre d'édifices. Le même M* Cotkerell a découvert , prés des sources minérales qui s'élèvent au centre de remplacement d*HiérapoIis , h ptatontumt ou caverne méphitique, mentionné par Straboii ^ Pline, Dion Cassius, Apulée, Ammien Alarcellin et Damascius ; il avoit échappé aux recherches de Pococke et de Chnndier.
C*est encore M. Cockerell qui a fourni la matière de la note suivante ; elle contient le plan et la de^crîptioit du grand temple de Sardes ; nous en rapporterons quelques traits : « Deux colonnes de Tordre 19'extérieyr de la façade orientale et une colonne du pronaos subsistent
(j) Cùnîlrfcratwns générâtes sut t'évaluarion dis morthom grecques et rc* wmnt$,iXc. p. iio* « .
JUILLET 1825. ^ '^ 4«î
** encore avec leurs chapiteaux; les deux premières supportent h pieriHe *• de Tarchitrave t et cette pierre seiend du centre d'une des colonne^ »» au cetitre de Tautre. Les colonnes sont enterrées jusqu'à moitié dt >* leur hauteur, le sol $*étant élevé par suite de leboulement de la »► niontagne de I*Acropolis. On dit que trois autres colonnes du leniple »> subsîstoient encore il y a quatre ans, et quelles furent renversées " par les Turcs, qui espéroient trouver de for dans leurs joints, • , • . *• Ce qui reste au-dessus du sol est suffisant pour donner une idée des ^ dimensions du temple , et pour montrer qu'il étoît un des plus »• magnifiques de la Grèce; car» quoique inférieur en étendue aux temples ••de Junon h 5amos, d'Apollon à Hranchidae, les proportions de Tordre •» sont au moins égales à celles de î'ordre du premier temple, et supé- •• Heures à celles du second . , • Le chapiteau me semble surpasser, par la *• perfection du dessin et de lexécution , tous les chapiteaux ioniques »• que je connois. Je suj)pose que le temple étoit octasiyle diptère, >» avec dix-sept colonnes sur les côtés ; maïs je dois convenir, à l'égard » de ce nombre, que je suis guidé plutôt par la proportion des autre* »• temples diptères de l'ordre ionique que par aucune preuve tirée de
• I e:at des ruines. L^entrecolonnement de la fiiçade diminue graduelle*
• ment du centre aux angles, caractère que je n ai vu nulle pan ailleurs.
• Les colonnes des ordres intérieurs ont un plus petit diamètre, ce
• qui n'est pas rare dans les temples grecs : leurs chapiteaux res- >» semblent à ceux de Tordre extérieur ; mais les cannelures ne s*étendenl »» pas dans toute la longueur des colonnes , d'où je conclus que le >• temple, comme celui d*ApoHon Didyméen, n'a jamais été achevé* >• La grande hauteur de Tarchttrave , le style particulier du dessin »• et de Texécution , la différence des entrecolonnemens , sur les
• faces et sur les côtés, sont à mes yeux autant de caractères d*une *• haute antiquité , et peut-être devons-nous considérer comme tels la ^ grandeur des pierres employées dans 1 architrave. Dans les temp& ^ postérieurs , la durée qui résulte de cette construction massive a été ^ sacrifiée à Télégance de Taspeci , à une facilité plus grande d«, ^ construction. >i
L ouvrage de M. Lealte est terminé par un parallèle entre les proportions relatives des principaux temples de TAsie mineure, et quatre des fjlus célèbres temples de la Grèce européenne , savoir, ceux de Diane à Éphèse, de Junon h Samos, d'Apiollon Didyméen à Branchides, de Cybèfe à Sardes, de Diane Leucophryène à Magnésie, de Bacchus à Téos, de Minerve à Priène, tous d'ordre tonique, comparés avec ceux ifAgrigente et de Séltnonlo , avec b Parihénon d'Athènes, tous iroii
£ee 2
«Tordre dorique , ei avec FOlympium d'Athènes , d ordre cori[ithTeii. Les plans de ces onze édifices , réduits à h même échelle p sont placée iur une même page.
LETRONNE
Tableaux h/storkii/es extraits de Tac /te, et réunis fuir des sommaires et des ûppcndices ; traduction nouvelle, avec h texte en regard ^ et des notes critiques et littcraires , par AI. Le Tellier, avocat, ancien secrétaire redactiZr du tribunM et de la chambre des députés. Paris, imprimerie de Casimir, Hbraîrîe cfe Grîmbert, 1825, 2 voL iu-^/ , xivj , 328 et 3 8p pages.
La notice prérimliiaire par laquelle s ouvre fe premier de ces d.ui volumes est diviî^ée en trois parties; la vie de Tacîie, le caractère d# ^s ouvrages » fe^ travaux de ses éditeurs et de ses traducteurs. Il eût été possible de compretulre sous ces trois titres des recherches historiques et des observations linéraires d*une assez grande étendue; mais M, Le TeHier s*est borné à exposer les résidiats qui pas^e^t pour les plus constans et les plus utrlcs, et nous ne devons pas entrer dans les discussions qu'il a écartées. Nous difuns seulement qu*il nous pareil avoir jugé avec l;eaucoup de sévériié la version italienne de Davan^aii»: H la confond, sans la nonimer, avec toutes les tradiic ions italiennes « espagnoles, anglaises, dont aucun: , dit-il , m remporte sur ks notrôs. Ce n'est pourtant pas qui! s*exngère le n>érite de ccjleo qu'uni publiées la Biéterie, Dotteville, Dureau de la Malie : en les tiiant comm» les mcitUures t il avoue qucl/ts ne peuvent satisfain Piommc de goit, /guettes nor.t pu rislstcr à la critique, et que si elles sunt exavfes e^ fidèles en tmt ce qui fient à la simple én^ncïation des faits et des pensées , on n'y retrouve pas t* esprit de vie qui anifne le mcdee, et qui cens fi fui i'éerivain, U style du mûitre. Une véritable iraduclion de Tacite est ^ selon lui , une conquête qui reste à faire ; mais » Ma de prétendre h i^ même îi cette gloire, il annonce son travail connue un simple recutil d'extraits et d'études* D'AIembeft a traduit ainsi des morceaux d« Ttcite. « J*aî pensé , dit M. Le Teli/er, quVn dispo5ant sur le mém« j> plan des extraits plus étendus et pris dans tous les livres de Tacite , w et en les réunissant par des appendices et des sommaires , je donnerois > une idée plus complète de Tauieur^ et que mon travail oâiiroit un%
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» sorte denseniLIequî pourroît ajouter à riniérél et h. riuilitédu ncueiL ^7 M. Le Tel lier iva rien traduit du livre des mceurs des Cennain^î ums il est vrai qu'à 1 égard de lous les autres livres » ii rétablit la cob^*rence des faits ; ses extraits, enchaînés par des sommaires, ccmpktés par des notes souvent hi^^loriques et par des laLles chronologiques , peuvent ^ tenir lieu d un abrégé de tous (es récits compris dans les Aniiâfe:» , dans les Histoires, et dans la Vie d*Agrjcula.
TiiLHt est furt clair, puisqu'il est énergique; car Ténergie n'est au fond que Téclai fiapiant et soudain que Pcxpressîon donne à la pensée. Cependant il peut rester dcs difilculiés, même grarnniaiicalcsy d^ns quelques lignes de son texte; et lurs même quon e^i ïùr dcii l>ien cojnprendfe le stns, il n'est pas toujours aisé de reconnoîire ^i les mots et les luurs employés pour le traduire en français, soni I récisément les plus justes et les plus heureux que notre langui.^ j^ourroit fournir, Il s*ensuit que Texamen ajpiofondi dujie uadîictiuu nouvelle de cet historien embrasserort de très-longs détails, sur-tout i*il falloît la confronter, non-seulement avec le texte, mais aussi a\ec k*s versions précédentes. Le travail de M. Le Tellier seroii digne , u lous égards, d'un tel examen, et le plus souvent il le supporicr^^^it sani dommage ; mais la critique devient à-Ia fois plu;> facile , plua sévère , et , à vrai dire, moins équitable, Ior:>qut.lIe s'arrête, comme nous allons 4:rc obligés de le fiiire, sur un très- petit nombre danicle."^^.
Dans le morceau de Tacite (liv, m, chap. 16-28 ) que M. Le Teiher iniitule , Digiesshn sur le diAi m général tt sur la UgisUimn ruuidific , on rencontre une de ces lignes dont I uuerpréiatron a été c^ntrovertée : nous voulons parler des moisjînh o^yz/fyVrijf appliqua» aujÊ douze tabîes* M, Dureau de la Mane les rend par chef-d^auvre di l équité huwûini, La plupart des mterpretes précécens , et avec eux M. Le Teiher , pensent que7?«/j indique non le plus parfait des ccxles iiUitiains , mais le dernier des codes LquitaLIes prumuigués dans Rome, ft ce sens nous semble assez déterminé j ar la phrase qui suit ijnniéiiiaieiKcnt : Nam secutit le^ts . . . . p£r vim latce sum. Le ^eul rcpiothe qi/on pourioiï adresser ici au nouveau traducteur, seruit ri avoir sacrilié l\ rapidité à rexacdtude. Derhur monument d'une UglsUa'ton jùndit sur l\quUé ; voilii bien des mots français pour six :^yllabe!> laiinis, D'Afen^beît dit, dernier code juste , et il ir&djit la ligne précédente ^ecitls quœ usquiun eg^cgia, iom/wsiiœ duodalm ulk!œ, |>ar ces jnois , <//# miillearcs l is connues et rassemblées , un composa celle dtS dotale tuàUs. On ht dans la nouielle liaducîion: « *Les décem.irs, recueillant de »• toute pan les meilieures ii;su utiom , eu composèrent Ic^ dôi-iô
4oiî JOURNAL DES SAVANS,
9» lables. » N'étoit-i(pa& possible d*éviter ce mot pfus long queprJdy diustiiiuiûîis qui, suivi de celui de législation dans la tnèine phrase, contribue à ralentir le mouvement du style ! M. Dureau de la Malf# •voit écrit » les décemvirs ayant été recueillir de toute part Us meilleuref institutions : AL Le Tellier %^tsi bien gardé d'emprunter fexpression ay^nt été recutillir, qui peut sembler incorrecte quoique familière , et qui d'ailleurs va fort au- delà du texte accitis. A notre avis , le mo<t d^insxitùtipn ne méritoit pas non plus d'èire reproduit.
Les .deux phrases suivantes de M. Le Tellier donneroient lieu S plusieurs observations critiques : u Car les lois qui suivirent , à l'excep* ^ tion de celles dont le but étoit de réprimer les délits des malfaiteurs , » furent (e plus souvent arrachées par la violence. . . , soit dans r objet » de parvenir, aux honneurs par des voies illégitimes » ou de bannir >4 d'illustres personnages , soit dans d'autres vues également perverses. 1» Ainsi p. les actes des Gracchus et des Saturninus y ces agitateurs du » peuple ; les concessions non moins indiscrètes de Drusus au nom » du sénat ; les proclamations corruptrices et les oppositions dérisoires s» dans Tafiaire des alliés. ^
. Nous aurions à demander d'abord si l'expression dans r objet de parvenir est assez française , et si le mot également étoit bien nécessaire i il est dans Dottevilie et dans M. Dureau de la Malle; mais Tacite er d'Alembert h*tti étoient passés; aliaque ob prava ou pour d'autres motifi êdieux. Les prédécesseurs de M. Le Tellier a voient rendu hinc Gracchi, par les mots^ de là les Gracques , &c. x II de là substituer ainsi, et ne mettre k la suite de ce mot que de simples noms y sans verbe, n'est-ce point hasarder gratuitement une construction peu régulière T Des questions d'un autre genre s'éleveroient sur le sens de nec mhnor larfptor, nomine scnatûs , Drusus , et de illusi per intercessionem socii : car jusqu'à présent on avoit cru généralement que Tacite rappeloft ici^ non des concessions politiques, mais les largesses pécuniaire* prodiguées en effet par Drusus père au nom du sénat, et qu'il s'agtssoif ensuite des oppositions réelles et non feintes par lesquelles les promesse^ seules étoient devenues illusoires. £n conséquence, Dottevilie traduîsoiti corrompant ks alliés par des espérances , les frustrant par des oppositions ; et M. Dureau de la Malle , un peu moins fidèlement , nos- alliés cor-^ rompus par des promesses , insultés par des refus. On peut s'étonner que M. Le Tellier n'ait cherché à justifier par aucune note les interprétations nouvelles qu'il donne à ces lignes du texte latin. Il dit ensuite de SyJla qu'après avoir aboli , modifié des réglemens cântradictoires , e( jijiroduit des. articles supplémentaires i il laissa pour quelifuts moment
rtposn la matière ; otiu^f r/wr m haud in hngum paravit L'expression Ttposer la matière , quoique littérale en apparence, a un caractère vague oa méiaphorique que le lexie ne présente point. Dire avec M- Dureaii de la Malle , ritabUt pour un moment le ealme, cVst, nous le croyons , dénaturer tout h-fait la pensée de Tauteur. Mars d*Alembert dit, après lui { Sylla ), la législation fui suspendue pour un moment; et st Ton étoh mieux a\*ertî que |)ar la législMton on doit entendre la fabrication des lois et non leur empire , cette version nous paroîiroit la plus exacte. Sylla, par le nombre et la nature de ses actes législatifs, procura, l>rcpara, paravit ^ un relâche momentané, une courte interruption de Ce genre de travail , ejus rei. Quant aux mots si célèbres , corrupttssimâ republicâ phrimœ leges, M. Le Tellier emprunte Tune des versions précédentes : plus la répuùli^uc étoit corrompue, plus les lois se rnultipliAI£NT ; il ne change que fa terminaison du dernier mot, il écrit se mulfipltÈRENT, et nous avons peine à croire qu'il n'y ait pas moyen de mieux représenter ce texte.
Parmi les morceaux où le nouveau traducteur s'est fort élevé audessus des anciens, nous indiquerons le second chapitre du livre 1/' des histoires. Opus nggredior plénum castims , Ù'€*t cependant nous y remarquerions encore certains détails qui peut- être avoient été déjà mieux rendus* Ipsâ ettam pace savu?n , désastreux jusque dans kt paix\ lyAlemberi et J. J, Rousseau disent terrible, et ce terme plus mesuré nous sembïeroit plus exact. Après avoir parlé des guerres civiles et des guerres étrangères, Tacite ajoute ac phrumqxit mixta; Rousseau traduisoit sïjnplement, et la plupart mixtes ; ce que nous aimerions mieux» que la plupart avec ce double caractère. Plénum exiliis mare: on avoit dit, la mer rouverte d'exilés; et nous doutons que le changement d'exilés en fugitifs soit très- heureux : on pourroir demander d ailleurs si Tacite ne veut point parler des îles qui servaient de lieux d exil au milieu des mers^ Omissi gestique honores pro cfimine, t*ac(eptation mi le rtfus des honneurs au rang des crimes ; Doiteville et M* Dureau de la Malle avoient jugé nécessaire de dire devenus des crimes ; mais il resiu à savoir si V acceptation répor.d bien 5 gesti , et s*il ne faudroît pas un tour plus vif, plus ra|>proihé de celui du texte. Le dernier iraii de ce inorceao ï\^çh\ pas sans difficulté : non esse curœ deis securitatem n^stram, esse ultio^ nem, S'agit-it de la vengeance exercée sur nous, ou des soins pris |30Ur nous venger de ceux qui ont causé nos malheurs! Les interprètes ont peu discuté celte question ; la plupart Pont résolue dans le premier sens : que les dieux ne veillent sur les hommes que pour les punir, dit d*AIembert; J, J. Kousseau et Dotteville expriment la même idée presque dans les mêmes
4o« JOURNAL DES SAVANS,
rennes; M* Dureau de la Malle la modirte par la manière demi ri traduit h$ deux lîpnes prtcédenres: 9tec tnim unquam atrachnias peputi r&mdni elftrtibus mûgirve /ust/s in^lcits app*obûîum cft NON FSSj: &€. ; « car lei n dieux qui , après avoir laissé gémir le peuple romain *ous la plus crMelIt w des oppresfiom, U vengèrent d\ine manière si éclatanie, n'ont jamxt >^ mreux prouvé que sKs ne prévieiineni pas le crime, du moins ils >» le punissent, « M. Le Teffier, dans une note sur ce passage, dit quil >ïgnifie lïttirnlemtnt ^ que lis rfieux ne s'occupoient poini dt noin bien être , qu'ils s'occupoient de notre châtiment. On a donc lieu de croire que c'est le sens qu'il entend donner k ces paroles de la ven>iom quil netoU pùtnt pour eux des dieux tutélaires , mais des dieux vengeurs, Ju.squ*à un l'ertîiin point, cette traductton laisse subsister raml>iguiié que sembU présenter le reîtte : ces dieux, qu! sont pour nous des dieux vengeurs , puurrrtient éire f^es dieux qui nous vengent » aussi bien que des dieui qui se vengent de nous* A coa?idérer en t Ile inème l'expression latine, utffonem nostrûm, elle nous senibleroîi offrir plus immédiatement i'idéf fSwnç vengeance qui s'exerce à notre profit ou pour notre cause; et, si r^n l'envisage dans la phrase de Tadtep elle paroh encore y avoir cette éignificaiion» En effet, d'une part^ les dieux ont permis que le peuple romain (i^i accyblé de malheurs et d'outrages, ce qui prouve que leur premier soin n'etoît pas de ve[||erà sa sûreté; de lauire, ils ont puni sti oppresseurs, et montré par-là qu'ils prenoient soin de le venger, Noui ^i^iHt^rons que les mots laifns mag/sve jt/sfis indiciis, ou judiciis comme on lit qiiL-lqivefi is , ne retracent pas la murt de Uosuitieii aussi claire* ment que AL Dureau de la Malle (e suppose; c'est li qu'il peut rester quelque oI>scurî<éî mais en leur donnnnt le sens que nous avons incliqué » la phrase entière devient facile à comprendre. Au iieu de U décomposer attentivement , it^s commentateurs ont jugé à propos pu de disculper Tacite d impiété, ou de l'en accuser; comme si c'éioit nier h providence des dieux , que d'essayer d*en distinguer, bien ou w^\ , les divers actes ! Tout ici se réduit à dire que les dieux ne garaiitfssoicfnt pas la sécurité du peuple romain ( car le mot nostram est 1SSC2 restreint par ce qiïi précède, populi romani ), et quils se réser* voient de punir les auteurs de ses calamités; idée qui peut bien n'être pas très-juste* tt^^tis qui ne seiuit pas irréligieuse, môme sous une théor logre plus pure et plus vraie que celle des païens»
Si, dans la Vie d'Agricola, |e$ regards des lecteurs se fixent sur le discours» ou, cotnme dit M. Le Tellier, Tallocution de Galgacui ^MX Bretons, et s'ils comparent la nouvelle traduction aux anciennes, HQUi croyons qu'en général ils la Uoiiveront plus fidèle et plus élé-
gî^nte. Nous n'examinerons que la première page de ce morceau ; l^onsQUE ycnvisagc les Cûvstî de ta guerre et la nécessité qui nous presse $ j^ûi la plus kùute cofijiançe &c.: fe btiii quotifS annonce une pensée qui revient souvent à Pesprit dtr Gafgacus; le français lorsque est loin d'avoir la même valeur, Mngnus mlhî animus est est aussi plus expressif et moins recherché que la HA vte confiance ; et peut-être cet imposant adfectif, dont on (ail depuis vingt-cinq ans beaucoup d'usage, convient-il assez peu dans le discours et surtout dans fexorde d'un guerrier breton du premier iîècle de notre ère: animus indiquerait plutôt la profondeur, rintiinité de la conviction , ou la plénitude de la confiance, que sa hauteur^
«^ Lors des premières campagnes contre les Romains, Valternative des
»» chances de la guerre îais&oii un espoir, une ressource dans nos bras* r*
Lors des rabaisse brusqueitient le style oratoire; on croit que c'est This-
^torien qui reprend la parole; le texte est au contraire très- figuré;
tPiiores pugnœ , . . spem hahebanî; et Tun des traducteurs, feu M, Des-
Itenaudes, qui a publié, en 1797, une version de la Vie d*AgricoIa»
lirersîon que M< Le Tellier paroît n'avoir pas connue , M. Desrenaudes
[i*a pas craint d'écrire: les premiers combats » . • avoient v\\\ espoir. C'est,
disoii-il dans une note, une expression hardie ; mais elle c£t belle
dans le latin , et ce ne seroît point traduire Tacite que de ne pas
oser la transporter dans le français. »
* Immédiatement après le mot habeùant, la phra.^e de Galgaciis continue ainsi ; quia nos , nobitissimi loeius Britannits^ eàque in ipsis pênetralibus Siti, nec servientium littora aspicientes. . • . &c. h\. Le Tellier traduit, €t JVVtions-nous p^s^ nous, les plus nobles enfans de la Bre- ^ tagne, placés comme dans son sanciuaire, où, loin des régions de la 7* servitude, êic.l i^ L'interrogation introduite ici ne rend la liaison des idées ni plus étroite ni plus sensible. II est à remarquer que Tacite n*a employé que deux ^is cette figure dans tout le discours de Galgacus, et seulement vers le milieu: en général elle convient peu auxexordes, il moins qu'elle ne les commence* Malgré la répétitioa du pronom nous, on est d abord temé de rapporter n'éttons-nous pas à la première qualification Us plus nobles enfans de la Bretagne; et ce n'est qu'après coup qu'on s'aperçoit que 1 interrogation ne porte que sur placés comme dans son sanctuaire* D'un autre côté , i)ourquoi ce comme, lorsque Galgacus dit positivement ipsis in penetralibus ! Enfin les mots français, loin des régions de la servitude, ne sont qu'emphatiques» les mots latins, nec servientium littora aspictenfes, sont pittoresques,
«Adossés aux limites du monde et de la liberté {nos tcrrarum ac >yli^ertatis extremosj, nous avion» jusqu'à ce jour pour sauvegarde
Fff
» l'abri et le voile mystérieux de la renommée, et tout ce quVm ignoft *> îfnpose à rinisgînation ; mais aujourcThut les bornes de la Bretagne M ront k découvert; nuHe habitation humaine au-delà; rien que les » flots, rien que les roches, et devant nous les Romains, dont k i> ferouche orgueil ne seroit désarmé ni par vos soumissions , ni par » votre modeste existence. » ASss^s aox Hmîits • . • est en soi une fort belle expression; seulement on regrette qu'elle soit appliquée à un peuple dont le territoire est borné par des mers. Vabri et U voilt mystérieux de la renommée sont des termes un peu vagues qui ne reproduisent pas rîmage recessuî Ipre ûc stnuî fuma. Les mots* Jevani nous les Romains , ne répondroienl pas non plus bien exactement à hiiriûreî Romani , et seroient encore moins exacts, s*il falloii lire avec Labféterie, Broiieret M. Dureau de la Malle, nihil n'isi fuctus et saxa eilNFESTioRES Romani. Uépiibète de farouche, ajouiéeà lorgueil qn>>* mm suptrbiam , est au moins inutile; et la modeste existena est d'un langage fort moderne qui représente mal celui de Galgacus ; en peut douter d'arileurs que ce soit une traduction fidèle de modtstinm , conduite mesurée, selon Dotteville, ou pkitot modération, selon Desrcnaudei.
et Dévastateurs du globe* . . , ils vont fouiller les mers, . . Enlever, » égorger, dépouiller , c est dans hur perfide Inngage ce quHs appeUem 5* gouverner ; et quand le pays n'est phis qu un désert , ils proclameni n qu"il est en paix. » Dévastateurs du g/oùe n*a pas la vivacité de raptores orbis, Desrenaudes a transporté ici rexpresîion de Bosquet , ravageurs du monde; mats le mot ravisseurs employé par Dureau de fa Malle correspond mieux à raptores. Il nous semble qt:e dans leur faux langage sufiîsort pour traduire ^///j nominltus; que perfide et ensuite proclament ( pour appellant ) «^éloignent trop de I extrême simpliciTé que Tacite a voulu donner itî aux expressions tfune grande pensée. On peut craindre ^nfin que ubi solHudinem facium ne soit pas assez rendu par quand le pays nest plus qu'un désert { i ),
(i) Nous croyons devoir mettre sous Jet yeux des lecteurs, piais sans prévenir en aucimc ma Riére leur jugement, la iradiicuon des mêmes lignes dn discours de Galgacus, par M. Mollevaui: «Toutes fts fors que je coniidére »les causes de U guerre et sa nécesshé, fai le magnifique espoir. *•. Not ^^etcitéres baiailles qui balancement nos succès avoienr mis sur nos glaiv«r» •^ievft forces espérances: nobles enfant de La Bretagne» placés dans ton sancptuaire même» nous n'apercevions point de rives esclaves.*.. Aux limiiet »du monde et de la terre, jusqu*à ce jour rëloignemen! et le silence iioui a» défendaient : ce qui est inconnu inspire un magnifique eflVaî. Maintenant ikics bornes de la Bretagne s'ouvrent : derrière nous, aucun peupici. mais d*i n flou! des rochers î devant nous, les Romains ! et vos ioummions, voi mijèfei,
Malgré ces légères taches « le ton général de celte Ira&uctîon petifl donner une juste idée du style de Tacite à ceux qui n'ont pas lu fe^ texte de ce grand historien, et retracer vivement à ceux qui ont étudié ies Jivres, pla>ieuri des grands îrntts qu'ils y ont admirés. La critique ne peut s'exercer, comme on vient de le voir, que sur des détaiU ou difiidies ou peu imporians, dont Timperfèction nempêcheroit pas Theureux effet de Tensemble» Nous avons pensé que Tun des hommages dus à un si honorable travail étoit Rappeler faciention du traducteur sur un petit nombre de défauts qui ne sont peut-être qu'apparens, et qu'il (ut sera facile de rectifier, s'il les croit réels. Nous rinviteriom lur-tout à fiiire disparottre plusieurs expressions toutes modernes ou même récentes , telles qua/fôcurion, haute confiante, hault amsiàerathn, modcsu fxisuftce , mon existence d'un jour ( i ) , si paur voire part d'existence {2) , un frère d*une égale iUasiration (j) , si pour votre pare d* existence t les développemens de votre jeunesse ^ &c» (4)i expressions qui 9 iors même qu elles se maintiendroient dans notre langage » resteroient toujours trop étrangères à celui de Tacite, aux idées et aux mœurs de son siècle»
li est aussi quelques endroits oii la nouvelle traduction gagneroit à le resserrer et à se débarrasser de mots inutilement ajoutés. Davanzati poftoit si loin le scrupule sur cet article, qu'il comptoit les lignes, et «iétoit satisfait que lorsque sa version devenoit plus courte que le texte. II est vrai qu^il n'atteignoit ce but que par des omissions quelquefois assez graves, Cest le principal défaut de son travail , ip^ n'en est pas ntoitu » dit Ginguené , un chef-d'œuvre de précision , d'énergie et d'élégance, et qui, à notre avis, est un modèle que les traducteurs français ne dévoient pas négliger. Cest expliquer Tacite et non k traduire, que d'employer beaucoup plus de mois que lui. Nous croyons même qu*k Fégard d*un tel écrivain, il importe extrêmement de conierver ses expressions , %^% tours , ses images et , autant qu'il est possible , lasqu'à Tordre qu'il a établi entre les mots: cette exactitude ou, si Ton veut, cette servilité ne doit, à ce qu'il nous semble, avoir d'autres bornes que celles qui sont posées par les règles et les caractères de fa langue du traducteur; mais j^eut-étre n'est- il aucune langue moderne
» ne fléchiront pai cci soperbes. Spoliatetirs du monde ifs fouillent ï«
• mers Quel faux langage! Piller, égorger , ravir, ils le nomment cm-
mpireî Faire d'immenic* dcseru, c'est la faiit 1 »•
(1) JVovitûs mea. Ann* xiv, J).— (2) Pro vîrîli portione. V. Agr. 4j. — il] Pari nob'dhûte. Hîst, I, ij. — (4) Juvtntœ tnar ruetîmenth adfuhst. Ann» xir, Sî-
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qui offre à cet égard pfus de facilité et de ressources que T^iofr
Nous regrettons enfia que M. Le Tellier n*aît pas un peu plui profilé de toutes les versions françaises qui ont précédé la sienne, Ei effets on a tout lieu de croire qu'il nVxbte qu'une seule manière de' traduire parfaitement chaque détaif des livres de Tacite: quand une fois cette manière a été trouvée, î[ n*y a jïoînt de pofit à fa modifier* Aus.si M. Dureau de fa Malte s*est-il donné sur ce point une pfeine et juste liberté ; assez souvent il ne fiit que corriger et perfectionner la version de Dottevifle ou celle de d'AIejnbert. Ces emprunts nécessaires» et qui tendent nu plus grand hien de rinstruciion commune, peuvent d'autant moins passer pour des plagiats, que niafheureu5e* ment ils ne seroîent ni très-fréquens ni sur- tout fort étendu?* Au surplus, ils n'auroient besoin que d'être avoués pour devenir tout h-kk irrépréhensibles. Si aucune traduction de Tacite, p>blïée avi»nt 1825 , n'est ialisfaisante dans son ensemble, comine la dit M* Le Ttijîer, if n'en est aucune qui ne le soit du moins en quelques lignes 1 et s'il n'étok pas permis de tes reproduire» jamais nous ne verrions Tacite aussi bien ïraduit qu*il peut l'être. Il ne conviendroit pas même d*écarier le travail de J, J. Ruu^^seau sur le premier livre des histoires; car» bien qu'il y ait laissé beaucoup de conire-sens, ainsi qu'il Tavoil prévu, ce qu'if comprend, il le seni^ et ce qu'il a senti, il l'exprime.
M. Le Tellier réunit à une parfaite intelligence du texte, une étude profonde de fa langue françai>e : ît ne fui manque rren de ce qu'H faut pour achever fe Travail de ses prédécesseurs.
DAUNOU
Les Lus/ a des ou ces Portugais, poëme de dmaëns en dix chants: traduction nouvelte , avec des notes , par J. B. Milli^, Paris, chex Firmin Dîdot , rue Jacob, n,^ i4, 1823 et 1824, ^ vol, //;-^/
Cette nouvelle traduction du po(?aie de Camcéns e>t dédiée à M. le comte de Souza, qui , par sa magnifique et savante édiiioji du texte original , a éltvé à ce grand poéie un monument digne d« sa renommée, et a lâché d'aïquitter envers lui la dette de la patrie et de fa postérité (1).
(0 ^^y^^' ^^ Journal des Savans , juillet j8i8, où il csi r^ndu coiiptc d^ cere èdiiron, ainsi que de la notice de M. le comte de Souza iiir la vie tt
les ouvrages de Camo^nf.
-LET iSlJ.
Maïs un monument qui a aussi son prix et son importance , cest^ fe travail d'un traducteur habile, dont les succès permettent h ceux mêmes qui ignorent la langue dans laquelle le poëme a été composé, d*eii apprécier les beautés nombreuses et diverses, et d'offrir au génie un juste tribut d'admiration.
On a depuis quelques années beaucoup écrit, et sur la vie et sur les OLvrages de Camoéns ; je crois înuiîle de m*arrétér sur des détails déjà connus, et même sur d autres con>ignés dans la préface ou dnn^ les notes du nouveau traduceur,
La iittérature françaiie possêdoil deux iraductions de Camoéns, et ni Tune ni Tauire ne donnoient de lorîginal l'idée avantageuse qu'on doit en avoir*
> La diction de Csnioéns^ qui emploie une langue gracieuse, abondante, énergique et sonore, en réunit les divers avantages. Les stances des LusiadeS sont écrites en vers ordinairement faciles, pfeins et harmonieux; .la poé>îç en est souvent pittoresque .ou imilaiive ; la surabondance de lexpressiôn , fa réunion des adjectifs , ne nuisent pas à (a précision des images ; la gravité de la langue semble ajouter à ce [le de^s pcaséfs ^ et 1 harmonie pompeuse du chantre portugais retenti! encore h foreille et h l'imagination , quand on a cessé de le lire ou de le réciter.
Du perron de Casfem, premier traducttur, «avoil cherché qu'à appeler lattenrion des lecteurs fiançais sur le pgéme de* Camoéns en général : il n*avoit pas senti la nécessité. d'a|>pliqiier ses soins , et sur-tout un talent convenable , à exprimer et à faire sentir les beautés de détail p sur-tout celles du style, celle pariie si essentielle» et peut-être réiément le plus indispensable pour le succès de tout grand ouvrage littéraire. Aussi je ne discuterai point le jugement, sans doute trop sévère, de M. Millié, quand il s'explique en ces mots:
« La version qu'en a donnée Du perron de Cas fera n*est qu'une » longue paraphrase où le bon sens et le goût sont blessés ik i» chaque page, »>
Il faut l'avouer, il a long-temps existé contre Ja langue portugaise un préjugé qui sembloit ne lui accorder qu'un rang bien au-dessous de celui qu'on accorde aux autres langues de FEuiope latine, avec lesquelles elle a droit de rivaliser. On ignorait ou on refusoit de croire qu'il se trouvât dans cette langue des beautés spéciales, des formes précises, une élégance harmonieuse, un charme poétique, capables défaire goûter la poésie portugaise coinme celles de$ autres li Itéra lures mcdanes.
ffé JOURNAL DIS SAVANS,
Il est TfaîsemUabïe que la Harpe n*étoh pas ejtemp! de ce piéfligf , lorsqu'au tieu de chercher k connoître un idiome dont la facife éludé ]ui eût révélé les beautés poétiques de Camoéns, il se borna Ji jeter quefques couleurs sur une traduction Littérale qu'il setoir chargé de rendre élégante,
M. MilTié a dit : « Étranger à ta langue portugaise , M. de La « Harpe n'a fait que polir et abréger Dupcrron de Castent ; i! resserro 3» ou supprime tous les passai^esqui lui résistent , en transpose cfuetques >» autres et secoue toute espèce d'entraves. »
La nouvelle traduction a été entreprise sous de plus heureux auspices et dans des circonstances plus favorables.
Écoutons M. Millié lui-même : ce Cétude suivie que nous avons M faite de U langue portugaise, pendant et après notre séjouf à » Lisbonne , ne nous ra<3Suroit pas entièrement sur la véritable intelli- » gence du texte. . . « Un savant portugais» dont la modestie égale m le mérite, M* Timothéo Lécussan-Verdier , nous a fourni dans une » version littérale un moyen lûr de vérifier lexactitude de la nôtre* . * . » Un homme de lettres, exercé depuis long-temps dans Tart %i difficile iéde transmettre dans notre langue les beautés des langues anciennes/ » M. Hippolyte Lefebvre, ancien professeur de rhétorique à Juilly, » a bien voulu s'associer à nos travaux. »
11 ajoute que, bien que son travail, commencé en 1817, se trouvât entièrement ébauché en iSi^, il restoit à revoir l'ouvrage d'un bout à lautre, à le refaire de verve et en quelque sorte d'un seul jet, k le soumettre à une critique sévère, h le polir sans en altérer la couleur, à le confronter scrupuleusement avec l'original . . . , à donner un tableau de Tensemble et de Tharnionie. ... ; et il annonce que la tmducrvon a subi toutes ces épreuves multipliées*
Enfin il explique les principes qui Tont dirigé et qui méritent d*ètre connus , soit pour faire apprécier justement son travail , soit pour servir d'exemple à d'autres traducteurs,
ce La traduction que nous offrons au public aura du moins le mérite » d*étre complète et fidèle. Sans nous asservir à la lettre , nous avons ^ chtrrché constamment à bien saisir Tesprit de fauteur , les fonres et *» la couiettr de son style, et jusqu'au mouvement de sa phrase, " A chaque octave de l'original correspond un alinéa de la traduc* *• tiort . . . , sauf les cas rares où le poêle se permet des enjambemens.
» Nous avons cru pouvoir néanmoins. . * éclaircir certains passagei it dont l'obscurité tenoità féloignementdes époques oij les événemen* »A le sont passés « adoucir quelques images trop hardies pour nuire
JUILLET 1815. ^"^ 4m
)» langue ou pour ïm>s mœurs, animer par i*expressicn quelques détails »quï, dwjs ionginal, se soutiennent natureilement par la rime et par w la cadence du vers et qui auroieni langui dans la prose j substituer ^ d^s noms prppres i des périphrases ou des périphrases à des noms »• propres, suivant que Pexigeoient ou la clarté du sens ou Iharmonie >• du discours ; négliger quelques- unes de ces épithètes sonores» mais 3* un peu vagues » qui suralx)ndent dans les poètes méridionaux ; 9» ménager etniin des transitions qui donnassent à la version française " (a marche libre et aisée de roriginal portugais, »
A mesure qu'on examinem attentivement ie travail de M. ALiUié , Oit pourra se convaincre quen général il a été fidèle à ces engagemens et à ces principes , et que des soins constaiis et une scrupuleuse bonne foi lont fait triompher des nombreuses diflScultés qu'il «voit & vaincre pour nous donner une traduction digne à*Ia*fois de Camoéns et de notre littérature*
Jusquà présent les traducteurs français avotent employé un terme impropre en disant LA Llsiade- Ce; te expression ne rendoit pas le pluriel masculin portugais, os Lu5lA£>AS, qui semble iiidiquer que les Portugais sont principalement les héros du poème consacré à Ja gloire nationale. Ainsi la Lu$iA0£ n*exprimoit pas le \ni litre. Lorsque, dans le Journal des Savons, j*eus à parler de l'édition publiée par M* le comte de Souza» )e relevai cette iinproprtété 4 expression et je fis l'observation suivante : « on peut même dire >» que le titre du poème 0$ Lusiadas, ùs Lms i tains , et xion >» LA LusiAl>£f comme on ïz traduit en £rança£S * annonçoit aus^ «•que Camoéns §e proposoit de chanter la gloire iicquise par les i» Portugais . >»
Je ne sais si le imt LES Lusjades est plus convenable et plus heureux que celui des Lusitains qu'on auroit compris plus aisément; mais il est vraisemblable que le succès de la traduction d^ M. Milité fera adopter le litre nouveau qu*i( a imposé.
Pour faire juger du mérite du travail de M» Milité ^ je citerai le début du poêtne , et le commencement de Tèpisode d'Inès « en coin,parant la nouvelle traduction avec celte de M» de La Harpe ; fai pris ces points de comparaison sans les choisir*
Le début de Camoéns est original, noble, poétique; il a une forme majestueuse» en ce qu'il indique» groupe et accumule les faits, les exploits qu'il doit reproduire dans son poème ; et c'est seulement quand ce tableau a frappé l'imagination du lecteur, que le poète annonce qu'en les chantant îf en sèmera la renommée dans l'univers.
La versificalîon portugaise nutorîsant l'usage des suspensions prolongées et des formes inversives^ le poète a commencé par un bel effet, en rejetant ainsi je cfujnte à la fin de la seconde stance. Celle forme heureuse avoît éié employée par TAriosie ; elle fut ensuite repro* duîte par Mîtton,
Je doute qu'il soîi possible d*în»iter enlîèrement celte manière dans une traduction française; mais on verra que M. Millîé a senti la heauté de roriginal, et Ta conservée autant que cela lui a été permis par notre langue.
Voici sa traduction (i).
L ce Jf chanterai les combats et ces hommes courageux qui , de fa » rive occidentale de fa Lusilanie, portés sur des mers que la proue j» n*avoît pas encore sillonnées , franchirent les plages de la Taprobane, *• déployèrent, au milieu des périls et des batailles, une force plus >* qu'humaine , et parmi des peuples lomtains fondèrent si glorieuse- 3» ment un nouvel empire, »
IK c< Je dirai les vertus héroïques de ces princes qui soumirent ù. n leur domination les contrées infidèles de l'Afrique et de FAsie, Wet sur d'impurs débris établirent le règne de la foi. Je dirai ces *» guerriers que leur valeur a rendus îmmortt^ls* Si iari et le génit » me secondent, leur renommée remplira l'univers. »
Traduction de M. de La Harpe ;
« Je vais chanter et confier à la renommée, si mon génie «# ï» trotnpe point mes efforts > les exploits de ces hommes fameux qui , y* partis des rives de la Lusitanîe et des boids de loccideni , s avan- >• cèrent au-delà de la Taprobane dans des mers immenses , que nulle 3» flotte n'avoit encore sillonnées , et qui , bravant la guerre et les >• dangers avec un courage au*dessus de [humain , fondèrent, chez des 1» nations lointaines, un nouvel empire que Ifurs victoires ont rendu *• à jamais célèbre. Je chanterai la gloire immortelle de ces princes » qui renversèrent le trône des despotes barbares d'Afrique et d*A^ie, >i et sur ses rmnt^ établirent le règne de la foi* >>
(i) As armas, e os barôes asslnaladoi
Que da occ'tdcrital praia Lusicana, Fer piares ntitica de anies navcgados, Paisaram ainda alcm da Taprobana Em perigos , c gucrras efforçados
Mais do que prometùa a força huinana, 4^^
Enue génie remota cdificaram ^ ^
Novo reino, que tanio subîimaram.
£ tambem ai meoionas gloriosâs ^ &c*
JUILLET 1825. 4î7
Si Ton compare ces deux traductions, on sera facilement convaincu de ia supériorité de celle de M* Miliîé-
M. MlLLlÉ.
De la rive occidentale de ta Lusiianie ( i ) *
Que la proue n avait pdî encore sillonnées (2).
Une force plus qu humaine (j).
M. DE LA Harpe.
Des rives de la Lusitanie et des
bords de roccident.
Que nulle flotte navo'ft encore sillonnées»
Un courage au-dessus de r humain.
M. de la Harpe a dit : « Ces princes qui renversèrent le trône des » despotes barbares d'Afrique et d*Asie , et sur ses ruines 6tc. »
Outre qu*il nest pas question de. trône dans Toriginal, M. de la Harpe savoil bien que ces despotes n'avoîeni pas un seul trône; mais il n^a a mis qu unj parce qu'il auroit été obligé de dire, et sur leurs ruines: ainsi, pour éviter une atnphibologie, il a fait une faute plui grave.
M. de la Harpe a transporté au commencement les deux derniers vers de la seconde strophe, tandis que M. Millié s*esi borné à dire, je chanterai , je dirai, et a conservé ainsi une partie de fefff^t de ces deux derniers vers.
En comparant un très -grand nombre de passages, on trouveroit presque toujours le même résultat en faveur du nouveau traducteur; j'examinerai seulement la première strophe de lepisode dlnès.
Je ne dirai rien des traductions du poëme de Camoéns dans les autres idiomes modernes de fEurope ; elles sont assez connues : mais je crois devoir indiquer une traduction manuscrite en laiin, vers pour vers, faite k Paris par François de Saint -Augustin Macedo, moine cordelier portugais, né en 1596 ; il IVnireprit à la sollicitation du marquis de Nice, alors ambassadeur du Portugal en France, qiu étoit le cinquième descendant de Vasco de Gama. Je ne doute pas que si
(î) D'après la version de M, de la Harpe, ne diroit-on pas qu'il y avoîi deux poinis de départ! L'original porte, da occidental praia Lushana ^ et M, Milïié a traduit élégamment, quoique mot à mot, — (2) L'original dit nunca de anm uavegados , jamais naviguées avant. M. de la Harpe, en st: servant du mot Jfone^ ne rend plus l'idée de Camoens; il ne s'agit pas qu'une flotte n'ait jamais silïonné les mers, mais qiî*il n'y air jamais pani un seul vaisseau européen, — (3) M. Millié traduit d'une manière préciâe roriginal , mais dû que promtttta ajor^a humanu, plus que ne pronietioii la force humaine.
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4i8 JOURNAL DES SAVANS.
M. Milité avoir pu se procurer une copie de ce manuscrit, il n*etî eût placé dans les notes quelques fragmens choisis (i).
J ai annoncé que j'examinerois un passage de la traduction de l'épisode dlnès.
Cet épisode célèbre est sur- tout remarquable ea ce que le récii touchant des amours et des malheurs d'Inès se trouve lié îi Thistoire natfonate; il n'est pas inséré comme un ornement poétique, mais comme une narration nécessaire pour la connoissance entière des annales de Tépoque, Aussi le poëie est d'une précision rare ; il ne s'abandonne point aux détails que le sujet indiquoil en abondance ; il ne met pas même en scène le royal amant d'Inès , et ne donne à la circonstance touchante des périls et de la mort de cette intéressante victime que la place qu'elle doit occuper dans le grand tableau qu il retrace : si elle paroîc .sur le premier plan , c'est plutôt par Fintérêt du sujet et par la magie de lexécution que par la disposition du poète* Mais ce chantre habile ne néglige aucun des moyens que Tart et le talent peuvent lui fournir. Il interrompt la froide narration des événemens ; il commence Tépisode par une exclamation; il s'adresse à Inès par une apostrophe* Croîroit-on que cette forme animée , ce mouvement heureux, ne se retrouvent point dans la traduction de M* de la Harpe , qui s'est contenté de mettre en récit ce que Camoéns a tâché de mettre en action î
Traduction de M, de LA Harpe.
«c La belle Inès goûtoit tranquillement les doux fruits de %t% naisusantes années; elle passoit ses jours dans les délices d*une ame » amoureuse» dnns cette ivresse aveugle et charmante, dans cet élat n de bonheur dont la fortune ne nous laisse pas jouir long-temps. £Ile X» habîioit les campagnes salubres el riantes du Mondégo , dont les » eaux se plaisoient à réfléchir les attraits de Taimable Inès, C'est
(i) Voici la traduction de la première strophe du poëmer Arma cano^ celehnsque vïros qui à tttiore ponti Ocàduî , JLysii surgunt vbi mœnîa rtgm , Ptf maria , antè adis nunquam tentata carinls , irt vel extrêmes vltrà potuere ncessus Tapobranes : bello egregii fottesque pericUs Plus quàm humana ferai virtus^ quàm spondeat ausus. Et nova régna tnter génies staîuere remotas , Quas tamùm faals sublhûa in astra tulat.
n h qu*e!Ie apprenoît aox échos des montagnes le nom de doni »» Pèdre, ce nom que ramour avoît gravé dans son cœur (i), »
M. Mjllfé a conservé dans sa traduction l'heureuse forme de l'original :
«Tu virois, belfe Inès, solîtafre et tranquille, abandonnant ton >• aine à ces illusions, hélas! si passagères, qui embellissent le prîn- >• temps de fa vie. Les rives du Mondégo fleurîssoîent sous tes pas; >» son onde pure aimoit à réfléchir ton image , et les échos du vallon >• réf>étoient le nom chéri que lu venois de leur apprendre. »
Sans qu*il soit nécessaire d'entrer dans aucun examen critique , îl suffit d'avoir cité ces deux traductions pour donner la préférence à k dernière , qui , toujours élégante , a conservé le mouvement et une partie de la grâce de i originaL Cependant Je reprocherai au nouveau traducteur cette expression et cette image si usées pour nous , /es rives du Mondegofleurissùlent sous tes pas, qu'il a prêtées àCamoéns. L'original porte: c< Sur les bords rians du Mondégo, dont tu ne détournois jamais tes beaux yeux, c'est-à-dire, dont tu ne t*éloignois jamais, » De leus formosos othoi nunca enxuto , De u$ beaux yeux jamais privé,
II est inconcevable que M. de la Harpe ait dit, en parlant d*Inès : ^ ELLE ( Inès) habîtoîf.. , , dont les flots aimoient à réfléchir les »• attraits de ralmabU InÈS. »
Florîan, qui a mis en romance fépisode d'Inès, rend ainsi cette strophe :
I^ front pare des roses du bel âge»
Charniaoïe Inès, dans une douce erreur ,
Tu jouiîsois de ce calme trompeur.
Toujours, hélasî si voisin de i orage-
Du Mondégo, témoin de ton ardeur.
Tu parcou|Ots les campagnes fleuries >
En répétant aux nymphes attendries
Le nom qu'amour a gravé dans ton cœur.
(i] Esta va s r linda Ignez, posta eni locego 1
De teus annoi colhendo docc fruto, Nàquelie engano da aima, Icdo e cego.
Que a brtona nâo deixa durar muito; Nos saudosos campos do Mondego, De teus formosos olhos trunca enxuiOi Aos montes enstnando, e is hervinhaf, O nome que no peho escrîpia tinhas*
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Je crois avoir suffisaminenl justifié ce que j^avois dit au commencement de cet article sur le mérite de la nouvelle traduction. Je puis avancer que M. Millié a tenu ce qu ii avoit promis dans sa préface ; il a ajouté à sa traduction des notes qui sont quelquefois aussi intéressantes qu'instructives j îl a rassemblé les jugemens , les hommages dont Camoëns a été Tobjet # et sur- tout il a traduit Texcellente notice de M. le comte de Souza, dont Foriginal est si honorablement placé en tête de la belle édition qui! a publiée de ce poète.
J eusse désiré que, pour compléter la réunion de ces divers tributs offerts à la mémoire de fauteur desLusiADES, M. Millié eût inséré dans son ouvrage la gravure de la médaille que M. de Souza a fait frapper en l'honneur de Camoëns.
D'un coté on voit la figure de ce grand homme , avec ces mois autour :
LUD, CAJffOES, OB, A* C. MDLXXÎX, A ET. UY .
Sur le revers, une proue de navire , entre une épée ei une trompette; au haut Lusiades, et au bas
D. /, M. SOUZA. EXCUDI. JUSSIT A, AÎDCCCXIX.
RAYNOUARD
Pla ton/s Philebus. — Recensiiit , prokgomems et commeiitdriis illusîravh Godofredus Stalbaum; accesserunt Olymphdori schoîia in Phikbum , nunc primum édita. Lîpsiae, 1 8zi , i//-^/, 300 pages.
QuojQUE plusieurs critiques célèbres aient publié des observations précieuses sur plusieurs passages du Philèbe, if est à remarquer que ce dialogue n avoit pas eu jusquici d'édition particulière; et pourtant il est peu de dialogues de Platon qui pussent réclamer à plus de titres le secours de notes fréquentes et d'une ex|4icatîon continue; car oa sait que le texte daucun autre dialogue nest plus corrompu > ou du moins n'en a plus l'apparence et la réputation. Mais ce genre de difficultés, loin de décourager la critique, Tattire ordinairement, et ii a fallu ici d'autres raisons pour la rebuter. N est-ce pas que depuis la mort d'Heindorf il s'est trouvé peu d'hommes, même en Allemagne, qui joignissent ?i de profondes connoissances grammaticales la sagacité
philosophique nécessaire pour pénétrer dans Ta métaphysique de certains dialogues de Platon! Aussi les travaux d*Hemdorf restent inachevés, pendent opéra intirrupta; le Parménide et le Théîctète attendent encore le Timée, le Criûas, le Politique. M, Stalbaum, jeune philologue de l'école d'Hermann, semble enfin s'être chargé de remplir le vide laissé dans la critique platonicienne par la mort d'Heindorf ; îl nous promet le PoJiiique, et nous donne d'abord le Philèbe, avec des notes nombreuses, le commentaire inédit d'Olympiodore , er une introduction étendue, destinée à faire connoître le but philosophique de ce grand et important dialogue^ l'ordre de la composition entière, et le rapport de ses différentes parties entre elles» Une pareille introduction est une partie essentielle rfun travail complet sur un dialogue de Platon : mais peut-être est-il à regretter que celle de M, Stalbaum rappelle plus encore le philologiie que le philosophe, et ressemble plus à un extrait un peu superficiel qu'à une introduction vraiment philosophique, capable de pénétrer dans le sens intime de l'un des plus beaux, mais des plus difficiles dialogues de Platon. En nous chargeant ici de suppléer il son travail, nous n'espérons pas être plus heureux que M. Stalbaum, nous avons voulu simplement faire preuve d'une bonne volonté.
Le Philèbe est véritablement le complément du Théartète. Après avoir établi que la science humaine se réduit 5 la sensation, et au raisonnement appuyé sur la sensaiion, les sophistes étoient trop conséquens pour ne pas conclure que la sensation, agréable ou pénible» explique la vie morale toute entière j que le mal est dans la peine r le bien dans le plaisir, et que le bonheur est fe but unique de l'existence. Le Thésctète étoit consacré à la réfutation du principe, le Philèbe Test à celle de la conséquence.
Le souverain bien réside-t-îl dans le plaisir et le bonheur, ou la raison, avec le cortège des sciences qu'elle nous révèle et des vertus qu elle nous impose, constitue-t-elle l'essence du bienî Ou encore, est-ce dans une sphère plus haute» au-dessus de la raison comme au-dessus du plaisir, qu'il faut aller le chercher î
Pour décider cette question, il est évident qu'il faut examiner avec l'attention (a plus scrupuleuse, reconnoître et mesurer dans toute leur étendue, le domaine du plaisir et celui de la raison , afin de déterminer si l'un ou l'autre contient le souverain bien. Mais, avant d'entrer dans cet examen sous les auspices de cette méthode sévère , synthétique et analytique à-Ia-fois, qui recherche tous les faits individuels pour en tirer des généralités précises en passant par tous les intermédiaires nécessaires, ou qui descend des généralités aux détail en ^'attachant aux rapports
qui les unissent, Pfafon essaie de trancher le nœud avant de le résoudre t et if répand d'abord sur toute la discussion une lumière qui en éclaire la marche et la suit dans tous ses détours. Puisque toute la question est de savoir si le souverain bien consiste dans le plaisir ou dans la raison , fa première chose à faire paroît être de déterminer ce qtie c'est que le souverain bien. Or, ne nous faisons point illusion, et interrogeons la nature humaine toute entière, et non quelques-unes de ses parties; et nous reconnoîirons que le souverain bien auquel elle aspire n*est rien moins qu'un bien inconnu, capable de repondre à tous nos besoins, de remplir toutes nos facultés et de ne nous laisser rien à souhaiter ni à concevoir au-delà. Le caractère propre du souverain bien est de suffire : ce caractère fixe du souverain bien établi, reste à savoir qui le possède, de la vre de raison ou de la vie de plaisir. Si Tune ou l'autre a besoin encore de quelque chose au-delà d'elle, elle ne se suffit pas eUe-même ; elle ne conslime pas fe vrai bien.
Mais pour examiner si le plaisir ou la raison suffisent à h nature humaine, il fitut avoir soin de les séparer de tout ce qui nVst pas eux, et particulièrement l'un de Tautre , de manière à bien reconnoîlre le rapport réel de chacun d'eux au souverain bien. Examinons donc le [îlaisir en lui-même ; faisons fhypolhèse des plaisirs et les plus vift et les plus longs; prodrguons-feur tous les caractères qui répondront le mieux à l'idéal de plaisir que rîmaginatron la plus exigeante à-Iafofs et la plus riche puisse concevoir : maïs soyons fidèles à l'hypothèse, c'est-à-dire, ne laissons entrer dans le plaisir aucun autre élément que lui-même; car c*esi le plaisir en soi, et non le plaisir uni à quelque autre chose, qu'il s'agît de reconnoîlre. Il faut donc, pour étr<; rigoureux , ferre la supposition du jJus grand plaisir possible sans aucun mélange de raison. Or h prévoyance tient à celte partie de la raison qui du présent déduit ou induit Tavenir ; donc, saits h raison, pas de prévoyance, pas d'avenir, par conséquent pas d'espérance* De plus, sans la raison, pas de mémoire; car il y a du savoir aussi dans la mémoire, et se souvenir c'est connoître dans le passé, comme prévoir, cest connoître dans 1 avenir. Or n oublions pas qu'il ne faut mêler aucune connoîssance au plaisir; il faut donc lui retrancher aussi la connoîssance des plaisirs passés , puisque c'est une connoîssance : le voilà* donc borné au présent ; le voilà renfermé dans lea étroites limites de fmstant qui passe, qui toui-à-rheure n'étoît pas pour ie plaisir sans prévoyance, qui bientôt ne sera plus pour !e plaisir privé de mémoire. Eh bien! cet étroit espace ne lui restera pas même. En effet, la sensation du plaisir présent, et en général toute sensation t
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est un fait complexe. L'un de ses termes est, si je puis m'exprîmer ainsi, la matière de [a sensation, à savoir, Tjjnpression antérieure faite sur l'organe, firritation intérieure qui y répond, et lensemble de mouvemens et de phénomènes physiologiques qui en résultent. Que ces mouvemens et phénomènes se passent dans une substance divisible qu on appelle le cerveau , ou dans une substance que Ton suppose indivisible et que Ton appelle ame , toujours est-il que ces inouveniens et phénomèaes ne sont pour nous qu'autant que nous en avons coniioissance. Quelles que soient les conditions de cette connoissance, ii suffit de poser en fait que la connoissance doit être ajoutée à la niaïière de fa sensation pour constituer le fait de conscience. Tant que réiément intérieur de la connoissance n'a pas eu lieu, l'élément extérieur et matériel est entièrement comme s'il n etoit pas , et la conscience n'est pas encore née. Toute sensation dont on n a pas conscience est vaine; toute conscience suppose appercepiion , toute apperception est connoissance , et la raison est déjà dans la sensation, ou la sensation est sans réalité. Otez donc la raison, et la sensation du plaisir présent n'arrive pas à la conscience, et le plaisir tout seul, en tant que plaisir, est impossible. L'hypothèse condamne donc le plaisir en soi à ime condition qui le frappe lui-même d'impossibilité,
Or si telle est la vie de plaisir considérée en elle-même , indépen* damment de tout ce qui n'est pas rigoureusement elle , satisfait-elfe à la définition du souverain bien î une pareille vie sufîîi-elle à Thommer
Maintenant essayons l'hypothèse contraire: supposons une vie toute de raison, où la science, la mémoire, la prévoyance, la sagesse, soient réunies au plus haut degré, à condition qu'il ny ait aucun plaisir ni petit ni grand, et par conséquent aucune émotion, aucun sentiment à proprement parler» Pensons-y bien ; ne retranchons pas les plaisirs des sens pour laisser ceux de la vertu, de la science , de Imtelligence ; car tout élément de plaisir, quels qu'en soient la source, la forme , le degré, doit être impitoyablemenl retranché; et après cela demandons-nous avec sincérité si cette sublime et abstraite existence suffit aux entrailles de rhomme, et si l'âme humaine ne rêve rien au-delà! La conclusion est que ni le plaisir tout seul ni la raison toute seule ne constituent le souverain bien.
Mais si Ton méloit le plaisir et la raison, quelle partie de la nature humaine réclameroit encore î Ce mélange ne saiisferoit il point h tous nos besoins, à toutes nos facultés, ne suffiroit-il pas à l'homme, ne seroit-il pas le souverain bien! Peut-être: mais comment et à quelle dose faut-il mêler le plaisir et la raison î Qui doit prédominer dans ce
mélange I On ne |>em résoudre ces problèmes que par une connoissance plus intime des élémens qu*lj s'agit de combiner , c est-à-dire , du }>hisir et de ia raison. Avant donc de se laisser entraîner à aucune solution précipitée, ii faut faire une revue méthodique de la raison et du |>laisir, et avoir, en quelque sorte, une statistique exacte du monde sensible et du monde rationnel. Platon commence par le premier, par le plaisir, dont il détermine le siège, Ja nature, forigine, les caractères , sans oublier (a douleur , dont la théorie se mêle à celle du plaisir et le complète. Nous nous contenterons d'exprimer ici les résuirais de ceite longue et belle anafyse,
I , * Le plaibir et la douleur sont des affections d'un être organisé et animé, et tout être organisé et animé est le résultat dune combinaison d elémens divers , dont Tidéale perfection seroit d'être en équilibre. Aussitôt que l'équilibre se dérange, il y a peine; quand Téquilibre se rétablit , il y a plai^r : le désordre est Torigine de la douleur, le retour h Tordre est celte du plaisir. Le plaisir ei la douleur ne peuvent donc avoir lieu qu autant quil y a mouvement, changement, trouble, révolution: n éprouver ni plaisir ni douleur, ce seroit donc être placé au-dessus des lois qui président à lorganisation des êtres, au-dessus de l'ordre et du désordre des élémens , au-dessus de tout changement ; ce seroit être placé au-dessus des conditions de toute nature composée et finie; ce seroit être Dieu lui-même. Aussi, l'antagoniste de Socrate, Protarque , avançant que sur ces principes il n y a pas apparence que les dieux soient sujets à la joie ou à la douleur , Socrate répond qu assurément il n y a pas apparence , la foie et la douleur contenant quelque chose d'iodécent qui dégraderoit la majesté divine, Le plaisir et la peine sont dont: des affections d*un rang inférieur.
2.." Le plaisir et la peine ne se rencontrent pas seulement dans la sensation : tous les accidens sensitifs s evanL»uiroient sans laisser aucune trace, sans retenir aucun lien entre eux, si la mémoire ne les conservoft, en les coordonnant*, ou plutôt, c'est la réminiscence qui opère ce prodige; car il y a deux mémoires : Tune, passive comme la sensation, la réfléchit involontairement et accidentellement par une bonne fortune sur laquelle on ne peut jjas toujours compter, qui dure peu, et qui ne va jamais jusqu*à re}>roduire un ensemble dans toute son îiiégrité; (autre qui naît de la volonté et ne reproduit plus par hasard des traits indécis, mutilés et fugitifs, mais interroge elle-même Je passé, révoque devant elle, en rassemble tous les traits épars pour en faire elle-même un tableau complet et fidèle. La mémoire passive ne dispose jias d elle-même : la réminiscence dispose d'elle, se gouverne,
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le cornue; et c'est à elle que commence, h [proprement parler, la vie morale, dont le centre est fa volonté. Ces plaisirs et les peines qiû réiulfent de ce nou%'el ordre de choses, sont les plaisirs et les peines de l'arne. Ces plaisirs et ces peines donnent naissance au désir ; le de>ir est donc, suivant Platon, un pliénomène intellectuel, puisqu'il suppose la réminiscence et la vie niorufe,
3.** Le ptaiiir et la peine peuvent se rencontrer siinu!t:inément dans le même fîiir, par le concours de cîi constances différentes.
4'** S'il y a des opinions vraies et des opinions fausses, il y a des plaisirs vrais et faux, c'est-à-dire , vrais et faux relativement à leur objet , comme lorsqu'on se ré/ouit dans Tesporr d'une chose qui n'arrivera pns, ou lofiqu'on satiriste par le regret d'une chose qui n'est pas arrivée.
ï,** Peut il y avoir un état de l'ame entièrement vide de plaisir et de peine? Cette question peut se ramener h celle ci : Tout être ani*ne a-t-il toujours la conscience de tout ce qui se passe en lui î Socrate incline pour la négative.
6.° Le plaisir est-il négatif ou positif î Le plaisir n'est-îl qu'une négation de la douleur, laquelle seroii alors le seul fm positif! Il paroît que ce toit là une opinion célèbre du temps de Platon, qui, :»ans fadopier, se sert des argumens qu'elle lui fournit contre le système du jjlaisir, Ann'sihêne n'est pas nommé, mais on peut le reconnoître dans le portrait de Thomme austère qui ne philosophe point avec le simple secours de la raison et les lumières iniparnales du sens commun, mais par une sorte de dépit généreux qui lui in>pire une humeur involontaire pour tout ce qui ressetnble au plaisin
7.** La vivacité du plaisir n'est pas un argument en sa faveur. En effet, les plaisirs les plus vifs sojit ceux dont les désirs sont les plus ^ioknSi et la violence des désirs étant relative à celle des besoins, il s'ensuit que les plaisirs les plus vifs se perçoivent nécessairement au milieu dts peines les plus vives. Ensuite, les plaisirs les plus vifs appartiennent plus h (a vie désordonnée qu'à In vie régulière et tempérante; car le sage est retenu par la maxime « rien de trop , » tandis que J'hotnme déréglé s abandonne à toutes les extrémités du plai;ir et s'y livre jusqu'à eu perdre le sens* Les plus grands plaisirs, comme ks plus grandes douleurs , sont donc attachés i une mauvaise disposition de famé plutôt qu'à une bonne.
8.*' Les plaisirs et les peines phy:>iqiîes ou morales sont des composés ou I un et Fautre ingrédiens * le pliîsir et la peine, entrent à des doses différentes. Souvent Its deux élémem sont si intimeioent
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h6 JOURNAL DES SAVANS»
confondus, et ïîennenl sî profondément Fun à ['autre, qu'on ne peut les séparer qu en les détruisant tous fes deux. Quelquefois c'est le phhh qui prédomine, et quelquefois la douleur; et c'est lelémeat prédominant qui donne son caractère et son nom à la combinaison.
Tout plaisir réel est composé de plaisir el de peine : tous les objets réels de la nature , composés et variables, ne nous donnent que des plaisirs semblables à eux. Ces figures, ces coufeurs , ces sons, ces formes de toute espèce, qui nous chnrinent et qui nous entraînent» mêtent toujours h la vivacité des plaisirs qu'ils nous procurent, quelque chose d'inégal et de douloureux; on en jouit avec inquiétude, on les perd avec désespoir : mais que rinielligence traverse ces apparences extérieures , quelle pénètre dans rintrmité de {a nature et dans les profondeurs de son essence, elle y découvrira un autre monde, d'autres Couleurs, d'autres lignes, d'autres figures. On comprend qu'il s'agit ici des figures idéales caLhées sous toutes les figures récllts dtf cet univers, de la ligne droite du cercle, du ïriangle géojmtrique, des tons simples dont se cotnpose la mélodie, des couleurs piitniîives, des formes incorrupul)les et des proportions invariables qui entri^ni dans la compositioji de tous les êtres. Ce monde, qui échappe aujt yeuK des sens et du vulgaire, est toujours ouvert au sage, refuge assuré contre les troubles du monde exiérietîr; source inépuisable de j^l^iisirs toujours nouveaux, dont la privation n'est pîs douloureuse, et dont la jouissance est accompagnée d*ajîe sensation agréabfe sans aucun mélange nécessaire de douîeur. Le bonheur que nous offre la science est aussi un bonheur sans mélange comme celui de la contemplation inteUectuelle; il est pur, dans toute retendue et dans toute Tcnergie de cette expression. Or il y a une sympathie intime entre la pureté, et la vérité et la beauté : ce qu*il y a de plus 'pur est essentiellement ce qu'il y a de plus vrai et de plus beau, La blancheur la plus viate el la plus belle ifesl pas celle, selon Platon, qui renferme le plus de blanc souvent mélangé, mais celle qui est h blancheur h plus pure, c'est- *Y-dîre, celle qui renferme fe moins d'élémens étrangers. Il en est ainsi de tout le reste, et par conscquent du plaiîir et du bonheur. Le bonheur pur ou dégagé de toute douleur, quoiquVn petite quantiié, est plus du boiiheur, est un bonheur plus vrai et plus beau que la plus grande quantité de bonheur composé et mélangé. La mesure du vrai et du beau e^t donc la pureté, non la quantité et la grandeur»
Voilà le plaÎNÎr dans toute sa pureté: ce{»endant, même en cet état, il est essenfiellement relatif, el par conséquent d'un ordre inférieur. Il y a deux sortes d'exîsttuces, l'existence abi^olue et l'existence rela-
tive. L'existence atjsolue vient rfelle-mêrne, se rapporte à elfe mêmei ^e suffit à elle-ïuènie. Lexisteiice relative a Ijesoin d'une autre pour exister et se maintenir Or le plaisir n'est qu*un j>hénoniène, un acci^ df:ni qui paroît et disparoît, et qui même, pris dans llnsiant où il passe» change snns cesse et admet sans cesse du plus et du moins, caractère incoinpatii^le avec ce qui existe en soi ; le plaisir est donc iftiatif , rela jf à une autre chose, laquelle nécessairemtnt doit être alisolue. Lexistence absolue, à laquelle le plaisir se rapporte, lui est donc supi Heure et Texclut du premier rang j si elle est le bien, le plaisir lie peut rétfe. II suffit de distinguer l'existence absolue et l'existence phénoménale, pour comprendre qu'il est impossible de mettre le bien dans le plaisir. Que penser après cela des philosophes qui, au litu de rapporter le phénomène à l'existence, îe plaisir h son principe ^ rap[>oneni leur vie toute entière au plaisir comme à l'existence elle-même, subissant ainsi toutes les conséquences de cette subversion de I ordre, et soumettant toute leur destinée aux conditions inévitable* de tout phénomène, à la diminution comme à raugmentaîion, k Talératron, au changement et h ce trouble perpctutri qui est fa loi de toute nature relative et contingente!
Si le plaisir est fe souverain bien , il est le vrai principe directeur de TexisiencL', C*est à lui qurl faut tout rapporter; c'est sur lui qu*i| faut fout mesurer; cest loi qui doit décider ce qui est bien» ce qui est mal, el si les attributs de Tame, la force, la tempérance, FinteHigence» h liberté, le dévout^ment, sont bons ou mauvais, selon qu'ils font pour [ui ou contre lui. Dans ce système, le plaisir et la peine sont la condition de la bonne ou de la mauvaise dispoNition de famé. Souffiir est un mal, fût-on le plus veriueux des êtres; jouir est un bien, en fût-on fe plus pervers.
Telle est lorigine du plaisir, sa nature, ses formes diflerentes, ses caractères essentiels, ses conséquences, en un mot, tout le système du bonheur. H résulte de cette analyse, que si le plaisir» même le plus excellent et le plus pur, est encore marqué du caractère de relativité Cl de coniingenLe, il est dans une impuissance invincible de constituer le souverain bien et de suffire à la nature humaine.
Passons maintenant à fanalyse de la raison 1 et considéronsla dans ses produits, dans les connoissances humaines.
Rien de plus facile que de diviser et de classer les sciences d'après certaines vues et pour certains I esoins de l'esprit ; mais une méthode iévèrc ne peut s*arrêter à ces distinctions et ces classifications arbitraires. Laiiàam là toute considération d'utilité pratique » et s'attachant au sujet
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en lui-inênie * c'est de l^idée même de la science qu'elle part pour examiner, divirer et classer tentes les sciences. Or» Je caractère et la me.^ure de la science» comme de h blancheur» du plaisir et du bonheur, est la pureté et Tabîîtmcuun, c'est-à-^ire , le retranthement de icui élément éirangcr ;er tout élénuni particulier et contingent est étrangt-r à fa science. If n*y a point de science de ce qui passe» de ce qui pei erre ou n'être pas , de ce c{ui fut hier et ne sera plus demain ; ce qui change et devient sauf^ ccsso tans ét:e jamais k parler rigoureusement. Le particulier et le contingent peuvent bien se mêler h la science; ils rcnveloppent , ils ne la consiiruent pas. Plus une scîtnce est entourée. de cet stliage, moins elle a de hauteur et de vérité, ne renfermant que des vérités qui ne lui appartiennent pas, dépendantes des ftmps, des lieux , des cîrccnstances , vérités à telle condition , erreurs h telle kuire. Plus elle est pure, au contraire, plus elle renferme de vérités universelleîs et nécessaires, et plus elle a de vérité, plus eJle est élevée dans léchelle de la science*
Platon met donc au-dessus de toutes les scitntes qui nont pour objet que farbiiTaireel la contingence, au-dessus des sciences empiriques , ctlles qui s occupent des véritts univeraolles et néces>aires, II lesapjielle directrices, w^ «^v/itctf , pnrce quelles fournissent à toutes les autres un point de départ, une impulsion, une lumière, un lut. En effet, ô^cz aux sciences empiriques» Tari hméttque, fa géoméiriêi la physique mathématique, la métaphysique, la morale désintéressée, il ne vous reî»te que des ans et nvn des sciences, des routines au lieu de méihodes, et i la place de règles fécondes , des lâtonnemens et des calcuL inceriaînïî. C'est dans Platoji lui-mênie qu'il faut voir I enumération et la classification des scienct-s d'après ce point de vue, et Tetat des connoissances humaines à celte époque.
Mais ]>armî \^b sciences qui seules méritent ce nom , parmi fes sciences supt Heures, chacu:ie d'elles contient en quelque sorte deux sciences différentes, cestàdire, une parîic plus scienirlique que fautre. Par exf mpfe , larithméiique est double : il y a l'arithmétique qui opère sur le concret et s allie k des élémens étranger* ; et il y a celle qui opère sur rabstnît, n*admet que des quantités pures et des rnpports indépendant de toute matière. Il y a deux géoméïries, celle des mesureurs vulo^aires et ceMfe dvS philosoj>hes. il y a dtux physiques, deux astronomies ; enfin pai-tout et toujours le caractère scientifique est fabstrait et le pur, funiverset et (e nécessaire.
Si les divers degrés de pureté et d^ fixité déiermîiient et mesureii les divers degrés de fa science, la première de toutes fes -♦tences doit
t*>re celle q.ii considère dans toute science ce qu'il y a fie pur et de fixe , ce qui en fait ime science véritable , je veux parfer de la dialectique* Et ne confondons pas ia dialectique des Grec> et de Platon avec ceîfe de la scolasrrque moderne, profonde dans Tapparence, ignorante d^is lit réalité, perdue et comme ensevelie dans des argurres verbales et dts formufes pcdantesques, La dialectique de Platon néglige les ii^ots et (es formes, tend h (essence, et s'y attache- Elle va parcourant toutes les sciences, cfiotA^ja^i', recherchant les bases de chacune délies, en examinant la légitimité, retranthaut tout ce qui nest point d^accord avec Tidéal scientifique dont elle est armée, qu'elle poursuit dans tout, qu'elfe impose à tout, séparant la plus haute probabiliié de la certitude, la génénfi^aiion fa plus étendue de ] universalité , la vraisemblance de la nécessité, Tapparence du réel, le phénomène de fétre; elle ne s*arréte que quand elle est arrivée là; car alors elle est arrivée au plus haut degré de pureté et d abstraction , Téire étant essentiellement identique et simpFe , et tout mélange , toute composition , tout alliage d elémens étrangers ♦ et par conséquent toute ahérarion de la vérité, expirant dans fabsolue pureté de l*es^ence* La dialcc îque est la science de l'ab*»ola et de Féire; elle est donc la science par excellence, la science de la science pour ainsi dire, elle est la sagesse et la raison t.-Ile*méme.
Ici finit toute analyse; on ne |>eut ni remonter plus haut ni p5néirer plus avant Nous avons atteint ce qu'il y a de plus pur dans la science, nous avons rpuisé ce qu'il y a de meilleur d:ïn$ fa raison: eh bien! même 5 cette hauteur, înterrogerns-nous dt* bonjie foi, et demandonsnous SI dans cette sphère sublijne quelque chose ne nous mancjue pas encore, si rien au fond de nous-mêmes ne nous dejiiande du bonheur; car ne Toublions pas, plus nous avons pénétré dans rintimité et fa pureié de fa science, |ilus nous avons dû séparer rigoureusement la science et la raison de tout élément étranger, et par conséquent de tout plaiiir ei de tout bonheur. Or la nature humaine, naïvetTient et proffïudément interrogée, répond avec une force irréHstible qu*tlle ne peut se défendre d'aspirtr au I oiiheur, et que ia science de fétre luimême, la science absolue ne lui suffit pas. Nous voici donc ramenés k cette conclusion générale, que ce nest ni d'Ans le plaisir tout seul, ni dans la >cieiîce toute seule, mais dans le mélange et la combinaison de Fiîn et de l'autre, cju'il faut chercher le souverain bien.
Maii comment faire ce mtlange l mélera-t-on toutes les sciences avec tous Its plaisirs, ou seulement les sciences pures avec les plaiàirs pursî
Ici se montre le bon sens qui, dans Platon comme dans la réalité, est toujours joint a l'é évaiîun et à la profi/ndeur. N*;idmettre dans les
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sciences que h parfie qui s'occupe de (absolu et de l'irnmuafjle, ce seroii se renfermer dans une sphère sans contact avec celle d'ici-bas , ce seroit retrancher les conditions mêmes de notre existence actueKe» c'est-^-dire du bonheur* Laissons donc aller tes sciences empiriques ^ la stiitedes sciences plus pures, pourvu que d*abord nou:» nous soyons mis en possession de celles-là; car les sciences empiriques, si dajigereuses et si vaines lorsqu elfes nous font illusion sur les sciences vérî* tables, dont elles nous écartent ^ sont bonnes et vraies quand on le^ a rendues au rapport qu*elles devroient toujours garder avec la science et b véfiié. Quant aux plaisirs, il faut accepter les plaisirs purs dont nous avons parlé , les plaisirs que la quantité et la grandeur extérieures recommandent moins que leur qualité intrinsèque; les plaisirs qui tiennent le plus k fa raison, et qui accompagnent là vertu ^ la temper.mce et la sagesse. Mais > pour les plaisirs qui naissent de la folie et de Tintempérance, qui voudrait les associer avec la raison! La réglé invariable de ce mélange est de ne rien mêler à la sagesse qui luî répugne et puisse jamais lui faire oî>siacle. Cette règle écarte les plaisirs trop grands, quelle qu'en soit la source, fût-elle, en apparence» la plus noble et la plus élevée; if faut les écarter, quels quil> soient, sous quelque forme qu'ils se présentent, de quelque côté qu'ils nous viennent, par cela seul que leur effet inévitable est de troubler I ame , et par conséquent d*ètre lôt ou tard un obstacle à la sagesse. Tout élément passîo::né doit être scnipuleusement retranché du mélange, et c*est entre les plaisirs purs exclusivement et toutes les sciences sans distinction que se fait le mélange le plus vrai, le plus hannonieux, le plus beau, fimage la plus fidèle et la plus complète du souverain bien dans Thomme et dans Tunivers. Je dis le plus vrai, puisque ainsi il a été fait sous les auspices de la vérité, ce qu'il y a de plus pur, c*est-àdire, ce qu'il y a de plus vrai dans la science et dans fe plaisir étant les élémens de ce mélange ; le plus harmonieux y puisque sans Tharmonie, la mesure et ta proportion, ce ne seroit pas un mélange, maïs la confusion et le chaos; enfin fe plus beau, puisque la vérité et la proportion constituent la beauté, La vérité, la pro[)ortion, la beauté* tels sont les caractères du mtiange qui seul nous représente le sou* verain bien.
Or, si tels sont les caractères de ce mélange, auquel des deux éiëmens dont il se compose » se rapportent-ils; au plaisir ou à fa raison? En d autres termes, la combinaison du plaisir et de la raison étant nécessaire pour constituer le souverain bien, quel est celui des deux
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élément qui pixdomrne dans la combinnison, et en fait la vériié, b proportion et la beauté l
i." La vériié se rapporte-t-eîte p[ys au plai.sîr ou à la raison! mais rien de plus trompeur que le plai^r, tandis que la raison est ou la même chose que la vérité « ou ce qui lui res!»einble davantage et ce qu'if y a de plus vrai.
a,'* Quant à la pro|>orlion, rien de plus impatient de toute mesure que le plaisir.
3*** Pour la beauté , personne n*a imaginé, même en songe, de rougir de (a raison , comine dune chose laide et honteuse ; tandis que le pfaisir » quand il n'a pas été soumis à la mesure et à la vérité , risque de paroître honteux et ridicule, et que tout mortel, par un instinct de pudeur qui ir;ihit à-la fois et la dignité de In nature humaine et rinfériorilé du plaisir, cherche Tombre ei le mystère pour y cacher ses plus exquises jouissances.
Ainsi, en résumé, ni le bonheur ni la raison , considérés isolément même à leur degré ïe plus élevé , ne constituent le souverain bien. Pour y atteindre , ii faut mêler le bonheur avec la raison, en choisissant ce qu'il y a de plus pur dans iun et dans Tautre, de manière à en composer un mélange dont les caractères soient la vérité, la mesure et la beauté, c'est-à-dire, dont la raison reste toujours félément tundamentaL
En terminant cette rmparfàire analyse d'un des plus anciens monumens de philosophie morale , nous ne pouvons nous empêcher de remarquer la singulière analogie qu'il présente avec la dçniière grande tetitative phîIoso|ihîque qui a honoré ia fm du xviii/ siècle. Sous le règne des méih«»des ei des cLissifications empiriques , il sest rencontré un homme qui entreprit de déterminer avec plus de profondeur i elé- Jriert scientifique des connaissances humaines , et par-là la vraie méihode, et qui, au scandale de toute la philosophie contemporaine, trouva cet élément scientilique dans le caractère de nécessité et d'universalité qui! assigne à une partie de nos connoissances. Toutes les connoissances humarne!^ contiennent, pour parler la langue bizarre, si Ton veut, mais précise et claire, du philosophe de Konigsberg , une partie matérielle , c'est-à dire, des données extérieures, sensibles et empiriques, variables et contingentes comme la sensibilité et l'expérience; et de plus une partie formelle , c esuà-dire , empruntée à la raison qui , inte'^venant avec fes lois, impose auit élêmens isolés, divers et fugitifs de lexpérience et des sens, sa propre forme, un éhment intellfctuel et intérieur qui les rallie et les coordonne, et en fait des pensées, des propu-
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sitions. Toute coniioîssance réelle esi conijilexe, composée cTune j^aaîe maiériclle et d*une pariie foniufle. L'analyse vulgaire s'airéte au composé t l'analyse philosophique coniisle h sé[)arer ces deux termes pour ne s'ariacher quà run deux, à la parïîe univer^^t^lle et nécessaire^ à la forme de fa connuissance, el k s*élever sans cesse du composé à rabsirau, de la rai:>on convidérée dans ses rapports avec le iiiond« sensible, îi fa rnîson considérée eti elle-mcme et dans sa pureté, Kéhabiliter I uidtpendance de fa raison » déterminer avec précision toutes les lois qui énianeni de sa constitution, éiiumérer toutes ces Il^îs, les classer systémaïR|iiement , développer feur action et leur mécaniime intérieur, me:»urer avec une exactitude scrupaleuse leur portée la J^hts haute et leur limite nécessaire, et toujours rester dans la sphère de Tab^tr action la plus élevée , et cela sans aucune teinte de mysticisme ou de fanatisme, avec une méthode dob^^ervation j^sycologique profonde, régulière et lumineuse, voilh Vidée fonclameniale de la Critiijue de ta raison /Jwrf, N*est elle pas déjh presque toute entière dans le i'hilèlie l £t, chose singulière , avec ridentilé ût^ idées, n'y trouvei^on pas aussi celle du langage ; et l'expression célèbre qui sert en quelque chose d'étendard à la philosophie de Kant, ne joue-t-elle pas aussi un rôle important dans le Philèbe! Daî rein, et td tthin^nn 9 fé pur et faf>strait, ne sont ils pas à-la-fois la devise et le but des deux philo Sophie s !
Mais c'est sur-tout la critique de ta raison pure prAÙcjuf que le Philèbe nous r;tppelle. Toujours fidèle 11 sa marche générale, Kaiit commence par y déterminer encore les caractères quedevroit présenter le principe moral pour âtre un véritable principe. dV&l là qu'examinant lentement et scrupuleuiement tons les efforts de la sensation pour faire un principe moral de riniérét personnel, il a prouvé une fois' pour toutes , avec une rigueur et une étendue qui ne laissent rien 5 désirer» que rintéréi personnel, le bonheur étant essentiellement relatif h celui qui ré|>rouve, varî* nécessairemetU dans l'infinie variété des individus et des circonstances, et par conséquent ne peut constituer un principe de léglslaiïoïi: morale. Qiîels sont dune les caractères qui distinguent le principe moral î Ceux là même qui distinguent les vrais principes ifiétaphysiques, runiversaiité et la nécessité , c'est-h- dire, en morale, rohligation. Otta ces deux caractères, if vous reste les conseils el les calculs de la pru* dence; mais vous n*avtz plus de devoir, le devoir n étant pas, si on peut Téluder sols quelque prétexte, et néiant pour personne, si un ieal en esi délié. Or , en descendant en soi-m;me , on y ifouve cette
llotîon sacrée du devoir marquée avec éclat de ces deux nobles attributs
d'unner^nlité et d'obirgnfjon absolue.
Mais si cVst la raison pure qui révèle et qui fonde [a loi du devoir et le principe uniier»>ellenienf obligatoire de la justice ♦ il suit que ce princrpe est applivabfe k tout , et même au lioîiheur, dont it est essentitfflement dt>tinct; et rapplication directe de l'idée de la justice à celfe du bonheur, donne naisî.ance à un nouveau principe que la raison pure reconnoît irrésistiblement, et qu'elfe proclame avec la nième autorité que le premier, savoir, que le fjonheur est dû à l'accompli sèment de la lui morale , qu'il en est h conséquence iégiliine. Le ()rincipe du mérite de la vertu est aussi universel, aussi abî^olu que celui de la vertu niéjue. Séparez ces deux principes, il y a trouble et contradîclïon datiN la raii.on : ce n'est plus métne ici, comme dans Platon, la sensibilité qui réclame. Toute con^idé^ation sensible e>i écartée; Iç bonheur nVst plus un be>oin, cest un droit irhérent h un devoir, et constiiuaoî avec lui une unité moialeque liant, ainsi que Platon, appelle le souverain l)itn. Dans Fun comtue dans lautre, le souverain bien a deux éîémens indivisililes; et dans Tun comme dans Fautre encore, ces deux élénïens tout indivisibles qu'ils sont dans Funiié du souverain bien , se di>ijn^uent néanmoins en ce que Fun doit toujours rester lelétnent primordial qui détermine et mesure Fautre. Le bonheur est lié intimement à bi verm ; mais, selon Kant, la vertu reste toujours le motif unique de Facte moral, qui n'est moral en soi, légitime et bon, que |iar son rapport immédînt à la règle qui seule doit Fa voir déterminé* Le bonh- ur nVst mèiiie un droit qi^autant qtFil n'a pas été un motif; il est permis to t au plus comme espérance* Comme but direct, il cesse détre légiiiine, et du haut rang où lelevoit sa su!)ordination à la vertu» il retomîje partni ces tnobiles sensitifs avec lesquels la raison pure pratique n'a rkn à voir.
Les développemens analytiques de ces grandes idées remplissent la première partie de Fouvr;>gede Kant. La seconde embrasse Fensemble des coJiPéquences ontologiques que la dtaleciique déduit des faits et des principes p ycolo|'iques pfécédemtnent établis. Si nous devons, noua pouvons, et Fol Itgatîon de la vertu iinpiîqut le pouvoir de la pratiquer. S'il y a une alliance nécessaire entre la vertu et le bonheur , l'ol}StacIa de ce monde extériiur, relatif et contingent, est un obstacle vain devant un décret de la raison pure; ce décret doit être réalisé, et Fordre moral ou la réparation de ce désordre tejnporaire , la vie future est infaillifJe, Et si elle Test, Fexistence d'une puissance supérieure à la fatalité de ce monde y et capable d opérer le rétablissement de Tordre,
n est pas inofns infaillible ; de sorte que la liberté , rimmomlit* de Tanie et Dieu sont des corollaires de la notion du souverain bien , corollaires dont toute la valeur repose sur celfe de leur principe. Tel est le système entier de la criiï^uc de la raison pure pratique, le monument le plus solide et le plus hardi que le génie philusophique ait élevé à la vertu désintéressée, La méihode qui a préside à sa fonnatîon, qui brille dans les moindres détails cor»iine dans les proportions générales et l'ordonnance du tout, est respril de la véritable abstraction, La pierre de Tédifice, la base réelle de tout le système , est le dualisme du souverain bien et la relation intime des deux termes distincts et inséparaljles à-Ia-foîs dont il se compose. Or Te.vprit de la vraie abstraction et le dualisme du bien sont les f indemens du Philèbe. L*accord de ces deux beaux génies qui se rencontrent sans s*étre cherchés j à travers tant de siècles* presque aux deux exerémilés de It civilisation européenne . n*est-il pas un phénomène curieux et frappant, qui dépose d\me manière touchante en faveur de runiversalilé et par conséquent de la haute vérité de leurs principes!
Dans le prochain article nous examinerons les principales difficultés du texte de Platon, les solutions de M, Stalbauni, et le commentaire d'Olympiodore.