TRADUCTION
Aa nom du Dieu clément et miséricordieux.
^^ff^^V
AOUT 1825. 4<îî
» Ceci est un écrit de Djaber , fils d'Obéïd , iniendant de Yémir
'i» Abd-alniélic, fils de Yézîd* •,*•.....•- ayant le nez
>y relevé en bosse. . , , • . des habitans du monastère d'Abou-Hermès,
» du nome de Memphis; ( attestant ) que je lui ai permis dans
M fe Saïd avec sa femme , ses provisions et ses marchandises , jusqu'à » la fin de schawai de Tannée ijî. Si quelqu'un des întendans de »lemir, que Dieu lui accorde fe bonheur 1 le rencontre,* ïi ne doit » lui opposer aucun empêchement , soit que ce soit un des principaux
» { officiers ) ou , schawai de Tannée
^ * . . . irenïe trois. »
Excepté Je nom et le signalement de fEgygiien auquel est donné ce passe-port, îl est facile de remplir les lacunes qui! présente, au moyen du précédent* Celui ci est scellé comme le premier, et avec le même cachet ; il porte aussi tout au haut du papyrus le mot *;>icv // a été transcrit.
Un des mois que |'ai eu le plus de peine à deviner , a été celui de Yéydf nom du père de Témir Abd-nlmélic. Je Tavois lu cependant, avant de recourir à la Description historique et topographique de Mîsr et du Caire, de Makrizi, que j'ar consultée pour savoir par quel émir TEgypte étoit gouvernée en ijj. Voici ce que dit cet écrivain : «Au commencement du mois de schaban <3î j Abou-Aoun Abd- *»alméjic, fiis de Yézid , qui étoit natif du Djordjan, fut nommé j> gouverneur de TEgypte et chargé en même temps de l'intendance M générale des finances, comme lieutenant de Salèh, fils d*Alî. » Abd-afmélic conserva ce gouvernement jusque vers la fin de Tannée ijj. D'après ce qui vient d'être dit, il y avoit deux mois qu'Abd* aimélic gouvernoit l'Egypte, quand son délégué Djaber, fils d*Obéïd, donna nos deux passe- ports.
On pourroit s étonner que des Egyptiens , habitans du canton de Memphis, aient eu besoin d'un passe- port pour faire ujî voyage dans le Saïd; mais je dois observer que Tépoque de laquelle ces passe-ports sont datés , coïncide avec celle de la chute des Ommiades et le commencement des Abbasides ; que le dernier khalife ommiade avoit cherché un asile en Egypte, et que le changement de dynastie occasionna des troubles et des hostilités dans ce pays. Il n*est pas surprenant que, dans de telles circonstances , on ait soumis les chrétiens indigènes de TEgypte à une surveillance qui pouvoil ne pas avoir lieu dans des temps plus tranquilles.
J'ai dit que ces pièces , sous certains rapports , sont d'un irèsgrand intérêt. D'abord elles sont les plus anciens monumens connus
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de récrimre ^rabe en général; du moixii sont elles les seals moninitfis tntiques de celle écriture qui aient une date ceriaine. En second lieu, elfes pfouveni que le caractère nommé ntskki est de deux siècles au motm auférieur au célèbre vtzir ELn*MoUa , à qui on en attribue communément finveniion. Celle opinion n*a point irouvé, que }e sache , de contradicteurs ; ei c^est une chose reçue parmi tous ceux qui ont traité de Técriiure et de la lirtérature aral:es, que le caracière nomtné dans ta suite cciifiqui , du nom de la %'ille de Coufa » a été introduit p^rmi les batitans du Hedjaz pçu de temps avant Mahometi qu'il tire son origine de fancien caractère syriaque nommé eiiranghclo , et que c'est de la Mésopoïamîe qu'il s*esi introduit parmi les habitans du Hedjaz: enfin, qu'il a continué à être d'un usage général pendant les trois premiers siècirs de rhégîre , et n'a été remplacé que lorsque fe vizir Ehn-M«Ala, mort en 324 ou 526 de Thégîre , eut inventé le caractère dont on fait encore usage aujourd'hui , caracière qui a subi, f( esc \raip par la suite, quelques réformes et quelques embelIrsse-menSj mais sans être dénaturé ou altéré dans ses formes essentielles. Voilll ce q»:e dt>eniy d'un commun azcord^ d'Herbelot ( Bibthth, orlentatt , au tnoi Afoitûft) ; Edw. Pococke (Sptcim. HhL arab,) i kAhr ( Dfscfiptio cadi- €um iiuorumdiim cuficorum , . . et ^^ Scripturâ cujicâ Arabum Otscrvûthnes mvœ / ; S, G- Wahl (A 'fg^mcinc Ctschkhu der morgenlanJ. Sprachen) ;cte Jenisch /de Fatli hguarum orUntalium ) : ewfin fai tnoi- même supposé la vérité dt- celte opinion dans mon mémoire ^xit T origine et Its amhns monumins df la lUférature ckc^ les Arabes , inséré dans le tojue L des Mémoires de Tacadémie des inscriptions et Lelfes-letires, Toutefois , les aurorriés que j*ai rnpportées et discutées dans ce mémoire, m'ont paru prouver qu*anîéiîeurernent au caractère auquel convient proprement fe nom de coujiquc » il exisioit deux vanétês du carat tcre arabe origiî)rtîr« iMent venu de la Méso.poiamie; que de ces deux variétés, Func étiïîi U!»iiée à la iMecque, l'autre 5 Médîoe; qu*a;>rés la (bndatîon de llisra et de Coufa , on introduisit dans ct:s deux villes deux nouvcllt^s variétés du caracière arabe qui furent di^îi^guées par les noms de ///?/'/ et de coufi ^ et que ce dernier devînt général, en sorte que 1,1 connuissnnce des autres est itialement perdue pour nous.
Au rt ste, c'est d'après les hisroriens et les philologues araf>es euxm^mes," fju'un a aîiril>ué h Ebn-Mokia la suhsiiïutîon du cnmctère riral?e u>nc aujinud bui au c;iracière couficjue ; et (a st-tile incertitude qu'îU bH.>vent à tel é^ard , c'est de savoir si Ton dtiit faire honneur de ceile bu'j'uïiun ti Ebd Mokia , ou à son U^m Abou- Abd-allah Hantit iHorï en jj8. Quoique les pn^î^nges d'Ebn Khikaji, qui ont
servi d'auforité principale çii cette matière, aient été cités plusieurs fois, et que le texte même en ait été donné, maïs avec peu d'exactitude, par M. Adier, je ne puis me dispenser de lès rapporter ici. Je commence par celui qui se trouve dans ia vie d^Aboulhasan Ali, fifs de Hélal, connu sous le nom d'Etn-alùau^u-aù (i). « H nV a personne, dit le j> biographe arabe, ni entre les anciens, ni entre (es modernes , qui ait o écrit comme loi , ou même qui ait approché de la beauté de son écriture , " quoique Ebn-Mokia soit le premier qui ait tire du caractère coufique » le système actuel, et qui lait amené à cette forme; il a en cela » le mérite de la priorité, et son écriture est aussi fort belie; mai» » Ebn-aibawwab a |>effectionné son système, en a rendu l'exécution » pius pure, et lui a donné un extérieur plein de charmes et d'agré- » mens. D autres disent que finventeur de celte belle écriture nVst » pas Abou'Ali , que cest son frère Abou-Abd-albh Hasan. Nous n en faisons mention dans la vie d*Abou Ali^ qui est classé parmi les » personnages du nom de Afohammid, Il faut le voir en cet endroit. »
Voici maintenant ce qu'on lit dans la vie d'Ebn^Mokla ( Abouh\\ Mohammed J :
ce Nous avons déjà parlé de lui dans la vie d*Ebn-albaw\vab , le »îcateb, et nous avons dit que c^esi lui qui a tiré le système actuel «du caractère coufique, et qui lui a donné celte forme, c'est-à-dire, «lui ou son frère, suivant la diversité d opinions dont nous avons '> fait mention dans Fendroit cité. « Quelques lignes plus I©in , le biographe ajoutfe que u le frère d'Ebn-MokIa, Abou*Abd-aIlah Hasan, j) étoit un*caleb de beaucoup de talens , et lettré; et le vrai, dit-il 1 » c'est que c*est lui qui est fauteur de la belle écriture, »
Je dois maintenant rappeler en quels termes s'exprime à ce sujet Elmacin, écrivain du Vf/ siècle de Thégire, qui, comme on sait, a abrégé l'Histoire de Tabari, et qui, à cause de cela jnôme, est d'un grand poids, bien que son texte, publié par Erpenius, fourmille de fautes qui arrêtent à chaque instant le lecteur,
«Cet Ebn-MokIa, dit-if, est celui qui est le célèljre auteur de ii récriture ; il est le premier qui ait converti Fecriture coufique « d'origine étrangère en ce beau système arabe. . , , Après lui est venu >3 Ebn*albawwab qui Fa encore rendue plus arabe, et y a atteint le o suprêtne degré* » Dans ce texte il reste un mot qui noffre point un
(i) C'est dans cette même vie d'Ebn -albawwib, que se trouve le ccléfare passage sur 1 origine de récriture arabe; mais il est étranger au sujet de U discussion actuelle,
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sens satisfaisant , maïs que je ne sais comment corriger. Au reste^; il n'y a d'îïiiportani dans ce passage que répîlhète ^'origine étrangm qu'EImacrn donne h l'écriture coufique^ et cette même épilhète lui est donnée par Ebn-Schohna , dans un texte que M. Adter a cité dans sa dissertation mxhulét Descriptio coJkum quorumdam cup\, et qui est conçu presque dans les mêmes termes que cetuî d'EImacin. Elfe prouve que récriture coufique étoit considérée comme étrangère aux Arabes; car fe mot t>Jj.» (i), que je regarde comme 1 origine de notre mol mulâtre, signifie un enfant né d\in père arabe et d'une mère étrangère, ou d'un père étranger et d'une mère arabe.
Ebn-Khaldoun, écrivain plus récent, mais qui joint à une grande érudition une critique assez rare chez fes orieniaux , traite fort au long de récriture dans ses Prolégomènes historiques. Voici un abrégé de ce qu'il dit :
« Sous fe gouvernement desTobbas , 1 écriture avoit atteint un haut » degré de formation, de régularité et de beauté, à cause que fa " civilisation et fe luxe étoîent aussi à un haut degré : c'est Técritiue » qu'on appelle himyarîte. Cette écriture passa des Tobbas à Hira , *» parce que Mondhar, qui y régnoît, et les fondateurs du nouveau "royaume des Arabes dans l'Irak, avoient quelques liaisons de sang » et de parenté avec les Tobbas , et partageoient leur patriotisme. » Cependant l'écriture n'y eut pas le même degré de perfection , » parce qu'il y avoit bien de la différence entre ces^ deux dynasties. « C'est de Hira que Tont reçue fes habitans de Tayef et fes Koréï- » schiies.» Ici Ebn-Khaldoun rapporte h% traditions qu'on trouve partout dans Ebn-Kotiiïl>a, Ebn Khîlcan , Hadji-Khalfa, ^c.,sur l'introduction de récriture parmi fes habitans du Hedjaz» J'observe seulement que, suivant le rétit d'Ebn-Khaldoun, c'étoit m\ homme venu du Yémen qui avoit apporté l'écriture à Anbar , et que cet homme en avoit reçu la connoissance d'un personnage nommé KhalJjan , fils d€ Kastm, qui mettoit par écrit les révélations du prophète Houd* U me semble que je n'ai point vu ailleurs ces particularités, qui tendroient h établir que Técriiure introduite à fa Mecque peu de temps avant Mahomet, venoit originairement du Yémen, et de récriture himyarite» Ebn-Khaldoun, dont je reprends le récit» dit ensuite «que fes Himyat» rites avoient une écriture nommée mousnad, dont louies fe> lettres n étoieni isolées, et quits ne souffroient pas que personne apprît cette
(i) Voyez ce que j'ai dit sur le sen* de ce mot daaf les Mémohes dtl'Académie da inscriptions et te ifes- tertres j loni L, p. 309.
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écriture sans lewr permission î que c'est d'eux que les Arabes descendus j» de Modhar ont appris l'écriture , mais qu tlle n*est jamais parvenue »> chez eux à une grande perfection i parce que les arts ne peuvent » point fleurir il un haut degré chez les petfples nomades, attendu » qu'ils en font peu d'usage, Lecriture des Arabes, dit-il en propres *» termes , étoit donc nomade ( c'est-à-dire , telb qu i[ convient à » des peuples nomades), telle, ou à-peu-près^ quVIIe est encore »» chez eux de nos jours » à moins que nous ne disions quelle est >» aujourd'hui faite avec plus d'art, parce qu*ils se $ont rapprochés n davantage de la civilisation , et ont plus de rapports avec les grandes » villes et les états réguherement organisés. Les Arabes de Modhar V étoient plus éloignés de la vie des peuples domiciliés et plus près » de Tétat nomade, que les peuples de la Syrie, du Yémen , de « l'Egypte et de l'Irak.
M L'écriture arabe, jusqu'au commencement de l'islamisme, nui- » teignit donc jamais un degré émineni de régularité , de perfection et yy de beauté; elfe n atteignit même pas ce mérite h un degré médiocre, M à cause que les Arabes conservoient les mœurs des nomades, leurs » habitudes sauvages, et leur éloignement pour les arts, « Notre auteur prouve cela par la manière dont les exemplaires de l'AIcoran étoient écrits par les compagnons du prophète , puis par les Ta bis , c'est -àdire, par ceux qui avoient vécu avec les compagnons de Mahomet, et se fârsoient un honneur et un mérite de les imiter en tout; et il réfute fopinion de ceux qui, au lieu d*avuuer l'ignorance de ces premiers disciples ' de rislamisme , ont recours à des subtrlité3 ridicules pour justifier leurs fautes. II fait voir qu'il n'y a aucune raison de recourir à de pareils subterfuges , et que Thonneur des premiers Musulmans n'est nullement compromis par cette sorte d'ignorance qui étoit une conséquence nécessaire de leur position sociale ; puis il continue ainsi :
«c Quand les Arabes eurtnt acquis la royauté, qu'ils eurent soumis n les grandes villes, conquis les provinces» qu'ils se furent établis » à Basra et à Coufa , et que le gouvernement eut besoin d'employer »des hommes de plume, ils se servirent de l'écriture, et ils se «livrèrent à l'étude et à la pratique de cet art, qui devint chez eux » d'un usage commun. Il acquit plus de précision et de beauté, et >> parvint, à Basra et à Coufa, à un certain degré de régularité, mais >* néanmoins fort au-dessous de la perfection* On connoît l'écriture >i coufique encore de nos jours. Plus lard les Arabes se répandirent » dans diverses contrées et divers royaumes. Ils conquirent l'Afi-ique
» et TEspa gne. Les Abbasrdes fondèrent Bagdad» ou réorîture s'éltvn jï au pïus haut degré de perfecrion, parce que la civifisation atteigiih >i le plus haut point dans celle ville, qui étoit (e chef lieu de rislami&me «et le centre de Têlnpire des Arabes. Les formes de lecriture à » Bagdad devnuent dîfl'érentcs de celles qui étoiem en usage à Coufa» » en ce qu elles tendoient h devenir p(us gracieuses , plus belles , et « dan effet plus agréable. Cette opposition (entre le caractère courtque » et celui de Bngdad ) se fortifia avec le cours des années, jusqu**) » ce qu'enfin î Abou ) Ali fifs de Mokia , le vizir , déploya Fétendard >3 de ce nouveDit genre d*écriiure à Bagdad, et fut suivi en cela par i» Ali , fils de Hclal , le caTeb , connu sous le nom d' Ebn-àlbaivwab. Ce ïî fut lui qui fixa la pratique de cet art dans le lit.* siècle et les temps >5 qui suivirent* Alors les formes et les figures du caractère de Bagdad j> s'éloignèrent \i un tej }ioînt de celles du caractère coufique, quon peut w regarder ces deux écritures comme tout-k-fait différentes. L'écriture 3î éprouva encore, pnr la suite des temps, d autres altérations, &c.
Quoique Ebn-Khaldoun soit un écrivain assez moderne et qu'il ne cfte point les autorités qu*il a suivies» cependant comme il est connu, ainsi que je lai déjà dit, par un esprit de critique rare chez les auteurs orientaux, et que d'ailleurs son récit est toui-;Vfait conforme aux vraisemblances , fe suis irèsporlé à admettre les résultats qui s'en déduisent naturellement» savoir, que fe caractère dont on se servoit dans le Hedjaz du temps de Mahomet, soit quil fût dérivé immédiatement de récriture syriaque nommée estranglic h , soit qu*îl dûtson origine à l'ancienne écriture hîmyarite , éprouva de premiers changemens à Coufa et à Basra , lorsque les Arabes, avec 1 agrandissement de ieur puissance, commenGèrent à cultiver les lettres, et que les besoins de la religion et de la politique rendirent la pratîqtie de 1 art d*éc rire plus commune et yournalière parmi eux; que de là vint le nom de cotifiquc , donné à lancien caractère que nous connoissons; qu ensuite, après la translation du chef-lieu de leur empire à Bagdad, ce caractère subit de nouvelles altérations successives^ dont nous ignorons le détail, et fut enfin fixé par le talent d'Ebn-MokIa et d'Ebn albawwab, vers la fin du îil/ ou le commencement du jv/ siècle de Thégire; que par conséquent Ebn-Mokla ne fut point, à proprement parler, Tinventeur d'une nouvelle écriture, et qu'il ny eut point un passage subit du caractère coiifique à celui que nous nommons nnkhi: d'où il suit que peut-être le caractère coufique avoit pris la place d'une écriture qui s'éiorgnoit moins que lui des formes de l'écriture moderne»
J'avois déjà observé, dans mon Mémoire sur Torigine et les anciens
mormmens de {a littérature purmî les Arabes (r), que le caractère que Morainer avoii introduit chez eux, y éprouva sans doute quelques changeniens successifs, et que ces diverses sortes Récriture reçurent difiereris noms , indiquant les lieux oii chacune d'elles avoît pris naissance » ou dans lesquels elle étoit d'un usage plus ordinaire. «C'est sans doute, avoîs-je ajouté, ce qu'il faut entendre par ces « mots inekkt, médéni , basri et ccufi , c'est h-dire , caractère de fa »i Mecque , de Médine, de Uasra et de Coufh. « Une autre observation qutr i'at faite au.ssi dans le même mémoire doit être rappelée ici. « Je sui^ fort porté à croire, ai je dit, que les changeiuens successifs n introduits dans le carnctère primitif inventé par Morainer, et qui to eurent vraisemblablement pour but de donner plus de facilité pour i* en lier les lettres les unes avec les autres, et pour en resserrer les » figures , furent cause de ce défaut si rebutant du caractère coufique , ^» et en général du caractère arabe, oii une même figure est presque « toujours commune à plusieurs lettres* Il ne me paroîi pas naturel ï3 de supposer qu*un pareil défaut , auquel on chercha un remède dans *> la suîie, pui>se 'appartenir à faïphabet primitif En manquant le but » essentiel de Técrilure, il en auroit infailliblement arrêté la propagation » parmi les Arabes »
M, le cojnte Castiglionî ne croît }>as qu'on puisse douter que récriture arabe ne tire soii origine de celle des Syriens, et il reconnoît une grande analogie entre les formes des lettres arabes et celles du caractère syriaque nommé fjtrûTfghch, « Toutefois, a joute- t^il (2) , on n a de la peine à comprendre comment , dans ce passage de Talphabet « syriaque à Tnlphabet arabe, on en est venu h confondre les formes *> de plusieurs lettres qui étoient distinctes; et peut-être n*en s:turoit- « on imaginer d'autre raison que la profonde ignorance des premiers » Arabes qui adoptèrent cette écriture. »> J*aîme mieux croire que cette confusion ne s'esta introduite qu'après coup , a Coufa peut-être, lorsque le nombre de ceux qui écrivorent se fut multiplié. M. Casu* glioni ajoute quelques autres observations qui sont d'une grande riiiponance.
« La monnoîe frappée à Tîbériade, d!t-if, sous le règne de Tempe- »> reur Hémclius , déjà expliquée par M. Caitaneo, et qui est le plus >^ aticien monument d'une époque certaine en caractère arabe, prouve
(i) Alémûîres de l* Académie des Inscnpttoni et Mies-lettres ^ tom. L, p. 509» — (2) Afonere atf défi* I. /?, Aluseo di Alilatio , Osservaz* prelimiii. pag* IxKxij»
3) que, dès avant rislami^^me , le caractère inventé dans Tlrak avoit été M adopté dans la Palestine.
» L*ancîen caractère arabe , comme le syriaque duquel il est dérivé, » avoit une figure arrondie et moins angulaire que celle qu'il a acquise » plus tard sous la dynastie des Abbasides. Faute d^avoir fait cette «observation, les savans qui les premiers ont expliqué les monnoies « coufiques , ont attribué souvent une époque assez moderne aux pièces » les plus antiques. » M* Casiiglioni , en preuve de cette assertion, cite trois médailles, l*une de Van i i6quAdler avoit jugée, d'après la forme des lettres, appartenir à une époque asi*ez rapprochée; la deuxième et la troisième du commencement du H.' siècle de Fhégire, rapportées par labbé Simon Assemani, Tune à la dynastie des Ithschîdites, et par conséquent au iv/ siècle de fhégire, Faiitre à la dynastie des Fatémites, postérieure encore aux Ikhschidites. Le même motif, }t veux dire la configuration des lettres, a aussi empêché le même Assemani de reconnoître pour authentiques les monnoies avec figures du khalife Abd-almélic; « mais, dit M. Casiiglioni , les exemples n que nous fournira dans la suite de cet ouvrage le musée de Milan , » dans les monnoies de cuivre des Ommiades , justifieront de plus en »5 plus que ces caractères grands et arrondis furent en usage sous « cette dynastie, et Ion en pourra induire avec probabilité que cVst « aussi à cette dynastie qu appartiennent ces autres médailles du même « métal , qui n offrent que des légendes tirées de TAlcoran , ou le n nom de fa ville oîi elles ont été frappées et du gouverneur, sans « aucune date , parce qu elles présentent toutes cette même forme ï> de caractères , tandis que les monnoies des Abbasides , de tout »> métal, ont toutes des caractères d'une forme plus menue et plus » régulière. «
Je me suis expliqué ailleurs (i) sur Tauthenticité des monnoies avec figures, attribuées par M. Casiiglioni ei pnr M. Frachn au khalife Abd-almélic; et quoique la forme des caractères qu'on voit sur ces médailles me parût fournir une objection assez forte contre leur autheniicité , j'ai reconnu, contre l'opinion de M. Marsden, qu'il faOoit céder k i évidence des preuves produites en leur faveur. La découverte de nos papyrus , dont fa date ne sauroit être révoquée en doute, Ijai tout-h-fait en ruine lobjectfon tirée de la forme des lettres, et par conséquent confirme merveilleusement les observations de M. le comte Casiiglioni et lauthenticité de ces médailles.
(i) Jûurtmlasiiuiquf, lom. Il, p. 260.
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J'avouerai que ju5qu*ici je m'étois rtfusé a reccniicître le nom de h ville de DdtnnSt écrit en caractères arabes, sur des Jhonnoies avec figures, puLlicCi par M. labbé Sestini , qui les aliiibucit h Liow Khnzare, et que i\l, Marchajjt , dans ses Mélanges de nuiiiisiiiaîiqi/e et d'hîstoire ( pag, 6 et 7 ) , attubue au khalife 'ALd-flliiit lie, et qu'il coni>idère « comme de$ es>ais de moiinoîe dont la politique des Musul* » mans a commencé de rapprocher fe siyle et la fabrique j du système » monéiaire des empereurs, pour en fjvorîser le cours. « De lîi auf^î, suivant lui 1 Je int lange du grec et A^ farabe sur ces médailles. Je ne vois j)Ius maintenant de raison pour refuçer de recunnoître le, nom arabe de Damas sur ces médailles , ni celui de Tibâ'iadc sur la jnonnoîe fïapjne sous HérociiuSj où ce même nom se lit aussi en grec. Peut-être 6udra-t-il même réformer loui-à-faît nos idées sur la chronologie des diflerenles écrîïures arabes, et reconnoître que !e caractère neskh':, dont on liKoit rinvcniion au iJi/ siècle de Thégire , existoit, à'jieu'près sous la forme actuelle, avant que les Arabes du Hed;*ïr reçussent d*Anbar ou de Hira celui qui a donné naissance au cTractère coufique* Ne nous hutons pas cepeadmt d'iidopter cette conjecture , et sachons seulement dourer, alin de ne point opposer de préjugés aux nouvelles découvertes que pourront nous offrir d'heureux hasards, tels que celui auquel nous devons les papyrus qui ont été Tobjci de ce mémoire.
SILYESTRE DE SACY.
'Ancient unedited Monuments of grecian abt Jrom cgllcciious m varicus coittttries , pmcipaïh/ in Great Brikiin , illustraied and explained hy James Milllngen , esq. London , numb. i-4t 182a, in-^J' , 60 pages et z4 planches.
Peu d'ouvrages archéologiques offrent autant dlntérêt que ceipi dont je viens de transcrire Je tiije , et que je me propose de faire connojtre à noji lecteurs. Le choix seul des monumens puisés aux plus pujvs sources d*f fart et de 1 antiquité grecques, est le premier tïire de ce recueil à Fattention publique. La plupart de ces monumens, je pourrois jnéjne dire ions, sont d'ailleurs inédits; car le irési>eiît nombre de ceux qui ont déjà été pubtiés , foiit été d^une manière si peu exacte, qu'ifs paroîssent entièrement nouvetu-x dans ia représentation aussi fidèle quéicganle qu'w doiwe M* Millingen,
JOURNTAL DES SAVANS,
Voîfi trois mériies assez rares qui recônimnndent louvrnge de ce snvnnc antîqLinîre, et qu*i[ me «suffit sans doute d'avoir énoncés, pour n'avoir plus h m'occuper que de Tindicadon même des nionumens q^î y sont dccrîts et expliqués,
Le premier de ces inonumens , auquel sont consacrées les trois premières planches, est le fameux vase antique qci fin découvert en i 8 I } près d*une des portes d'Athènes , et qui est indubitablement sous tous les rapports , et de la fabrique de ce vase , et de sa destination, et de son origine, et du style des figures, et enfin de finscrîption qull porte, un des restes les plus précieux de raniîquité grecque, C'est en effet un de ces vases de terre cuite, provenant^ encore jusqu*ici en si petit nombre, de la nictropole même de la Grèce; c'est, en second lieu, un de ces vases donnés en prix dajis les jeux publics, conformément à un usage attesté par Pind^re (i), dont il a fidlu que les inonumens mêmes tirés du sein de la terre, tels que celuici , \jnsseïU défendre et expliquer le texte, suffisamment clair par luimême , contre les fausses interprétations de quelques savans , tels que M* Heyne (2); c'est enfin un de ces vases qui, par la fabrique et par îe dessin des figures , nous reportent aux plus anciens ouvrages de Tart grec, en même temps que, par Forthographe des mots et par la forme des caractères de finscription qui y est tracée, ils se placent au premier rang des monument paléographiqùes. Tant de moiifs (rintérêt , réunis dans un seul monument , justifient assez fétendue donnée par M* Millingen à rexpiication de ce vase, et m'autorisent à entrer moi-même dans plus de détails que ne le comporteroit une * impie analyse.
I^a forme du vase est celle que I on Jiomme amphore. La couTeiit géndrale en est noire; les figures s'y détachent, sur fond jaune, ea noir , avec des parties en blanc et en violet ou rouge foncé. Sa hauteur est de deux pieds anglais. Trouvé en pleine terre, à trois pieds de profondeur, sans aucune apparence de lomlieau aux environs du iof ou il gisoit , il renfermoît six autres pelits vases de terre, et quelques débris d'ossemens; en sorte qu'il n'est pas douteux qu*îl n'ait servi d'urne cinéraire , conséquemment qu*il n etoit pas un de ces vases /îéposés , comme simples ornemens ou comme accessoires religieux ,
dans les sépulcres. Cette destinâfron, rare et singulière par elîe-même, est iwi d'autant plus étrange, que le sujet représenta sur le vase, jet rinscription qui s'y rapporte, prouvent avec non moins d évidence que, dans i origine, ce vase n'avoit pu être destiné h faire partie d'une sépulture, mais qu'il avoit rapport aux jeux célébrés k Athènes, en rhonneur de Minerve, c'est-à-dire, aux grandes ou aux petites panathénées. En effet, fun des côtés du vase représente Minerve ellemême dans son costume, qu'on pourroit appeler primordial, sous les traits les plus antiques et dans i^ailitude de vibrer sa lance, attitude qui avoit fourni, suivant quelques scholiastes, l'etymologie même du nom de Paflas (i) : Tautre cùté' offre un héros dans un char ou bige attelé de deux chevaux en course ; et l'inscription tracée du côté de la Minerve, en caractères anciens et de droite à gauche, complète la démonstration. Cette inscription est ainsi conçue : TON ABENEON A0AON EMI, pour TON AQHNAiaN A0AON EIMI , jc SUIS un prix dfs Athénées , c'est'k-dke, des Panathénées.
Telle est du moins la description de ce vase, réduite à sa plus simple expression , et telie est aussi Tinlerprélation des paroles qui y sont tracées^ Tune et Tautre comme les a données M. Millingen. Maïs je dois dire que Fune et I autre aussi sont sujettes à quelques difficultés, La conjecture avancée par ce savant que Timage de Minerve, telle qu'elle est tracée sur ce vase , est probablement une copie de la primitive statue conservée dans rancien temple de TAcropoIe d*Alhèn€s, qui fut brûfé par les Perses, cette conjecture, dis- je, qui ne repose que sur le style grossier de la figure et sur la forme antique ei la simplicité des accessoires, n'a pour elle aucun des caractères de vraisemblance qui doivent Scr\\^ de base à de pareil* rapproche mens. Loin de là , celui-ci semble avoir contre lui Tautorité d'un monument décisif; cest le bas-relief de la frise du Parthénon, dont le dessin se trouve aujourd'hui parmi ceux de Nôi!HeI(2), et qui représente fancien simulacre du Parthénon, entre deax prêtresses qui le parent. Or, cette figure , pareille gux plus anciens Mmuiacres de bois , que nous connoissons à-la-fbts par les lémoigiMges de rhistoire et par les
(1) De TftMftr, vibrer. SchoL Honier. adllîad, I ^ aoo. — (2) Yoytz Moirtfiîucon, Ant. eifvlh, toni. III , pi. i; Smart, Amij, ofAtliens, il, pU xv, n. 4. Voyez une idole de Minerve, dans une attitude analogue à celle du vase de i\L Miiîingen , mai? dans une forme bien pins antiqne encore, telle qu*éioit probablement celle de l'ancien simulacre de TAcropole, sur le fameux vase de la prise de Troie, publié et savamment e3fpliqné par mort anii. M, Schorn^ Homeu nach AntiL hdt IX, pi. V et VI, p. 25 ei suiv,
monumenâ, na aucun r-ipport avec celle du vase qui nous occupa Siv M. Miniiigen se fût rappelé le bas relief en question, je ne doute pas qu il n'eût abandonné sa conjecture , ou du moins ^ju il n\ùt cherché a lever la difficulté très-forle dont etle est susceptible.
Mais \ine difficulté bien plus grave, et sur un objt^t beaucoup plus important, est ceife à laquelle peut donner Heu rinscriplion même rracee à coté de la Minerve. Cette inscription a déjU été le sujet des discussions de plusieurs savans (i) , et cgnséquemmeni d'explications îrès-dîveries. Quelques critiques ont cru que le mot A0ENEON , j>our AôHNtflN, étoit I ancien géniîif ionique de AeUNAl, et en conséquence ils ont traduit , je suis un yrix [ donné par ) Atlùms ; d autres, regardant ce même mot couime l'ancienne forme attique du génitif pfuriel AeHNAïûN, oii la diphthongue AI étoit représentée par H, ont pensé qvvil sngissoit ici des jeux publics notnwés p^nûf/iint-ts, et, p\m anciennement ai/iéntes, et en conséquence ils ont traduit , yc iidis un prix ries atkénccs. C'est à ce dernier sentiment que se range M. Millingen ; et cotnme i époque oii ce nom d'athénées cessa par l'jjisiirufion des grandes panathénées, est fixée , par le témoignage de Phérécyde (2), d'accord avec la chronique d'Eusèbe (}), à la troisième année de la Lin/ olympiade, M. Millingen en conclut que ce vase est nécessairement antérieur à cette éjxKjue, et qu'on doit en rapporter h fabricaiion au plutôt vers U cinq- cent- soixanle-deuiième année avant notre ère , c'est-à-dire , au siècle d'Épiménide et de Soion.
Ce seroit ià ^ connue on le voit, ujte conséquence bien importante ^ puîsquoHe tendroit a nous procurer \xi\ spccimin du style du dessin, de [a Lingue et de lecriture attiques, au Vl/ siècle avant notre ère, tout cela certifie par une date authentique* Malheureusejnent, les motifs riesquefs celte conséquence est déduite , sont loin d'être aussi solides qu'ils peuvent sembler spécieux. D'abord, il n'est rien moins que prouvé que le mot AOENEON soit une ancienne forme attique pour AeHNAinN , et encore moins que ce mot AeHNAlON ait rapport aux panathénées, et lion pas aux Athéniens eux-mêmes. Le célèbre M. Boéckh , qu^ vient de publier tout récemment celte inscription parmi les monumens les plus remarquables de I ancienne paléographie grecque (4J » *«
(1) D.' Clarkc, Traveis, vob IV, prefac. p. ix; Rob. Walpolc, AUmoiri rtlathtg to Turkty, fom* 1 , p. 459 * Dodwell, îravth^ tom. 1 , p, 457* M, Millingto ne fiii pas nieadon de ce derotcr. — (i) Apud Marceliio. Vir, Thtêeydit p* I , éd. DuVer. — {^} C4J?. Chm^k. p. i4a. — (4) Corpus Cramr, im^ crrpt\ fascic. I, n. 3} , p 49-50.
îcfermTne , après une discussion nouvelfe • pour lopinion d^-ji în'dîqwée jliishaut, qui ne voit cinns le mot AGHNEnN que lu géuiiif ionique lou ancien auique d*AeHNAl, d'après quoi il faudrait iradtiire loin Is/mpleinent , je suis ut* prix d'Athincs ou Jonné par Athènes ;^l il iVest pas douteux que lautorîté de M. Boëtkh en de j>nrcî!les matières ne [dût faire pencher la I alance en faveur de cette dernière expîîcaiîon. fWnîs une circonstnnce à laquelle je suis surpris que ni M. iMiîlingen, [qui seul a publié le vase, ni MM. Chuke, Dodvtll, Walpoîe, quf Uont vu et expliqué chacun à kur manière, ni cnt'.n M* Boèckh luiinéjTie^qui a commenté Tinscription en dernier lieu, niaient fait attenllion jusqu'ici» c'est que le mot que l'on a lu AGENEON, doit se lire , comme il est tracé 5Ur l;i planche de M. Miliingen lui-méuTe , A0ENHQEN, la lettre qu'on a prise pour un cmicran étaiH visiblement un i/icfa. fiiit absolument comme le premier t/it'fa du 'niï}iiïe mot, et comme le t/tci/i du mot ABaon , et VcpsUon qui dévoie suivre cette lettre, pour former le mot AGENE0EN, ayant été omis par une inadvertance du dessinnieur. J'ajoute que Vomrcron du premier mot de Tinscription , TON , n'a pas le point au milieu qu'ofîre le prétendu omicron du mot AeENEON. Quant h la leçon AGeNEGEN , ce n'es! point une supposition , mais un fini établi par la découverte toute récente dun vase grec, \m\ des pîus beaux que Ton connois5«, et appartenant au général Koller, à N:ip{es [\). Ce va^e porte, à côfé d'une figure de Minerve, d'ancien s'yle, absolument comme celle du vase de M, Miflingen , Tinscripiion , en caracîèies archaïques, fjue voici; TON ABENEGEN AGAON, quon^eul lire TaN A^HNHOEN A0AON ; prix donné par ceux d'Atlicnes, c tst-à-dire , par les Athéniens ; ou bien encore, THN AeHNHGEN AeAON ( vn ) des prix donnés par ceux d* Athènes , ce qui revient au même, On connoît encore deux autres vases semblables, tous deux inédits, appartenant, Tun à M. Banoldi, à Rome, l'autre , au cnpiiaîne Lambeni, h Naples (2), qui ne laissent aucun lieu de douter que ces sortes de vases n€ fussent des prix donnés aux vainqueurs dans les >eux publics d'Athènes^ Quant à la leçon A0ENEQHN, au lieu de A0ENEON, lexemple tiré du vase du géiiéral Koller ne permet pas davantage de conserver le moindre doute. Mais je puii y ajouter une nouvelle preuve que nie fournit M. Uoêckh lui-même; il rapporte ()) Ihiscripiion suivante d'un
(ï) Voyez le Knnstblatt de 1825 , n. 61 , p. 241-24^ , où ce vase est décrit, et rififcription rapportée leniUelkiacnt. ^ (2] Kunstbhtt, ibïd^ p. ^4** — (jj Ouvrage cné,/'. jo,
ira&e de Constaminople , À}a0it£i if^v w À^fttitp iOxwr ; et je metonne que M. Boêckh, qui se troiîv it si près de la véritable leçon de rinscrîpu'oii qu*it conimentoîr, se soît arrélé à ce rapprochement; car les trois derniers mots du vase de Constantiaople , wr Ad^îiifliv ctfl?i&>v , sont absolument les mêmes qu offre le vase du général KoUer , suivant la manière de les lire que jai proposée en second lieu ei qui me paroît la meilleure. C'est donc aussi , à n'en pas douter» la leçon du vase de Al. Miilingen, puisque une formule identique uvoit dû être adoptée pour des vases qui avoient la même forme, la même destination, et qui probablement sortoîent de la même fabrique» Je crois donc qu'on doit lire ainsi, -rwy A3w»'hÔ!k i6xm «/«#, l'inscription du vase de M. Milliftgen » et traduire, /t* suis ( un ) des prix ( donnés par) ceux d^Aihhes; dès-lors, il n'y est plus question ni Sûthénées ni de panathcTiées ; dès- lors aussi il ne s*y trouve plus d'indication chronologique, et le système entier qu'on poiirroit bâtir sur ce fondement s écroule inévitablement. Mais ce vase n'en reste pas moins, en lui-même, un des plus curieux qui existent sous le double rapport et de Tart et de la paléographie, et son antiquité même n'en est presque pas affectée , puisqu il peut fort bîeji appartenir , d'après le style du dessin et d'après la forme des caractères, au VI / siècle avant notre ère*
Je ne saurois terminer cette digression sans dire quelques mots d'une ]>artîcufarité fort curieuse qu'olfre encore ce vase si remarquable à tant d'égards. Le cou en est orné, d'un côté, d'une chouette, attribut accoutumé deMine^pe, et, du côté opposé, d'un autre oiseau à tête humaine. M* Miflingen doute si c'est une harpie ou une sirène (|ue Ton a voulu représenter ici, et, dans cette incertitude , il n'ose décider non plus quel rapport cet oiseau symbolique peut avoir avec Minerve. Mai* il noiîs semble qui! n*y a nulietnent lieu à confondre en général les sirènes avec les harpies, non plus qu'à s'étonner ici de la présence d'une sirène , symbole assez fréquent sur les monumens fie fantiquité* II suffit de rappeler les sirènes portées dans la main d'une statue de Junon , à Coronée, dont Kirle Paufanias (i); les mêmes divinitési , que porte également en sa main une Minerve, sur une rare médaille antique (2); enfin, les sirènes d*or suspendues à la \oûie du temple de Delphes et célébrées par Pindare (5). Sous un aulre rapport, la relation intime et profonde qui existoit entre le
(1) Faitfan. ix,j^. — {^) Hnyi^i, Tes, Irimnn. U »ij a- — (S) Paosan. A'/ /?// ^' '^r^^ AiUcn. Vit fj6;conJ* Heyne, jé/ Fragnu Phdar, p» 54* ^T,*
mythe des sîrèncs et ceux d:^s divinités infernales (t), reîaiîon dont on connoît tant d'exenfipfes sur les vases et (es sarcopfiages antiques , rend encore moins difficile h concevoir la présence de cet être sytnl)oIîque sur un monument qui, bien que destiné prîmîiîvement à consacrer une victoire, pouvoit toujours servir, comme il a servi en effet, à des usages funt^raires. Je suis obligé, pour ne pns entrer ici dans de plus longs détails, de renvoyer à quelques ouvrages^ récens {2), oii les divers rnpports du mythe des sîrèiies ont été parfaitement exposés de manière à ne laisser aucmie difficulté sur ieyplicaïion d\in symbele qui paroît avoir embarrassé M* Milifngen.
Les détails oîi je me suis faîssé entraîner sur fe premier vnse publié par M. Mîllîngen , et que justifie sans doute fimportance de ce monument, în*obIîgenl h passer un peu plus rapidement sur fes vases qui suivent > bien que trés-^urieux aussi, et fort jnteressans sou$ plus d*un rapport* Les planches ïV* et V nous offrent un vase d*Agr{gente à figures noires sur fond jaune, appartenant h M. Hannltrn, actuellement ambassadeur britannique à Naples. Le c6tc principal présente deu?c guerriers dont la tète est entièrement couverte d'un casque , et qui combattent pour la possession du corps d*un trorsi-^me guerrier étendu à terre et dont fa tête est nue. Ocux inscripiiom placées , i une au-dessus des deux gucrrieri combaHons , l'autre audessus du guerrier mourant , offrent [es noms des deux prîïTcij)aux héros de TMiade, Achi'le et Hector, AhlAEETS f ^^^ ) ^t qOT^lK ( Sîc ). Ce qu if y a de sîngufiw^r dans cette peinture, c'est d'y trouver une opposition leïlement grave entre le sujet qu'elle représente et les inscriptions qui s*y rapportent , qu'il est impossible d'admettre que les unes aient été fartes pour Tauirc. Les circonstances du combat sitigulrer d'Achilfe et d'Hector sont en effet trop bien connues par ritiade (3), pour qu'on puisse rcconnoîfre ce combat dans celui que nous offre celte peinture , malgré fautorilé des inscriptions \ tandis que les circonstances du combat d*AchifIe et de Memnon pour le corps d'Aniiloque, circonstances racontées fort au long par Quintus de Stnyrne (4) et tirées probablement de F^thiopide d*Arciinus (j) >
(1) Crcuzcr, Zusar^'^u Schorn'j Homer, nach Antih. p iy. Commentât, Jltrojçt. I, 347» sqq* :^ Bortîger , ubtr dU Ketedi
— (2) Creuzer'j
^onen j ah Zusat;c
Itt Huschke'jj AbhandL uber das Grahmahl des Svpkokleî , }m ]>f, T, Afnhur, 1800, st. j, — (}) iltad. X, V, 24B et iqq. — (4) Lib. ti ^ v. /co-^tc* — (5) Dîonys, Halk. Ant, rvman. lib. i, c. 6^,
48îï JÔUR-^J-AL DES SAVANS,
font îeFfemcnt d^a'ccofd avec les personinges d<f h peiiiîare qui nous occupe, qu'on ne peut y mcconnoîtrç ce dernier fait d'armes, repri- :»enîé, comme tliacun sait, iur la A/Z'Ar iliaque (i), au nom!>re des priiui; aux événeniens de la guerre de rrt^ie. L^s noms d'Achille et d'H-cicT ont été substitués,' par une inadvertance du dessinateur de ce vase, ou par tout autre motif dont* r»ous ne pouvons rendre cornpîe , à ceux d' .Achille et ù: Memnon que devoit porter loriginal de celte peinture. On pourroit citer quelques exemples de pareilles 6uhs;itulions , ailleurs encore que sur les vases antiques, et qui prcvieniîent peut-être tout simj)Icment de l'ignorance des dessinateurs, et peut-êlre aussi du désir dVnnohlir ces monumens en y inscrivant des 1:0ms plus fomeux et plus populaires. Les fautes d'orthographe qui déparent la plupart de ces noms, tracés en caractères cursifs sur les vases grecs, et dont nous trouvons ici uîéme un exemple dans ie nom aHiaeets, prouvent assez que les ouvriers , en copiant avec plus ou moins deJiberté les patrons qu'on leur donnoit, ne respectoient guère plus les inscriptions qu'il éioit d'usage d'y ajouter , et qu'ils Tj'étoient probablement pas beaucoup plus forts sur l'histoire mythologique que sur la grammaire de leur propre langue. Quoi qu'il en soit de celte observation, que M. Millingen n*a. point faite, j^ dors afouter que le revers de ce vase , qui nous montre TAurore enlevaiu Je corps de Memnon , l'une et l'autre désignés indubi^ableinent par les inscriptions heox et memnon qui les accompagnent , i>e permet pas de douter que ce ne soit bien réellement le combat d'Aqhil/c "et de Memnon qui est représenté sur lautre côté du vase, puisque TAurore enlevant son fils Memnon tué par Achille, o/{re nécessaire* ment le complément de faction précédente. Je remarque encore que dsins le nom de l'Aurore, écrit HEOS , cette aspimiion H e^t encore ine faute de langage qui confirRie fobservaUoii que î'ai i^ite plus baut^ % moins qu'on n'aime mieux y voir, avec M« MilKngen , un reste d'une ancienne prononciation , ce qui, |e ravouti ne me ps^roU .p«$ probtble.-
lji^% plajiches vu ^t viH noua oflrem ks peiiMures Jim des y^st& ks'pkis curieux de la coU^ction du çpmte de Lamberg, et ai^tiiellément du cabinet impérial de Vienne. Ce vase, de fiibriijue sicilienne, !^ figures jaunes sur fond noir , représente le combat de Neptune
(j). A^'7<>ji7/#7^- Voy. ia TaUe iliaque, nouveUemei^l gejv^ et e;jphg\iée d4QS |.eW Qviyrigç de M, Sthor», Hom^nachAnsikin ippicft^i'^^î^' ^^^' pi. u, p. 13 et wiv^
AOUT 1825. ^"^H""^ *•• ufP^Tgéim : c*est le second monument ccXwmffj iont h «iftl paroisse emprunté de c^ glgancùmachtes , poèmes jïopufokef. jadis si répandus dans la Grèce, et dont il ne reste plus aufourdTwrt que des fambeaux* A ce mérite d*une excessive rareté pour [e sujet de Ja composition, et à celui d'une exécution irès-remarquaUte , ce vase )oint encore l'avantage de nous fournir une nouvelle preuve de k confusion opérée quelquefois dans les sujets et dans les traditions mythologiques , par les ouvriers qui exécutoîent ces vases. Ceci mérite une explication que je lâcherai de rendre aussi succincte qu'il nié ncri possfble.
Des inscriptions ajoutées aux deux personnages qui se coml)aitent, nous les font reconnoître , lun pour Neptune, nosElAON (sic), ♦ort bien caractérisé d'ailleurs par son action et par son trident j \''i\\x\r^ pour Fphîâtie , E<MaATE2 {sic J, déjà h demi renversé sous le poids de fénorme rocher dont le dieu marin va Técraser. Maïs c'est le nom même d^Epbialte qui fait ici toute la difficulté du sujet de cette peinture; car, dun côté, inaction représentée est, de Taveu de M, MilHngen » celle que rapportent tous les myihographes (2), de Neptune poursuivant à travers les flots le géant PolyUote, seul échappé au massacre de ses frères, ratteignant près de Hle de Cos, et détachant de celte île un énorme rocher , sous lequel le géant ^meura enseveli et qui forma depuis i*île de Nityros : d'un autre côté , le nom inscrit près du géant terrassé , au lieu d'êïre celui de Folybote , est celui d*un des Aloïdes, d'un des fils mêmes de Neptune ( j), flveoifequél ce dieu n'entra jamais en contestation! et dont la mort fct le supplice dans les enfers , célébrés par les poètes (4)» sont rapportés d'une toute autre manière (j)* Une contradiction si étrange entre Taction représentée sur ce vase et le nom d'un des personnages qui y figurent, a fait éclore les explications les plus contradtcrotres aussi et les plus singulières , qu'on peut voir dans la description qu'a dbnnée de ce vase , depuis la publication qu'en a faite M. Millingen , Pingénreux éditeur des ya^es du comte de Lainberg {$). Suivant M. Kotliger, dont ropînion est citée dans ce dernier ouvrage, tl ifcadrDÎl voir ici un combat attégorique des colonies grecques établie*
(1) Céi aoirc va«, qui rcpr«ctTtc te combat d*liercule eofifre le g^ant Alcyonéc, a été publré par Tischbeifi, T<?m, //^ p/- XX, — ^) Paiîsan. /,2; Appllodor. I , t\ vi; Strabon. iik X , p. 4Sp ; Sttphan, Byz. w nm/^ç, — (î) Hypn.fati, zS. — (1) Homer. lyrtyss. A, v. 3^4-3 '9* — (j) ApoHodor. nh. / , r. ^ ; Hy ^in.fdtul, if?. — (6) PL XU , f . $9 et ruh.
Ppp
au-delà des mers, et personnifiées sous la figure de Neptune, confro les indigènes exterminés par ces colonies, et représentés à leur tour dans ia personne d'Ephial te (i)< Mais» snns ni'arrêler à montrer combien ce genre dallégorie et de personnification est généralement peu conforme au génie grec qui produisit ces peintures » je me borne h remarquer que la prîncîpa[e diOicuIté, celle qui consiste h reconnoîtfe dans cet Ephialte un iils de Neptune terrassé par Neptune lui-même, n est nullement écartée par Texplicaiion de M. Bottiger. Je n*ose dire que celle de l'éditeur même des vases de Lîimberg soii plus solide , qiioiquelfe paroisse bien plus plauMble. Ce savant voit (2) dans !t l>ersunnage nommé Ephialte, un Pan, rival du dieu des mers ♦ d*après lautorité assess suspecte de passages de^Servius (j)^ et de Suidas (4). Mais, sans s'embarrasser dans des explications si conjecturales ou si frivoles > n'est-il pas plus siïnpie de reconnoître que le dessinateur de ce vaseï trompé par sa mémoire, a inscrit ici le nom d'EpIiiiiitCt nom plus connu, plus populaire, et consacré par une foule de témoignages poétiques, au lieu de celui de Pû/yhouque devoir porter le dessin original l Cest ainsi que nous venons de voir le nom de Memnon remplacé par celui d'Hector dans une inscription du même genre; c*est ainsi que, pour citer un exemple plus direct, sur un labfeau que Pausanias vit à Athènes , dans le Céramique, et qui repré- *entoii Neptune, cet écrivain dit qu'on avoit substitué un autre nom h celui de cette divinité (j) ; et, ce quH y a de plus singulier, c'est que le Neptune auquel on avoit fait souffrir par méprise ou par tout autre motif utie pareille substitution , étoît représenté précisàuent dans Taciton figurée sur notre vase, cest-à-dire, combattant le géafit Polybote (6); en sorte que, dans le monutnent d'Athènes, et sur notre vase, représentant fun et lautre le même sujet, le véritable nom de chacun des personnages qui y figurent , a été remplacé par un autre. Voilà sans doute une explication qui peut sembler bien peu recherchée, mais qui n'en est peut-être que plus sûre, en ce quelle dispense de recourir à des suppositions fort ingénieuses et fort savantes sans doute , mais qui ont finconvénient de mêler et de confondre une foule de mythes divers , de témoignages contradictoires , de Tamas desquels il ne peut rien résulter de satisfaisant ,
(1) Voyez fa note 7 de la page jç de louvragc cite dans la note prrci:ilcntc. — (2) Ouvrage cité, p, 60, — (5) Servi us, a^ Virg. y£nefd. Vit 776. — (4) Suidas, V, 'ift&h-mc tîàd. Htrsych. Ihïc eâd, vôce, — (\) Pausan* i , 2: t»V»\ i«iX<w^« ■» *y ij^r Tfir tîwru «m^ MJ^^ *j m nêntJUtL — (6) Jdan, ibïdon .
prccîscinent parce que Ton y trouve toujours tout ce que Von veiitl ) trouver.
Le vase de la planche IX, dune plus peiîie dimension et d'une irès-j nncienne fabrique, représente le même sujet, sur lequel il n'y a pas! lieu de se méprendre, attendu que les deux personnages cojnbatians^i le Neptune et le prétendu Ephialte, ne sont pas accompagnés Jinscripiions. Ce dernier vase provenant, comme fe précédent, de fa rîchel cplleciion du comte de Lamberg, a été également publié par M. dej Laborde (t), dont Texplication se trouve à-peu-prés conforme îi cellel de M. Millingen.
Un des plus beaux vases de la cullectîoh du Vatican > déjà publièi par Passeri (2), maïs publié comme on Fe faisoit de son temps, et ex-1 plîqué à-peu-près de la même manière, est celui que nous donnefj ensuite M, iVliffingen, planche X, et qu'il accompagne d\m commenlahe aussi docie que satisfaisant sous tous les rapports. Ce vase représeote la viofence faite à Théus par Pelée ; et tous les personnages de cette scène myihologîque s^aju^ieni si bien avec faction dont il s*agil,j que lexplication de iM, Millingen nous semble avoir toute la forcée à'une démonstration. Mais ce n^^t pas à ce seul mérite que se borne h dissertation de M. Millingen. II est rare qu'un seul monument biet: expliqué ne serve pas iinmédiaiemeni h en trxpliquer quelques autres; et c'esr lin le signe indubitable, on pourroît presque dire la vraie pierre de touche à laquelle on reconnoh Ie> excellens travaux en archéologie, que de jeter sur plusieurs points à la-fois une lumière înaitendue^' On connoit ce beau vase d*Athènes publié par M. Vilkîns (î) et qu*jl a essayé lui-même de faire servir de base à une opinion insoutenable (4) sur larrangenient des sculptures du ponton occidental du Parthénon. M» Leake avoit dé}i remarqué qu'il ne pouvoît être question, sur ce vase, de la dispute de Minerve et de Neptune, que M. Wilkins croyoil y trouver, et qu*il s^agiasoît seulement du mariage de Thétis et de Pelée (j), sujet un peu diffé-ent: mais ce qui nétoit qu'une observation faite en passant par M. Leake , est devenu , par fexamcn attentif qu'a fait M. Millingen de la composition entière et
(1) Ouvrage tlJjà chi, pL XUlt, n, ix^f. 6t^6i. — (2) PkiUT. ta vas. ^tusc, tab. VIII et IX- — (]) Dans les Aîtmoin riflathtg ta Turk^ ^ by Rob, Walpole^ p. 409 et stjq. — (4) Sur cette opinion, qu'il est désormais impKjsiîblt! *le reproduive, voir rexceH*rnK dissertation que vient de publier M. Quairemcre de Quiucy, sous ce titre, Reu'nuû&nde deux frontons du umplt dit M\mr^e^à Athènes, Pârit, tSiJj in/çl, de f^ p-^ges. — (j) Tcpo^raphy of Athcvs, y. ajôei 4*6.
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dp chacune des figures de ce vase, wn fait indubitalile, bien qu'an habile antiquaire, qui a proposé tout récemment une explîcaiîon novtvelle dtB figures du Parthénon , ait cru puiivoîr sVulorher encore du vase de M. Wilkinsi tout en rejetant quelques-unes des applications qben fnh M. Vilkinsà ces figures (i). M* Mîlfingen H*a pa^ été moîm heureux dans rînierprétaiîoji qail donne ensuite du célèbre vase Bnrberini, aujourd'hui Pordaiid, dont le sujet a long-temps embarras?^ des savans du premier ordie (2J; mai* il faudra voir dorénavant, avec Al. Wîfkîns, une scène du mariage de Thétis et de Pelée. Voîlîi donc Croîs monumens d'une haute importance rendus à (a criiîque hîstorîqtie» ♦ ifc l'occasion d'un seul ; et c'est ainsi que presque tou(e< les interprétations de M. Millingçji , /ors métne que l'on pourroit y contester quelques pvïints» répandent un jour tout nouveau sur de rares monumens et sur d'épineuses questions d'archéologie.
Une de ces questions les plus importantes tout-ii-Ia fois et les plus controversées, est celle qu'a soulevée la présence, si fréquente sur I<î* vases grecs, cfun jeune dieu ailé, dans lequel l'opinion la plus commune voit le génie des mystères, maïs où M. MîHingen ne veut voir absolument que FAmour , lamour terrestre, fils de Vénus, sans aucune allusion aux mystére.s de la vie future. Ce n'est pas ici fc lieu d'examiner jusqu'il quel poîjit est fondée une opinion si tranchante, si exclusive, d'un homme aussi versé que M, Milltngen dans la coniioîssance des monumens, et sur une question qui touche à tant de points de fantiquiiép Je me bornerai à remarquer que l'un des deux vases que M, Millîngen publie ici, pL X\l et Xiti, h la-fois pour appliquer et pour appuyer sa doctrine, bisse encore bieii des difïiculiés à résoudre» La composition consiste en trois figures: le dieu ailé, que notre auteur appelle l'Amour; i^e femme appuyée sur un cippe, et dont il fait une Vénus^ sans quelle ait aucun d^s caractères et des attributs de celte déesse; et une seconde f^nime, portant un ttiiroir et une bandelelte, dans laquelle il croît trouver une espèce de suivante de Vénus (3). Mais lobjet principal de cette composition e>l un ornement que M. Millingen noiïime sphœra^ du mot grec i<î>AîPA, et qui est, selon lui, une allusion à un jeu célèbre sous ce nom dans rantîquité; et, m l'appui de cette supposition, il interprète l'inscription qui se lit tracée
(j) Reuvens, Disputât* de shnuhcrh qutbusdam tympanorum Parthenoms , p- 15 et seqq. Londin. 1813, extrait du ciasskat Journal, n, LV et LVI. — (a) y'iiconxx^Mus, Ph Clément, lom. Vi ,p. 71 ; Zoega» Basti RdUvi, tom. I, p» 249. — (3) Ce vase a rté public, mais tant explication, dans la CoUccrkn des vases de Lamberg, vignettet du lomc 1, n. Xil*
AOUT iS^iy , 4«$
fur le cippe, HHSAN MOI TAN X<ï>IPAN, de cette mnnîèrp, elhs fn&nt ' êftvùyr h balU (i). Toutefois, et celle explicnrion de Torneinenl eli question, et la lecture de rinscrîplîonqtiî y^i rapport. \\t sont rien moîiis ipïo prouvées, L'tifornie faute d'orthographe qu'a commise lu des>în.iteur de ce vase, en écrivant x*ipan pour 20aipaN'(s|;, dcuiç te système de M* MilUngea, doit nous rendre fort suspects Tes aulrfi mots, ei SLir-ioui le premier, -i-lMSAN, dont on peut proposer ptuscieurs fnterpréiatîons , toutes également arbiinlîres. Un savant a lu XPHIAN, ou XPTXAN (3)5 et, de quelque mantère qu'on lise, ÎI eî»t difficile d'appuyer sur une base aussi peu solide une expliiati m satiifaisante. Je vi^n dirai pas davantage sur uji sujet qui comporte de bien plus grands développemens que ne le permettent les bornes de cette analyse*
Dans fa planche XIV, M. MiOmgen reproduit un vase publié par d'Haucarvilte (4) , mais sans eîfpiicalîoni ce qui lui donne lieu d'en proposer une interprétation qui ne me paroh souffrir aucune difficulté, I^^ujet est la mort de Procrîs tuée par Céphale, et les personnages sani Frocris, Céphale, probablement lîrechtée , père de Procrîs, Jusquel."» tout me paroît indubiiable; mais, au-dessus de la femme mouranfe, un oiseau à tête humaine, les ailes éployées, qui setnble se séparer de 1.1 dépouille mortelle de Protris, est expliqué par M, Millingen d'une manière qui me setnble inadmissible» 11 y voit une personnilicaiion du nuage, NéphêU, dans le récit original de Phérécyde (jU Aura^ dans U version (atine d*Ovîde (6), que Céphale invoquoît dans l'excès de la chaleur dont i! étoit accablé, et qui donna lieu à la jalousie de Procris ; mais c'est une chose entièrement inouïe sur les tiionumens de l'antiquité I que des vents ou des nuages aient été personnifiés par des oiàeau»à tête humaine. En second lieu, si le nuage qui joue dan^ le mythe de Céphale \xn rôle si important, eût été introduit par l^ peintre de cette scène soas une forme quelconque, nul doute que cet être, devenu partie de sa composition, nVût reçu la forme humaîne toute .entière; comme fon voit, par exemple, les venti représentes sur la tour octogone d'Athènes, dite h tour dts vents (7): il faut doîic
(1) Voyez^Ies objections qu'a préscniées M* Inghirami contre cvtie sph^ti-a , dans ses Monument. Etruschi , série H, p. 357, pi. XXXIll* — [i) Pcul-c:rc par la simple omission de VA, plitiôt que par une tbrme particuitére de prononciation , comme le croît M. Millingen, — (j) Kuiutblau, 18^5,11. 61, p. 244» — { j) Vases d^Hamiltûrt , tom. Il , p, lad. — (5) Phcrecyd. Fragment, p, 1 ib, iq*p cd. 2.* Sturz. — (6) Ovid. Mctam&rph. VII, 800 cl iqcj, — (7) U^pi SltTart , Amiq, cf Athent , tom I , pi iz^ij.
t^lierchcr Ailleurs lexplicaiîun de ce symbole» M, AiiHingi^i), qui ne' peut sVinpécher d avoutr que rien n est plus commua sur les vases qu<? de semblables objcis, sans s'apercevoir que cela détruit absolumeiit >a conjecture sur le Jïuage personiiilîé de Céphale, pense, du reste » qu'ils n'y figurent que comme de simples orncmens » sans aucuni signif cation dctcrminit (i), CVst ce quon n'admettra pas sans peine sur dei jnonumens funéraires, ou tout devoit avoir un rapport quelconque i la doctrine populaire ou mystérieuse de la vie future. Mais cet oiseau à lète humaine, dont le type pourroit bien avoir été emprunté d'une figure sembliible, si souvent reproduite dans les monumens funéraire» de fantique Egypte , est tout simplement une de ces sirènes qu'on trouvii fréquemment représentées sous cette forme sur les sarcophages antiques, et dont fai déjà indiqué la relation avec les mythes de* divinités infernales, alaiion établie d'après des témoignages et dçs nioj';utiiens 4^ '^ p'^^ grande autorité (2).
Un vase représentant /g repas de Phinée souillé par les harpies ^,. }>l. XV, t^ujei neuf et curieux; un autre vase représentant l'enleviment de Proserplnt par Platon ^ pL XVI, sujet trèsfréquent sur le6 basreliefs des sarcophages antiques» mais qui se produit ici ^vec des particularités nouvelles, et qui offre de plus le mérite, très-rare dans ces bas-reficfs ^ d'un dessin élégant et correct , ne donnent lieu à jucune (îifficulté. Il n'en est pas tout-à-fait de même da vase suivant, pK xvn , où M. Visconti a cru voir Phrixus et Hellé {%) 1 où M. Millingen veui trouver Paris et Vénus, et dont le sujet me paroîi encore incertain , même après ces deujc explications si opposées. Je me contente d'indicjiier les deux vases qui suivent, pL ^^vni et XIX, l'un et lauue extrêmement rtcummandubles ious le rapport de l'art, comme la plupart de ceux qui sortirent des élégantes fabriques ^deNola, et qui représentent, le premier, une partie de chasse des temps héroïques, dont les persoimages sont distingués par leur^ notns ; le second , un fait ejiiprunté de l'histoire des Amazones, qui produisit ou inspira tant d'ouvrages de fart theï les Grecs, Le derniir des vases publié^i par M. Millingen, ei qui remplit à lui seul les cinq ^dernières planche* de son recueil, XX à XXIV , est, à tous égardi , un des plu> beaux ^ dts plus riches en figures , et des plus întéressans qui existent* Publie d'abord par Dempsttr (4) , puis par d'Hancarville»
(1) Pag. 38. AJenly as ornamenrs , whhout iitty d,finh€ stgnificaïkn. — (2) Voye?. aussi te KumthUtt^ 1815,11. 62,014 la mcnic explicarton est pro-
poicc, — (3) Mus. Pio CUmenu tûm. IV , iûv. A (4J Btrur, Rr^al tenu. I »