SHERIDAN
The Scool for scandai. — V École dâ la midtsance, 1776.
Cette comédie offre prmcipalement le contraste des caractères de deux frères, dont l'aîné est un hypocrite de mœurs, et le cadet un dissipateur. Leur oncle, qu'ils ne connoissent point, parce qu'il est absent depuis longues armées, revient en Angleterre et veut les observer et les juger. Cette situation , qui n'est pas neuve au théâtre , ne laisse pas d'être comique, et elle excite toujours un vif intérêt.
Cet ouvrage, qui introduisit sur la scène anglaise le ton de la bonne société, est empreint d'un talent très-remarquable, sur tout dans la scène où le neveu dissipateur vend à son oncle, qui s'est présenté comme un prêteur sur gages , les divers portraits de famille , et s'obstine cependant à ne pas vouloir se défaire de celui de cet oncle, pour lequel il conserve du respect et de Faffection; scène d'autant plus heureuse, qu'elle prépare habilement le dénouement de la pièce.
On reconnoit dans celte pièce deux imitations du Tartuffe : Tune est la scène où Peter Teaize, brouillé avec sa femme, se raccommode avec elle , après une querelle ; bientôt cette querelle recommence encore plus violente, parce qu'il a dit à sa femme, comme l'amant dans le Tartuffe,
Oh çà ! n'ai-je pas lieu &c.
Mais cette scène devient en quelque sorte originale dans la pièce anglaise, par les développemens que l'auteur a su y ajouter, et sur-tout parce que tes époux se quittent sans se réconcilier de nouveau.
L'autre imitation de Molière est la scène où le neveu hypocrite cherchera séduire la femme de son ami ; elle est obligée de se cacher derrière un paravant, parce que son mari entre. II ^t au séducteur la confidence des soupçons qu'il a formés contre sa fexnme ; la situa-
tîon théâirale est d'un très bel effet, et le devient bien davantage lorsque le mari, caché à son tour, pour ne pas se trouver avec lautre frère qui arrive, entend celui-ci reprocher à son aîné qail aune cette femme, et lorsquenfin elle est découverte par la chute du paravant.
Avant que M* Chéron eût fait jouer sur la scène française sa comédie du Tartuffe de mœurs, une première imitation de ia pièce anglaise avoit été jouée, à la comédie italienne, sous le titre de f Homme à sentiment, mais sans succès, en mars 1789.
JOHN BURGOYGNE, The Heircss. — VHérïûht, 1 786.
Cette pièce, qui ne peint que des travers locaux et étrangers, des mœurs de convention ou qui n*exisient que dans quelques sociétés anglaises , ne pouvoit que perdre beaucoup dans une traduction faite pour un pays où Ton ne peut ni ap|)Iiquer ni reconnoîlre la satire de ces travers et de ces moeurs; mais il y a une situation qui mérite de réussir sur tous les théârres (1).
Uhéniière , mi^s AIscrip , filfe d'un enrichi » est destinée à tord G jy ville, qui ne se soucie pas beaucoup rfelle, parce qu'il est épris d une jeune personne dont il voudroit se faire aimer , et auprès de laquelle il a fait de values démarches, en cachant son nom sous celui d*Heasily. Elle s'appelle Alton; des circonstances malheureuses lont amenée à Londres et la réduisent à chercher condition ; elle est admise chez miss AIscrip en qualité de dame de compagnie. On annonce que Jord Gayville vient rendre visite à sa future; celle-ci, qui ne manque d'aucun des ridicules qui caractérisent les personnes parvenues, quand elles veulent se donner de grands airs, s'im.'ïgine de confier à sa dame de compagnie ie soin de recevoir le lord en attendant qu'elle se présente elle-même. Quand le lord et miss Alton se reconnoissent, il s'engage une explication dans laquelle il proteste de la sincérité de son amour. Miss AIscrip paroît,et, sans être vue, écoute leur converfation, et ne l'interrompt que quand le lord tombe aux genoux de miss Alton. Le lord confus la justifie sur la singularité de la rencontre, donne quelques explications; mais miss AIscrip s'emporte et miss Alton se défend avec dignité*
Après quelques scènes de qui pro quo, qui peuvent donner lieu à suspecter la vertu de miss Alton, elle est conduite par Clifford dans sa
(i) Les Anglais eux-mêmes conviennent que le Phc dr famille de Diderot a Clé imité par flurgoygne-
maison. Cliflbrd , ami de Gayville , est obligé d'accepter de sa part un duel au sujet de miss Alton: mais, au moment où ils tirent fépée, une explication a lieu, et Gayville apprend que miss Alton est la sœur de son ami.
Le père de miss Alscrip, qui avoit été procureur i a produit, pour préparer le contrat de mariage de sa fille avec le lord Gaynvitle, des titres dont rexamen a prouvé qu'une lerre considérable, assignée pour cette dot, appartient à la famille CJiffordi et sur-tout à la sœur, qui avoit pris le nom de miss Alton. Diverses explications amènent son mariage avec lord Gayvilie. Cliffbrd épouse lady Émily, qui avoit joué un rôle dans la. pièce, et Théritière est abandonnée à son père, qui va reprendre son ancien état.
JOHN TOBIN.
The Honey raoon. — La Lune de mîel 1805.
Cet ouvrage est le plus moderne de tous ceux qui ont été admis dans la colleciion, John Tobia,son auteur, mourut très- jeune ► et il ftiut le plaindre de ce qu'il ne put jouir de son succès, sa pièce n ayant été }ouée qu*après sa mort; et le plaindre d'autant plus, qu'il n'avoit qu'éprouvé des revers littéraires pendant sa vie,
Le sujet est plus piquant par le choix que par l'exécution; le titre de Lune de miel annonce le premier mois du mariage.
La pièce est gaie; elle offre des situations plaisantes: mais elle n*a guère d'autre mérite que ce comique qu amènent des antécédcns forcés ; on peut regretter de n'y point rencontrer ces développemens de caractères qui distinguent les bonnes comédies.
La scène se passe en Espagne. Le riche duc d*Aranza, épris d'une jeune personne qui a un caractère altier et exigeant , robiient en mariage. Il s'est montré amant soumis, et son épouse ne Ta accepté que comme une victime future de ses caprices et de son orgueil: mais le duc a eu l'espoir et a formé le projet de corriger son épouse; et, à cet effet, après la noce, il la conduit dans une chaumière propre, nmnie de ce qui est nécessaire à ceux qui Thabitent; et là il lui déclare qu'il n'est pas duc, qu'il n'est pas propriétaire de beaux châteaux et de vastes domaines , ni possesseur d'une grande fortune, comme elle a pu le croire f et qu'ainsi il faut que celle que Thymen associe à son sort se soumette et consente à vivre en femme de propriétaire qui a seulement de faisance et qui place toutes ses jouissances dans le bonheur domestique. On juge du désespoir de la duchesse; elle ignore même en quel pays elle se trouve : cependant, quoique surveillée, elle parvient à faire passer une lettre à son père*
ANVIER 1815.
Depuini'sccond acte jusqu'à la fin du quatrième , son mari fa fait successivement passer par diverses épreuves, durant lesquelles elle Conserve son caractère hautain et s'abandonne îi se& regrets. En ouvrant le cinquième, elle paroi t résignée à son sort ; son père arrive , après avoir été malade en route, et avoir cherché long- temps sa demeure, pour îa délivrer et la venger; mais elle lui déclare quelle est actuellement contente et heureuse. Le père insiste, et fait citer le mari devant le duc dont le nom a servi à la fraude. On se rend chez le duc d*Aranza : quel étonnement de chacun, quand le mari , terminant son rôle, paroîl en costume de duc et déclare qu'il a assuré le bonheur de son épouse, en corrigeant son caractère 1 Elle en convient, et tous espèrent un avenir heureux.
A cette action principale sont jointes deux sous-intrigues. Une sœur de la duchesse éprouve son amant d'une manière différente; et Tautre, déguisée en page, triomphe des froideurs d*un autre amant qui avoit juré haine à toutes les femmes.
Celte comédie, quoique amusante, est loin de mériter d'être placée au rang des chefs-d'œuvre. Les épreuves auxquelles le duc assujettit son épouse auroient pu fournir des situations plus comiques, et même devenir intéressantes; mais l*auteur a manqué d*art, en cela même qu'il a voulu rapprocher et réunir tous les détails que le sujet pouvoit fournir, en s'afiranchissant des règles.
Si le mariage avoit précédé depuis quelque temps Taclion de cette comédie, il eût été facile de graduer, d'une manière plus franche et sur-tout plus vraisemblable, les épreuves successives et Famandement de la femme, dont le caractère et la situation noffrent pas assez de nuances pour ne pas surprendre le spectateur, quand elle déclare être heureuse de son sort.
Je ne croîs pas inutile de citer ici un bon mot sur les médecins, qui se trouve dans la Lune de miel.
Le père est retenu dans une auberge par un mauvais médecin qui, pour gagner un plus grand salaire , déclare que le malade ne peut se mettre en route sans péril pour sa santé; et ce médecin dit: «Guérir 3> les hommes est peut-être au-dessus de notre science; mais il seroit )» désolant de ne pouvoir pas du moins les tenir malades. »
Cette saillie plaisante, ce mot piquant auroit pu venir à Molière: mais il ne rauroît pas mis dans la bouche du médecin lui-même; on se moque d'autant plus de ceux qu'il met en scène, qu'eux-mêmes ne se moquent pas de leur art.
Tels jont le^ ouvrages comiques choisis et publiés par Tédîteur des
Chefs d'ccuvre du théâtre anglais. On aura remarqué qu'îf n'« admis aucun ouvrage de Dryden , de Congrève, ni autres auteurs aussi reuoinniés que quelques-uns de ceux quî grossissent le recueil.
Alais ce qui manque sur- tout» cest un discours sur rorigîne, les progrés et l'état de 1 art dramatique en Angleterre , considéré dans ses rapports successifs avec les mœurs, le gouvernement et fa littérature du pays» et ou Ton eût caractérisé Tinfluence que Shakespear a exercée sur et t art parmi ses compatriotes.
RAYNOUARD
MoTEt^EBBi / Jer grossie arnbische dichter zum ersten mahle gûHi iiùerseiit von Joseph yon Hammer, — Moténebbi^U plus grand des poètes ûrnbes, tnidait pour la première fois en entier, par A4. Joseph de Hammer» &c. Vienne, 1824, Ivj et 4^7 pages in-S^
Commentûtio de Afoienabbio ^ poeîa arabum cehberrimo, ejusque carminibus , auctore Peiro à Bohien. Boiiiiae » 1824» ^ ^^ ij6 pages in-S.^
JuSQuViCl TEurope savante navoît connu, si Ton en excepte un irés-peiit nombre d orientalistes de profession, que quelques morceaux choisis des poésies de Moténabbi, ou, comme préfère écrire M- de Hammer, Moténeibi, et par conséquent n'avoit pu juger en parfaite connoissance de cause entre les admirateurs de ce poëte, et les critiques qui, sans méconnoître ses talens et son mérite, sont cependant bien éloignés de lui accorder le premier rang entre les Arabes qui se sont rendus célèbres par la cuhure de la poésie. Ao|ourd*hui> grâces à la traduction complète du recueil de ses poèmes que vient de publier M. de Hammer, et à la notice historique et philologique de ces mêmes poèmes, par laquelle un jeune élève de J université de Bonn, M, Pierre de Dohien , vient de signaler son entrée dans la carrière des lettres orientales, chacun pourra se faire une opinion des beautés et des défauts sur lesquels se fondent les admirafeurs et les censeurs de Moténabbi, pourvu toutefois que la traduction de M- de Hammer soit faite de manière à donner une idée juste de loriginal* Cela ne suffit pas, il est vrai, pour déterminer fe rang que doit assignera Moténabbi, parmi j^ poètes arabes, une critique impartiale, parce que ceux auxquels il
JANVIER 1825. I^B a;
faudroît te comparer, noiit pas, comm« lui, lavantage «l'avoir été traduits en entier. Mars du moins on pourra juger sij pour la noblesse des senrrmens, la justesse et Télévatioii des pensées, la force et Vêlégance du siyfe , la richesse de rimagination > la vérité et la grandeur des images, il mérite d*ètre préféré aux auteurs des Moallakas, et à ces poètes contemporains de Mahomet, dont quelques ouvrages nous sont connus, tels que Schanfara, Nal/éga Dhohyant , Tûabbata- schanan , Ascha, Caab btn-Zohnr , ou même aux poètes plus modernes, tels que BokhtoriMbùuUola, Ebn-Doréid, Tograi, Bousiri, Omar bcn-Faredk,&c, M. de Hammer n'hésite point à décider cette question en faveur de Moténabbi; et le litre qu*il a donné à sa traduction n'est point une exagération due au désir de prévenir les lecteurs en faveur d'un travail qui lui a coûté beaucoup de peine ; c'est Texpression simple et exacte d'une forte conviction, le résumé d un jugement dont les moiils sont exposés fort au long dans la préface de sa traduction ; et nous nous plaisons à convenir que ia grande érudition de M* de Hammer donne beaucoup de poids à son jugement. On se tromperoit si Ton pensoit que M, de Bohien, en appelant Moténabbi poète arabe trèscélèbre [poefa Arabum celeberrimo ] , ait partagé renlhousîasme de M» de Hammer, et exprimé le même jugement que lui: au contraire, obligé , par la nature même de son travail, h comparer souvent les pensées, les expressions , les images de Moténabbi , avec celles de beaucoup de poètes arabes^ et à séparer ce qui lui appartient en propre des emprunts fréquens qu*il a faits à ceux qui Favoient précédé dans la même Carrière, il se place bien plutôt dans les rangs des censeurs de Moténabbi, qu'au nombre de ceux qui lui décernent le sceptre de la poéi>ie arabe. M. de Bohien, il est vrai, n'a pas encore acquis le droit de faire prévaloir son opinion, par fautorité de son nom et par des services rendus à la littérature orientale ; mais il marche accompagné d'un cortège de preuves que chacun peut apprécier, et auxquelles il est, ce nous semble, bien difficile de ne pas se rendre. En vain, pour inspirer ici plus de confiance aux lecteurs, voudrions-nous dissimuler notre propre opinion. Déjà plus d'une fois nous avons eu occasion, soit dans ce journal, soit ailleurs, de nous prononcer sur le genre de mérite des poésies de Moténabbi, et sur la place assez inférieure qu'il nous paroît occuper parmi les poètes arabes , bien loin de Schanfara, de Lébid, d'Anïara et de leurs contemporains, mais incontestablement au* dessus d'Omar ben-Faredh et de toute la classe des poètes mystiques. Toutefois les critiques qui voudront juger par eux-mêmes en cette matière, doivent se fkmUiarîser d abord avec les idées » le génie et le
s!y!e de Fa poésie orientale; ifs ne doîvenr pas condamner légèrement et soumettre à un anathéme commun tout ce qui répugne à notre goût» uniquement formé sur les modèles d'Athènes et de Rome, et nous desirons qu'ils se rappellent les observations générales que nous avons consignées dans ce journal (i ) , en rendant compte de Fédition donnée par M. Mesnil, de la MoaHaka d'Antara. Ils ne doivent pai oubliefi d'un autre c6té, que la traduction la plus fidèle des poètes arabes, et nous croyons en avoir déjà fait plusieurs fois Tobservation, nest et ne peut être souvent qu'une paraphrase longue et fastidieuse, sous le poids de laquelle disparoîssent la précision, la force, la finesse, la grâce de f origmal , avec tous les charmes du parallélisme, du rhythme et de toutes les figures qui appartiennent exclusivement au langage.
Mais, avant d'aller plus loin, il convient de dire un mot de Moténabbi et du recueil de ses poésies*
Je neveux point raconter ici la vie de Moténabbî. M. de Hanjmer a donné en allemand, à la suite de sa préface, la biographie de ce poète, traduite de l'Histoire des hommes illustres d'Ebn Khilcan, et M, P. de Bohien a ajouté, à ce que disent de notre poète ce biographe et Aboulféda^ beaucoup de particularités tirées de ses poésies et des écrivains qui les ont commentées. Il me sufiira dédire que, né dans un faubourg de Coufâ, nommé Kmda, eii fan 303 de l'hégire ( 91 j de J, C), il vînt jeune en Syrie, et qu*ii étudia i Damas. II paroît que celte ville fui sa résidence la plus ordinaire , et que cependant il habita tantôt Alep, tantôt Laodicée ou Antioche, Ayant voulu jouer le rôle de prophète, ce qui, suivant l'opinion la plus vraisemblable, quoi qu'en disent quelques-uns de ses commentateurs, lui a valu le surnom de Aîotinabbt sous lequel il est généralement connu, il fut mis en prison. Ce fut après cette aventure qu*il s attacha, en lannée 3)7, k Seïf-eddaula , à la cour duquel il fut comblé dhonneurs et de présens , mais où il devint l'objet de l'envie, et où W se fit des ennemis redoutables par son orgueil démesuré. Mécontent du prince qui ne îe protégeoit pas autant qu'il croyoit le mériter, contre ses rivaux et ses envieux, il le quitta en }46, et vint en Egypte vendre ses adulations à un esclave noir, nommé Cafuur, qm exerçoit l'autorité souveraine au nom d'un jeune prince , héritier du pouvoir de la famille d Ikhschid. II ne tarda pas à se brouiller avec son nouveau protecteur, duquel il avoit espéré ol)tenir un gouvernemeot , et aux flatteries les plus basses snccédèrent des satires amères» Cafour ne s'en vengea, à
Gf
(7) Jûurnal des Savans, cahier de mars iBi;,
<^e qu if pnrott, qu'en Fe faisant surveiller pour qu'il ne pût pas quitter VEgypie et porter ailleurs le tribut de ses vers. Toutefois il parvint, en jjo, à truinper sa surveillance ^ et s enfuit de TEgypte* Pendant qu'il habrtoit ce pays , il y avoir trouvé un bienfaiteur dans Abou- Schodfa Fatfk, Grec de naissance, esclave, puis afFranchi d'ikhschid» et homme de beaucoup de talent , que la jalousie de Cafour avoit obligé à se retirer dans le Fayyoum; Moiénabbi chanta Fatik de son vivant et après sa mort. Lorsqu*il eut quitté PÉgypte, il s'attacha à Ebn- Alamid, virir d'Adhad-eddaufa , et qui résidoit à Ardjan , puis enfin à Adhadeddaula lui-même, qui avoit sa cour à Schiraz : il* se rendit auprès de ce prince en l'année 3^0. En 5 j4t il voulut aller h Coufa , mais il fut rencontré par un parti d'Arabes , ennemis de la tribu à laquelle il apparfenoît, et dont le chef voufoit venger Thonneur d'une femme que Moiénabbi avoit insultée. D^autres disent que ce fut un guet-apens dont Adhad-eddaula étoit fauteur. Quoi qu'il en soit, Moténabbï périt en cette rencontre dans Tlrak-arabi, près de Deïr-alakoul, en îî4*
Ce court aperçu de la vie de Moiénabbr suffit pour indiquer la manière dont est divisé le recueil de ses poésies ; elles forment en tout deux cent quatre -vingt- neuf pièces, dont plusieurs ne se composent que dun très-petit nombre de vers. Ce recueil, qui contient cinq mille quatre cent quatre- vingt- quatorze ieiis ou distiques, est divisé en six parties, dont la première, sous le nom de c:»LiU, c'est-à-dire, écrites in Syrie , confient toutes les pièces composées avant que le jjoële se fut attaché à Seïf- eddaula ; elles sont au nombre de cent soixante. Les cinq autres parties prennent leurs noms des personnages auxquels sont consacrées les poésies qu'elles renferment, je veux dire de Serfeddaula. Cifour , Fatik, Ebn-Alamid et Adhad eddaula. M. de Bohien a cru pouvoir diviser toutes les poésies de Moténabbi en trois classes, •sous les dénominations de ///v/wi//^/, viri/ia et feni/ia , et il comprend dans In iroî>ième classe les quatre dernières parties ; maïs la dénoniination qu'il donne à cette troisième classe, jcni/ia , ne sauroit convenir à lâge de noîre poète, qui est mort à cinquante un ans , et n'en avoit que quarante- trois quand il commença k chanter Cafour,
M. de Bohien, qui a divisé son travail en trois parties, a consacré la première à la vie de Moténabbi , et à l'examen des qualités morales de ce poète, dont il porte en général un Jugement peu avantageux. II lui reproche des sentîmens peu religieux, une adulation portée au dernier excès, une ambition et un amour de Targent sans bornes , un amour-propre et une estime de lui-même poussés jusqu'à Fimpudence, un naturel querelleur, ingrat, et toujours disposé à se plaindre; la
seule bonne qualité qu'il ne lui refuse pas, c'est la bravourF^ mépris de la mort. C'est dans les poésies mêmes de Moténabbi que M. de Bohien prend toutes les preuves de ses assertions, et il seroit difficife de ne pas convenir qu'il n'est aucun de ces reproches auxquels notre poète n'ait donné lieu. Ses commentateurs mêmes et ses admirateurs n*ont pu se le dissimuler. Toutefois M. de Bohien nous paroît souvent avoir pris trop sérieusement des expressions qu'il conviendroît de traiter d'exagération plutôt que d*impiété. C'est ainsi, par exemplç^-^ que Moténabbi a pu, sans manquer de respect au dogme de l'unité de Dieu, ou à celui de rinfaillibilité des décrets divins, dire que Us baisers dis belles avoient plus de douceur pour ses livres que la profession de foi de la doctrine unitaire ^ et que son héros éloilt dans /*exécuiion de ses projets, plus assuré du succès que le destin. Peut-on voir autre chose qu'une hyperbole excessive dans cette manière de peindre la bravoure irrésistible, Ja libéralité sans bornes, et la noblesse des traits d'un prince; Si la tête de Lazare eût eti atteinte de son glaive au jour de la mêlée , Jésus n'auroit pu l'arracher a la mort ; si les abmes de la mtr Rouge eussent été aussi vas/es que sa main droite , ils ne se s croient pas entrouverts pour livrer le passage à Afoise; si les feux des pyrées eussent eu i* éclat de son front, le genre humain tout entier eût fait profession du ma* gisme! Enfin, peut-être Moténabbi ne mérite- 1- il pas même le reproche d'avoir al^usé de l'hyperbole, pour avoir dit de Seïf-eddau!a ,. vainqueur des Grecs ennemis de l'islamisme : Ton triomphe ne fut point celui d'un roi qui fait prendre la fuite à son semblable ; non, c'étolt plutôt la reli* g'ion unitaire mettant en fuite le polythéisme*
Ce que fe viens de dire du reproche d^impiété peut s'appliquer aussi, jusqu'à un certain point, à ceux dlntérêl, d'ingratitude, dam- Ijîiion, et d'amour -propre, et particulièrement à ce dernier; car il est permis à un bomtne d'un raient supérieur, et sur- tout à un poëte qui a la conscience de son mérife, de devancer le jugement de la postérité; et ce sentiment, sll est exprimé avec noblesse et avec une sorte de simplicité qui porte le caractère d'une véritable cotivicuon, est loin de choquer les vrais appréciateurs du mérite littéraire. Ainsi, on pourroit excuser sous ce point de vue les vers suivans qui, d'ailleurs, trouveront difficilement grâce auprès des hommes d'un goût délicat,
<e Si les vers que j ai chantés à it louange viennent à être mis par ^ï écrit, peut-être par leur éclat Fencre même deviendra blanche ; comme ^ si les pensées qu'ils expriment, revêtues de toutes les grâces de aa réloquence, étoient les étoiles des pléiades, ou tes brillantes qualités, *>
J'ai cité ce passage préférablejnent à d'autres, pour corriger une
n de M, de Bohien, qui na pas bien entendu les jfi^jil (Mj^ jt, qu'il a traduits ainsi, tiui in Joies tuœ Stella vtntris. Sans doute il n'a pas vu qu'il falloit prononcer >*>(( * et que ce mot, qui est le pluriel de^jl, étoit ici radjectîf de ^^j^. Le comnientaieur Wahîdi dit avec raison : « Moténabbi veut dire que ses vers , aussi >* excellens par la beauté des expressions que par la justesse des pensées, »ne sont pas moins connus de tout le monde que les pléiades, et » que les qualités briHantes d'Ali, fils d'Ahmed, d*Antioche, à qui ce » poëme est adressé. «
Dans la seconde partie de sa dissertation, M, de Bohien considère Moténabbi uniquement comme poêle ; 0 6it connoître la marche ordinaire de ses poèmes, les diverses parties dont ils se composent, et en quoi Moténabbi se rapproche ou s'éloigne, dans ses poésies, de fusage adopté par les anciens poètes arabes. Il donne pour exemple une kasida ou élégie , composée de quarante-deux distiques , et y joint un commentaire philologique, destiné principalement à rapprocher de chaque vers les passages analogues tirés des autres poèmes de Moténabbi. C'est sur-tout dans les descriptions des combats que Moténabbi montre son talent, et il paroît, par le témoignage de ses commentateurs, qu'à cet égard il a peu de rivaux. M, de Bohien passe ensuite en revue les principales images qui font l'ornement des poésies de Moténabbi; il montre que le plus souvent il n*a fait que s'emparer des idées des poètes qui l'avoient précédé, et est plus d'une fois resté au-dessous de ceux qu'il imitoic : il ne fui refuse point toutefois le mérite d'avoir * enrichi la langue poétique de quelques images nouvelles, ce dont if nous est pourtant bien difficile de Juger, puisque nous ne connoîssons qu'une irès-foîble partie des anciennes poésies arabes. Enfin il observe aVec raison que, parmi ies images dont Moténabbi fait usage, il en est beaucoup qui sont peu naturelles, ou qui perdent toute leur grâce et finissent par devenir ridicules, soit k cause que fe poëte leur a donné trop de développemens , soit à raison de l'excès de ses hyperboles. Un autre défaut de ce poëie, c'est qu'il ne fait aucune difficulté de revenir souvent aux mêmes images , et de présenter les mêmes idées sous des formes presque identiques. Les pensées philosophiques dont il orne assez souvent ses compositions, et qui font fait comparer par Reîske à Euripide, sont un mérite dont il faut lui tenir compte, quoîqu'en cela même il ait plus d'une fors imité ses devanciers, M* de Bohien a observé avec beaucoup de justesse qu'en jugeant des images et des comparaisons dont les poètes de Forient font usage, il
jo JOURNAL DES SAVANS,
faut, pour être juste , se transporter par rimagînatîon hors de fa sphère ordinaire de nos idées, sous le ciel qui a inspiré ces poètes et au milieu des objets dont ils éîoient environnés. Il ajoute que, dans bien des cas, les images qu'ifs emploient ne nous semblent manquer de justesse que parce que fe point de vue sous lequel ils ont envisagé les objets nous échappe, et que leur style elliptique ne nous laisse pas voir clairement l'aspect sous lequel les objets comparés se ressemblent effectivement. Je ne conteste point la vérité de cette observation ; mais je dois dire qu'il n'en résulte de difficulté réelle pour rinteiligence des poêles arabes, que lorsqu'on est privé de tout commentaire. Il en est autrement quand il s'agit de les traduire; la difficulté alors subsiste dans son entier, et la traduction, pour être intelligible, dégénère en paraphrase, et, au lieu d'une poésie vive, hardie, sublime , on n'a plus qu'une prose languissante , timide, et insipide.
Je nie contente de cette analyse de la seconde partie de la dissertarion de M* de Bohien : ce n*est qu'en lisant l'ouvrage même et les exemples dont chaque proposition est appuyée, qu'on peut en porter un jugement* Je dirai seulement qu'en général l'auteur me paroît avoir bien apprécié le mérite et les défauts de Moténabbi , que sa critique est loin d'une rigueur excessive et d'une injuste prévention, et que, dans cette partie principalement de sa dissertation, il montre beaucoup d'érudition , et une comioissance solide de la langue arabe,
La troisième partie est presque entièrement technique ; elfe a pour objet les divers genres de poèmes usités che^ les Arabes, la prosodie en général, les mètres dont Moténabbi a ûit usage , la rime ^ les jeux de mots dont les poètes usent et abusent sans scrupule ; enfin les licences poéiicjues. Cette matière a été trop négligée jusqu'ici , et les étudians pourront riiirer beaucoup d'utilité de ce petit iraité abrégé de prosodie arabe, quoiqu'il soit incomplet* M, de Oohien fait voir que c'est pour avoir ignoré la prosodie et l'art métrique des Arabes , que Reiske , malgré sa profonde connoissance de la langue, est tombé dans des méprises assez fréquentes en traduisant les poètes. C'est peutêtre par égard pour moi que M. de Bohfen n'a pas relevé de pareilles erreurs , assez nombreuses dans ma Chrestomathie arabe , et qui dïsparoîîront dans la seconde édition, qui est actuellement sous presse. Je ne ferai sur celle troisième partie qu'une seule observation, et qui a pour objet de réformer une méprise assez grave échappée à M. de Bohien , au sujet de la rime.
Il enseii^ne d'aburd que la dernière consonne de la Âafia iU^Uil , lettre que les Arabes nomment ^jjj et qui joue le principal rôle dans
JANVIER rSiJ* ^ 3-'"
(a rîme^Sî^ffl ïa même dans, tout le poème; mais il ajoute qu'on peut cependant faire rimer ensemble des consonnes différentes, pourvu que ce soient deî> lettres du même organe. Voici sc^ propres termes ; U/irma liiera cofisonans in rhytkmo vocatur ^jjj , quœ /itéra scmpcr sibi débet ionstarCt nhi literas unius organi sumas ut oM ^' <r^' ' * Literis iamen plane diverslsuti, vitio hnbetur, quod\jiJ=À appeliatur. Je ne me rappelle point avoir vu d exemples d'une pareille licence, et M, de Bohien nen donne aucun* Je suppose que, si elle a lieu quelquefois, c'est seulenienc chez les poètes persans, et à Tégard de certaines lettres arabes , que les Persans confondent entièrement dans la prononciaiion, comme sont les lettres o et ^j»; j» et !?• Mais ce que M, de Bohien ajoute me paroît absolument inadmissible, et tes exemples qu il en donne sont faux. Je transcrirai ses expressions, Ccmmutatiomm CAF et LAM , in Pcrsiàs haud insuetam (1), in rhythmo etlam arabico passe locum habere, exemplum docet Motcnahbii g p. 10$^, ubi in carminé lamiatQ rhythmus bOU ponitur, et p, ^61» ubi carmen incipil cum (JjJLl it Jj^ . Je n*ai point eu de peine à vérifier le second exemple allégué par M, de Bohien, et, au lieu de (J^XUy fai trouvé dans les manuscrits Jj^:. Vahidi explique ce mot par iAjUju; îl observe que c'est le pluriel de JJCÎ, et ne fait mention d'aucune variante. If m'a été un peu plus difficile de retrouver le poème duquel est lire le second tfxemple, M^ de Bohien ne f ayant indiqué que par la page du manuscrit dont il a fait usage. Toutefois j'ose assurer qu'au lieu de U=»OU, il faut lire V^: car il n'y a, dans tout le recueil de Moténabbi, que deux poèmes dont il puisse être ici question. Le premier , composé en rhonneur d'Abou^hasan Bedr, fils d*Ammar> commence par ce vers:
Le second est un des poèmes adressés àSeïf-eddaufa ; il commence ainsi :
Dans chacun de ces poèmes il y a un vers qui a pour rime le mot V^ , ce qui donne un sens très- satisfaisant» tandis que le mot kOU ne donnerort aucun sens* Voici le vers du premier de ces poèmes :
«(Je pousse mon coursier) vers le fils d'Ammar, vers celte pleine
(l( M. de Boiilen renvoie ici à sa dissertation iniiluléc SytnboL ad ïnterpr, S* Ced, ex ling. pers. p. j 15. Mais la permutation du J et du (^ en persan ne me|ar,oît point du tout prouvée par les exemples qu il donne.
» fune qui n'a point commencé par être, dans les premiers jours du » mois, un foible croissant* >*
Cest un jeu de mots sur le nom du prince Bidr, fis ifAmmar; car hedr,en arabe, veut dire pleine lune.
Dans le second poème, Moiénabbî dit :
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\ »Uj>j j^jVI j JlJUI ^5>-ûàj ^ u
« De quels succès peut se flatter celui qui tend ses filets sur la terre , » et qui prétend faire sa proie du croissant î r*
La dissertation de M. de Bohien est terminée par trois poèmes de Moténabhi, avec une traduction latine et quelques notes* De ces trois poèmes, le premier est fait en l'honneur d'un prince arabe, nommé Akulhasan Afogiiik, fils d* AU, fils de Bischr , de la tribu d'Id/l J^f ^ QJ ti^ o^ c>^f y^ jjf, et contient en même temps une satire des habîtans d'une ville ou d'un district de la Syrie, peut-être d'Antioche, Ce poëme doit être de la jeunesse de Moténabbi, et est antérieur à son séjour à la cour de Seïf- eddaula. Le second poëme fait partie de ceux qu'il a composés en l'bonneur de ce prince, et est remarquable par la hardiesse avec laqueHe le poète se plaint de ne pas être traité de lui comme ii Je mérite, et de se voir préférer des rivaux sans talens : il n'épargne pas ceux-ci, dont le principal et fe plus dajigereux éloît un poêle nommé Ahu- Feras. Moténabbi, en mêlant adroitement les éloges les plus flatteurs aux reproches et aux plaintes, regagna complètement la faveur de Seïf-tfddaula. Le troisième est une satire amère contre Feunuque Cafuur, dans laquelle ce poète raconte sa fuite de l'Egypte-
Déjà , dans la seconde partie de sa dissertation, M. de Bohien avoît donné en entier un poëme de la jeunesse de Moténabbi, composé en rhonneur d'un descendant d'Ali, Mohammed, fils d*Obeïd-aliah, et qui se rapproche plus que les trois autres de rancienne forme des kasidas ou élégies des Arabes, Celte élégie est accompagnée, comme les autres, June version latine et de notes. Ces divers morceaux sont choisis de manière à donner une idée assez juste du talent de Moténabbi, et sont même plus propres à mettre en évidence ses beautés réelles que ses défauts.
Dans toutes ces traductions, on reconnoît que M. de Bohien, à l'aide du commentaire de Wahidi, a en général très -bien saisi le sens de J original , et elles ne m'ont paru susceptibles que d'un petit nombre d'observations criiiques. Peut-être paroîtront- elles souvent obscures aux personnes qui ne pourront pas les rapprocher du texte, ce qui est
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presque inévitable, quand on re veut pas tomber dans la paraphrase. Je ne saurois au sur|>Ius entrer ici dans Texamen critique de ces traductions, et je nie bornerai à proposer mes doutes sur un vers où le sens du poète me paroît avoir également échappé à MM. de Hammer et de Bohlen , et au commeniaieur arabe Wahidi. Ce vers se trouve dans Iclégîe où Moténabbi se plaint de la froideur de Seïf * eddaula , et hn reproche de combler de faveurs ses rivaux»
Moténabbi venait d exalter la puissance de ses vers et les effets merveilleux de son talent, qui n'échappoient pas même, dit*il, aux yeux des aveugfes et aux oreilles des sourds, comme s'ils eussent recouvré par enchantement Fusage de leurs organes; puis il ajoute:
ce que M. de Bohien traduit ainsi : Dormh dum ocuîi ma impicti suni carminlbus, (aqut tmittunt ; îtli vcro vigilant , taçue magna opère ad se attrahunt. Suivant M. de Hammer, le poète a voulu dire que, même en dormant, il lui échaj>pe des vers, tandis que les autres en font îi peine à force de vailles et de fatigues. Mais comment imaginer que Moténabbi ait dit que ses yeux sont pleins de vers qui lui échappent durant son sommeil ! ht%Qho\\^si^ Wahidi favorise un peu celte singulière interprétation;^ toutefois il a bien vu que U-jjfyt ^ dépend de *Ut, et 410a de ^^yufc 3U. Dormir de la plénitude des paupières , c'est , en arabe , dormir d*un profond sommeil. (Voyez mon édition de Hariri, séance xxvjr, p* 28 j*) Quant au verbe *b avec la préposition ^ ^ il signifie ne pas s* apercevoir d*une chose» parce quon dort: le verbe ^ renferme alors, pour m*exprimer à la manière des grammairiens arabes, le sens du verbe Ja^. Le poète veut donc dire, ce Je dors dun profond som- *î meil, ne songeant plus aux vers qui ont coulé de ma plume, tandis nque les autres hommes veillent et se donnent bien du tourment, w soit pour en saisir le sens, soit pour les imiter.
Le sens que je donne ici au verbe aU suivi de ^ , est suffisamment Justifié par un vers de la pièce suivante (p. 120), où le poète, voulant dire quii a trompé la vigilance de Cafour, et s'est enfui de FEgypte durant la nuit, sans que cet eunuque s'en aperçût, sVxprime en ces teines : LU ^ ^o^yll-Uj* Le mot 3j|^ signifie proprement des animaux fugitifs. Les poètes appellent ainsi leurs verSi parce qu'une fois échappés de leur plume, ils parcourent le monde : cette idée est familière à Moténabbi , et Ton en trouvera des exemples dans la dissertation de M. de Bohlen, p. 26 et 27»
î4 JOURNAL DES SAVANS,
J abandonne maintenant M, de Bohfen et Moténabbî, pour dire quelque chose de la traduction de M, de Hanuner*
Persuadé que la poésie ne peut être traduite qu en vers, M. de Ham* mer a voulu faire pour Moténabbi ce qu il avoit fait précédemment pour le poète persan HaRz. II a donc traduit en vers toutes les pièces dont se compose le recueil de Moiénabbî. Tantôt il s'est assujetti au joug de fa rime, tantôt il s'en est affranchi. Comme si une pareille entreprise 11 offroit pas déjà assez de difficuliés , il s'est encore imposé la lui que, dans sa traduction, chaque distique répondît exactement à un distique de foriginal; et ce n'est que rarement qu'il s'est permis d'intervertir Tordre des idées, et de placer dans le premier vers d'un distique ce qui, dans le texte, est rejeté au second vers. Dans le choix des mèfres, fl a eu égard à la nature du sujet* Son premier soin, assuret-il, a été de bien rendre fe sens, en adoptant pour guidée cet égard le commentateur Wahidi , qui écrivoit cent ans après fa- mort de Moténabbi, et qui, dans son commentaire, cite souvent plusieurs des schoh*astes qui favoient précédé, et souvent aussi leur reproche de n'avoir pas bien compris les pensées du poète. AL de Haitimer observe avec raison qui! y auroit de la témérité à un étranger de penser qu'il puisse bien comprendre Moténabbi sans laîde d'un commentaire, puisque les savans même» d ejitre les Arabes ne sauroient se passer de ce secours* Nous adoptons volontfers cette observation ; mais nous ne pensons pas lout-k-fait, avec M. de Hainmer, qu'à force de se familiariser avec les idées f^ivorites et le style de Moténabbi, on ne puisse pas acquérir plus de facilité pour percer Fobscuriié dont il s'enveloppe trop souvent. Notre propre expérience nous a convaincus que, comme il se répète fréquemment, il peut, en bien des occasions, se servir à lui-même de commentaire, et que, lorsqu'on a saisi le sens de plusieurs de ses hyperboles , on parvient assez aisément à en deviner d'autres qui plutôt auroient paru inînteHigibfes, Mais pour cela il faut en quelque sorte s'identifier avec le poète , et savoir franchir toutes les bornes du bon goût, et souvent même celles du bon sens.
Je n'entreprendrai point de Juger la traduction de M. de Hammer sous le point de vue du mérite de ses vers allemands; j'avoue que je n'ai point assez le sentiment de la poésie allemande, pour hasarder aucun jugement à cet égard : mais je ne crains point d'affirmer que le traducteur a souvent méconnu le sens de l'original, et que, s'il n'assuroit pas positivement avoir pris pour guide le commentaire de Wahidf, qui est précisément ie même que fat habitueilement sous les yeux , j'aurois cru qu'il avoit fait usage d'un texte fort différent de
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celui de inès~rnanuscrits, ou qu'il avoir été induit en erreur par un scholiaste à moi inconnu. Je ne veux pas parler des libertés que Je traducteur a dû prendre nécessairement, par suite de fa foi qu il s*étoit imposée de rendre distique pour distique. On sent bien quil sest vu obligé souvent k sacrifier une partie des idées du poète, et à tronquer ses images pour éviter la paraphrase, et pourtant rester intelligibfe à ses lecteurs. J'entends qu'il est tontbé parfois dans des contresens formels, que le texte n'admet point et dont le commentaire de Wahîdi auroit dû le préserver*
H étoil naturel que je prisse d'abord, pour m'assurer de la fidélité de fa traduction de M. de Hammer, les pièces que J'avois traduites moi* même dans ma Chi^stomaîhie arabe. J'e n*aî pas été trés-surpris que M, de Hammer critiquât plusieurs endroits de ma traduction; d'abord, parce que je n'avoîs, lorsque je fis ces îraductîotis, que des scholîes assez incomplètes et fort inférieures au commentaire de Wahîdi ; et en second lieu , parce que je n'étoîs pas alors fiimiliarisé avec le style de Moténabbi, J'ai donc eu recours aux notes et aux schoiies de Wahidi, et je m*attendois à trouver la criiique de M. de Hammer bien fondée : mais, à mon grand étonnement, j ai reconnu que ma traduction, quelquefois un peu paraphrastique , rendoit exactement le sens de i'origiaal et éioît conforme au commentaire, et qu'il metoît impossible d'adopter aucune des observations de M, de Hammer, J en donnerai la preuve dans la seconde édition de ma Chrestomaihie arabe, dont le premier volume ne tardera pas à paroître. J'ai examiné ensuite la traduction de plusieurs autres poèmes, et notamment de ceux que M* de Bohien a publiés et traduits en latin dans sa dissertation sur Moténabbî, et il n'en est aiicun où je n'aie trouvé de semblables erreurs. Je ne puis me dispenser de prouver ce que j'avance, par un petit nombre d'exemples.
Je citerai d'abord un poème composé en Fhonneur de Seïf-eddaula, qui étoit entré, en 559 de Phégire, sur le territoire des Grecs, et s'étoit avancé jusqu'à un lieu nommé Samandou , et en grec T(ct/uittv<fiçy sans avoir rencontré les Grecs que commandoit le Domestique, Nicéphore, fils de Bardas Phocas. Moténabbi, qui accompagnoit le prince dans cette expédition, Tayant vu à la tête de ses troupes, improvisa le poëme qui se termine par ces deux vers :
■tV.^ fli^
« Nous sommes contens du jugement qu*ont rendu les sabres et let w lances-, mais le Domestique n'en est pas satisfiiit. S'il s'avance à notre
» rencontre, déjà nous sommes venus jusqu'à Samandou; s'il recule, w notre rendez-vous est au canal (de Constaniinople). w
AL de Haaimer traduit ainsi :
« Le Domestique est-il sniisfait de la décision de nos épées et de nos « lances î Si Samandou vient » nous irons au-devant de lui, quand même » il fàudroit pénétrer jusqu^au Bosphore. î5
H observe en noie qu'il est incertain si Samandou est le Domesiique lui-même, nommé par Elmacin Léon » fis de Bardas , ou un autre personnage. On ne conçoit pas comment le traducteur a pu tomber dans une pareille méprise, le texte n offrant ici aucune difficulté.
Dans un poème de (a jeunesse de Moténabbi , ce poète fait une censure sévère des hommes au milieu desquels il vil, et dont les vices contrastent avec l'excellence de la contrée qu'ils habitent; il voudroit que cette terre eût les défauts de ses habilans, et que ceux-ci eussent les qualités de la contrée où ils font leur demeure; et cette idée fui sert de transition pour passer à Téloge du prince arabe auquel ce poëme est adressé, Aboufkasan Afoghith Id/li JdkJI o^l ij^ j^U ^t de sa générosité. Il dit donc, avec son style hyperbolique:
tir — ji .Jr^^^^ L^ L-A — j ^^ \j—^ 'j ^ — ^j — * L^* o— ^j
ce qui signifie à la lettre :
«Dans cette contrée s'élèvent deux montagnes, Tune de groîre , ji l'autre de roche; (le prince ) Moghiih , et (le mont) Locam: mais n aussi cette contrée n*est point le lieu de sa résidence ordinaire ; il ne « fait quy passer comme un nuage. »
Le poète fait cette dernière remarque, pour qu'on n'oublie pas que la censure qu*il a faîte des habitans de ce pays, ne tombe point sur Moghîth. M, de Hammer traduit ainsi :
et Plût à Dieu que les habitans fussent bons, et que les défauu ne » tombassent que sur la contrée i cette contra où nous reposons, le Lotam » comme une double montagne , et moi comme un nuage ; car , lorsque vi}* habite cette contrée ^ c'est comme des nuages qui passent.
Et cependant le texte n^offre point d'obscurité, et fe commentaire développe bien la pensée du poète.
Dans le poème dont j'ai déjà parlé, où Motéiiabbi reproche à Seïfeddaula quil ne rend pas justice à son mérite, il veut lui faire entendre qu'il ne met aucun prix à des bienfaits qui tombent également sur lui et sur ses rivaux, poètes sans talens et indignes d'entrer en comparaison avec lui > et il s'exprime ainsi avec une grande hardiesse :
tô^
'U - B[>yl Ox'i^
<c Le pays le plus mauvais est celui où il n'y a point d*ami, et fe gaiii *» le plus odieux pour rhomme, c'est ce qui enfache son honneur, La » proie que ma nraîn déteste le plus, c'est celle qui tombe également » dans les serres du fiiucon gris et dans celles du vautour.
Ces exemples suffisent pour justifier ce que j'ai dit de la traduction de M. de Hammer. li seroit à désirer qu'il pût la revoir à loisir, et la confronter par-tout avec le texte et avec le commentaire. II n'est pas étonnant que, dans un travail aussi considérable et environné de îant de difficultés, if lui soii arrivé souvent de se laisser aller à quelque négligence: mais ne seroit-il pas préférable de faire un choix dans un écrivain tel que Moténabbi, propre sans doute à exercer ceux qui veulent acquérir une connoissance approfondie de la littérature arabes mais qui ne semble pas fait, comme M* de Hammer en convient luimême» pour offrir au commun des littéraJeurs une lecture agréable et d'un intérêt soutenu!
SILVESTRE DE SACY
BhagavaD'GuÈtA , id est ©EsnisioN Miaos, she dlnù Krishna et Arjuna CoUoquium de relus divinis , Bharûteœ episodium ; textum reccnsuit , ûdnotûiiones crithas et interpretationent hitinam adjecit Augustus Guilednus à Schle^el. In Academîa Borussica Rhenana typis regiis, mdcccxxhi, xxvj et 185^ pag. în-8.^ magno,
L'Aî^TfQUîTÉ nous a faissé peu de monumens littéraires aussi précieux que ce petit ouvrage , quon peut regarder comme un extrait ou abrégé des principaux systèmes de métaphysique et de morale enseignés chez l'un des peuples les plus anciennement civilisés du monde, et dont les idées , selon toute apparence , se sont répandues plus tard dans la Grèce et l'Italie, et ont donne naissance aux différentes sectes' philosophiques qui, dans ces régions à jamais célèbres, ont si puissamment contribué h faire prendre à lesprit humain le plus sublime essor.
Comme dans tous les traités de cette nature, il règne souvent dans cet ouvrage beaucoup d obscurité; mais à travers ces ténèbres, nées en
défir
: étude pfu
parue du manque dune définition exacte des termes, qu une etuae pm$ approfondie pourra faire disparoître par la suite, quels éclairs brillent par intervalle à nos regards étonnés 1
Quelle force, queîîe magnificence dans ce tableau où le poète inspiré nous représente la divinité se nianifestaiir à son disciple favori dans tout l'appareif de sa grandeur! C'est un éclat semblable à celui de mille soleils qui se leveroienl lout-à-coup à Torrent; être incommensurable, sans commencement, sans milieu, sans fin, il illumine, il remplit rimmensité de fespace ; c'est l'univers lui-même tout entier; c'est le temps développant une bouche énorme dans laquelle, comme dans un gouffre, toutes fes générations viennent s'engloutir avec la rapidité des torrens qui se précipitent dans les abrmes de Tocéan, semblables à des nuées dinsecies qui élancent leur vol vers la flamme dévorante! O grand Dieu, s'écrie Ardjouna atterré, temi)ère, je t*en
conjure, cet éclat que je ne puis supporter; reprends cette forme plus douce sous laquelle seule je puis l'envisager, sous faquelle fosoîs t'appeler mon ami. Pardonne, j'étois dans l'ignorance; pardonne* moi comme un père pardonne à son fils, un ami à son ami, un amant à sa maîtresse. - • •
Dans quel autre livre du paganisme le dogme de l'immortalité de famé est-il développé en termes plus admirables, en admettant toutefois le système de la métempsycose !
De même que Thomme rejette ses vétemens usés pour en prendre de nouveaux, de même l'ame abandonne le corps décrépit (qui lui sert d'enveloppe) pour en animer un nouveau^ Le fer ne peut la diviser, le feu ne peut fa brûler, leau fa mouiller, l'air la dessécfier : elfe est indivisible, incombustible, imperméable, îndisskcahlt ; elle est impérissable (sans fin), universelle, impassible, permanente, éternelle (sans commencement, en tant qu'une émanation de la divinité selon la doctrine indienne) ; elfe est imperceptible, inconcevable, immuable, . ,
Ou la fermeté sioïque est elle mieux décrite que dans ce caractère du Afouni, tracé par Krichna!
Le Trai sage est cefui qui renonce à tous les desîrs qui s élèvent dans son ame, qui sait trouver fe bonheur et le calme au dedans de lui-même. Dans (e malheur, il reste imperturbable; dans la prospérité, il jouit avec modération ; if est inaccessible h Famour, k la crainte , à la colère . . , II est le même dans le chaud et dans le froid, dans fa douleur et dan* le plaisir, dans les honneurs et dam la disgrâce : il voit d'un mème^ œil Tof/ Paient et une motte de terre: c'est une lampe solitaire, brûlant pwibfeinenrà fabri de toate agitition de iair
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Où trouver enfin, sinon dans TÉvangile, une morale [aussi suIJiine et aussi pure, une charité plus dégagée de tous motifs humains !
« Celui , dit Krichna , qui , remplissant ses devoirs sans aucun motif d'intérêt, n'a d'autre vue que Braàma, nest poîni souilfé parle péché; semblable à la feuille du lotus, qui brille pure au milieu des eaux*
j* Combien est estimable cefui dont la conduite est la même, soit envers ses amis, soit envers ses ennemis, envers l'homme vertueux et le pécheur 1
» J*accepie favorablement, continue Krichna, la simple ofTrnnde d'une ame humble qui, dans son adoration, me présente des feuilles, des fleurs, des fruits et de leau. Je suis le même pour tous les êtres; ni l'amour ni la hame ne rae dirigent à feur égard ;-m3is ceux qui m'adorent sincèrement, je suis en eux, et iis sont en moi : le pécheur Iui*même revient il à moi de bonne foi, je ne fais plus de distinction entre lui et le juste, et je le juge digne-clu bonheur éternel.
» Celui-là sera réuni à moi, dont les œuvres nont que moi pour objeti qui me regarde comme l'Etre suprême, qui me sert uniquement, qui renonce à tout intérêt personnel, et qui vît sans haine parmi les hommes.
^> Ceux qui se réjouissant du bonheur de toute la nature, me fervent sous une forme incorruptible, ineffable, invisible, présent par-toul, incompréhensible, tout-puissant, fixe, immuable; qui en même temps subjuguent leurs passions, soumettent leur entendement, et sont (es mêmes en toutes dioses; ceux-là seront aussi un jour réunis à moi. Ceux dont i'esprit est attaché à ma nature invisible, ont à surmonter les travaux les plus rudes, parce qu*un sentier invisible est difficile à trouver pour des êtres matériels. Ceux encore qui , me préférant h tout , abandonnent tout pour me suivre ; qui, libres de tous les autres cultes, n'adorent, ne contemplent et ne servent que moi, dès à présent je les élève au-dessus de locéan de cette région de mortalité.. • . , . «
Certes un peuple qui s'est élevé à cette hauteur en philosophie et en morale, a dû être profondément civilisé; et si cet ouvrage remonte effectivement à l'époque de ïavûrara de Krichna, ainsi que le prétendent les Indiens, il faudroit lui attribuer trois mille ans au moins d'antiquité, puisque, dans Tordre des temps, cet avatara a précédé fapparition de Bouddha, ou, si on l'aime mieux, la secte philosophique qui se Test attribué pour fondateur.
Une chose qui nous paroît aussi singulièrement remarquable, c'est la prédilection des Indiens, ou du moins des classes insirui:es panri
ce peuple , pour la métaphysique et autres connoissances de cette
nnîure.
DaJîs la plupart de leurs ouvrages, et dans leurs grands poèmes surtout , ils se plaisent k revenii sur ces niarières, qui y sont presque tou* jours traitées incidemment par forme de dialogue entre quelque saint personnage ou la divinité elle-même, et de jeunes élèves qui cherchtfnt à s'instruire des mystères de fa religion et des règles de la morale.
C est ainsi que le Bhagavad- Guttâ n*e£t qu'un épisode du Aiahâhhârata , grand poème épique dans lequel sont décrites les aventures et les guerres des Kourous et des Pândous, deux branches collatérales d'une même famille» descendues en ligne directe au second degré de Vitchiiravirya, leur ancêtre commun, ]>ar leurs pères respectifs Dhriîarâcblra el Pandou , et devenues ennemies irréconciliables par lambilion de Douryodana, le chtfdes Kourous, qui, à force d'intrigues et d artifices, (\l bannir d'HâslinajJOura, alors capitale de i'Hindoustan, les Piijidûus par leur propre oncle, Dhritarâchtra, qui, privé de la vue et peu capable de régner, se laissoit gouverner par son fils.
Ue là une foule Javentures auxquelles donne lieu leur exil, et qui fournissent au poète la matière d'un grand nombre d'épisodes dont quelques uns présenient un grand intérêt: tel est entre autres celui de Nd/a, que nous a fait connoître M. Bopp, travail dans lequel cet habile professeur a fait preuve d'un véritable lafent.
Cependant ICrichna, ou la divinité incarnée dans ce personnage, prend parii pour les exilés et afiectionne particulièrement Ard/ouna, Je troisième frère des cinq qui formoîeni la branche des Pândous. Dans le dernier combat, qui doit définitivement décider du sort de l'empire et en livrer la possession au vainqueur, Krichna monte sur le char même de son élève, ne dédaigne pas de prendre les rênes de îÊS mains divines, et dirige les coursiers sur le champ de bataille.
Déjà les conques guerrières retentissent de toute partj les chevaux hennissans frappent Ja terre de leurs pieds impatiens j mille traits placés iur les arcs frémissans, tendus par des bras pleins de nerf et de vigueur, vont siffler dans les airs, lorsque Ardjouna , jetant au loin ses regards yjt les troupes ennemies, et ne vo)ant dans les chefs qui les commandent que des parens, des cousins, des alliés, se sent foiblir-, son courage fabandonne, son arc immense , gândtva, s'échappe de sa main : O Krichna, s'écrie-t-il, non je ne puis me résoudre à répandre un sang aussi précieux!, . . Éloigne, éloigne mon char de ce champ funeste, ei que Jamais je ne me rende coupable d'un crime aussi exécrable ! Rien quk cette idée, mon cœur se trouble, mes cheveux se hérissent , je
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me sens fffs?onnef cThorreur l Hélas , après la perte d'êtres si chers, immolés par. mes propres mains, quel bonheur pourrois*je jamais goûierî. . , Non, je ne veux pas de {a victoire; je renonce à l'empire» Et quelle seroit "cette vaine gloire achetée à ce prix! Que me feroit le sceptre, que me feroient les délices de la vie, la vie elle-même, quand ceux pour qui seuls je veux vivre ne seroient plusî Plutôt mille fois périr sous le? coups des injustes en fans de Dhriiarâchtra î . • •
Krichna, le voyant tombé dans cet abattement, cherche à relever son courage en lui faisant sur-tout sentir qu'étant de la caste des ICc/tûtriyas, son devoir est de combattre; et que même si> entraîné par un senlînient de compassion, il éviioit le combat, cet acte, que Ion ne manqueroit pas d'attribuer à la lâcheté, terniroît sa réputation jusque dans les siècles à venir ; genre de supplice mille fois plus redoutable pour un héros que la mort elle- même. Et Ih-dessus il avance que le corps, pure enveloppe matérielle, nest rien; que la crainte de sa destruction ne doit pas nous arrêter dans Faccomplissement de nos devoirs; que c'est Famé qui constitue Vêire, qu'elle est immorielle; et c'est îi prouver à son disciple cette vérité, les rapports de Famé avec la divinité, et k étabUr la règle des devoirs moraux, qu'il emploie un long raisonnement, cotipé, par forme de dialogue, en dix-huit chapitres ou lectures qui constituent le Bhagavad-Guîtâ.
C'est en 1785 que le célèbre Wilkîns fit connoître le premier en Europe cet ouvrage remarquable par Fexcelfente, traduction anglaise qu'il en donna à celte époque. Peu de temps après, M. Parraud la reproduisit en français, mais défigurée par une foule de contre- sens. Cependant le texte même de Fouvrage n'a été publié que depuis quelques' années à Calcutta; et, malgré le soin apporté par le Pandit Chargé d'en surveiller l'impression , il s'y est glissé un grand nombre de £iutes; fautes» au reste, que la plus légère confrontation avec de bons manuscrits fait aisément reconnoîire, et qu'ainsi il est facile de corriger. Aussi ces fautes oni-elles disparu dans la nouvelle publication du texte,' fort soignée, donnée, sur la fin de l'année dernière, par M, de Schlegeî, et que ce savant a accompagnée d'une traduction latine, aussi élégante qu'ont pu fe lui permettre les entraves qu'il s'est données de se tenir fe plus près possible du texte, et de remarques dont la plupart se distinguent par une sagacité peu commune. Cependant si , dans son interprétation nouvelle , Fhabile professeur a heureusement corrigé M. Wîlkins en quelques endroits, if nous semble que, dans d'autres, c'est à tort qu il s'éloigne du sens adopté par ce grand indianiste; cl si une étude approfondie et soutenue de cet ouvrage , nécessitée par
4i JOURNAL DES SA VANS,
rexpKcation que nous en avonsiâite, il y a déjà plusieurs années, à notre cours y nous donne quelque droit d'émeitre un jugement sur cette matière, nous nous hasarderons à proposer à M, de Schlegel nos doutes sur fa manière dont il a entendu quelques passages, en nous bornant à un petit nombre d'observations; un plus grand détail devenant superflu après la critique étendue qu'un de nos élèves les plus distingués, M* Laiigluis , a fait paroître de ce travail dans le Journal asiatique ; et d*abord:
J J,*" LECTURE , dis^que ^4. M. de Schlegel a rendu ce vers de Foriginaf» Sambhavhasya tchâkîrtir maranâd ati-rrtchyaté, par cette phrase latine : Generosomm auUm rnfamia ultra ûbîtum porriguur; tandis que le sens est, ei l'infamie, pour un homme de cœur, est bien au-dessus de la mort, c'est-à-dire, est pire que la mort. C'est ainsi que nous lavions compris; et le commentaire, en expliquant ati-ritchy^ré par adhikâ bhavatij ne permet pas le moindre doute à cet égard. M- Wilkins est tombé dans la même erreur; mais il en a en outre commis une autre par inadvertance, en ne fiiisant pas attention à Va privatif de akirtir, en sorte qu'il a traduit, thefame of one who hath ùeen respected in the world, is extended heyond the dissolution of the body.
Nous pouvons tnême citer encore à l'appui de notre opinion un fort joîî distique de Baririharî, qui nous revient à Tinstant même à la mémoire: Tâvad évâmriiamayî yâvallotchana-goccharâ Tchakchouh paihàd apagatâ vichâd apyati-ritchyaié.
«Tant qu'une mai tresse est présente à nos regards, elle est pour nous »une source d'ambroisie; mais est- elle hors dt; notre vue, elle nous »est plus funeste que le poison ;« (c'est-à-dire, le chagrin que nous éprouvojis alor* est pire que le poison ).
v/ LECT. distïq^ 2. Dans une note relative à ce distique, M. de Schlegel prétend que la particule nir doit toujours avoir force d'exclusion, de privation, et jamais d affirmation ; et il reproche à Wikon da lui avoir attribué ces deux sens* Mais mainte fois nous avons rencontré cette particule avec ces deux sens opposés, de même que vi ; et (e savant Wilson na fait que suivre en cela le sentiment d'Amara- Sinha, qui fait autoriié, et dans lequel on trouve cette particule nir i^erpréitée parles mots affirmation, né^tion, de cette manière; Nia fjilsJtiflitiyaniihcdhûyolt J.
V^fnt^CT. distiq. 22.
Yé hi sirasparshadji bhogâ douhkha-yonaya éva lé Adyantavantah Ka^ntéya na léchou^ ramaté boudhah.
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M* de Schfegel traduit: Qum vnà i contactihus proâevnt delkîœ, ta utiquc e dohrls utero pariuntur ; initium habcnt et Jinem , Kuntidis nûtt : hisce non gaudet pmdtns ; et dans une ndie relaiÎTe à ce passage, îl reproche à M* Wilkîns d'avoir ma! traduit le premier vers: «The i>enjoyments which proceed from ihe feeîrngs, nre as xlie wonibs of « future pain, y> Et il ajoute : imo pariuntur hœ vo/uptates è dohrc, non dùlonm pûrlunt; ce qui est tout-h-ftit însoiïtenabîe, et est effeciivement tout (opposé du sens de l'auteur, si h'v^n éclairci dans le commentaire par cette glose : douhkhnsychayonnyah kârana-bhoûtâh ; les plûisJrS des sens sont Us matrices de la douleur, c'est-à-dîre , sont faits , deviennent cause dt douleur. Puis le traducteur continue sur un ton peut-être un peu trop magistral : Operœ prcùam est toUere hune errorem , ne fatiùs gliscat, Cuncta hujusce modi composîla in y oui dcsinentia ita sunr Inteltigenda, ut vocalmlum prœcedens pro utero hujus rei habeatur de quâ agitur» Sic irtfrà BH, G. îx» 32, a : pH,pa-yon3yah sunt haines in peccati quasi
utero concepti Pour ce dernier mot, il n'y a aucun doute dans son
interpréiaiîon ; le commentaire et M, Wilkîns sont unanimes sur ce point: niais le sens de douhkka-yonayah n'en est pas moins certain aussn D'où nous devons conclure que la règle générale établie par M. de Schtegel n'est point admissible, et que les mots composés, dans lesquels yoni entre comme dernier membre, sont susceptibles, selon les circonstances, de deux significations. Tune dans un sens actif, lautre dans un sens passif, et que c'est au jugejnent à en faire [a différence. VI r/ LECT. distiq, // , vers 2.
Dharmâvirouddho bhoûtéehou kâmo' smi Bharatarchabha.
M, de Schlegel a traduit , Nullâ lege refrenata in animalibus libido sum , Bharaîîdarum princcps ; tandis que Krichna dit tout le contraire, Je suis dans les êtres te désir retenu dans les bornes du devoir^ c'est- h -dire, ramour chaste ; ce que M. Wilkins a parfaitement rendu dans les mots suîvans : « And in animais I am désire regulated by moral fitness; ^5 ce qui est mis hors de doute par le commentaire, qui interprète ainsi ce passage : Swadâreckou poutrotpattimatropayogtkâmo* ham*
Nous pensons que Terreur de M. de Schlegel vient de ce qu'il aura attribué le prolongement de la voyelle finale de dharmâ à la présence de a privatif, tandis qu H est dû à la fusion de la préposition à,
viH.* LECT. stance lo. Dans une note relative à cette stance (je dis ici stance et non distique, parce que, dans celte espèce de mètre, chaque hémistiche doit être considéré comme un vers complet, ordinairement uniforme et régulier, aînsî que renseignent les traités de
prosodie sanskrite } , M, de Schlegel a parfaitement bien observé que le quatrième vers,
oa tam param pouroucham oupéitî dîvyam,
blessoft le mètre, étant de douze syllabes , tandis que tous les autres yen analogues n'en renferment que onze; et quoique sans connoître parfaitement les lois de la prosodie indienne, ainsi qu'il le dit lui-même avec modestie dans sa préface, ce savant a pensé avec beaucoup de sagacité que la syllabe à retrancher pourroit bien être la préposition qui accompagne le verbe et dont l'absence ne nurroit en rien au sens. En effet , en la supprimant ^ on obtient un vers de onze syllabes, ainsi scandé :
Sa tam param pourouGnam éti divyam,
de fa nature du mètre trtstoubh , dont il pourroit fort bien être une variété, quoiqu'elle ne fasse pas partie de celles qui sont ordinairement indiquées dans les tables métriques ; et un léger changement même
dans fa syllabe /?£w;rf, qu'on feroît longue pou (changement permis, puis-
quon peut écrire mdhffétemmenl pourouc h a et pouraucha , ainsi que rindfque le dictionnaire , et qu'on en trouve un exemple dans la Ifi/ lecture, distique jfi)^ en fèroît un vers parfait de lespèce nommée ùuptndra-vadjrâ t qui consiste en un antibacchique placé entre deux amphfbraques et un spondée pour dernier pied.
En général, tous tes vers de onze syllabes , disséminés dans quelques iecturesÛG ce poème, et qui constituent presque en totalité la onzième, sont de cette dernière espèce, mêlée le plus souvent à une autre analogue , inJra-vadjrâ , dans laquelle toute la différence consiste dans le premier pied du vers, qui est formé d'un aniibacchique, au lieu de Tètre par un amphibraque. Mais il s'y rencontre aussi d'autres espèces analogues mêlées entre elles; mélange permis et employé par les meilleurs poêles , et indiqué en prosodie sous la dénomination générique et oupad}a!L Celles que nous avons remarquées ^ outre les deux dont nous avons déjà parlé , savoir : ïoupmdra'Vadjrâ , ^-v | ^-i^ 1%/-"|--
et findra^vadjrd .*• «y|-,u|M^w|--
sont l'espèce nommée sâlîm ] — ^ | --^1 ^-
et celle qui porte le nom de vatormU. ..••.. |"'^Si^ — "|--
ouire quelques variétés de ces deux dernières, faciles à reconnoître-
De plus longs détails sur la prosodie seroient déplacés ici; et même , il nous les avons un peu prolongés, ce n'est que pour nous conformer
au désir que M. de Schlegel a témoigné , dans $a préface, d'avoir quelques renseignemens sur cet objet- IX.*" L£CT. dîstiq, S.
Prakrrtim swâm avachtabhya vîsrîdjâmi pounah pounah Bhoma*grâmam imam kritsnam avasham prakriter vashât
Traduction de M. de Schlegel ; Naturam meam compfexus emitto Uerùm iUrùmque elementorum compagt'm hanc totam , ultro , naturâ volenîe. Un mot du commentaire, qui n*esi rien moins que clair tuî^mêine en cet endroit, m'a, je croîs, fourni (a véritable înterprétatron de ce vers extrêmement obscur j je veux parler du sens qu'it attache au mot swam , qu'il rend par swâdhînâm [ libre, indépendante], Jaî reconnu par-là que ce mot ne devoit point être pris pour un pronom réfléchi se rapportante Krichna, mais bien pour un adjectif en concordance avec le mot prakritim [nature]; et ce qui, je croîs, confirme adjnirablement ceire conjecture, c'est loppo^^ition qui, dans le second vers, doit se trouver entre avasham et vashât ; le premier de ces mots devant être rendu par ntctssario [involontairement] , et non par ultio , comme Fa fait le traducteur.
Je pense donc que Krichna veut dire qu'ayant établi, constitué, dèsTorigine, la nature douée de certaines facultés, leiles que les trois gaunas , &c., et indépendante de Tintervention subséquente de la divinité, il Ja laisse agir dans fa production des êtres. Ces vers, au reste, pourront recevoir quelque éclaircissement du distique i4» f^ct. v , où je crois voir fe libre arbitre énoncé, et du distique 5 , lect, vin,
La traduction de M. Wilkîns est loin d'écbîrcîr la difficulté : « I plant » myselfon my own nature, and create again and again, thîs assemblage >• of beings , the whoie, from the power of naiure , without power. »
x/ LECT, dîstiq. 4, Krichna, dans l^énumération des qualités inhérentes aux êtres animés, ou des accidens auxquels ils sont naturellement assujettis, cite le bonheur et [e malheur, la naissance et la mort, la crainte et le courage; ce que Wilkins a très-bien rendu de celte m^niète ^ pleasure and pain t birth and dcath ,fcar and courage , conformément au texte :
Soukham douhkham bhavo* bhâvo bhayam rchâbhayam eva tcha.
Nous ignorons pourquoi M» de Schlegel a traduit ce vers par conditto voluptatis dôlorisve capax , tîmor ac securitas ennm ; où nous ne voyons aucune trace de ces deux mots bhavo' bhâvù [la naissance et la mort]. Le traducteur auroit-il pris soukham douhkham bhavo j>our un mot composé, et ne se seroit-il pas aperçu de l'existence de \â privatif de
ap/iâvo, qui doit être remplacé par le signe de l'apostrophe î Quant à ïà long de abhâvo, il ne doit lui faire aucune peine, ce mot pouvant également s'écrira avec un a bref; mais Je poète ayant adopté Y à long, pour la mesure du shloka régulier qui demandoii à cette place un baccliique.
Commentaire : bhava oudhhavah \ abhâvastadvïparîtah. X/ LECT. distïq. 42.
Athavâ bahounéitena kim djnânéna tavârdjouna Vichtabhyâham idam kritsnam ekânshéna sihito djagat.
M. deSchlegel traduit: Etquidtibi tandem cum multipUci istadoctr'ma, 0 Arjuna! Stabilito ego hoc universo mundo singulâ mei porthne, requievi»
Que signifie ce requlevi! N*est-îl pas d'une foiblesse extrême! Non, ce n'est point par ce trait que le Dieu doit finir pour donner d'un seul mot la plus haute idée de sa puissance :
« Mais qu'est-il besoin, o Ardjouna, s'écrîe-t-îl, d'accumuler tant de » preuves de ma puissance ! . . . Un seul atome émané de moi a produit 3> l'univers, et je suis encore moi tout entier! » mot sublime, confirmé par le commentaire : aham ém sthïtah \ na mad vyatiriktam kintchidastî.
M. Wilkins n'a pas non plus compris toute la force de l'expression sthito : I planted this whole universe with a single portion and stood still.
XI.*" LECT* stance 27 , vers 4. Nous ne pouvons nous imaginer })ourquoi M. de Schlegel a rendu par membris extremis le mot composé au troisième cas dii pluriel, outtamângiih [ capitibus ] , à la lettre cptimis membris. Ce mot composé outtamàngam se trouve dans Wilson, interprété par the head, et le commentaire lui donne pour synonyme shiras [ tête ] , le même mot que^ en persan.
M. Wilkins l'a traduit aussi d'une manière inexacte, par with their bodies,
XV 1/ LECT. distiq.p,
Etâm drichiim avachtabhya nachtâtniâno* Ipabouddhayah , Prabhavantyougra-Karmânah kchayâya djagato' hitâh.
Après avoir traduit de la sorte ces deux vers : In hac opinione dejixi , mente pessumdatâ , parùm intelligentes, ruunt vehem enter in actus , in mundi perniciem intenti ; M. de Schlegel ajoute , dans une note , au sujet des trois derniers mots kchayâha djagato' hitâh , en tançant un peu vertemeui le malheureux Pandit qui a surveillé l'édition de Calcutta : c< Ed. Cale. Aphœresis notam toties neglectam maie praponit ultimœ voci, » quasi esset : ahitâh ; sed hita signifcat intentus. Verte : in mundi per- ^> niciem intenti.»
Mais ce ii*est pas le Pandit qui est dans l'erreur, car Tapostrophe est parfaitement bien placée pour indiquer la suppression de Va privatif de ahitâh , synonyme de véirinali [ennemis, sous-entendu bhoûuvâ^n nominatif pluriel isolé, de même que ût/gra-kannânak [malfaiteurs] : kchayâya étant le complément du verbe prahhavanti ^ et non de hUàh [ intenii ] ; ils sont, ils existent pour la perte , U malheur du monde» Telle est donc la construction logique de fa phrase : ougra-karmânaltt ahitâh , prabhavanti kchayâya djagatah. «Malfaiteurs, d'un esprit hostile, ils » existent pour le malheur du monde, »
Ecoutons le commentaire; ougtam, himsram karma yéekâm té \ ahitâ vnrino bkoûtivâ djagatak kchayâya btmvantttyartah,
M. Wilkîns s'est aussi écarté du vrai sens dans son înierprélation, où Ion voit qu'il a pris le mot composé ougra- karmânah pour un cinquième cas singulier, au lieu d'un nominatif plorîil; la forme de ces deux cas étant la même. Voici sa traduction :
« Thèse lost souIs, and inen of liltîe understandings, having fixed »upon ihis vision» are born of dreadfui and inhumau deeds, for ihe >» destruction of ihe world.»
Quant à la construction du verbe prabhavatî ou bhnvali, avec un nom au quatrième cas ou dauf, Bartrihari nous en fournira une nouvelle preuve dans ce charmant distique, plein de finesse et vraîmen: digne d*Anacréon :
Shroutâi bhavatî tâpâya ; drichtâ , ichonmSda-varddhinî: Sprichia^ bhavati mohâya; sa, nâmal dayitâ katham!.... «e Au seul son de sa' voix, vous brûlez; à' sa vue, vous délirez; à scn 3J loucher, vous vous sentez mourir; et cet être dangereuîc, vous lui ^» donnez le nom d'amie! • , • * »
Telles sont Its lâches principales que nous avons cru devoir rt lever dans le travail de M. de Schlegel, lâches rachetées d*aî Heurs par de grandes beautés , et que nous croyons devoir attribuer en grande partie au desir qu'il a eu de faire trop tôt peut-être rem)ïlot du caractère dévanagari gravé d'après son dessin et sous sa dîrectiont
Un peu moins d'impatience de sa part et quelque légère étude de plus les lui eussent fiirt éviter, du moins si nous en jugeons par fa sagacité qu'il a déployée dans llnlerprétation de certains passages fort difficiles, et qui n'avoient pas été entendus par le célèbre Wiîkîns, h l'époque reculée où ce patriarche des indianistes a fait jouir le monde savant d'un ouvrage qui a pnssé alors et qui passera à jamais | our un des phénotnènes littéraires (es plus dignes d'admiration.
Nous pouvons donc espérer que M. de Schlegel s'acquittera plus
heureusement encore de la nouvelle tâche qu'il s'est imposée. NoU$ voulons parler du texte complet du Râmâyana, et d'une traduction latine de ce poôme, accompagnée de notes tant historiques que géographiques, critiques et philologiques; et sa gloire en sera d'autant plus grande, que, pour conduire à fin une semblable entreprise» en Europe sur-tout, il ne seroit pas trop des dix tètes de Râvana^