‹ Journal des savants (volume 5)Chapitre 12 sur 79 · NOTICE SUR PHILIPPE JAFFÉ · texte numérisé non relu

NOTICE SUR PHILIPPE JAFFÉ

période carlovingienne, on peut dire que le quatrième volume (Monutnenla Carolina), consacré aux uionunienls du règne de Charlemagne, a îraîr tout entier à noire histoire. Car ici, tomme dans les Monumenta GiBijoriana, Jade, atlîrc par son siijf^t, a publiai des documents qui concernent aussi bien la Gaule et Tllalie que l'Allemagne, et a eu surtout en vue le personnage dont il s'occupait. De même que dans les volumes précédents, les textes édiles dans celui-ci étaient déjà connus poui^ la plupart; mais la révision minutieuse qui en a été opérée sur les meilleurs manuscrits, jointe à une fixation plus sûre de la chronologie, a lait des Monumenta Carolina le recueil le plus important qui soit à consulter pour rhistoire du règne de Charlcmagne, Ces textes embrassent les vm* et IX* siècles, et, conformément aux idées qui guidaient Jaflé dans le choix des documents, coni^islent surtout en lettres- Ces lettres, qui sont au nombre de deux cent trente-deux, et remplissent les trois quarts du volume, se décomposent comme il suit : i" Quatre-vingt-dix-neuf lettres du Codex Carolinas. En Tannée 791, Charlemagne prescrivit de rassembler en un recueil les lettres adressées à Charles Martel, à Pépin le Bref et à lui-même par les papes et les empereurs de Constantinople. De cette correspondance il nest resté que quatre-vingt-dixneuf lettres émanées des papes Grégoire III, Etienne III, Zacharie, Paul l*^ Etienne IV et Adrien I''^ de Tannée ySg a Tannée 791. Cette portion du Codex Carolinus nous a été conservée dans une copie de la fln du ix" siècle que possède la Bibliothèque de Vienne, copie corrigée au xvn* siècle par une main malencontreuse, et rétablie par Jaffé dans son texte primitif V. a** Dix lettres de Léon III à Cliarlemagne» de 801 à 8 i 4, d'après un maïuïscrit du ix* siècle, 3** Cinquante-deux lettres émanées de Charlemagne ou à lui adressées, ou relatives seulement à des événements de son règne, de Tannée 776 à 1 année 81 4, lettres re* cueillies par Jallé dans les divers dépots de l'Europe et collationnées pour la plupart sur des manuscrits de Tépoque carlovingienne, 4" Soixante et dix lettres d'Eginhart» déjà éditées par Teulet, il y a une trentaine dannées, dans une des publications de la Société de Tliistoire de France, et qui embrassent la période de 81 4 à 84o» A celle collection de deux cent trente-deux lettres, Jaffé a ajouté divers documents déjà plusieurs fois édités, tels que les Vies de Cliarlemagne par Eginhart et par le poète saxon. Il convient de remarquer que la notice la plus exacte que Ton

* Ce correcteur, dont Tinîliative Inopporliine a égaré tous tes éditeurs du Codex Cnrohntis , était «Scbastianus Tengnagelius. ■ qui administrait la Bibîiolbèque de Vienne de i6o8 a i636. Notons, en outre, que fauteur de lu copie du ix* siècle avait supprimé toutes les dates des leUres, et que Jaffé a dû les rétablir

possède sur la vie d'Éginhai l lui-mèiue a été écrite par Jafifé dans une longue introduction qui précède le premier de ces documents ^

Le cinquième volume [Monnmenta Bambercjensia) concerne la -ville et révêché de Bamberg. JalTé avait été plusieurs fois conduit par ses travaux dans celle ville de Bamberg, illustrée jadis par le séjour de l'évêque Olbon, apôtre de la Poméranie. Les importants manuscrits qu'il eut occasion de consulter dans la ricbe bibliothèque de cette ville lui suggérèrent l'idée de son cinquième volume. Aux documents que lui fournil cette bibliothèque, il en ajouta d'autres empruntés aux divers d^pôls de l'Allemagne, de Paris et de Londres. Les textes ainsi recueillis par ses soins appartiennent tous à la période qui s'étend du commencement du xi' siècle à la fin du xn*. Le plus considérable de ces documents est le recueil d'Udalric, religieux du monastère de Saint-Michel-de-Bamberg. Ce recueil, sorte de compilation écrite dans la première moitié du xn* siècle, se compose en grande partie de lettres, dont beaucoup sont relatives à l'évèque Olbon; à ces lettres le compilateur a mêlé des actes synodaux, des épitaphes, des fragments versifiés, et des modèles de formules, peu exacts, il est vrai. A la suite de cette compilation, Jaffé a inséré quarante lettres ou morceaux divers, qui, par leur forme non moins que par leur objet, sont comme une continuation du recueil d'Udalric. Un autre document très-important est la vie de Tévêque Othonpar Ebon, lequel était, comme Udalric, un moine du couvent de Saint-Michel-de-Bamberg, et, comme lui, vivait au xn* siècle. Cette vie avait été éditée dans les Monumenta Germaniœ ^. A d'autres compositions historiques sur le même prélat, sont jointes les annales et les obituiiircs de plusieurs églises de Bamberg.

De si excellents travaux ajoutèrent à la renommée du professeur de Berlin. Sa rare compétence en fait de diplomatique le fit choisir comme arbitre dans divers débats qui intéressaient la science, et en

' La nomenclature des textes publiés dans les Monumenta Carolina est celle-ci: Coclicis Caroltni epislolae. — Lconis III epistolx. — Epistolae Carolinae. — Einharli cpistoîae. — Einharli vita CaroIiMagni. — Poetae Saxonis vila CarolîMagni. — Monachus Sangallensis do Carolo Magno. — Visio Caroli Ma^jni. — * SS. xn, 8aa-883. Quanl à la liste exacte des documents publiés dans les Monamenta Bambergensia , la voici :

Udalrici Bambergensis codex. — EpistolaB Bambergenses cum aliis monumentis permixtae. — Ex Heinionii» de dccursu teraporum libro. — Annales S. Michaelis Bambergenses. — Annales S. Pelri Bambergenses. — Necrologium S. Pclri Bambergenseanliquius. — Ex necrologiocapiluliS. Pelri Bambergeiisis. — Necrologium S. Michaelis Bambergense anliquius. — Ex necrologio S. Michaelis Bambergensi posleriore. — Ebonîs vila Otlonis episcopi Banibergensis. — Herbordi dialogUB de Oltone episcopo Bambergensi. — Ex miraculis Ottonis episcopi Bambergensis.

NOTICE SLR PHILIPPE JAFFÉ. ^rj

particulier dans celui que souleva M. Josepli Asclihacli, professeur de runiversilé de Vienne, au sujet des œuvres poétiques do Hrotsuit (ou Roswillia), nonne de Gnndersheim en Saxe, au x"" siècle; œuvres que M. Aschbach croyait à tori fabriquées par un faussaire du xv* ou du XVI* siècle '. En mèrue temps que ses avis, de divers côtés on sollicitait sa présence, Il se vit appelé h Cologne pouî' examiner et classer les manuscrits de raiicienne bibliothèque capUulaîre, rendus enlin par la ville de Darmsiadt où les avaient portés les événements de la Révolution française. L'université de Bonn manifesta le désir de le voir, comme professeur, occuper dans son sein une cliaiie d'Iiîs loire et de paléographie. L'Italie même songea à se laltaclicr en lui oflVaiit une position élevée aux Archives de Toscane ^.

Nous ne devons pas omettre de dire que, quelques mois avant sa mort, JaOé avait mis la dernière main au cari ul aire de Tordre (eutonique dont le décès d'Ernest Strehlke avait interrompu l'édition \ Sa fin fut si soudaine et en quelque sorte si peu prévue par lui-même, que le 3o mars dernier, c'est-à-dire trois jours avant de mourir, il adressait de sa main h ses amis de Paris le rapport que lui et plusieurs autres savants, MM, Dove, Ilanpt» Mommsen et Tobler, avaient fait à rAcadéniie de Berlin sur les prétendus manuscrits d'\rl>orea\ Ajoiîtons qu'ait moment où Jalle fut ravi à la science, il allait publier un ouvrage non moins important que ceux que nous avons signalés, et qui devait fonvier le sixième volume de sa Dibliolhecu rcram (jermanicarum. Nous voulons parler des Lettres iVAlcauif quil avait commencé de rassembler dans le temps qu*it préparait les Monamenta Carolina, Espérons qu'un travail si précieux ne tardera pas à voir le jour, et qu'une main amie rendra, dans retle cin^oiïstuiee, au savanl qui n'est plus, le service que lui-même avait rendu à Sirehike.

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