FIN DE LA TABL
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PIS: SAVANS
OCTOBRE iSîj.
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A PARIS
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jSo JOURNAL DES SAVANS,
répoque , nous apprennent suffisamment les faits guerriers et poKtiqueSy la vie publique de René; mais elles ne donnent pas assez de renseignemens sur les vertus privées , les qualités personnelles, et, si fose le dire , sur l'intérieur de famille d'un prince qui mérita de ses peuples et de ses contemporains le surnom de bon , que la postérité lui a conservé comme un titre aussi juste qu'honorable.
C*étoit donc une idée heureuse que celle d'écrire Thisloire particulière de René d'Anjou, M, F. de Villeneuve -Bargemon a rempli une lacune de notre littérature historique; il a bien conçu son sujet i cl iï a exécuté son plan avec autant de zèle que d'intelligence.
Il s'est borné à indiquer les faits de l'histoire publique, qui éloieni déjà très-connus , et il a mis ses soins à rassembler les anecdotes $ les circonstances spéciales, les détails de mœurs, qui permettent de juger les opinions et les usages du siècle ou ce prince a vécu, pour mieux apprécier le prince lui-même.
J'imitersH fauteur , et je choisirai dans son ouvrage les actions » les coutumes ou les événemens qui me paroitront dignes de faltentîon ou de la curiosité des personnes qui connoissent déjh Thistoire guerrière et politique de René d* Anjou, dont j'ai précédemment eu l'occasion de présenter un précis dans ce Journal (i).
Le règne du roi René, qui comprend de î437 ^ t480t c'est-àdire , près d'un demi-siècle , est digne des regards de fobservateur. Les comtés d'Anjou et de Provence, le duché de Lorraine, alors séparés de la France , et gouvernés par un prince qui conservoit et même réiablissoit les vertus , les opinions , les mœurs chevaleresques, présentent une époque caractéristique dont je tâcherai de faire connoître quelques traits principaux.
Dans la jeunesse du roi René, et avant que Louis XI montât sur le trône , ii existoit encore dans la nobfesse française le désir de s^ signaler dans les tournois; les guerres nationales, qui a voient si longtemps exigé que nos guerriers se mesurassent avec les Anglais , peuvent être regardées comme une des causes qui avoient maintenu l'habitude de ces exercices militaires et chevaleresques : la présence des dames exciloit à des succès dont il faiioit ensuite soutenir la renommée dans fes combats sanglans qui avoient lieu si souvent contre les ennemis de la France.
René , plus qu'un autre prince , par son caractère et par ses opinions, aima les faits d'armes, tout l'appareil et le prestige de
(i) Cahier de juillet i8ai, p. 4*7 ci suiv.
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fa chevalerie, dont il semble avoir été un des derniers tenai>îs. II se fit un plaisir et un devoir d'offrir ces spectacles guerriers où il pouvoit figurer lui-même avec avantage.
En «4} 8, étant entré à Naples en vainqueur, if assista, avec son épouse et avec les chevaliers angevins, lorrains et provençaux, et toute la noblesse de la capitale , à un célèbre tournoi pour lequel if avoît assigné des prix magnifiques.
En t44<î> eut lieu, entre Razilli et Chinon, l'emprinse dç la queu€ du dragon;
£11 i447f ^ P^" ^^ distance de Saumur, le pas de ffmprinse dt ta joyeuse garde;
Hi i449j ^^^^ ^^^ prairies qui environnent Tarascon, l'imprîmt des pastoureaux.
L'historien du roi René nomme tous les seigneurs français qui se présentèrent à ces tournois; parmi les détails qail rapporte, je me bornefai à citer les suîvans.
Pour le pas de Femprinse de la Joyeuse garde , René avoit fait construire en bois un palais spacieux, peint et meublé richement: pendant six semaines, les plaisirs, les fêtes s'y succédèrent; il inventoit sans cesse de nouveaux moyens d'amuser des hôtes illustres et aimables. Quand le jour indiqué par les proclaniaiions fut arrivé, un fastueux cortège sortit de ce palais ; deux estaffiers , vêtus à l'orientale, ouvroienl la marche, conduisant deux énormes lions vivans, dont la large crinière s'agitoit siur les anneaux dor et d'argent massif qui les retenoîent.
Précédés des musiciens, les rois d'armes portoient les registres d'honneur oii dévoient être inscrits les faits mémorables du tournoi : les juges du camp suivoient ; après eux , le nain de René portoit Técu de ce prince, où étoient peintes des touffes de pensées, symbole d'un amour encore mystérieux.
Des groupes nombreux de pages , d'écuyers , de poursuivans , précédoient une jeune damoiselle couverte de pierreries, montée sur une blanche haquenée, et guidant, par une longue écharpe , le cheval de bataille sur lequel s'avançoit René; il étoit suivi de tous les chevaliers qui dévoient avec lui soutenir lemprinse de la joyeuse garde.
La damoiselle présenta successivement la main à chacun des tenans t en les conduisant à Fentrée de la lice.
L'écu de René fut suspendu à une colonne de marbre , à laquelle on avoit attaché les deux lions* Le tournoi fut brillant; il dura plusieurs jours. Les noms des vainqueur^ étoient proclamés et inscrits
fv< JOURNAL DES SAVANS,
au iWre d'honneur; if fijt déposé, d'après feur vœu, aux pieds des dames , cinquante-quatre diamans , trente-six rubis , &c-
Qiiand il ne se présenta pius d'assaîllans , on décerna les grands prix; (e nain , fa damoîselje , les juges , les rois d'armes, proclamèrent le norn de Ferri de Lorraine et celui de Florigni,
René avoit paru plusieurs foii dans ce tournoi avec sa supériorité ordinaire ; on a dit qu*il fit un tableau qui feprésentoit ce pas d*armes^ et qu*il Toffrit à Charles VIL
Dans le dessein d'entretenir cette ardeur chevaleresque , cette émulation guerrière, René fonda Tordre du croissant, dont les chevaliers juroient, par leur pari de paradis, de remplir tous les devoirs que ce titre leur imposoit^
Et quand il n'assrsîïi plus à ces joutes militaires , René rédJgea un ouvrage où il a conservé les cérémonies, les formes, les coulume?î, les régies des tournois»
Parmi les autres usages qui donnent une idée de» mceiirs ife répoque , Thistorien du roi René rapporte des détails curieux sur ïes sociétés des Valentjns et des Valentjnes.
Du temps du roi René , soit que ce fût une imitstion des cours d'amour , un reste des galanteries chevaleresques , ou soit que c'eût été une institution nouvelle , dès que le carnaval ramenoil les amusemens publics, les chevaliers de tout âge formoient une association galante , dont les membres dévoient offrir aux dames des fêtes et des hommages dignes de les amuser noblement. Quand les chevaliers et les dames étoîent réunis , on inlerrogeoit le sort pour assigner à chaque ^£*/7r///?/w/7îr mariée, veuve, ou damoîselie , un cavalier qui, pendant Tannée entière , devoît se soumettre \ toutes les volontés de sa dame, et devenir en quelque sorte son homme lige; les dames italiennes ont conservé quelque chose de ce personnage sous le nom de patito.
Ainsi, d après les statuts de cette association, le chevalier nommé par le sort s'obligeoit par serment, et sur sa foi et loyauté, à rendre à sa dame tous les services qu'elfe exigeroîi, à Taccompagner partout où if lui plairoit d'aller, enfin à lui accorder tout ce que permettoîent la politesse, la décence et Thonneur.
Lassemblée où ces engagemens étoîent contractés se tenoit au mois de février^ le jour de la S. Valentin; et c'est vraisemblablement à causé de celte circonstance qu'on nommoit Valentins les chevalier^ que le sort rfésignoii , et VAtENTINTS les dames au ««r^rtce desquelles ils se consacroient,.
► CTOBRE iSâfl tSj
sut en croire rhistorien du roi René , quoique les mœurs du temps nofTrent pas une garantie bien assurée de la sagesse des Valentîns et des rigueurs des Valenlines , celle espèce de servitude amoureuse n'ailoil jamais au-delà des bornes d'une honnête galanterie; et si les chevaliers valeniins adressoient h leurs dames des lettre* pleines de tendresse, des vers qui exprimoîent des senumens amoureux, des décfarations très^pussionnées , cette correspondance, nullement mystérieuse , n*éloit qu'un simple jeu d'esprit auquel le coeur restoit ordinairement étranger, H est vrai que la malice du sort mettoit souvent obstacle aux moyens de séduction, quand il appeloit à cette société galante un vieillard et une jeune damoiselle , ou un jeune chevalier et une vieille dame ; cette mésalliance des âges , des goûts , des inclinations , devenoit une sauvegarde pour les moeurs > et sans doute plus d*un Valeniin et d*une Valentine ont 'trouvé bien longue Tannée de leur engagement.
11 nous reste du roi René deux rondeaux adressés à des Valentînes. De courtes citations feront connoître la manière de ce roi poète.
Après une seule e;cceptée , Je vous servirai cette année^ Ma doulce Valentine gente , Puisqa*amour vcult que m'y consente.
Et que celle est ma destinée,
II est permis de croire que René n'étoit pas très-enthousiaste de la dame que le sort lui avait commandé de servir* II y a quelque adresse dans Tcxceplion d'une seule , soit que le prince crût rendre un hommage à son épouse , soii qu'il se réservât le droit de fouir de cette exception.
Le second rondeau prouve évidemment qull avoit été maitraité par le sort, et qu'il étoit condamné à servir une dame très-âgée. H s'en exprime ainsi ;
Je £ui3 des)à d*ainour tanné «
Ma très-doulce Valentinée;
Car pour mot flûtes trop toit oée.
Et moi pour vous fus trop tard né.
L-hrstorien du roi René cite divers pays où le même usage a existé , et sur^tout où les noms de Valentins et Valentines désignoîent les dieva&rs et les dames de Tassociation* Les recherches qu'il a faites^ Cl beaucoup d'autres qu'on pourroît y ajouter, deviendroient le sujet «Tune dissertation qui ne seroit pas sans intérêt. Je me borne à dii»
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que Ton trouve daiis les poésies de Charles d^Orléans plusieurs passages relatifs aux Valenlins et aux Valentines ; que même oa y.Ul sous son nom les vers que je viens de citer p qui sont cependant attribués au roi René par divers reaieils» et notamment par le manuscrit de la Bibliothèque du Roi n,"* a/S 8,
On trouve dans l'ouvrage de M. de Villeneuve-Bargemon une circonstance de la vie de Louis XI, qui étoil ignorée ou peu connue; Duclos lui-même nen a point parlé; et cependant elle raéritoit d^étre consignée dans Thistoire de ce prince, parce quelle peut servir à expliquer son caractère.
Vers 1 44/ i après le mauvais succès de la guerre de la Praguerîe , Louis XI, aFors dauphin, ^nt en Provence, auprès du roi René: il n est pas permis de douter que le fils de Charles VII , Louis , qui s'étoit déjà retiré dans le Dauphiné , ou il eut bientôt fadministralion et le gouvernement de cette province , n'eût formé le projel politique de se ménager l'amitié et l'appui du comte de Provence son voisin ; aussi Louis ne manqua pas de donner à ce voyage un prétexte pieux. II partit de Chinon pour la Provence , en annonçant quil alloit acquitter un vœu de la reine Marie d^Anjau à S. Louis, évéque de Toulouse , un des fils de Charles le Boiteux. Les reliques de ce saint, canonisé en 1317 par Jean XXII, long- temps conservées à Marseille, oîi elles avoient été transportées de Brignoles, lieu de sa naissance et de sa mort, avoient été enlevées par Alphonse, roi d'Aragon, en i42î-
Le comte de Provence reçut le dauphin avec magnificence et amitié. Louis logea à Aix au couvent des dominicains; de fà il se rendit en pèlerinage à la Sainte-Baume, ou la tradition place fa retraite de la Magdelaîne pénitente; il visita dévotement la célèbre caverne où Ion croit que fa sainte ^voît choisi son séjour, déposa son offrande sur Taulel, et se rendit ensuite à iMarseilIe, où il arriva le 7 mat, L'évêque, accompagné du viguier et des consuls de là ville , et d'un nombreux clergé , reçut solennellement ce prince devant leghse où étoient autrefois déposées les reliques de S* Louis, et les acclamations du peuple répétèrent le cri ; VIVO LôV DAUPHIN i yîve k dauphin l
II se rendit ensuite à Tarascon , pour y prier sur le tombeau de S," Marthe , soeur du Lazare ; et ayant appris qu on disort que \^% ossemens des saintes Maries reposoient obscurément auprès d'une petite ville du côté de la mer, il promit aux Provençaux, qui paroissoient avoir confiance en sa piété, quil $'adresseroit au pape
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et au comte de Provence ^ afin d obienif que ces restes précieux fussent eîtposés h la vénéraiion des fidèles*
il quitta ensuite la Provence» laissant les différentes MÏk$ où ii avoir paru, édifiées de sa dcvoâon. <,.
Cette sorte de pèlerinage de Louis XI» alors ^^^^ ^IVmîmn vingttrois ans, est le premier acte solennel de dév ocrisie
qui art pu annoncer le caractère qu*H développa d^ns U huue ; dèslors îl mt couvrir du voile de la religion les démardies politiques qu'il \*ouIoii dérober aux regards du public* Je nai pas besoin de répéter que le but secret de son voyage en Provence étoit de s'assurer des sentiniens de son oncle lîçné^ dont peut-être déjà il :unbitionfioit le comté 1 qu'il obtint dans la suite par des moyens trop habiles, ^et iur^loui de se ménager dès? lors des intelligences, des appuis et des secours pour les circonsiaixes ou il en auroil besoiiu Je ne sais pourquoi l'historien du f^»i René a rejeré dans une note du troisième volume un fait important qui me paraît jeter un gr^t;d jour sur les motifs de ce voyage. Le dauphin » passant à Lambe^c I? 10 mat i447t distingua Jean de Mariins» auquel il donna le titre de conseiller en son grand conseil. Quoique ce soit le seul Provençal sur qui on sache que ce prince avoit répandu des grâces , il e*t pemns de croire qu il s'éioit aussi assuré du zèle et du dévoueuient de beaucoup de personnes considérables.
Depuis son retour de Provence, fe daufihin ne reparut plus à la cour de son père, contre le gré duquel il se remaria , et il demeura, soit dans le Dauphîné, soit k la cour du duc «le Bourgogne.
On ne peut que savoir gré à 1 historien du roi René d avoir rappelé aussi heureusement ce voyage de Louis XI , encore dauphin, en Provence.
Jin présenté, dans les notes du tome JI , 1 analyse détaillée des divers OUVfiges iittéraires du roi Bené, avec des citations choisies qui pennéuent de les apprécier* On ne peut qu*applaudir à cette partie de son travail, qui est précédée d'une courte dissertation sur Thisioire de k poésie française , depuis son origine jusquà Tépoque où ces ouvrages furent composés*
Ce prince 6t souvent exécuter devant (ui la représentation 4e <ces pièces nom tuées Myiùtts t productions dramatiques qui cotnposoient le théâtre du xv/ siècle* Il paroît qu'il s*étoit exercé dans ce genre de fîîtéralureî son hmonen a fàft, dans les notes du troisième volume» une digression curieuse sur divers mystères joués k cette époque ; mais il na point découvert à quelles pièces le prince ^voit travaillé,
Eeee
^H JOURÎfÀL DES SAVANS,
Cht pensl?f»f>îefi jqu^on tfoti?e, soit dans le texte, soit dans tes noies, de nonthreuses recherches rebtive« aux ouvrages de peinttifc* aiîx portraits, aur enftttnjnurès , &c. , quon attribue »aa rôî René 9 ainsi qu*aux divers jugemens qui en ont étt portés* M, de Villeneuve* Bargemon ne lakse rfeir i désirer à ce sujet; mats son travail, inutile aint progrès de l'art» ne peut intéresser que la curiosité des ;'€rsonnei qui en étudient Thistoire dans ses moindres détails.
Une critique séirère condajnnerott peut*èrre comme longueur», d#¥ citations t des^ anecdotes » des digressions qu'on rencontre parfois et Nur-tout dans les notes ; des nomenclatures , des généalogies, ^c &€-: < nais cette surabondance d'érudition n'est pas toui-i-fait inutile à fa cgnnoi&âance de fa Htréraiure, des mœurs, de Thistoire de répoque, rf je n*o$eroîs «n'en plaindre. Je dois dire pourtant que feusse préféré que l'auteur eût appliqué ces recherches et ces développement h deux poinis importari$,;^ui exigeoient d'être traités largement: les états de Provence tenus plusieurs fois sous le roi René^ et la législation dé ce prince, 1 '
Nous savons qi:e fes états de Provence furent convoqués en 1 146 à Tarasfon; mais it est permis de croire que leur existence éioit déjà très -ancienne» ' ^
Les trjpis ordres avoient fe droit de proposer des -lois au iptince , qui les accepioit, ies rejetoit ou les modifioit-
.M Quand ildemandoit des subventions, et que les éiats ies accordoient ,
ic'étoit 50US le litre de don gratuit ; ih régîoient le genre et le mode
d imposition. Le successeur de René reconnut expressément, en 14^0,
Je priv fJége antique et constitutionnel qu'avoient les Provençaux de
»e supponer d'autre impol que celui qui avoit été consenti volontaire*
irrent par les trois états; cum consîlia n ^sstnsu ttium statuum,
rj! -Le principe que nul officier du comte ne pou volt être membre des
aétats, n'avoit jamais varié, et un arrêt du parlement de Provence,
idu $ mai 17^8, TavOrt encore consacré. L'auteur fi) du Traité de
l'administration du comté de Provence > publié en 1786, disort: m Les
,it officiers royaux doivent être exclus des états et des assemWées
jHgémrales et particulières du pays.»
\i Dans les états tenui à Marseille en i44tf on se plaignit au roi René d& rétablissement d un droit de gabelle qui n'avoir pas été
^ (i) L'abbé de Cortolid^ conieiller du rot en la cour dés compter, aâdfs et finances de Provence;
IKACTOBRE [8z5. 4t7
Consenti par les tfOi$ ordres, et. Je prince dci' "' fi'eiilfiv^oit
point attenter aux pnvj(ég$:s du p*ty>'
Ce trait aurozt dû être cité par rhiatorien-du rul René / parce qu'il me paroît honorable pour la mémoire du ■
Je rapporterai» d'après M. de Vilknen^e-Biirç, l i , une réponse |>eu grave que René fit un jour aux état»; elle pa'^strroiî peui*érre aujourd'hui i^our ttn persiflage. Les étais demandoient qu'il fût ordonné des cost^ufi pour f*iire distinguer les barons des comtes et des siniples gencifihommes , ccux-d des bourgeois, et ces derniers des marchands, &c ;^-' ^•
René répondit en langue provençale: « Il faut quau premier bal «qui aura lieu, les dames s'assemblent, et que Monseigneur d'Aix "leur soumette Je contenu de ia supplicpie; quand eJJes se seront «expliquées, le rai y f : ' >
Quant k h partie dir i i i du roi Reué » Fhisiorîen ^ est entré dans quelques détails intéressans ; maïs il auroit pu y en ajouter plu^reurs autres , et sur-tout faire des rapprochemens avec les autres législations de Tépoque.
|l n'étoit guère periHÎs de passer sous silence la singulière instiru* tîcxn des jeux relatifs ï la procession de la Féie-Dîeu à Aix: tirais l'historien de René s*est borné à donner fanalyse de l'ouvrage curieux de M. Grégoire* Il y a ajouté la circonstance suivante :
« René ayoit ordonné , dît-on , que Ws lyndici d*Aix choi^ts:>ent '» tous les ans quelques personnes capabJes de composer et de débiter >» des vers ( prover»çaux ) pendant les jeux de la procession.
»• M, de Saint-Vincent pense que ces poètes populaires prirent #> d'abord pour objet de leurs satires les ennemis de la mai;ion « d Anjou , et qu ils s'attachèrent ensuite à corriger les vices des y» habitans d'Aix, en tournant cx>ntre eux les armes du ridicule* Ces >» plaisanteries s'appeloienl MOMONS ou jeux de Afomus , et un poète » du xviK* siècle prétend <jue , depuis qu'ils ont cessé» on a fait » l>eaucoup plus de sottises en Provence,
« Un de ces plus célèbres Artstophânes $*appeloit Balthasar Roman , « fils d'un paveur de rue : iJ ne sa voit pas lire, mais il composoit «et relenoit si^% ver6 par le moyen de petits cailloux auxqueb il « donnoit des formes diverses , et dont i:hacuQ avoit la valeur « d*un mot.
(r] Sembla c^ne, a la premtera dansa que le fara, le dcoran astemblar las dx^fvas, a (a^qiials Monseignor d'Aîx pfDpofItra lou cootengut delf caphota, et, ;*gQda la reposia de tlla» , lo rey y provifera*
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^n JOURNAL DES SAVANS,
v% La vîife lut fit \}ne pension* * • • Les particuliers qui recioutoient » les vers satiriques de Roman, ne nianquoient pas de lui fournir «aussi beaueoup d'argent.
>» La veille de la procession, il se moiitroit en costume, et par* » couroït la ville, suivi de quatre compagnons qui chantoient ses vers, . *
» Bail basa r Roman étant mort en i645 j Arnaud son fils hérirm » de ses tafens et de la faveur publique, jusqu'à Tannée \66oi ^ maïs alors les Iroubîes religieuîc et politiques de h^fîtnce firettt » cesser ces jeux f dont la malignité et Tesprit de parfT dVoteni fini » par abuser ouvertement. »
La première fois que René arriva en Provence, il accepta du chapitre de la métropole rf Aix Je litre de chanoine d^honneur ; la cérémonie de sa réception fut très-solennelle.
Introduit dans le choeur de laniique cathédrale , le prince déposa son'ëpée, couvrit sa cotte d*armes du surplis de chanoine, endossa Taumusse* et |uTa sur les livres saints de veiHer à la conservation des privilèges de celte église et de les défendre toute sa vie.
M. de Villeneuve -Bargemon rapporte à cette occasion qu'Alix de V^rgf, tutrice d'Hugues IV, duc d^ Bourgogne, chanoine dTwnneur de Saint-Martin de Tours , fut admise en 1 1 1 8 à représenter son 'pupille, et que, revêtue de rhabit , elle donna fe baiser de réception à tout le chapitre.
I. Il auroit pu ajouter que le roi de France étoît abbé, protecteur let chanoine de la même abbaye de Saint-Martin de Tours. Louis XIII fut reçu le 2t juilfet i<îî4- Lacté capitulaire porte que sa majesté avoii fait difficulté de prêter le serment d*usage , pour nétre pas dûment informée; mais que layant été depuis, ^Ue avott>à Fexempfe de ses prédécesseurs, prêté ce serment à geno«x sur les saints évangiks
El je oîrai que le fcu roi Louis XVHI , ponant eiicore fe titre de Monsieur, fiit reçu chanoine et prêta {e serment au nom du roi alors régnant Louis XVL •
Je termineraî cet extrait en choisissant dans Tourrage quelques traits qui feront apprécier (e cœur du bon roi.
h ccVer^ i4r» îl »4j^i de vîolens symptômes de pesté Vérant ite manifestée en Provence» René se hâta d^ partir pour Ait. H ne ?»craî<'!Mt I oint de s'exposer au plus redoutable dçs fléaux, quand il ^>puî , r cFen calmer les effets, ou*d*en arrêter les progrès ^i^p4r ^ soins, par %t$ mesures et ^ paterndte rigiknce. Il étort » temps que ce prince raniniât par lofi exemple le courage de ^s
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"^malheureux sujets. .- ..li envoya des médecins et des secours en s> tout genre dans les lieux infectée j if assigna uii local salubre pour » y recueillir les infortunés sans asyle î et voulant employer Ja grande » quantité douvriers qui étoîent alors sans occupation et sans paîn , » il fit exécuter plusieurs travaux* Le cinquième agrandissement de >»la viJ/e «TAix date, de cette malheureuse époque.
^Jiafthasar d'HaussonviUe « Tun des plus intimes officiers de sa a> maison, [ut lisoit un jour la vie de Titus : au mot 31 connu de >»r€mpereur romain, J'ai perdu ma journée , René 1 arrêtant son ami, ï> s'écria avec une franchise qui n'éloit qu^ Texpression d*une con- ^^ science 5ans reproche» A Dieu grâce, Haussonvillc , nen ai aucune ^> perdue. »
Pendant les guerres d'Italie , en i4j9f pfès d*un bourg nommé HautevUle, on lui amena cinq paysans prisonniers , restes d'une troupe qui avoit tout tenté pour s'emparer de sa personne , et qui Jui avoit fait courir de grands dangers; ils se Jetèrent à ses pieds; René , les relevant lui-même , leur adressa ces paroles mémorables :
« Roi , je veux remplir tous les devoirs que ce titre m'impose ; fa >^ dénence est un d?s premiers et des pliis doux. Loin de vouloir *» faire périr aucun de mes sujets, je ne désire que leur bonheur, . , ^ Allez , mes enfans, allez consoler vos familles alarmées , et devenez * à Tavenir, entre elles et moi , un gage constant de paix et d'amitié ; » et j[ fes renvoya en leur cjislribuant quelque argent.
En r4<S7j il écrivoit à févêque de Marseille :
« Mons de Marseille et mon compère >
^ \\ ma été exposé par quelques pauvres gens qu ils avoient >» commis certaines choses que je ne vous dis point; mais jt: crois »que ce doit être par erreur ou par foiblesse, comme verrez par » leur écriture que trouverez cî-încluse. Vous saurez d'aJjord que » ce sont des marins qui ont bien d'autres soucis en c^ monde ; if » vous appartient de juger si c*est un cas d'église ; car pour ce qui » me regarde, je suis bien aise qu'on leur pardonne* »
Près de mourir , il ranima sa voix pour dire à son successeur : « Mon fils, il me semble qu'il manque quelque chose à l'amour r> que je vous ai témoigné ; et oe n'est pas assez de Ta voir fait *3 paroîlre en vous dounant mes étais, il faut encore que Je vous ^appreiuie comment vous en jouirez heureusement: la seule inaxime «que vous ayez à pratiquer pour cela j C'EST D'AIMER VOS PEUPI es » Ci^iO^àUE. JE LES AI AI>1£S.»
M. de Vrffenem^e-Bargemon a fait enrre le roi René ei fe rui Stanislas un panllèle autsî vrai que piquant; et il produit d'ausanf plus d'effet qu'on a souvent vu figurer dans rhiiloîre la politique ou fes manœuvres souvent injustes, iou}ours în i" i ; *r.)i est
convenu d'appeler la politique de Louis XI, h c [ :; i r .urteni davantage les venueusts qualhcs de René , qui gouverna ses peuples^ administra ses états ^vtc bonne foi ^ et qui fut toujours hoanére homme sur le trône, * ^
M* de ViHenetJve-Bargemon a inséré dans les trois volumes qiVil a publié!, des portraits, des dessins, des airs de musique, er sur-tout environ cem fac-Xintile de la signature de presque tous les person* nages considérables qui y sont nommés* Ces ornemens extérieurs sont recherchés aujourd'hui , et ifi contribueront è augmenter encore Imtérét que le tzhat de f historien et le nom de son héros in^J^rtront aux lecteurs. '^* '
RAYNOUARD
FOFSCHÙNÛEN /AI C ES TETE DER AlLTEREff , religiœseit ,
pùliîîschen und Ihlerariscbeu Bildnngsgeschichtf étf Vœlker MltUl'Asiens , voryigUch der Mongolen und Tibeter: von Jsnac-Jacob Schinklt. — Recherches relatives t) fkistoîri ancienne de la culture des peuples de l'Asie centraUj particu* lièrement des Mongols et des Tibéiûins, sous le triple point di vue de lu religion , de la politique et de hi littérature ; par M. L J. SchmiJt. Siii^t-Pctersbourg » 1^24 » xîv et 287 pages /w-^/ Beleuchtung und VTiderlegung der Forschungen nier die Ceschichte I. der Mitiel^Asiatischen Vœlker des Herrn L J. Schmidt in Saint' Peter sburg: von J, Klaproth. ^ Examen et Réfutation des Recherches de M* M. Schmîdt, de Saint- Pétersbonrg, relatives à l'histoire des peuples de l'Asie centrale; par AI. J, Kfaproth. Pa^is» i824, 108 page^ /i;-^/
Je dois s;upposer que fes lecteurs qui mettront quelque intérêt à coimotire les deux ouvrages auxqtJeb fe consacre cet article, ne sont poifit étrangers à la connrovene qui a déjà eu Heu entre M. Schrnrdt c» M Kbproth. La disserta^on de M- Klaproih sur la langue ei
OCTOBRE 1825. ^■■■i J9t
récriture de* Ouïgours, imprimée d'abord daas les Mines de rOriçnii puis daos la rdation de acxr Voyage au Caucase, ei publiée de nouveau à Psris avec btaucoup d'augmemaiions en 1820, a élé, dès sa pr e* mière publication , fobjet d'une critique révère de la part de M. haac- Jdcquti (et non, comme le nomme M. Klaproih, Joseph -Jacques) Schmidt, criiiq^e qui a aussi obtenu une place dans les Mines de rOrienr. Geiie critique donna lieu alors à une lettre imprimée de M, Klaproth au rédacteur des Mines de rôrienl» ou il dit qu ayant lu la dissertation dans laquelle M. Schn^idt lui ailrtlme rinvemion de (a langue et de i*écTiiure des Ouïgours, comme une pure création de son imagination 1 et ne sachant pas si le rédacteur des Mines de rOrieni seroit disposé à donner plaCe à sa déftrnse dans ce recueil littéraire, qui sembloit avoir exclu entièrement de son domaine U polémique , il croit utile de le préveitir que les puissanus raisons de AL Sclimîdt ne resterorent pas sans réponse. « Ayant le projet f >• afouce-t'il , de donner une édition augmentée de mes ckns Ouïgours, » je la ferai sui\re d'une réfutation complète de la dissertation antioui" ngQurknm, dans laquelle je' démontrerai que s*il y a quelque mérite »à la créarion que M, Schaiîdt in*attribuei je dois le partager avec
iftRubruquisi Plan-Carpin MM. Silvestre de Sacyi AUf-Rt-
)»mu5at» Et* Quatremère, et principalement avec M. LangTe^, qui »avoit célébré ks Ouïgours ; pour ne pas parler de Rachid-edi/a , j> d'AbouIghazi , Mirkhond, etf cn^généîaf, de tous^ \ti auteurs «musufmahs, dirétîens et idolâtres» arabes, persans, tartares et «chinois. Quant à ces derniers, M, Schmidt se croit en droit de » douter de leur guiorité; mais» s'il les fit jamais» il y trouvera h *> matière de belles notes pour son histoire des Mongols. Ce secours » ne lui sera pas inutile ; car, malgré $z profonde connoisianci du mongol , 3» il n'a pas laissé de prendre le pronom personnel iW^/fnous, notre] a> pour le nom que portoit la nation mongole dans le temps de » Tchinghîz-khan t et de laisser échapper quelques erreurs de la n même force , que f aurai soin de relever, » J'ai cru nécessaire de copier en grande partie cette lettre, datée du 28 octobre rjBi^, parce que , imprimée dans le temps sur une feuille voiaiue » elle peut avoir échappé h h connoissance ou à ta mémoire de i>e3ucoup de lecteurs , qu'elle présc;nie en peu de mots l'objet de la conie^talicD , et que le style dans lequtl elle est écrite avertit les lecteurs des deux ouvrages que je dois faire connoître» de se tenir en garde contre (es assertions gratuites, les demi- preuves , les conséquence* forcées, que les auteurs^ dans la chaleur d'une dispute qui nVsi pas
exemine crhumeuï*, aitroieni pu prendre pour des «rjgithtens décisifs ou des conclusions léghimement déduites de principes ou de faits démontrés. Comme je ne sais point la langue mongole ni le chinois , je serai obligé de m'en rapporter aux traductions données par MM. Schmîdt et Kbproth des textes origrnatix. D'ailleurs je m'effor^ ceraî de tenir la balance impartiale enrre deux savans qui puisent îi des sources dont l'accès m est interdit.
Je vais d*abord donner une idée de la préface de M» Sehmidt.
Notre auteur présente son ouvrage comme devant servir de précurseur h rhîstoire des Mongols orientaux et de leur maison royale, traduite par lui de Toriginal écrit en langue niongole par Sanang-- SatSiin (t), CùTjtâîsch des Ortos. Ce seroTi une prétention absurde de croire que ITiistoire des Mongols n*nyant été écrite jusqu*icf que d'après des docuinens fournis par des écrivains étrangers, il sort superflu de connoître ce que cette nation elle-mèjne nous a transnifs sur son origine, et les événemens qui se sont passés dans son seîiî. C*esi précisément tout le contraire; car le reproche de pariialhé qu'on pourroît opposer aux historiens nationaux, petit à aussi bon droit s'adresser aux écrivains étrangers , soit qu'ils aient écrit dans tifi temps où ils portoieni le joug de la nation dont ils nous ont conservé rhîstoire, ou après qu'ils avoient recouvré leur indépendance.
Quelque prédilection qu'on puisse avoir pour les écrivains chinois , et quelque haute idée que Fon se forme de Timpartialîté qtiî vefffe chez ce peuple à la rédaction de Thistoire de ses dynasties, oï; ne sauroit nier que les réflexions précédentes ne leur soient applicables ; tifes le sont pareillement aux écrivains mahométans, pour qui, hors Tislamisme et ses sectateurs , tout est barbare et indigne d'attention » et qui, par cette raison, n'ont jainais porté aiicune critique dans rhistoire des peuples étrangers h la religion de Mahomet, A corrtbîen plus forte raison peut-on dire cela des écrivains musulmans Contemporains de la puissance des Mongols, et appartenant pour fa plupart à des nations qui avoient reçu des Arabes la doctrine de rîsfamisme, sans recevoir en même temps ce goût pour féiude et les recherches scientifiques, qui avoît honoré la phjs belle époque de la puissance A^i khalifes.
Pour bien apprécier ces témoignages étrangers et les réduire à
(i) Je conserve dans ies noms mongols Torthographe de M* Schmidt, c*i changeant seulement ce qui tient à U valeur respective q«'ont certaint^ :ttref en allemand et en frAnçai?.
OCTOèttE 102^
leur jusle vâlèuT, lâ same critique exige d'abord qu*on y a]>pîlque un! connoissance solide et approfondie des opinions, des préjugés, del idées qui étoient en circulation chez chaame des nations auxquelles appartenoient ces hrstorfens étrangers à Tépoque &îi ils ont écrit) et Y exerçoîent une puissante influence , et ensitîce qu'on se tienne en garde contre les jnéprises des traducteurs. Er, sans manquer dd reconnoissance envers fes savans qui ont cultivé ou qui cultivent de nos jours avec succès les langues et la littérature des peuples d<j i orient, M. Schnu'dt est convaincu qu'îf reste beaucoup h desîrei h cet ëgard , et qu*en général on n'a pas consacré à la partie de celte Ihtérature qui concerne Thistoire autant de recherches et de iravao*' qu'efle fe mérrtoît.
D'après cela, M. Schmîdt se flatte que , sous le point de vue d^ fa critique , le volume qu'il publie aura quelque mérite aux yeux dcï amateurs des recherches historiques ; car it est conîîacré à un objc auquel ;usqu*ici on a donné peu d'attention , et les extraits originaui qu^il renferme jettent du jour sur quelques points de la religion Bouddha, et sur Thistoire de cette même religion.
Ce n*est point par renchaînement chronologique des dates qiw sont liés entre eux les faits qui sont l'objet de ces recherches; cei bien plutôt par Tesprît général qui animoît et vivifioîi en quelque sorte les peuples dont s occupe l'auteur , et par les influences de cej esprit, influences qui dévoient nécessairement amener les événemen comme ib sont effectivement arrivés. Ce point de vue a été causi que Taufeur n'a pas cru devoir établir, dans son travail, des divisioni systématiques; on ne doit pas croire cependant qu'il innnque totaléi ment de plan , et que fes m:llières y soient traitée rdre
d'une manière confuse,
La nature des recherches de ! auteur fli jjouVoit manquer de mettre sou.vent en contradiction ^vec des écrivains qui n'ont pas puisH aux mêmes sources , et a par conséquent donné fréquemment h soi travail une couleur polémique. II annonce qu'il est disposé îi accorde^ toute raitenrîon convenable aux objections fondées sur des motir plausibles et présentées avec des formes convenables à la gravité dfl sujet, mais qu'il ne tiendra aucun compte des injures et des attaque ffivoîek, et ne leur opposera que fe silence.
Telle est en substance la préface de M. Schmidt. Quoique fauieu^ n'ait établi aucune division systématique dans ses recherches, eilei se divisent assez naturellement en quatre |>artîes. Après quelques cor -sîdératrons générales sur Iignorance presque totale où est restée
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;p4 JOURNAL DES SAVANS,
TEurope, jusqu'à ia fin du xvii/ siècle, de Thisloire des contrées les plus élevées de l'Asie centrale , sur Timperfection des connoissances que, depuis cette époque, les travaux de quelques savans nous ont procurées relativement à ces contrées ou aux révolutions dont elles ont été le théâtre , enfin sur les causes qui nous ont empêchés ju^' qa*ici de donner plus d*étendue et d'exactitude à cette .branche de l'histoire, causes parmi lesquelles il faut mettre au premier rang Fignorance psescjue totale des langues et de la littérature des Mongols et des Tibétains , AI. Schmidt s'occupe de fhistoire des Mongols antérieurement à Djenghiz-khan ou Tchinghiz-khan (pag. i i à 75 ); et à ce sujet se trouvent incidemment mêlées des conjectures sur l'origine des Chinois, la priorité de la civilisation de l'Inde, source primitive de celle du Tibet, de la Chine et des Mongols, l'identité des Hiong-nou ou Huns et des Mongols, &c. C'est Ih la première partie des recherches de M. Schmidt.
La seconde ( pag. 7 ; à 132)3 pour objet la nation qui a porte pendant u^ temps le nom d'Ouigours. M. Schmidt prétend établir que ce nom a été donné aux Tangouts ou à une branche de la race tibétaine, et que cjest une erreur de voir dans les Ouigours une nation de race turque ou tariare , et de lui attribuer l'invention d'une écriture adoptée plus tard par les Mongols. La défense de ce système entraîne fauteur dans des recherches sur l'histoire ancienne du Tibet, sur l'étendue de l'empire des Tibétains depuis la fin du VI 1/ siècle jusqu'au x.' , et sur la propagation de l'écriture tibétain'^ et de la religion de iiouddha à Test, au qord et à l'ouest du Tibet, propagation qui fut une suite de la domination et de la puissance des Tibétains, dont l'empire à l'est touchoit à la Chine, er à l'ouest comprenoit toute la petite Boukharie. Cette seconde partie est presque entièrement polémique et dirigée contre les opinions de MM. Kla- , proth et Abel^Rémusat.
La troisième parde , qui se rattache k la seconde , parce que M, Schmidt attribue immédiatement aux Mongols l'invention de l'écriture dont MM. Klaproth et Rémusat font honneur aux Ouigours ^ a pour objet l'origine de cette écriture, née, suivant notre auteur, en partie du zend et en partie du sabéen ( pag. 133 a >^5 }•
L'origine et l'histoire du bouddhisme, particulièrement dans le Tibet , ainsi que l'histoire polidque du Tibet , en tant qu'elle est liée à celle de la religion de Bouddha, forment la quatrième et dernière partie des recherches de M. Schmjdt (pag. 165 à 244)-
Vient ensuite un appcndix\ divisé en trois parties , dont !a première
a pour objet les nVfcs sacrés des Bouddhistes et lé cafactère dans lequeF iîs sont écrits ( pag. 245 à 254); '^ seconde contient fa iraduction d'un épisode de la vie de Bouddha , ou le triomphe de Bouddha sur six feux docteurs qui égaroient les peuples ( pag* ^\^ h 277 ) ; enfin la troisième ofire une nouvelle traduction d'un texte de Raschid-eddin , relatif aux Oulgoun, texte publié por M, Klaçroih dans la dernière édition de sa dissertation sur les Ouigours ( pag. 277 à 287 ),
S\\ s'agissojt d'un ouvrage superficiel, ou qui ne contînt qu'une compilation de récits oi^ d'opinions déjh connus , je pourrois me contenter de Pesquîsse que je viens Jen tracer; mais l'importance et la nouveauté des recherches de M. Schmidt , qui d'ailleurs , étant écrites en allemand, ne sont pas accessibles à tous les lecteurs curieux d'étendre leurs connotssances sur Thistoire politique et religieuse de rAsie , m obligent à entrer plus avant dans les matières traitées dans cet ouvrage, et à suivre lauteur , pour ainsi dire, pas h pas, aussi brièvement toutefois qu'il me sera possible. Je diviserai donc le compte que fe vais rendre du travail de M. Schmidt en trois articles, et le premier sera uniquement consacré à ce que je considère comme la première partie 1 je veux dire k Thistoire ancienne des Mongols.
Après avoir relégué au nombre des fables ce que les écrivains musulmans disent des deux frères Afoungl et Tatar , auteurs des Mongols et desTartares , de leur descendance de Noê, et de l'empire d*un prince nommé Oghou^, petit-fils de Moungl , et antérieur de quarante siècles à l'époque de Tchinghiz-khan, M. Schmidi fait commencer l'histoire des Mongols à Bunœ Tchinot nommé Bertritna psr Abou7gazi. L'histoire de Burtœ Tchinô a été singulièrement défigurée par les écrivains mahométans et chinois: dans le récit des derniers, on voit intervenir une louve ; et ichrno, mot mongol qui a été prononcé ^tna »ve\xl dire foup. Suivant Thraorien iliongol qui sert de guide à M. Schmidt j et dont le nom est Sanang Scst^ctn , le prince Burtœ Tchino, fils du septième toi du Tif)et qui avoit été victime d'une révolution, se relira de contrée en contrée Jusqu'au lieu où résidoient, sur les bords du lac Baïkal , les Mongols encore barbares , et qui portoient alors fe nom de Bœdœ. Ges barbares, instruits de sa noble origine , le choisirent pour leur roi. La même chose à-peu-prcs étoit arrivée aux Tibétains, dont l'auteur mongol fait remonter l'histoire à trois siècles environ avant J. C. Un descendant de !: >iîddhn , miracuteu sèment échappé à (a mort dans Tlnde , s'étant
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réfugié dans les hautes montagnes du Tibet, y fut reconnu par les Tibétains pour un fi(s du ciel; ils le placèrent sur le trône, et il devint la tige des rois du Tibet.
A cette occasion, M, Schmidt observe que, suivant (a tradition des Brahmanes > les Chinois descendent de certaines familles de la caste ^les Kschdtrias^ qui, éniîgrées de Tlnde , seiablirent dans les plaines * «t les vallées au nord est du Bengale. Cette origine , fondée sur un pa.ssage des lois de Menou , dont fauihenticité peut être contes tée , puroit à notre auteur confirmée par iusage où sont les Tibétains d'appeler ic s Indiens Cja iJancs , et les Chinois G/a noirs. Ces émigrés de Tlnde durent nécessairement se trouver en contact avec les haUtans grossiers des hautes contrées de rAsie, ne fût-ce que pour se procurer des fenunes ; et, en ce cas, on ne peut voir dans les Chinois qu'une nation bâtarde, mêlée du sang indien et de celui des barbares, de la hîiute Asie* VailJi pourquoi on trouve chez les Chinois I ail milieu d'une culture qui leur est propre, beaucoup de choses empruntées de Tlnde. Il e>t donc démoniré que flnde , sa j>opulation e.t 4a cuiture, ont devancé de beaucoup la Chine et sa civili^atîqn» et; personne ne croira plus h celte prétendue culture des habitans de la l^auie Asîêj du temps d'Oghouz, quatre mille ans avant Tchinghiz-khan*
Cette assertion de M, Schmidt est une de celles qui ont été rejetées durement par M. Klaproïh, comme si forigine indienne des Chinois ne pouvoit pas être admise par un homme de bon sens (page 9^). Sans doute il n'est pas vrai que les conclusions de M* Schmidt soient démontréesi et, quoique la saine critique doive se teair en garde cûnîre ce qu'une nation aussi vaine que les Chinois raconte de son origine, ce n'est assurément pas d'après des inductions aussi légèrement fondées que celles sur lesquelles il s'appuie , qu'on peut décider une telle question; maïs nous pensons qu'on pourroit encore (a discuter, ma fgré les plaisanteries de M. Klaproth, et même malgré les raisons qu'il y oppose, et qui certes méritent d'être prises en grande considération. C'est ainsi, ce nous semble, qu*en a jugé un membre distingué de la société asiatique de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, AL Davy { Transactions of the Asiatih royal Society); et M. Rémusat, .qui diffère entièrement d'opinion avec M. Davy, n'a pas cru cependant qu'il y eiVt quelque chose de ridicule à soumettre cette question à une séiieuse et savante discussion, qu'on a pu lire dans ce journal.
M, Schmidt, revenant aux Mongols, observe qu'on peut être tenté de supposer que ces peuples, devenus Bouddhistes , ont voulu rattacher
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l'origine de ieurs princes à l'Inde et au Tibet , comme les Turc^ > devenus mahométans , ont lié leur primitive histoire à la famitfe de Noé, Les réponses que fait M. Schmidt à celte objection sont loin de pouvoir être considérées comme une démonsiration. La plus forïe est runanimité qui règne, à l'égard de ce fait, entre les chroniques tibétaines et Thistorien mongol. AI. Schmidt trouve aussi une confirmation du même récit dans ce que l'historien chinois Afamanlin rapporte de l'origine des princes des Toukioacî ; maïs cette preuve ne peut faire impression que sur les personnes qui admettront, avec notre auteur, Tidentité des Toukiouti et des Mongofs. Nous revien* drons là- dessus dans un instant; mais auparavant, ponr ne pas nous écarter de Tordre suivi par notre auteur, nous devons parler de fa descendance des princes mongols depuis Burtœ Tchlrro jusqu^^ Tchinghii'kkan : elfe se compose de vingt-trois générations* Burîœ Tchino laissa deux fils , Badt^s-khan et BœJœtsce-khan. Le dernier , tige de la ligne mongole, est celai dont Sanang SwtTœn donn^ (a descendance ; (e premier fut la tige de la ligne Tatdschot, dont un seul prince est nommé par occasion dans Técrivain mongoL Cette généalogie de Tchwghijjkkan avoit paru suspecte à M. Klaproth, parce quelle étoil inconnue, disoit-il, aux écrivains mahométans et chinois ; mais fobjection paroît mal fondée , du moins quant au^t derniers , et c'est M. Klaproth lui même qui en a fourni la preuve à M. Schmidt.
Ici tiûtre auteur entreprend de relever les erreurs où sont tombésT, suivant lui, M. Deguignes et d autres orientalistes, refativement à lorigine des Mongols , faute d'avoir connu la langue de cette nation* M. Deguignes ne commence à connoître des Mongols qu'au xil/ siècle, et ils sont pour lui une horde turque. Ce qui a donné lieu à cette méprise, c'est le nom de Toukioud donné par les Chinois, sous la dynastie des Thartg , au même peuple qui, sous celle cîes Chan ou Han , portoit celui de Hhng-nou, Suivant les Chinois, le nom des Toukiomi vient de celui d*une montagne qui avoit la forme d'un casque; et comme, dans le turc ottoman, tukyik ou tckyih veut dire un casque, on en a conclu que les Touktoud étoîent une nation turque, que les Hhng-nou étoient pareillement des Turcs, et qu'enfin les Mongols n'étoîent aussi quune horde turque, et que leurs princes étoient de la même nation. Cette étyniologie , je dois favouer , m*a toujours paru une bien foible autorité ; et M. Schmidt fait voir qu'on pourroii tout aussi bien, en adoptant Torigine que les écrivains chinois donnent ,au nom des Toukiouei » l'expliquer par fa langue mongole, dans laquelle tQuhlga ou dùuklga veut dire un ccsqui.
Vj'^ JOURNAL DES SAVANS,
Ajoutons qa*en arabe aussi îtrKth signifie un casque. II y 2l donc bien peu de chose à conclure de cet argument fondé sur une étymologre. Dans le système de notre auteur , les Hiong-nou et les Toukiouei sont un peuple qui apprtient à la race qui parle la langue mongole » et non à cefle qui se caractérise par Tusage de 1 idiome turc ou tariare. Nous verrons bientôt sur quoi il fonde cette assertion.
M. Rémusat pense que le nom de Mongol appartient en propre à fa petite nation qui, la première» reconnut Tautorité de Tchinghi^khan, et que la race mongole né forma jamais qu'une très-fbibfe population, en comparaison des nations de race turque (i). Ce sont , dit M. Schmidt » deux erreurs qui proviennent d'abord de ce qu'on ignoroit ce qui donna lieu à l'adoption subite de fa nouvelle déaomination de Mongol » et ensuite de ce qu*on a supposé que, dans les innombrables années des Mongols, il y avoit très-peu de Âlongofs; opinion qui n'est vraie que des derniers temps des monarchies inéridîonafes et occidentales formées par les desceiidans de Tckingiî^hhan.
II y a ici une digression pour justifier Abou'Igazi d'une critique de M. Rémusat. M. Ktaproth a démontré pleinement qu'on ne peut pas avoir une grande confiance aux traductions que nous possédons d* Abou'Igazi : c*est une raison pour que je passe légèrement sur cette discussion. Je me contenterai de dire que , suivant M. Schmidt, les Khirghi^ SDnt des Mongols et une branche des Bouriates, qui, avec le temps, se sont tout-k-fhit séparés des peuplades mongoles , et, par suite de leur voisinage avec des nations tartares, se sont formé un nouvel
(i) Pour éviter tout malentendu, je croîs devoir transcrire ici les propres expressions de M. Rémuiat. c« Les Mongols, dit*il, formoient une nation peu » nombreuse en comparaison des peuples turcs donc ils étoient entourés. Ils »ne manquèrent pas, après avoir soumis les Turcs, de se servir d'eux pour j» subjuguer les contrées plus éloignées; de sorte qu'augmentant leurs forces M par leurs conquctes, se recrutant de tous les peuples qu'ils avoient vaincus, » leurs armées. . . durent, en atteigiiant le terme de leurs invasions, se trouver »» composées de beaucoup d'étrangers, et d'un fort petit noAibre de Mongols. « Rtdierchts sur les langues tartares, tom. I, p. 234* Ailleurs il dit: n Mongol »e$t le nom* particulier de la plus célèbre des petites nations de commune » origine qui se réunirent les premières sous les ordres de Tchxnghiz-khan; mais »je crois que c'c^t par extension, et à raison de l'influence que cette petite a> nation sut prendre sur les tribus voisines, que son nom est devenu commun »aux Olet, aux Ortos, aux Naïman, et aux autres nations qui parlent la M langue mongole d'une manière plus ou moins pare. » It* p. 2^. '
idiome , divisé en plusieurs dialectes , espèce de langage tartare fort différent de tous ceux des peuples de race lartare qui les avoisineat au nord, au ^ud ei h louest» et rempli de mots mongols. Rien de semblable ne se rencontre chez les tribus mongoles qui ont conservé le culte de Bouddha. A quelque distance qu'elles résident les unes des autres, elles parlent toutes la même lajigue, la langue niongole, et s'entendent facilement entre elles»
Plusieurs écrivains ont déjà avancé que les Huns, qui, au iv/ et au V,* siècle, ravagèrent une partie de J*Europe , étoient des Mongols, Notre auteur ne fait aucun doute que les Huns ou Hioun^-nou (i)» les Hoà-h ou Khouy-khe A^^ Toukhuâ ^ les Bitda f les Taidschcî et quelques autres peuplades, n'appartinssent toutes à la race mongole; et les historiens chinois sont, dii-il^ plutôt favorables que contraires à cette opinion. M est sans aucun doute qu^autrefois, comme aujourd'hui, toute la population dç TAsie cenir;ile appartenpii seulement à quatre races, les Tongouses, les Mongols» les Tibétains etle&Turc5. Mais ce qui exige de la critique, cesi de bien distinguer, h chaque époque de Thisioire, les suf>divisîons de ces quatre races. Les écrivains chinois peuvent fournir d'exceliens matériaux pour cela; il faut pourtant se tenir en garde contre les erreurs dans lesquelles ils sont tombés, erreurs qui dénaturent les faits et les présentent sous un fau)c point de vue, et qui ont leur source, entre autres causes, dans lorgueil national poussé souvent* Jusqji au ridicule^. ^; .
Tout ce qui suit, jusqu'à la fin de la première partie de ces Recherches, a pour objet d établir que leis nations qui viennent d*étre nommées appartenoiçnt toutes effectiveioent à fa race mongole* Il est d^abord question des Bœda:, AU Schmidt avoii dit, dans les Mines de Torient, d'après Thistoiien mongol, que, jusqu'à Tchinghî'^'^khnn^ {^ peuple auquel ce conquérant donna le nom de Mongols sappeloir^ Bida, ou, cotntne il écrit aujourd'hui, B^dœ, A cette occasion, if avoît été sévère njeni réprimandé par M, Klaproih» comme on la vu dans le commencement de cet article (a). M. Sihmidt justifie de nouveau son assertion ; il retrouve ce même nom , sous la forme de Pc-ti , chez les historiens chinois , et répond aux objections élevées par
(1) M, Schmidt ne met pai même en question ndeotiié des Hîong^nou et des Huns* M. Abcl-Rémusat est loin de regarder cette identhé comme démontrée, Reclu sur Us lanÊ* tart, p. 11. — (2) M» Abel-Rémusat partagcoit roptnion de M* Klaproth a cet égard , lors de la publication du tome I de $t* Bichcrches sur les ktfgues lartans, Voyeï V Ayaiihprapos , p. vitj.
(oc JOURNAL Di.S SAVAiNS,
M. Kfaproih contre Tidentité des Badce el des Pé-tl.W pense que ce nom, sous la forme de -6/7/^j? et Bcta, se retrouve aussi au nombre de ceux des peuples de la Sérique, chez Ptolémée et Ammien Marccl/in. J'ajoute, ce qui paroît avoir échappé à MM, Klaproth et Schmîdr , que Grégoire Bar-Hebracus , dans sa Chronique syriaque, à Tan lo 1 4 > ilomme les Bâta \^A parmi les peuples dont se composoit une armée chinoise (i). Au sur})Ius, le récit de Sanang-Sœtjjsn n'a rien d'invraisemblable, et il faudroit, pour le rejeter, autre chose que à^s conjectures. Nous aurions vu avec plaisir que lantagoniste de M. Schmidt eût reconnu du moins que ce savant ne s'étoit pas rendu coupable de la méprise qu'il lui avoit imputée, comme M. Schmidc a avoué qu'il avoit eu tort de laisser entrevoir que l'alphabet culgour pouvoit bien n'être qu'une création de Timagination de M. Klaproth.
On se rappelle qu'après la mort de Burta Tckino, la race mongole se divisa en deux branches , les Bœda et les Taidschod ou Taîdschighod , ce qui est le pluriel de Taidscho ou Taidschigho, Au lieu de Taidschod ou Tatdschot , Abou'fgazi écrit Taï-^ut. Les deux branches de cette nation, après diverses alternatives respectives de succès et de revers, furent définitivement réunies sous Témoudjtn ou Tckinghii' khan , et prirent en commun le nom de Mongols, M. Schjnidt conjecture que les Taidsckot sont vraisemblablement ceux qui, plus tard, ont été nommés Tatar , en chinois TaJschi el Tata. Ce nom leur aura été donne à une époque où ils étoient sous- le joug ; car, suivant une observation de Palfas, le mol taiar en mongol veut dire tributaire: mais ici il faudroit savoir si c'est effectivement là une signification primitive , ou si,. au contraire, ce ne seroit pas parce que la tribu nommée tartare se irouvoît assujettie à un tribut, que son nom seroit devenu synonyme de tributaire, M. Schmidt ajoute que le nom de cette branche de la race mongole s'est trouvé transporté , par l'effet des conquêtes de Tckinghti'khan et de ses descendans, à des tribus de fa race turque, et est devenu leur nom générique. Il blâme l*usage ou plutôt, suivant lui, l'abus que les philologues français font de ce nom; et sans doute ^ cette observation s'adresse particulièrement à M. Rémusat, qui pourtant est allé au-devant de cette objection dans l'ouvrage même qu a eu en vue M. Schmidt.
Notre auteur a sur-tout un grand iniérél.à établir fidentité des Hiong-nou ou Huns et des Mongols. Jl fait observer d abord que, sous fa dynastie dçs Hi^n, it% Hiong-nou étoient divisés en droitie et .gauche ,
(î) Gregor. Bar-bcbr. Citron. Syr. p. 2i8 du texte.
e» que chaque division avoîi un roî ou vice- roi Plus lard on retrouve U même division chez les Mongols :iprès leur expulsion de fa Qùae* et elle se conserva parmi eux fusquà Tépoque de fa conquête de la Chine par tes /Himichouî. La division ancienne de cette nation en B(tJtt et Tûifùchot nV$t peut*éire pas autre chose : peut-être fes B^r^m éfoient-ils la droite, et les Tatdschoi la gauche. Et qui sait si les Toukïoutlt dont le nom, prononcé h b manière de Pékingt est Tmdsckhué, sont autre chose que les Taidsckot!
Vnç autre remarque de notre auteur, c'est que, dans plusieurs des récits qui concernent Forigine des Hiong-ttou, un loup et une biche jouent un grand rôle: ces fables lui paroîsseni avoir leur source dans les noms de Bartir Tc/tino et de sa femme Coa Maral ; car le premier de ces noms signifie un loup dans sa fourrure d'hiver, et le second , une biche. Ces fables mêmes , rapprochées de Thistoire, prouveroîent donc ridenlîté des Hiong-nou et des Aîongols, II y a plus; d'après une observation déjà faite par M. de Vglney, et qui a son application dans certains dialectes mongols, les lettres gutturales se changent souvent en sifflantes, et il paroît que cette permutation des gutturales en s , df et tSé se rencontre aussi dans la prononciation du chinois. Ainsi, à Péking, on prononce sia au lieu de hîa, Tsian-toitnn et Bedsmn, au lieu de Kian/oung et Péking, La prononciation du tibétain offre une semblable différence entre les provinces du sud et celtes du nord; enfin le nom même des Hiongnau est écrit, par Tarchîmandrite Hyacinthe, J/ow;i-;i^«. Or, M. Schmidt croit retrouver dans ce nom, ainsi prononcé , le mot mongol tchino ou tchinou , qui , dans l'usage , se prononce, dans tous les dialectes mongols, tehlouno, et plus cornmunément tckiounno.
Cette même oBservation conduit notre auteur à un autre rapprochement. Les empereurs des Hiong-nou portoîent un tîire que Deguignes écrit Tscng/i'kotô f et M. Réniusat, Tangri-hutou, c'est-à-dire, fils du ciel. Or, au moyen de (a permutation des gutturales et des sifflantes, ce surnom se retrouve dans le titre de Soutou-Bokda donné à Tchingki^-khan dans les livres mongols, Bokda est synonyme de Tangri^ et soutou n*est autre chose que koutou, II est vrai pourtant que ni le mot soutou ni koutou ne signifient^//, soit dans le mongol d'aujourd'huî , soit dans le turc ou le tartare: soutou, en mongol, signifie les grandes pennes de t'ûi/e d*un oiseau. II est évident que M. Schmidt suppose que koutou ou soutou a pu signifier autrefois en mongol ^/x, quoique ce terme soit inconnu dans le mongol actuel , et qu'il n'a pas voulu donner à penser , comme M. Klaproih se plaît % le dire , que
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JOURNA.L OEÎ SAVANS,
l'empereur des Hhung-nm porioit le litre de grandie penne du âti { . , . , so ivill doth Htrr Schmldt durchaus Sr, Chluitgnuhchen Majttiàt dtn TUtt HtMMELS'SCHWUNGfEDER Ifcilfgfn ), Le critkiue en général se [aisse trop aller à tourner en ridicule (es conjectures érymofogîques de M, Schmîdr. Je sais qu'une opinion ou un système historique, fondé unîquetnent sur de semblables rapprochemens, n*a pofiu une base solide; mais n'y a-t-il point de l'exagéra tion à prétendre, comme^Ie fait fe critique, que, dans les recherches historiques, il aest pas permis de s'appuyer sur des étymologies , si elles ne sont indubitablement démontrén ! t< Uétymofogie > dit-îl encore, «ressemble à un outil tranchant qui, dans la main d'un homme » raiionnable , est d'une grande utilité , et , dans celle rfuii enftint , «est extrêmement dangereux.» Puis, pour prouver cette thèse dans ses deux parties, il se donne lui-même pour exemple du criiîqae qui s;iit fiiire un usage légitime de Téiymologie, appliquée aux recherche! historiques : il va sans dire que M. Schmidt lui fournit Texemple de labus* S*i( est des étymologies indubitablement démontrées , eHes sont en bien petit nombre ; et si celles-là seules dévoient être prises en considération dans les recherches historiques , il faudroît renoncer à celle qu'on fait valoir pour prouver fidentîté des Twrri" et de* TaukioueK Une chose qu'on ne dort , je crois , jamais perdre de vue » quand il s'agit de juger la valeur d'une étymologre, c'est que telle étymologie qui, au premier coup-d'cril , paroît forcée et peu vraisemblable, peut être vraie, tandis que telle autre qui semble naturelle et se présente avec des couleurs favorables» peut être fausse (tS Que le f prenne souvent (a place de Vs, c'est une chose ifidubitable
(i) II ne sera pas hors de propos de donner ici un exemple d'une étymologie qui, sans cfotite, aura paru irés-na»urelle à la plupart des lecteurs, et qui pourtant est eniieTen^ent inadmissible* Cet exemple me sera firarni p»ir l Histoire de \n régénération de la Grèce, L*auieiir de cet ouvrage dft { tom. l , p, 64) que la Porte accorda à A!i-pacha lesaïkgîac de Janina» au titre onéreux à*ûrpallk ou conquête, et il ajoute en note ([uarp/ilik est un mot dérivé dti
f^rcc eifm(ù.*,riip}o^ ti que celte expression est paTraiiemeni en harmanfe avec es actts du gouvernement ottoman. Comment Vauteur a-t-il ignoré '4
signifie on cfomaîne, «ri apanage donné à nn serviteur de IVtat pr r
t'prge à ses chevaux» et que ce mot est turc et vient à^orpa [orge]* Dans ie Levant» bs chevaux vivent d'orge et de paille hachée. Sî noire mol apanage vient de partis [ad patumj , comme il est permis de le penser, 5on origine rc5*crnbîe 1 .à celle à*arpûUk. Ceci rappelle que le roi de Perse avoh
donné à 1 -!e îe dom*iinc ou les rcvenas publics de diverses villes,
Tinîe pùur un pam^ rauirÉ pour sa viàmit, &c.
il n'6st pas moins certain que Fesprit rude t>u aspiration des Grecs se change «oufent en latin en x. Si de ce double ikii bien reconnu on vouloir condure que le mot Jaiin tf vient du grec t , on dîroît une absurdité. Bien ne paroltroit plus naturel que de dériver ie mot mysthe deThébreu mustéir (caché) , et pourtant il est déinontié que ce mot vient du grec fxm. If est k^peu-près certain que les mots persan 9 grec et latin , uhékarj\j^^ TtMapic et quatuor ^ sont originairement Te même mot, et pourtant, au premier abords cette assertion sembie ridicufe. Mais en voilà assez sur ce sujet.
J*oubliofs <Ié dire que M. Schmidt ne se borne pas uniqnemetit aux étymologies pour appuyer son système de Tideniité des Hhngfiott et des Mongols; H cite, une histoire defr Mongols, écrite en russe par i'apchimandnie Hyacinthe, ce Dans cet ouvrage, dit-il, ThisiDire » des anciens Mongols est endéMment conforme k ce. que Deguignes » nous raconte , dans son premier livr^ , des ancieni Unns , et a été M rédigée d'après tes mêmes sources : l'archimandrite est seulemeiH M plus exact et plus détaillé , et il s'écarte de Deguignes dans la » manière d'écrire les noms )>ropres , mais d'après certaines règles y» constantes. » Mais ici il iàudroit savoir si l'archimandrite a eu de bonnes raisons de mettre sur le compte des Mongols ce que Deguignes a attribué aux anciens Huns.
Puisqu'il est avoué de part et d'autre que les noms de Hiong-fipu et de Touklouei indiquent la mémt nation à difftrentes époques, i\ falloit aussi chercher dans Thistoire de ces dfrniers des indices de leur identité avec l^s Mongols. M. Schmidt croit pouvoir la prouver, f ." par Pétymologie mongole des noms propres^ de quelques-uns de leurs chef^, qui nous ont été conservés par les écrivains chinois; !.• par les points de ressemblance qu'il observe entre l'origine mythologique de la famille royale des Toukiouei , telle qu'elle est rapportée par les Chinois j et ce que Sanang Sœt\an raconte des aventures de BurNi Tckino, chef de la maison royale des Bœda o}x Mongols. Ces derniers rap)>rochemens sont peut-être plus ingénieux que propres à |>orter la conviction dans les esprits.
Si Ton pèse avec attention tous les argumens employés par M. Schmidt pour établir que les Hiong-nou et les Toukiouti sont des Mongols, on Terra toutes ces preuves se réduire il des confectnres l^us ou moins plausibles. Les preuves opposées par M. Klaproth sont de deux espèces. II admet comme une chose incontestable que Us Hl4fng'mu, oU| comme H écrit, les Khioung^nou et les Toukiouei, dont il écrit le nom Tàou-Aiou , sont b même nation ; puis il prouve
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6o4 JOURNAL DES SWANS,
que ces derniers sont des Turcs , i .** par une lUie de sept mois, de leur langue qui nous ont éié transmis par les Chinois , et qui se retrouvent dans le turc, landis qu'ils sont étrangers à la langue iTîongofe ; 2/ par fauiorité de* écrivains byzantins, qui les appellent constamment Turcs » et leur assignent pour demeure le voisinage du mont Allai, où les Chinois placent aussi les ToukhueL Ce dernier argument est fondé sur le sens du nom propre Aliai , qui , suivant M, Klaproih , signifie montagne d'or; sans doute Âltal est regardé par lui comme une altération ou syncope d'Altoun-tag ^Lt (j^yJ! . Cette étymoîogie est assurément très- vraisemblable; mais esc-^lle tnduhitalUmem démontrée!
A ce dernier argument M* Schmidt peut opposer l'habitude où sont les écrivains byzantins de donner le nom de Turcs à des peuples de races différentes, ainsi qu'il Ta fait observer dans son ouvrage. Au pretnier il répondra peut-être que ce n'est pas avec sept mots seule* ment qu'on démontre Tideniité d'origine de deux langues ; que ce% mois d'ailleurs étant tirés d*écrivains chinois, M, Klaproth a été obligé , ainsi qu'il en convient, de leur restituer leur forme primitive, et il reste à savoir jusqu'à quel point cette restitution a pu être arbî* traire. D'ailleurs, depuis ces anciens temps, la langue mongole petit avoir subi des altérations , et avoir ]>erdu quelques mots pour en adopter de nouveaux. Le vocabulaire ouigour , publié par M. Klaproth comme une preuve incontestable de Tidentîté des idiomes turc et ^lilgour, pourroîi servir à- appuyer jusqu'à un certain point ces objections,
A tout prendre cependant , s'il m'est perntis d'émettre ici mie opinion , je dirai que ni l'un ni l'autre des deux systèmes ne me paroissent rigoureusement démontrés , mais que les preuves oflerfes par M. Schmidt me semblent beaucoup plus problématiques que celles sur lesquelles s'appuie M. Klaproth, et que l'opinion de ce dernier conservera une grande vraisemblance, tant qu'on n'aura point d'argumens à lui opposer plus forts que ceux qu'a produits M* Schmidt.
Avant de terminer cette partie de ses Recherches, M, Schmidt essaie de fixer l'époque de Burta TcAino, et, par une suite de rapprochemens et de combinaisons ingénieuses, mais pourtant suscepiiblei d'incertitude, il croit pouvoir la fixer k lan 75 avant J, C.
Dans un second article, nous examinerons ce qui regarde les Ouigôurs.
SILVESTRE' DE SACY
OCTOBRE i/8;t5. 605
É LÉ M EN s DE LA GRAMMAIRE JAPONAISE, pdf le Père
Rodrîguez , traduits du portugais sur te mannscrit de la Bibliothèque du Roi, et soigneusement collation n^s avec la Grammaire publiée par le même auteur à Nagasaki en i(fojf, pat M. C. Landresse , membre de la Société ffsiati^jue ; précédés d'une explication des syllabaires japonais , et de deux planches contenant les signes de ces syllabaires, par M. Abef-Rémusat; oÈvrage publié par la Société asiatique. Paris , Dondey-Dupré , 1825; •grand in-8.^ de xx et i\i pages.
Depuis que les Japonais , nation fière et soupçonneuse , et que sa position insulaire garantit des atteintes du dehors, ont volontaire* ment renoncé à tout commerce avec les étrangers, il n'est resté d'autre moyen d'étudier leur histoire , leurs institutions et leur littérature, que.de chercher dans leurs livres les renseignemens qu'ifs y ont eux-mêmes consignés sur ces dîfTérens objets. Le peu qu'on en savoit par les relations des voyageurs, éveilloit la curiosité sans la satisfaire. Kaempfèr , le plus habile de tous , a laissé entrevoir, au sujet de la langue, des écritures, du gouvernement et des coutumes du Japon , plus de questions intéressantes qu'il ne lui a été possible d'en résoudre ; et %i les recherches des Européens n'ont pas encore ajouté beaucoup de faits importans à ceux qu'il avoit observés , on doit Fattribuer , non à la négligence ou au peu d'activité des savans qui les ont entreprises , mais au petit nombre et h, Timperfection des secours qui ont été jusqu'ici mis à leur disposition.
On pourroit C()ntester la double circonstance que'fe viens de rappeler, si Ton consultoit les apparences, au Heu de s'attacher à la réalité. Les catalogues bibliographiques et les traités généraux sur les langues , présentent, pour le japonais , les titres de trois ou quatre grammaires et de quatre ou cinq (fictiônnaires ( i } , dont la composition remonte ^ux preiiiiers temps de la mission du Japon. Si ces ouvrages, tout imparfaits qu'il est per;iiis dé les supposer, avoient été répandus en Europe , on peut croire qu'ils eussent suggéré à quelques amateurs de littérature asiatique Fidée de se livrer à l'étude
(1) Voyez en particulier le Mithridate d'Adelung, tom. I, p. 570, ettom. IV, p. Siz.=zCaw, des Iwm dtftu M. Langlis, n.^*' 1072, 1072 bis, 107}, 1074, 107J.
6qc journal des savans,
de fidfome qui y est enseigné, et qulls leur eossent , jusqu'à on certain (>oini , lourni les moyens d*y 6ire des progrès. Par malheur, ifs ont été presque tous imprimés, ou au Japon même* ou dans des contrées fK>n mains reculées , ou les éditions entières se sont perdues dans 1 espace de deux siècles , de telle sorte qo*iI en est tloht un seul exemplaire connu a échappé à la tlestruction. Ces volumes * devenus de véritables raretés littéraires, ne pouvdent être d'aucun secours pour les étudians, qui se seroient trouvés réduits \ faire usage du vocabubf re et de la grammaire du P. Colbdo , publiés à Rome en i/>32 et i6}8, les plus incomplets et les plus £iuti& de tous. La grammaire du P. Rodriguez , imprimée à Nagasaki en 1604* ne &e trouve dans aucun dépôt public 2i ma connoissance , et la Bibliothèque du Rof possède seulement un extrait de cet ouvrage, rédigé par fauteur lui-même à Macao en 1620, et qui étoit resté manuscrit jusqu'à présent.
\jà Société asiatique de Paris, qui, d'après le bat que se sont pro- \K>^ ceux qui Font instituée, doit sur-tout s'occuper de multiplier les ouvrages élémenuûres propres à ftciliter l'étude des langues, a mis celle du Japon au nombre de celles auxquelles elle a voulu consacrer ses premiers soins ; et c'est par la publication d'une grammaire japonaise qu'elle débute dans la carrière utile qu'elle s'est promis de jMircourir. ÏA it% intentions ne sont pas déçues, le petit volume qui vient de parohre sous %t% auspices peut accélérer ce mouvement qu'elle a fait naître , qu'elle entretient par des encouragemens journaliers , et qui doit successivement s'étendre aux idiomes de tous les peuples asiatiques qui possèdent une littérature.
Le plus sûr moyen de remplir ses vues en ce qui concerne le japonais, eût été sans contredit de se livrer à la lecture de tous les ouvrages de cette langue qui existent en Europe; de se mettre en état, par une étude suivie, non-seulement d'en comprendre le sens général et d'y chercher la connoissance des faits , mais encore den décomposer les phrases , et d'arriver par une analyse méthodique à une interprétation exacte des valeurs assignées aux terminaisons et aux particules. Ce procédé philosophique, qui consiste à pin\er les notions grammaticales dans les écrits des bons auteurs , a pleinement réussi pour le chinois , et l'on ne doute pas qu'il n'eût été couronné du même succès à Tégard du japonais: mais pour ce dernier idiome, les difficultés qu'on eût rencontrées sont si grandes, qu^on ne craint j)as d'avancer qu'il n'y a pas actuellement en Europe de savant connu qui se soit, par un travail préparatoire ^ rendu capable de les surmonter.
II éioit beaucoup plus aisé de mettre à profit les ei>sais anciens ret, en choisissant le moins mauvais des ouvrages grammaticaux rédigéi par les inissiont^aires, de loffrir au public, non coinme un traité complet et approfondi, mais comme une sorte d'iiufoduclion, cit pour ai^^î dire , de secours provisoire , à Taîde desquels on pût faire le premier pas dans fétude de la langue* On n*a que des moyens de ce genre pour apprendre certains idiomes tartares , et quelques personnes n'ont pas laissé d*y faire d*assez grands progrès pour tn venir à composer ensuite elles-mêmes des grammaires de cei mêmes îdiomes sur un plan plus judicieux.
Cest Ih le genre d'utilité qu'on a cru trouver dans iexirait de la grammaire du P- Rodrigue/, et le motif qu on a eu d'en donner une édition , plus de deux cents ans après l'époque oii il avoit été écrit. En le rédigeant, l'auteur a voit sans doute le projet d'éviter quelques-uns des défauts qu on avoit été en droit de reprocher à sa grande grammaire imprimée, lobscuriié, la confusion, une excessive prolixité. Ce dernier défaut éloit à-peu-près le seul qu'il eût complètement fait disparoître dans son abrégé, On ne s'est pas dissimulé les imperfections qui éioient inhérentes au fond du travail des missionnaires , et qui , pour la plupart, provenoient du peu de progrès qu'avoient encore f^i ta de son temps les études grammaticales; maison a pensé qu*on remédieroit aux plus graves par de légers changemens dans la rédaction^ à quelques autres par dei additions, par des corrections, par des emprunts faits k fédiiion imprimée, dans le cas oit les suppressions ne paroîtruient pas suffisamment moiivtes. On a jugé enfin qu'à tout prendre , bien des notions erronées , qu il faudroît sévèrement exclure duo traité systématique composé d*après les méihodes récentes, nont pas de Irès-grands inconvéniens pratiques, quand il s*agit d*un livre usuel et purement clémenraîre où personne ne songera k aller chercher des théories profondes ou des principes de grammaire générale.
Lun des défauis communs à presque tous les ouvrages gramma* ticaux composés par les anciens missionnaires, est d'avoir pris pour base et pour modèle les rudimens latins qui avoîent cours de leur temps dans les collèges , d'avoir en quelque sorte voilé (es formes particulières de chacun des idiomes différens qu'ils vouloieni enseigner, sous un déguisement commun , et d avoir souvent , par leurs efforts pour ramener à un seul et même type les sy*>ièjnes les plus disparates, enihrouillé la matière par un grand nombre de règles superflues. Ainsi les paradigmes des déclinaisons et des conjugaisons latines
ètoîenf appliqués forcément atnc diverses modificntiuiis des nom$ et des. verbes dam des langues qui n'ont point de cas proprement dits . et quf marquent à peine les temps ; des conv^entions arbitraires qui régïioîent aljrs datis les classes remplaçoient presque par-tout It-s priji^ipes géntraux, bases de ia théorie du langage- Ces rufiimenç larlare>» chinois, japonais, oflrent non-seulement des génitifs et dei ablaiiGy des plusqueparfaîis , et les gérondifs en di ou en do, mais la question quo et la question t:^»^/' , et jusqu'à la règle du ifue retranché. Le P. Rodriguez ayant conçu son plan conformément à ces idées» il n'auruit pas été possible t sans refondre dinièrement son ouvrage, d'effacer toutes les traces de ce système bizarre; mais il ne pî^xoît pas que ce qui en reste soit capaîle d*embarraSîer tes étudians.
Un auire d:^faut beaucoup plus grave consiste en ce que le P, Rodriguez , ni ses collègues , ne se sont jamais occupés de faciliter aux commençans faccès des livres écrits ou imprimés en japonais La langue orale a été lobjet de leur attention exclusive, parce que leurs ouvrages étoient uniquement destinés aux misstontiaires qui vouloiént s'engager sur leurs pas dans îa route des fonctions apostoliques. Ainsi» non-seulement ils se sont toujours bornés à transcrire eo lettres latines les mots japonais dans les exemples qu'ils rapportent , mais ils ne seinblent pas même avoir songé à faire ^connoître les diverses écritures dont on fait usage au Japon. Cette omission fâcheuse est réparée dans l'édition donnée par la Société asiatique. On a mis au commencement un morceau sur les syllabaires japonais ^ extrait d*un travail plus étendu sur le même sujet , qui fait partie d'une notice sur FEncyclopédie japonaise (t), et dont nous ne devons dire autre chose , sinon qu*il est destiné à jeter du jour sur un des points les plus curieux de Thistoîre de récriture. Les Japonais sont le seul peuple connu maintenant qui ait , pour exprimer ses pensées, non des lettres, comme presque toutes les autres nations ^ ni des images diversement altérées i comme les Chinois» mais des caractères syllabiques proprement dits, qui n*ont point de connexion entre eux , et qui ont été tirés chacun séparément de ^symboles chinois convertis en signes de sons. Ils en possèdent deux séries complètes, dont finvention remonte au commencement du ix/ siècle de notre ère. On fait connoître ici les circonstances qui ont amené
(i) Inféré dans le tome XI des Atatices ft Extrahi du manuscrUs, maintenant soui prene*
OCTOB.'IE 1825. 6op
remjJor de cette double écriture syllabique , et tes règL^s aiDcquedei elL est assujettie. Deux planches lithographiées e 1 pre^enient aussi les formes , qui n'avoient été d-jiméei jujiqu ici que d'une niaiilère incomplète et tout- à -fuit îaexacie par Kacmpfcr ti par ceux qui Tont copié*
Le Japonais est, comme on sait , un idiome radicalement différent de toutes les autres langues connues. Les mots qui lui sont propres n'offrent aucun rapport étymologique avec ceux du chinois ni des dialectes larures pnrlés sur la pajtie du continent d'où on a sujiposé les Japonais originaires, en Corée i ou dans les archipeb les plus voisins du Japon* Mais si ce caractère bien prononcé d'originalité ptrrmei de couiidt/er ces insulaiies comme ayant été dès l'origine une tiinille distincte et tout-à*fait séparée du reste du mondi , deux sortes de faits qu'un, obsen^ateur attentif peut relever datis cette même langue en commençant à Tétudier , prouvent en métne lemps^que, de bonne heure, ceux qui la pariyicnt ont été soumis à une action étrangère. Ces preuves se manifestent sur-rout dans la constitution grammaticale de la langue, et dans fa matîiiîre dont le chiiiûis, apporté au Japon comme idiome savant, s*est introduit, mêlé, et, pour ainsi dire, incorporé dans la langue -du pays»
Relancement h ce dernier point, on peut dire qu'il n'y a pas d'objet au Japon ou d'idée dans lesprit des iiabitans, qui n'ait deux appellations ou deux signes , l'un chinois , l'autre japonais* Dans bien d^ s cas, on peut employer l*un ou l'autre indifféremment ; d'autres fuî>, Fusage a consacré l'un des deux à Texclunon de lautre. On appelle hye les termes chinojs légérenienl altérés par la prononciation du pays, et yomi Je mot japonais qui y correspond. Par exemple, un { pour t/iian } est le moi koye pour ciefj et ûz/ie en est le yom}, GHs est la forme ja|ionai$e du mot chinoifï yaud , lune , et tsouki en est l'équivalent en japonais, Klang-hoti [la porte du fleuve] seroît la manière dont on liroil en chinois le nom de b deuxième capitale du Japon , et ce nom se Ht en japonais Yi-do, Par un effet de la même traiismutation , qui s'applique, entre autres choses, aux noms des villes et des provinces, Ta fan fût O^aha; Tou [la cour] se change en Miyako ; Tckang-ki [le long cap] devient Nagasa/d , &c.
L*existence de cette double langue au Japon n'auroit rien d embarrassant , il l'on s'étoit fiit par-tout une règle fixe pour l'emploi de chacune, et qu'on fui eût assigné une destination bien déterminée. Mais le caprice a eu plus de part que toute auire chose aux usages qui se sont établis k cet égard. Généraleinent pourtant les dénomi-
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^^6to ^" JOURNAL DES SAVÀNS,
nations cliinoîses ( kôye ) sont plus fréquemment îmroduîtes dans fes sujets qui tiennent à h [loliiique , h la législation , à la religion , aux belles-lettres et aufx sciences; et les termes japonaîs ( yoml ) » dans tout ce qui se rapporte aux métiers , aux occupations du peupfc et aux habitudes nationales. De W vient que les ouvrages dont fa matière n'est pas bien déterminée ou qui ne sont pas spécialement destinés, soit aux gens de lettres > soit au vulgaire , offrent un assembl.ige bizarre de mots chinois et japonais qui se combinent entré eux dans îa même page, dans fa môme ligne et bien souvent dans la même phrase. On n*entrera pas ici dans le dé tait des inconvéntens qui sont la conséquence de ce mélange; il suffira de faire remarquer qu'il impose aux étudians la nécessité d'acquérir au moins une connoïssance efémeniaîre de lecrîture et de la langue des Chinois ; ^zns quoi 1 ouvrage du P. Rodrîgutz , qui leur enseigne assez bien les principes de fidiome propre du Japon, les laisscroit absolument hors d état d'entendre une seule de ces phrases mixtes qui sont si communes dans les livres japonais. Celle étroite liaison entre deux langues radicalement différentes, tient évidemment* à Tinfluence bien connue qufe les Chinois ont exercée sur la civîl/sation des habîtans du Japon* Il ne seroit pas aussi facile de rendre compte, par des considérations historiques» d'une autre particularité qui seroit sans doute bien sensible dans mie exposition du système grammatical japonais , vraiment confortne au génie de la langue, puisqu'elle se montre encore d'une manière frappante îl travers les formes étrangères dont le P. Rodrigue^ a entouré la sienne. Quoique les mots de cet idiome , ainsi que je ] ai déjà fait observer, n'offrent aucune /essemblance avec les mots des langues chinoise et tartares , leurs rapports sont soumis aux mêmes règles, exprimés par les mêmes procédés, et susceptibles des mêmes combinaisons. Ce qu'on pourroit appeler la partie matérielle est radicalement différent dans tous ces idiomes, et fa syntaxe y est rigoureusement identique. Les modifications des verbes japonais sont rendues par des noms d'action, avec indication de temps, qu'on peut assimiler aux gérondifs, et qui se construisent avec des parîicules, comme en mandchou ei en mongol. Les propositions conjonctives se placent avant les propositions directes, comme en chinois. En im mot, la disposîuon qu'on a nommée' //iv^r/r y est consianmient suivie, cest-k-dire qu'on y place Tattribut avant le sujet , Tadjeciff avant le substantif, Tadverbe avant le verbe, l'accessoire avant le principal, lexpression modificative avant l'expression modifiée, d'après un système de construcîion qui prévaut dans le langage de la j>Iu-
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part des peuples de TAsie orientale (1), et qui n'est pas le moins curieux des phénomènes qu'un esprit médîiaiif peut y relever.
Nous nous bornerons à ce peu de remarques sur un ouvrage qilî, quoique de très-peu d'étendue, pourroit devenir l'occasion de beaucoup d'autres observations intéressantes. Nous ne saurions porter un jugement définitif sur son mérite intrinsèque : comme traité élémentaire destiné aux étudians , il doit être éprouvé par eux , et jugé d'après l'utilité qu'ils en retireront. Si, quand on y aura joint ^n leur faveur l'rndispen sable secours dun dictionnaire, il peut hâter leurs jîrogrès dans la connoissance d'une langue difficile , l'ouvrage du P. Rodriguez devra être réputé bon , malgré ses défauts , et l'on ne I)ourra refuser un juste tribut de reconnoissance à la savante association qui la tiré de l'oubli, et à celui de ses membres, M. Landresse, qui, après l'avoir traduit du portugais , sur le manuscrit de la Bibliothèque du Roi , a encore eu soin de le colfationher sur l'édition imprimée. Ce double travail n'a pu être exécuté sans une peine assez considérable ; car le style du missionnaire n'est ni plus clair ni plus correct dans l'extrait que dans la grande grammaire, et l'impression du volume de Nagasaki le rend ppur le moins aussi difficile à déchiffi-er que le manuscrit.
J. P. ABEL^RÉMUSAT
Traité élémentaire de minéralogie, par F. S. Beudant , chevalier de la légion it honneur , sous^directeur du cabinet de minéralogie du Roi , professeur de minéralogie à la faculté 4^s sciences de l'Académie royale de Paris, &c. A Paris , chez Verdière , libraire, quai des Augustins, n.* 25, 1825, I vol. in-8.^ , vj et 856 pages, et 10 planches.