‹ Journal des savants (volume 4)Chapitre 46 sur 53 · TROISIÈME ET DERNIER ARTICLE · texte numérisé non relu

TROISIÈME ET DERNIER ARTICLE

Examen des ii! , m: et iv: livres.

Nous avons vu que M. Beudant a parlé, dans le premier livre dt son Traité, de toutes les propriétés qui peuvent fournir au minéraJogrste des caractères propres à établir les espèces et à les distinguer les nnet

(1) Voyez liech. sur tes tangues tart. t^m. I, p. 395. = I^lfmens de la Gramm. climoue, p. 166.

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des autres ; no.is avons fait remarquer à nos lecteurs le soin avec lequel il a déterminé fa valeur des caractères que chaque ])ropriété est susceptible de fournir. Au j)oint où nous soniiiies anivés , iî seroit superflu de démontrer que Téiude des caractères esi la hase de fa minéralogie, et que savoir apprécier la. valeur respective de chacun deux, c'est posséder les clémens d'après lesquels on peut juger si les espèces auxquelles ces caractères se rapportent sont bien définies. II est visible qu'après avoir considéré les propriétés des minéraux en particulier, il faut les envisager dans leur ensemble, relativement aux corps qui les possèdent; de celte manièse on est conduit à définir J espèce et ses variétés, et à voir comment il est possible de former des genres, des familles et des classes: tel est aussi Tordre que M. Beudant .a suW; son second livie se compose de /a théorie, de la classification et du tableau méthodique des espaces minérales.

Après avoir distingué les méthodes arbitraires ou artificielles de fa méthode naturelle, et avoir donné In notion de l'esphe en général , M. Beudant définit l'espue en minéralogie , la collection des corps former des mêmes principes et en mêmes proportions ; il ajoute la condition que Us particules des principes immédiats ou élémentaires soient arrangées entre elles de la même manière. Toutefois , en exprimant celte condition, il ne prétend pas ^ue les arrangemens divers soient toujours assez importans pour qu'on doive regarder comme dififérentes des substances qui sont formées des mêmes élémens unis dans fes métnes proportions, mais dont les particules ne sont pas arrangées dans le même ordre.

Les caractères que M. Beudant met en première ligne sont tires de la structure légulière , de la double réfraction et de la comjx)sitioa définie ; mais par la raison que les premiers ne peuvent être observés que dans quelques échantillons d'une même espèce , et en outre que des substances différentes , telles que le sulfate de magnésie et le sulfate de zinc, ont la même forme , quoique cette forme ne se rapporte point aux polyèdres réguliers de la géométrie, l'auteur met avant eux la composition définie, qui est constante pour tous les échantillons d'une espèce, et en même temps il répond à plusieurs difficuhés qu*on peut opposer à cette manière de voir. Il revient ensuite sur la définition de l'espèce , et il établit que, lorsque des corj)s simples ou des corps qui sont composés des mêmes élémens unis dans les -mêmes proportions, présentent des formes qui apj)arlienneni à deux systèmes cristallins dififérens, ces forines ne doivent pas constituer deux espèces, mais deux sous-espèces : d'après ce principe, le 50ufre et le carbonate

de chaux , qui présenlent chacun des formes appartenant à deux systèmes cristallins, doivent constituer deux sous-espèces de soufre, deux sous-espèces de carbonate de chaux. Nous partageons l'opinion de 1 auieur pour les exemples cités, ainsi qu'on peut le voir dans nos Considérations sur l'analyse organique: mais si Ton étend la définition de l'espèce à tous les composés chimiques indistinctement, l'arrangementdivers des élémens doit nécessairement être pris en considérarion. C'est ce qui est bien sensible lorsqu'on se rappelle que le l'gntux [le bois pur] tl l'acide acétique [le vinaigre pur ] sont formés des mêmes élémens unis dans les mêmes proportions; ici les différences sont trop évidentes pour qu'on hésite un moment à faire deux espèces de ces corps^

M. Beudant, en parlant des variétés de resj)èce en minéralogie , ne pense point , avec Haùy , qu'il soit nécessaire de désigner par des noms particuliers, des échanullons cristallisés qui ne se distinguent les uns des autres que par de légères dîjfférences. Berihollet, dans sa Statique chimique ,,avoit déjà critiqué le système cristallographique de Haiiy sous ce rap[)ort.

M. Beudant , en parlant de la réunion des espèces mînéralogjques en genres, adopte les genres des chimistes, c'est-à-dire, des groupes formés de toutes les es|>èces qui ont le corps électro- négatif commun. Ainsi il admet les sulfates , les sulfures, &c. , comme genres; et, autant que possible, il dispose les espèces du même genre de manière que celles qui sont de la mêo^e formule soient ensemble. ^

Nous voici arrivés à la partie de la classification la plus difficile , c'est-à-dire, %^ la formation des familles et à leur coordination. Nous allons expo.-er la manière dont M. Beudant a raisonné pour arriver à ce but; nous ferons ensuite quelques observations sur la classification des genres.

Après avoir formé un genre, par exemple, le genre carbonate, fauteur prend le carbone pour en faire le type d'une famille qui comprend|e dianjant , et les divers composés où le carbone joue un rôle quelconque , tels que les combustibles charbonneux , les carbures, l'acide carbonique. En procédant de la même manière, il fait du soufre le type d'une famille qui comprend les sulfures, les acides sulfurîque et sulfureux, les sulfates. On voit donc que M, Beudant établit sef familles en prenant le corps simple d'un genre s'il existe dans la nature , les composés oh il jert de modificateur , les oxides de ce corps it leurs combinaisons.

Après avoir établi des familles, M. Beudant compare entre eux les corps simples qui eh sont les typ^S; et qui; tantôt à l'état de

r6^6 JOURNAL DES SAVANS,

^'»'' 'a méthode naturelle appliquée à Ja minéralogie » afin de fixer fes reiH^s que loii doit néccssaiiemcnt remarquer enlrti les résultats de cettç applîcaiion et ceux de^'Iapplicaiion de la même méthode AUX êtres or: ' "

Nous av. , dans notre premier article , sur les dificren^s que prènenie (a méthode naturet^le, suivni qirdie est appliquée aux r' ici aux animaux, pour mojîtrti que nous ne souime* point

* , , en principe à rapplicniion de cette inéîhode, aiux cofps inorganiques, malgré (es diliérences extrêmes qui distinguent ces derniers des èires er : mais comme il ei^l dfr ['essente de !a mélhc '

italurclle d'ei,^ ...,.-csur lenscmble d*un certîun nombre de caracte fondamentaux; qu'il ûut, en second lieu, que ces^ caractères ne puissent y rcierh des interprétations susceptibles de faire placer le itiéme obfet ^ d.uts des groujîes diffcrens; qu'il faut enfin que ces caractères soienc %ifat.ii<?s à saisir dans lensemble des objets quon veut classer, nous allons examiner à quel point il est poî&ible de satisfaire à ces trots conditions dans une méthode minéraicgiqtie. . " - - '

A. Si Ton se rappelle la si»ni)Iicité dts notions comprises dans le mot ^j/ï^ff» appliqué aux corps simples et à leurs composés tt»tî wrra i\vvz les substances minérales» une fois disiinguées en e^T^èces; ne j^rcïentent qu'un irès-pelit nombre de caractères fondamentaux d'après lesquels on puisse les coordonner en genres et à plUs forta Maison en groupes d*un ordre supérieur. Dès-lors il eit aisé de sentir la difficulté qn*il y a d arriver, à une classification qui ressemble à celle que la mcihode naturelle donne pour les êtres organisés ; car ceux-ci sont suscepiibks d'être envisagés sous des rapports si multipliés , que, pour les classer, on a toujours m\ nombre de caractères plus ou moins con>idérabIe.

B. Chaque espèce jle plante» chaque espèce d'anîmaU ou plutôt chaque individu de ces êtres, représentant respèce à Liquelle il apparlient , est un ; il porte en lui un ensemble de caractères qui lui gs>igncnt une certaine place dans la classification tles ètfes de soîi régne. Par exemple, d'un !>ien naturel il est impossilïle de c^tpLicer une espèce pour ij . orier dans ua autre genre, 11 v\^t\ e&i pas de même pour les mitiérauit composés; et 4^ ià tésulte une des difficultés les plus grandes de leur clas^ificaiion. Nous avons vu que la compositioji chimique e>t un àcs caractea*s du premier ordre, lors méiîje quon lui rcfuseroit Timportance que les chimistes lut

ni: or ce caracière, suivant la nianiere dont on Imterprète , La: . ^j tlLIe de conduire \k réunir ou k séparer les mêmes espèces.

Par exempiyr^éunirez-vous en un genre toutes les espèces de sefe qui contiennent le même acide , ou toutes fes espèces de sels qui contiennent la même base! Dans le premier cas, le sulfate de baryte se trouvera à côté du sulfate de slrontiane; dans le second cas, ces (jeux sels appartiendront à deux genres distincts, A la vérité, nous avons reconnu des avantages au premier mode de classification ; mais il faut avouer qu'il y a encore de Tarbilraire dans la préférence qu'on (ui donne sur fe second* Ajoutons encore une autre difficulté , celle de savoir si Ton réunira fes corps d'après la nature de leurs élémens ou d'après des propriétés très-importantes qui appartiennent à des composés essentiellement differens par leurs élémens. Par exemple, voici des acides formés doxigène et des acides sans oxigène: les réunirez-vous ensemble d'après leur acidité! ou, classant les premiers auprès des oxides , parce qu'ils contiennent un élément commun , lotigène, en séparerez- vous les seconds pour fes rapprocher de composés non acides formés des mêmes élémens qu'eux î Ces questions ne sont point encore résolues d une manière rationnelle,

C. Lorsque, k Texempfe de M. Beudant, on ordonne les familles du régne minéral par rapport à l'un des corps simples qui concourent à former (es espèces composées qu'on place dans une même famille » il se présente des difficultés qu'on ne rencontre pas dans la classification des familles botaniques et roologiques* D'abord ces dernières comprennent tous les êtres du règne végétal et du règne animal, tandis que les familles minérafogiques ne comprennent que les seules espèces inorganiques qui se trouvent dans la nature : fe minéralogiste est donc par*!à même conduit à ne considérer qu'une fraction de ces espèces, puisqu'il en existe un grand nombre qui sont le produit de l'art et qu'on ne trouve pas dans la nature ; il y a donc des lacunes dans Tétude des espèces inorganiques dont le minéralogiste s'occupe , qui n'existent pas en botanique et en zoologie. En outre , nous avons vu que la botanique a trouvé en elle-même tous les caractères dont elle a fait usage, et nous avons remarqué que, si la zoologie 1 emprunté à Fanatomie et à la physiologie plusieurs de ses caractères, ceux-ci coïncident avec les caractères purement zoologiques, de sorte que, dans beaucoup de cas , Tanatomie ne fait que confirmer les rapprochemens faits par les zoologistes; et dans tous les cas, en considérant fes choses du point de vue le plus élevé, on est fondé en raison de dire que fanatomie et la physiologie viennent se confondre dans la zoologie, plutôt que celle-ci va se perdre dans l'anatomie et la physiologie , puisque ces dernières sciences ne considèrent les animaux que sous

de^ points de vue spéciaux i tandis que la zoologie les coniidéxe dm^ leur ensemble* Il en est tout autrement de la minéralogie;. la méthode ? naturelle qu'on applique à la classification de sas^ espèces, loin de risoler de la ddmiej vient au contraire ta confondre dans cette science ; car la minéralogie ne fait ses genres et ses familfes qu'avec les notions que la chimie lui fournit ; eUe est encore obligé© de lut emprunter tes caractères des corps .simples qui servent de types i ses familles. Orp ces caractères appartenant en générât aux combinaisons de ces mêmes corps simple» , et vn grand nombre dentxe elles ne s« rencontrant pas dans la nature , les minéralogistes sont obirgtîs de s'en rapporter entièrement aux ciiimisles ; c$ qui est un obstacle pour que la méthode naturelle appliquée aux minéraux soit adoptée par /es minérahgistcs purs. Enfin, dans une classification où les types de famille sont des corps simples, ces types n'étant qu'une partie des corps siioples étudiés par les chimistes, il devient très-diÛitile de les considérer sous des rapports assez nombreux et ass^z importons, pour que ceux qui étudient (a minéralogie trouvent dans les rapports sous lesquels le minéralogiste a considéré ces types ^ une connaissance exacte de leurs propriétés et de leurs rapports avec les autres corps sbnpies- Pa^sexemp/e» M, Beudant n'ayant pas pris loxigène pour lype d*une de ses familles , il est obligé de passer ses propriétés sous silence , quoique ce corps soit certainement le plus remarquable , si i oïî considère le nombre de ses combinaisons s les propriétés qu elles ont qui diffèrent unt de celles des élémens qui les constilue^it, et enfin les phénomènes que présente Toxigène dans l'acte de se» coinbinatsons. , > . , .

' Pour terminer nos observations sur les parties du Traité é;lémentatre de minéralogie qui nous paroisseut prêter à la critique ^ nous demanderons à l'auieur si le tcrreûu, qui provient de la décomposition des végétaux et des animaux, si li guano^ que M, de Humboldt nous a fait connoître, si te bois aluri, la tourbe» présentent des caractères assez définis, assez constans, pour qu'on puisse leur appliquer [a définition de l'espèce ; nous Jui demanderons si faîr atmosphcrique , qui n'est • certainement qu'un mélange de corps gcizeux, peut être rangé parmi les espèces* Il nous a paru encore qu^ fauteur , au lieu d'intituler plusieurs substances» (elfes que te fcld* spath , *< )i espèce ou groupe d'espèces, » auroit agi plus conséquemment à la définition de lespèce, en considérant le feld*spaih comme un sous -genre dont les espèces sont le feld-spath de potasse, celui de soude, celui de chaux. Enfin iX estune cri tique que les chimistes ne manqueront pas de lui adresser

OCTOBRE ^^^f^^^WÊÊ <î'»^ au sujet de 'la nomencîature qull a tdojnée pour dfeîgSef ks stlfc quî contiennent de i*eau d'hydraution : cette nomenclaiure consiîfi* à joindre au nom du genre du sel hydraté le mot hyâtù / j>ar eîEempIe , pour déiîgncr fe sulfate de soude hydraté^ ii emploie rexpressioti hydrosutfùte de sonde, que les chimistes appliquent h la combinak^i de Xocide fiydrosulfurïque avec 'la soude» M* Bt^udant appelle l'acide hydrosultliriqiïe hydrurt de soufre t or le mot hydrure s'applique, tm chimie, à une combinaison de fhydrogène qui n'est pas acide. Enfin v M. Beudant, en désignant la combinaison de l'acidç hydroehiorique avec la chaux, par Texpression à!hydrochlorati de chaux ^ ne paroîtil pas dire à ceux qui adopteront sa nomenclature, qu'il entend parler du chlorate de <liaux hydraté t

r^e second Hvre est terminé par un examen empiriqui éfs minéraux i sous forme de tableaux, su moyen desquels on parvient plus ou moins aisément à déterminer le nom d'une espèce minérale donnée^ en suivant une sorte de méthode d exclusion. L'usage de ces tableaux ne peut élre que très* favorable à I étude des personnes qui commencent la minéralogie. ,

Quoique, dans !e tableau des espèces minérales, Tauteur se snii borné h donner les caractères qui les distinguent les unes des autres é il est facile de voir , d'après les détails dans lesquels nous somniet entré, que le premier et le second livre du troité que nous examinons , renferment toutes les connoissances fondamentales de la minéralogie proprement dite. Cependaiu, si M, Beudant s'en fCit tenu là, le lecteur auroit désiré ceriaincmeni quelques notions sur le gisement des espèces, sur les proportions respectives suivant lesquelles effes entrent dans la composition des couches de la ttrre , enfin quelques dérails sur Temploi de ces substances dans les arts et l'éco* nomie domestique. C'est pour remplir ce désir que M, Beud-tnt a consacré fe troisième livre i la manière d'être des s:" If s

dans ta nature , et le quatrième livre a temphi des suL...^...^ ,,. .^ „/*x*

lif.* LIVRE. M* Beudant i su rendre ce Ifvre foyr intéressant par fart avec lequel il initie le lecteur à la géologie , et lui ibspire l'en vie d'étudier les détails rie celte science. Après avoir défini ce qu'on entend pnr couches, amas ^ filons , &c, , il donne des idées très- ^nettes des êges relatifs des couches de la terre : ces notions préli» tninaires lui f>ermettent de considérer ensuite les espèces minérales de la manière la plus élevée par rapport à la géologie. Ainsi il traite des espèces qui entrent dans la comporitian des grandes masses > ou qui en fôrrnent à elfes seules; il les examine chname en particulier,

iiii 1

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daiii (es termifU primitifs» dans les terrains hiiermédiaires et éên% les terrains secondaires ; il traite ensuite,

t.* Des substances non métalliques en dépôts limités^ telles que Je chlorure de sodium» la houille ;

2/ Des gîtes tnéiatlifères ;

3/ Des substances luljordonnées ailx gîtes métallrfei^s ;

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