NOTICE SUR PHILIPPE JAFFÉ
comprise entre i iSy et i iSy. Ce Wîbaud était un personnage considt-rabie qui, dès le règne de Henri V» apparaît mêlé aux choses de gouvernement* Sous ce prince et ses successeurs, Lothaire TTI, Conrad Ili et Frédéric P^ on le voit chargé de négociations graves, tantôt près des souveraÎDS pontifes, tantôt près des empereurs de Constant!nople. L*un de ces princes, Lothaire III» lui confia même un comnKirH dément militaire. Aussi la correspondance de cet abbé, par Inuportance et la diversité des événements quelle mentionne, n'intéresse-t-ellc pas moins Thistoire générale de TEurope nu moyen âge que i'hisloire particulière de rAllcmagne. Martène avait déj;i publié celte correspondance dans le tome second de son Amplissima coUectio (p. iSS-Syg), Jaffé en a revu le texte sur le manuscrit original, qui se trouve aujourd'hui aux archives de Berlin, et s est attaclié à classer les lettres par leur ordre chronologique. D'ailleurs, toute la correspondance tic Wibaud n avait pas été éditée parMaitène^ plusieurs lettres avaient été ])ubliées dans ces derniers temps par MM, G. V. de Raumer et Pertz» et, en particulier, trois par Jallé lui-même dans son hisloîre de ConradV. Le deuxième volume [Monamenia Gregoriana), qui a pour objet le pontificat de Grégoire VU, appartient bien plus encore que le premier à l'histoire générale du moyen âge. Car, infidèle en quelque manière au titre de son recueil, JatTé ne s est pas borné, dans ce volume, aux textes qui concernent spécialement fAllemagne; il s est attaché, abstraction faite de tout intérêt local, à rassembler les monuments mêmes de cet illustre pontificat. Trois documents d'inégale étendue composent ce volume. Le premier, de beaucoup le plus précieux et le plus considérable, est le célèbre registre qui contient la correspondance de Grégoire depuis Tannée 1073 jusque vers la fin de son pontificat. Ce registre n'était connu jusqu'alors que par des publications fautives. Jaflé en a donné une édition exactement conforme au manuscrit du Vatican, en se servant d'un exemplaire collationné sur ce manuscrit par M. Giesebrecht. Comme dans le Regcsta, toutes les lettres de cette correspondance sont numérotées, toutes les dates vérifiées et ramenées au style moderne, et chaque lettre est précédée d'un sommaire. Nous avons eu occasion de dire que ce registre n était pas le registre original
* Les documents qui , avec les lettres de Wibaud, composent les Monumenta Corheicnsia, sont : 1* Tnanslalîo S. Vill; 2' Bovonîs (le sui leniporls actis fragnientum, 3* Annales Corbeienses et chronographus Corheiensis; 4" Catalogua nbbaLuni et Iratrum Corbeîensiuro ; notae Corbeienses; 5* Notte Subiilenscs de Wibaldo. Le§ noUt StaLulenses, publiées pour la première fois d'ajirès un mantiscrii de la bibliothècjae de Bruxelles, fixent la date des principaux événements de la vie de Wiboud.
Ùli JOURNAL DES SAVANTS. — JANVIER J871.
et qu'il en était seulement une Iranscriplion incomplète. Diverses considéralions mettent ce fait hors de doute. Conformément à un usage qu'on voit constamment suivi à la chancellerie romaine à partir d'Innocent III, et qui peut-être existait déjà avant Grégoire VII, le registre dont il s'agit est distribué par livres, dont chacun répond à une année du pontificat de (îrégoire ^ Or ce registre ne contient que huit livres sur douze qu'il devrait contenir, en rapport avec les douze années de son pontificat. C'est une première présomption que nous sommes en présence de la copie inachevée d'un registre perdu. En outre, on trouve rassemblées sans ordre, à la fin du huitième livre, trente-sept lettres de dates diverses et toutes postérieures à la huitième année du pontiGcat , insertion vicieuse qui, au cas où le registre serait original, n'est pas conciliable avec la succession méthodique des sept premiers livres, et ne peut provenir que d'additions confuses de quelques scribes. Enfin, et c'est là un argument décisif, sur le registre conservé au Vatican, une main du xiu* siècle a joint à certaines lettres des remarques telles que celles-ci ; «Ilaec epistola, hic errore scriptoris posita, debuit inferius «scribi,» et plus loin : uHaec similiter epistola debuit in superioribus « scribi. » Ces corrections eussent-elles été possibles , si leur auteur n eut connu le registre original^? Il y a plus ; mention est faite de ce registre original sur le registre dont nous parlons. Indiquant la véritable place de l'une des lettres insérées à tort dans le huitième livre , une autre main a écrit : «ex hbro VIIII registri ejusdem Gregorii;» et, ailleurs : «incipit liber X, » correction que la même main a modifiée ensuite en substituant le chiffre XI au chiffre X^. Ces preuves nous semblent assez convaincantes, sans qu'il soit besoin d'alléguer encore avec Jaffé que les livres III et IV du registre conservé au Vatican, contenant l'un vingt et une lettres et l'autre vingt-huit , ne renferment pas toute la correspondance des troisième et quatrième années du pontificat, et que conséquemmenl ce registre n'est que l'abrégé d'un original perdu; car il n'est nullement prouvé que les registres des papes aient jamais contenu la transcription intégrale de tous leurs actes. On peut croire que le registre du Vatican a été transcrit sur le registre original, alors que celui-ci n'avait encore que SCS huit premiers livres achevés, c'est-à-dire avant la neuvième année du j)onlificat, et que les lettres introduites sans ordre à la fin du
' Lo riî^islre de Grégoire I*', qui nous a été conservé, est de même divisé
par livres; mais chacun de ces livres, an lieu de correspondre à une année du
pontificat, correspond à une période indictionnclle. — * H y a lieu de croire, d'après
cela, que le registre original de« actes de Grégoire VII existait encore au xin* siècle.
' Monument. Gregor. p. 5, 6, 669, 487, ^96 et 5 16.
NOTICE Sim PHlLFPPf-: JAFFÉ. 65
huitième livre l'ont été uilérieuremcnt, d après de mauvaises sources et sans le secours du registre type. Celte idt'e a conduit JalVc à penser que le registre du Vatiean {t\uil appelle registram minns^ par oppo ition à l*autre, quil désigne sous le nom de registram majiis) n été écrit ilu vivant et par ordre de Grégoire avant h neuvième année de son pontifi* cat, en d'autres termes, avant le 3o juin io8i* Il n*esl pas en elFet impossible rie supposer que ee pape ait eu le dessein dadresser cette transcription à quelque éveque éloigné, qui peut-être Taurait lui-même sollicitée pour conformer sa conduite à toutes les vues du Saint-Siège,
A la suite de ce précieux registre» on trouve dans les Monamenta Grcgoriana cinquante et une lettres du même ponlife, recueillies de divers côtés par Jaffé , et dont trois étaient restées jusqu alors inédites. Depuis leur pulilîcation , trois autres ont été découvertes par M, Léopold Delisle au dépôt des manuscrits de l^ Bibliothèque Richelieu ^ Toutes ces lettres s*étendent de l'anncc loyS à Tannée io84; un trèspolit nombre sont datées des dernières années du pontificiit. Si à cellesci on ajouie celles que contient le registre du Vatican h la lin de son buitîème livre , on se trouve ne posséder en somme qu'une cinquantaine de lottres pour les quatre dernières années du pontificat de Grégoire. Ce chiBre est loin certainement de représenter le nombre réel de celles qui ont été écrites à celle époque; il y a Iî'i une lacune que combleront peut-être de futures découvertes. Une espèce de traité, émane d*un des partisans les plus ardents de Grégoire, et très-iotéressant poiu* Hiistoire des démêlés du sacerdoce et de l'empire, ternu^ne le volume que nous analysons. C'est le Liber Bonithonis episcopi Satrini ad amicam, déjà édité en lyGî parŒfele-, réédité en 1861 par Watterich. et revu par JatTé sur le manuscrit de Municlu Cet écrit oiïre en plusieurs endroits un témoignage curieux de ces falsiGcations historiques auxquelles se portèrent alors les hommes du parti grégorien ^.
Le troisième volume [Monamenta Mogantina) est consacré auxmoDUmcnts de réglise de Mayence, depuis les temps les plus anciens jusquau commencement du xiv" siècle. Le plus grand nombre des documents ne s'élend pas néanmoins au delà du xii" siècle. Parmi ces documents, nous citerons : i** la correspondance de saint Boniface et de Lulle, son disciple, composée de eent cinquante et une lettres, f|ui embrassent le cours presque entier du vui* siècle; JalTé en a précisé les dates et en a
^ Bihi de r École des Chartes, série VI, t L p. 558-56 r. — ' Rtr. Bokarum icîiplor, i. Il, p. 7g4-8aK — ^ Voy. Le pape et lecùncile. Pans, în-il, 1869, traduction d^uti ouvrage deDôlIînger (Jnnus), qui a paru récemment en Allemagne, p. log et siiiv.