‹ Journal des savants (volume 4)Chapitre 6 sur 53 · CHÉZY · texte numérisé non relu

CHÉZY

Histoire de la vie et des ouvrages de Raphaël, ornée d'un portrait^ par M. Qjiiatremère de Quincy; avec cette épigraphe :

Soleva dire Rafaello che ilpittore ha obbligo difare le cote non corne le fa la natura , ma corne ella le dovrebbe fare, ( Fed. Zuccharo, Letu fin* t. VI, p. 213. )

I vol. in-S.^ , xvj et 480 pages. Paris, librairie de Charles Gosseiîn.

SECOND ARTICLE

Nous avons laissé Raphaël (i) à cette époque importante de sa vie, où, privé de la .protection de son parent Bramante, mais désormais appuyé sur sa propre renommée , et assuré du concours de nombreux disciples, ce grand peintre. vit s'ouvrir une carrière nouvelle de travaux et de gloire, où nous n'aurons nous-mêmes que la peine de le suivre, sur les pas de son exact et habile historien.

Chargé, comme héritier de Bramante , de continuer Félévation de la cour du Vatican, nommée la cour des loges , dont celui-ci n'avoit pu jeter que les fondations , Raphaël eut à déployer des talens , non pas absolument nouveaux pour lui, mais encore inconnus à la plupart de ses contemporains. Ce fut d'abord comme architecte qu'il se produisit dans cet important ouvrage, et comme architecte digne d'associer ses travaux à ceux de Bramante. La cour du Vatican , avec ses galeries ou loges t ouvertes en portiques et en colonnes circulant tout à l'entour, s'éleva sur un modèle en bois exécuté par lui-même. Nous retrouverons plus d'une fois encore, dans la vie de Raphaël, le grand architecte trop facilement oublié pour le grand peintre ; et nous y reviendrons toujours avec de nouveaux motifs d'admirer ce génie souple

(i) Voyez le Journal des Savans, octobre, 614-621.

et fécond, autant que .noble et élevé , qui sut créer des modèles dans tous les arts du dessin 5 et dans tous les genres que ces ans ont pu produire. C est ainsi que la décoration des loges du Vatican lui founnit une occasion de perfectionner, en le renouvelant, un autre genre de peinture, celui qu'on nomme improprement arabesque, qui fut connu des anciens et assez souvent gâté ou mal employé par les modernes. La découverte, alors foute récente, des peintures des Thermes de Titus, suggéra sans doute à Raphaël Tidée den appliquer à la décoration de ses loges du Vatican , non pns les ornemens eux-mêmes, ce qui n'eût pu se faire que par un plagiat manifeste , ou par une dégradation coupable , mais l'esprit et le goût , ce qu il est toujours permis de faire en toute chose, M. Quatremère s'attache ici à montrer à quoi se réduisent les emprunts que Raphaël put se permettre à cet égard, et les allégations, beaucoup plus graves, mais heureusement beaucoup moins fondées encore , d après lesquelles on pourroit croire que Raphaël détruisit une partie de ces peintures aniiques, pour s'attribuer l'invention de celles qu*i[ fit exécuter par t^% élèves ou qu*i[ exécuta lui-même. Il prouve que les idées morales répandues par Raphaël dans ces Jeux brillans et capricieux de son pinceau, et le principe unique qui y domine , dans lemploi d"une ingénieuse allégorie , assurent à son auteur le mérite d'une originalité incontestable. II expose enfin par quel heureux concours de circonstances Raphaël put employer à des travaux si divers , mais tous empreints d'un même goût, et comme produits sous finfluence d*une seule pensée, une foule de talens également variés, que le charme de son caractère moral, non moins que le légitime ascendant de sa supériorité , rassembloit autour de sa personne.

Cette époque ou Raphaël se voyoit environné des premiers lalens de son siècle, heureux et fiers de rendre hommage à son génie , est aussi celle qui signale, dans l'histoire de ses travaux, le plus haut degré de ce qu'on appelle sa seconde manière; et dans cette manière, le premier rang est dû au tableau de la S.'* Cécile, suivant notre auteur , qui recherche ici, avec beaucoup de soin et d'intérêt , jusqu'aux moindres particularités relatives à la composition et à l'exécution de ce tableau célèbre. Il en coûta la vie , seulement pour l'avoir envisagé en ouvrant la caisse qui le renfermoit , à un peintre renommé de ce tempsià, qui se nommoit Francla, et à qui Raphaël Tavoit lui-même adressé. M. Quatremère rapporte à ce sujet les opinions opposées de deux historiens de l'art, Vasari et Malvasia; et il incline à penser que c'est dans fhistoire du cœur humain qu il faut chercher la solution des doutes

ïô JOURNAL DES SAVANS,

que peut faire naître celte singulière anecdote^ Nous imiterons la réserve de notre auteur , et nous poursuivrons , à son exemple, Fénumérniîon des travaux de Raphaét qwi appartiennent à sa seconde manière, ou qui s'en rapprochent le plus immédiatement.

Dans cette classe, M. Quatremère rajige fa plupart de ces tableaux de madonnfSf qui ne peuvent sans doute , eu égard à leur grand nombre , avoir été exécutés h une seule époque , mais qui portent le caractère d'une pensée commune, Vasari cite plus de vingt de ces tableaux; encore omet-ir Je pïus important de tous, la grande Sainte Famille exécutée pour Frr.nçois I" » ce qui fait présumer qu'il a pu en oublier beaucoup d*autres, No£re auteur, qui ne s'est pas proposé simplement» comme Vasari, de décrire et de compter des tableaux, mais de décrire et de comparer la marche du génie qui les a créés, expose d'abord ridée générale quon doit se faire de ces nombreux tableaux de mnilannes, si divers par leur composition, sî semblables par le caractère de beauté qui y domine , et dont Raphaël a bien certainement fixé fidéaf, beauté qui n'est pourtant pas celle des Vierges du Guide, et idéal qui n'est pas non plus celui d'une Vénus, ou d'une Juoon, ou

^ d une Minerve antiques. L'impression qui résulte de Texamen des Vierges de Raphaél , est celle d'un mélange de divinité et d'humanité, de noblesse et de modestie, de candeur virginale et d'afletrion materneHe. C'est un genre de beauté et d'idéal dont les anciens n'avoient pu lui fournir le modèle, pas plus qu'il n'a été possible aux modernes de le reproduire; c'est, en un mot, \n\ type aussi neuf dans les ar(s du dessin, que IVst, dans un autre ordre d'idées, le fond même des croyances religieuses, auxquelles ilétoit emprunté. Après cetîe observation générale , M. Quatremère passe à la description des tableaux de Raphaél rangés sous le titre commun de madonnes , et qu'il distingue en trois classes: la première, comprenant les tableaux où la Vierge est seule avec l'Enfant Jésus , et quelquefois avec le petit S* Jean ; la seconde , ceux qui s appellent proprement sainfts-

familles, où se trouvent ordinairement réunis la Vierge avec l'Enfant Jésus, S." Élizabeth et le petit S* Jean, S* Joseph et S/' Anne; la troisième, enfin, les compositions où la S,'*" Vierge, avec son divijx enfànr, se montre comme apparoîssant , soit dans un nuage, soit sur un trône, à de simples mortels,

La seule énuméraiion des tableaux de Raphaél feroit un livre considérable, et ne seroît pourtant qu'un catalogue incomplet, puisqu'il manqueroit toujours h un pareil livre findicaiion, même succincte, des idtes morales et des principes de goûtqui se rattachent aux moindres

œuvres de Raphaéi. Avissi, M. Quairemère s appliquent il à Lien décrire qutlques-uns de ces labfeaux , sur-loui de ceux qui , comme les tnadoiines ei Us sainies-familles, appartiennent à une classe commune, plutôt quà les énumérer tous avec une égale aiienliori, ce qui ne seroil qu'une égale indifférence. Dans la première clasae de ses mjdonntî, les tableaux que noire auteur cite de préférence, pour en faire ressorlir le mérite et rortginalicéi sont la Vierge du palais Tempi à Florence, la Afadonna dtUa seg^iola, ou la Vierge a la chaise, aussi à Florence; Ja Vierge au linges la Jardïnûn ^ et deux autres Vierges qui ont passé en Angleterre, et dont lune a été gravée récemment par M* Desnoyers. Dans tous ces tableaux, d*une compo^iuon louie différente, et d'une exécuiion^ tout aussi variée , le mérite que M* Quaîremère s'attache priticipalement à signaler, c'est de n'avoir jamais excédé les bornes daucune des bienséances que comporioîent ces scènes religieuses; c*csl d'avoir ex|>rimé, d\me manière sensible è*la fois pour rœil et pour la raison , Hdée mystique d'un dieu enfant et d une vierge inére, et non pas Timage vulgaire et banale d'une simple mère avec son enfant ; c'est, en un mot, de n'être jamais, dans un sujet qui tou* choit de si près aux affections de l'humanité , descendu jusqu'à la familiarité d'une scène domestique : admirable délicatesse du génie le plus sublime I constamment dirigé par le goût le plus sûrl

Pour les inadonnes de la seconde classe, ou les saintes-familles, compositions plus importantes» dont quelques*unes réunissent jusqu'à K\v\^^ six ou sept figures, notre auteur suit la même méthode dtndJquer seulement les principales de ces compositions, en insistant l>eaucoup sur les observations qui en révèlent le goût et le génie- M. Quairemère cite, sous ce doirfjle rapport, fa Vierge /7£^ berceau, é\x musée royal de Paris; la Vierge a la longue cuisse, du musée de Napîes, et la Vierge au rideau, du palais Piiti, à Florence. Quant aux deux plus célèbres de toutes h$ saintes-familles , celle d'Espagne, qu'on nomme ta perle, et celle de Paris, exécutée j>our François F*\ une mention plus déiailiée et plus conforme à la place que ces beaux ouvrages occupent dans I^histoire de Raphaël et dans celle de fart, leur est réservée dans un autre endroit de cet ouvrage. Maîs^ en attendant, voici de quelle manière M. Quatremère apprécie et juge les compositions de Raphaël que nous venons de citer :

«Dans routes ces compositions, Raphaël, sans s'écarter d'une cer- «•laine grâce, à laquelle le sujet ne sauroit se refuser, s'est toujours #» tenu fort loin de ce qu'on pourroit appeler le simple naturel, ou, » si Ton veut, ie genre vulgaire d'une scène purement domestique, II

y> n'en est peut-être pas une où ne se fasse plus ou moins senlrr Hns^ » piratîon religieuse , ou ne brille un rayon de celte vertu céleste qui, >î répandu sur tous les personnages, élève Taspect des objets au dessus » des idées et des affections terrestres. Sans parler de celles où les anges, » en mébnt leurs hommages à ceux des assîstans , apprennent aux » spectateurs qu'un lien surnaturel unit cette scène , en apparence hu- 5î marne, aux mystères du ciel, il règne dans toutes un sentiment de ^> noblesse et de sainteté dont on ne sauroît méconnoître le principe. »>

En suivant, de degré en degré, la manière plus ou moins idéale de représenter la Vierge, M. Quatremère arrive ainsi à la troisième classe des Vierges de Raphaël, à celle ou la Vierge, avec TEnfant Jésus, se montre, non plus comme habitante de la terre, ma?S comme apparoTssant aux mortels dans tout Tappareil qui convient aux personnages célestes, ou comme reine des anges, et devenue un objet d^adoration pour les saints eux-mêmes. En première ligne de ces Vierges, et en rentrant dans Tordre chronologique des productions dé Raphaël, noire auteur rencontre la célèbre Vierge dite au poisson ^ dont nous avons dû tout récemment une magnifique estampe au burin de M. Desnoyers, C*est, au jugement de M. Quatremère, une des plus aimables compositions de Raphaël, une de celles qui paroissent avoir été [e plus complètement exécutées par lui s et qui^ formant la nuance entre sa seconde et sa troisième manière , méritent en conséquence de fixer à phis de titres I attention des appréciateurs de son talent.

Ici encore Raphaël se présente sous un nouvel aspect à son historien et à ses admirateurs. Ce n*étoit pas assez d'avoir fourni, par ses tableaux presque innombrables, une occupation presque infinie aux graveurs de tous les temps j ii éioit réservé à ce grand hflmme de produire le premier graveur du sien, et, en quelque sorte, fa gravure elle même, par la direction toute nouvelle qu'il fit prendre à cet art tout nouveau, et par raliment inépuisable qu'il lui offrît. Marc -Antoine Raimondi , appelé auprès de Raphaël par îa voix de la renommée et par l'instinct de son propre génie, à celte époque de leur vie où l'un et I autre pouvoient se rendre de mutuels services , devint fe graveur en titre du peintre d^Urbin, c'est-à-dire, le confident de ses conceptions les plus secrètes et Tinterprète de ses plus ingénieuses pensées. On ne connoît pas asse^ Raphaël, quand on ne le connoît pas dans ses dessins; et cependant, qui pourroit se flatter de posséder dans sa mémoire et de décrire la série entière de ces compositions fugitives , délassemens de ses grands travaux, et jeux faciles dune vie si occupée, qui auroient» suffi pour en remplir et pour en immortaliser une autre; de ces dessins

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que son crayon et sa plume infatigables se plurent à produire, et qui trouvèrent dans Marc- Antoine un burin aussi fécond, aussi infatigable que son crayon et que sa plume! Les observations où M. Quatremère entre à ce sujet, sont pleines d'intérêt et de goût; elles jettent un jour tout nouveau sur le caractère de la gravure à cette époque , sur ie talent de Marc-Antoine, et sur la part immense que prit liaphaël aux progrès de Tiin et aux succès de lautre. M. Quairemère cite quelques-uns des plus beaux dessins de Raphaël, et* entre autres , les deux où il imagina de faire revivre, au moyen des descriptions que Lucien en a faites, deux des plus ingénieuses compositions delà peinture antique, le Mariage dt Roxane, dû au pinceau JyEtion, et le Danger de la délation, tableau allégorique d*ApeIles. Mais la plus grande partie des dessins de Raphaél fut de ceux qu'il destina Iui*même à être gravés par Marc- Antoine; et dans ce nombre, encore très-considérable, M. Quatremère ne cite que deux des principaux, \q Jugement dt Paris et le Aîassacrt des ïnnocens, qui lui semblent les plus propres à donner toui-à-Ia-fois une idée et de Tétai de la gravure du XVi/ siècle, et du talent du graveur lui-même. Leur principal mérite, à lun et à Tautre , est sans doute d'avoir fixé et perpétué des pensées de Raphaél, qui, sans cela, seroient peut-être restées à jamais ensevelies dans ses porte-feuilles. Mais ce que, depuis plus de trois siècles, et malgré les progrès de cet art, on admire encore dans les belles planches de M arc- Antoine, cest une hardiesse et une sûreté de burin , une science de trait, une correction de formes, une force d'expression, qui n*ont jamais été égalées; et le sentiment de tant de beautés s'augmente encore, s'il est possible, en les considérant comme une émanation et presque comme une oeuvre du génie de RaphaëL

Désormais, ce grand homme s*éloil mis, par l'éclat de ses lalens , hors de pair avec ses contemporains : mais ce qui valoit mieux pour Fart et pour lui-même , que d'écraser ses rivaux de tout le poids de sa supériorité, c'éloil, en les attachant à %es travaux, de les associer à sa renommée. Dès-lors, en effet, Raphaél étoit devenu le vrai point de centre d*où parioient et où aboutissoient tous les projets dart exécutés à Rome sous le pontificat de Léon X ; et son historien le prouve, en reprenant, suivant l'ordre des temps , celui des peintures dont il décora les salles du Vatican. Des deux premières de ces salles, dont il a été fait mention (i), la première de toutes, ou celle delta Segnatura ^ n^offre bien évidemment que Tocuvre d'une seule main; la sui-

(1) Voyez ie Journal des Savons ^ octobre, p. 6ao-622.

vante , celle de XHHïodort, ne trahit que cfans quelques parties des fresques qui s'y trouvent, Taction de plusieurs collaborateurs et remploi de manières différentes) ramedées toutes cependant à une direction commune y et comme à im principe unique : mais la troisième salie» dite de Torrt Borgîa, et exécutée vers Fépoqiie où nous somilies arrivés , vers 1 5 17, présente, dans trois des grandes peintures il fresque dont elle est ornée, plus de raisoas encore de croire que Raphaël , chargé de si nombreux travaux. et entouré de si nombreux disciples, se sera re^ posé sur plusieurs peintres de son école, tout au moins du soin de leur exécution. Dans ces trois compositions, empruntées à l'histoire des papes qui portèrent le nom de Léon , par allusion au pontificat de Léon X, et qui représentent. Tune, la Victoire di Lion IV sur les Sarrasins; l'autre, la Justif cation de Lion III devant Charlemagne , et la troisième , le Couronnement de Ckatlemagne par ce mime Lion III, M, Quatremére ne trouve à louer que le mérite d'une belle et sage ordonnance dans la composition , mérite qui ap|xirtient bien incontestablement à Raphaël; et, dans l'exécution, celui d'une pratique habile qu'il feu t attribuer à ses disciples. Mais il n'en est pas de même du quatrième tableau , Y incendie del Borgo vecchio , ou du vieux bourg , événement qui se rapporte au pontificat de S. Léon IV. Ce tableau paroît tout entier de la main de Raphaël; ce qu'établit son historien, en montrant que, dans plusieurs figures de cette vaste composition, Raphaël a fait réellement preuve d'un nouvel agrandissement de manière et de dessin. Ce qui rend encore cet ouvrage plus recommandable sous le rapport de l'art, c'est qu'entre toutes les peintures de Raphaël, c'est celle qui renferme le plus de figures nues, et qu'à ce litre il est devenu , pour les jeunes artistes , un sujet particulier d'études , comme il a été, entre les critiques, le principal sujet du débat excité pour la prééminence de Raphaël et de Michel-Ange. A cette occasion aussi, M. Quatremére revient encore une fois sur l'objet de cette controverse célèbre, et il y revient pour montrer, par l'analyse des beautés de dessin qu'offre le tableau de Y incendie du bourg, quelles fiirent, en ce genre, les qualités exclusivement propres à Raphaël, et en quoi ces qualités différoient essentiellement du style et de la manière de Michel- Ange. Toute cette discussion, que nous ne pouvons qu'indiquer à nos lecteurs, est une des plus importantes du livre de M. Quatremére, par la justesse et la solidité des vues, par fabondance et la nouveauté des notions qui y sont exposées.

La date de l'année i j 1 7 , qui vit terminer la quatrième et la dernière des salles du Vatican, celle des dmiie apôtres, dont il ne reste plus

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maintenant, après les dégradations et sur*tout après les restaurations qu'elle a subies, de véritable souvenir que dans les traits du burîn de Marc-Antoine; celte date, disons-nous, est aussi celle du célèbre portrait de Léon X , chef-d'œuvre de son nuteur dans un genre secondaire, où Raphaël fut encore le premier de tous les peintres. M, Quatremère part de là , pour envisager , dans un article particulier , le talent prodigieux que montra Raphaël dans Fart du portrait proprement dit. il rappelle d'abord ks beaux et noml)reux portraits semés dans plusieurs de ses premières compositions, /a Dispute du Saint-Sacrentint , VEcok d* Athènes , le Parnasse et fHéliodore , et il montre comment, h mesure que le talent de Raphaël se développe et s'élève dans ses compositions historiques, sa manière de concevoir et de rendre le portrait offre un accroissement de plus en plus sensible de style et d*idéal* Mais où le talent de Raphaél en ce genre brille dans tout son éclat, c'est dans le portrait de Jules II, et sur-tout dans cefui de Léon X, qui fut postérieur de quatre ou cinq ans , et dans lequel fa puissance du ton , fa magie de la ressemblance , la justesse et la profondeur de l'expression , îa vigueur du coloris, le relief des formes, l'exécution précieuse et achevée de tous les accessoires, sont portés à un degré de perfection que fart ne sauroit sans doute surpasser , et qu'aucun artiste n'a jamais égalé* M. Quatremère rapporte et écfaircit plusieurs anecdotes curieuses au sujet de ce portrait célèbre, qui se trouve aujourd'hui à Fforence, et dont une des nombreuses et excelfenres copies qui en furent faîtes, trompa Jules-Romain lui-même, qui la prit pour foriginal auquel il avoît travaillé sous RaphaéK Des vingt-sept portraits à fhuife qu'un historien de Raphaël, Comolli, attribue à ce graïad hoinme, et qui étoient ceux des personnages les plus céfèbres de son temps, tels que Laurent et Julien de Médicîs, Bembo, Jean delfa Casa, Balthnsar Castiglione , Carondelet , Inghirami, Baido , Bartolo , Bindo Altoviti , Jeanne d'Aragon, M, Quatremère passe k son tour en revue fes plus remarquables, en commençant par celui de Jeanne d'.Vragon , qui fait aujourd'hui lun des principaux ornemens du musée royal de Paris , et qui à la pfus belle conservation unit le double mérite et d'être de la troisième manière de Raphaél, et d'être de sa propre main. Un semblabfe mérite recommande un autre portrait où , de faveu de tous les connoîsseurs , Raphaél s'étoit élevé au plus haut poiiif comme coloriste; c'est à savoir le portrait de Bindo Altoviti ^ qui fut cru long-temps, diaprés une mauvaise interprétation du texte de Vasarî, le portrait de Raphaél lui-même, et qui, dédaigné de fa maison Altoviti de Florence, du moment quau lieu d'un portrait de famifle,

Jtf JOURNAL DES SAVANS,

elle n'y vit plus que Tîmage de Raphaél , a été récemment acquis, pour la somme de cent soixante mille francs, par le roi de Bavière, moins délicat que fes Aftovith

Nous voilà arrivés , sur les pas de M, Quatremère , à la troisième manière, c'esi-à-dire, âu plus haut degré du talent et de l'activité de RaphaéL Mais lespace nous manque pour présenter l'analyse sommaire des travaux qui remplirent le reste d'une vie si courte , et néanmoins si pleine. Nous sommes donc obligés de renvoyer à un troisième article» celle analyse, que nous terminerons^ comme M, Quatremère lui-même termine son Histoire de Raphaëfj par les importantes considérations qui se rattachent à un sujet si grave et h un genre si élevé,

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